1er avril 2020 — Face à l’offensive du coronavirus dans le monde, les opérations de maintien de la paix des Nations Unies luttent sans relâche contre la propagation du virus au sein de leurs personnels et dans les populations qu’elles protègent, sans pour autant dévier de leur mandat. Si un seul Casque bleu a pour l’heure été testé positif, la vigilance est de mise au moment où la maladie menace de gagner en ampleur en Afrique, continent abritant sept des 13 missions onusiennes.

« Merci à tous les soldats de la paix, qui répondent au défi considérable de la construction de la paix tout en contenant la pandémie de COVID-19 avec professionnalisme et courage », a tweeté mercredi Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, en hommage aux plus de 95 400 militaires, policiers et personnels civils affectés à ces missions.

Alors que le Conseil de sécurité a adopté lundi une résolution sur la sûreté et la sécurité des personnels des opérations de paix, laquelle recommande notamment de renforcer les installations médicales, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a indiqué, le 27 mars, que l’Organisation avait chargé un groupe d’appui aux missions de paix et politiques d’élaborer des solutions afin de leur permettre de répondre aux défis posés par la pandémie tout en s’acquittant de leurs mandats essentiels.

Dans l’immédiat, le Département des opérations de paix (DPO) a décidé de suspendre les rotations de troupes et les déplacements non essentiels pour les six mois à venir. En contact permanent avec les pays fournisseurs de contingents et de police, il travaille en étroite collaboration avec le Département de l'appui opérationnel (DOS), le Bureau des affaires militaires (OMA) et la Division de la police pour suivre la situation et conseiller les gouvernements en fonction des derniers développements.

Sur le terrain, les personnels de retour dans leurs missions en provenance de zones affectées par le coronavirus sont placés en quarantaine 14 jours afin d’éviter toute propagation de la COVID-19 dans des pays déjà vulnérables. Cette précaution est aussi prise pour les personnels qui ont potentiellement été en contact avec des personnes infectées ou ont transité par des pays ayant des transmissions locales. C’est ainsi que le chef de la mission en République centrafricaine (MINUSCA), Mankeur Ndiaye, et son adjointe, Denise Brown, se sont mis en auto-quarantaine et poursuivent leurs activités à distance. 

Des missions sur leur garde mais opérationnelles

Personnels civils en télétravail, déplacements réduits au minimum, contrôle systématique de la température à l’entrée des bases, installation de points de lavage des mains devant les bureaux : les missions de paix des Nations Unies ne prennent pas la menace à la légère. Les chefs des missions ont demandé à tous leurs effectifs de se plier aux directives émises par les pays hôtes et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour limiter le risque de diffusion du coronavirus. Dans le même temps, la continuité des opérations est assurée.

Au Liban, par exemple, où l’OMS recensait mardi 446 cas confirmés pour dix décès, toutes les activités opérationnelles de la Force intérimaire des Nations Unies (FINUL) le long de la Ligne bleue et en coordination avec les Forces armées libanaises sont maintenues. La Mission a cependant pris des précautions très strictes, en lien avec les autorités nationales. Le Casque bleu testé positif à la COVID-19 à son retour de congé, le 15 mars, a été placé en isolement à l’hôpital de Naqoura et quatre de ses collègues, avec lesquels il était directement en contact, ont été mis en quarantaine.

 

« Merci à tous les soldats de la paix, qui répondent au défi considérable de la construction de la paix tout en contenant la pandémie de COVID-19 avec professionnalisme et courage ».

 

Même vigilance au sein de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP).  La Mission a imposé une période d’isolement de 14 jours à tous ses nouveaux membres en uniforme et intensifié les mesures de protection de son personnel, sans suspendre ses opérations. Elle s’efforce notamment de poursuivre les livraisons humanitaires dans le nord de l’île et travaille avec les parties grecque et turque à la facilitation des urgences médicales. Mardi, l’OMS comptabilisait 230 cas confirmés de COVID-19 et sept décès sur le territoire chypriote.  

Au-delà des politiques et procédures de santé mises en place pour l’ensemble des personnels participant aux opérations, le DPO s’emploie également à garantir que toutes les missions soient préparées aux situations d'urgence et disposent des capacités d'évacuation médicale par voie aérienne. Il rencontre en revanche des difficultés en approvisionnement en équipements de protection individuelle en raison des restrictions instaurées par des pays hôtes ou de transit. Il continue néanmoins à travailler avec les clients et fournisseurs des missions pour assurer la continuité du soutien.   

L’effort de prévention des missions africaines 

La riposte s’organise aussi dans les rangs des opérations de paix en Afrique, région où l’OMS relevait près de 4 000 cas confirmés dans son dernier décompte. Faute d’une action coordonnée au niveau international et d’une stratégie de suppression de la transmission, la maladie pourrait faire « des millions de morts » sur le continent, a averti M. Guterres. C’est pourquoi les missions de l’ONU multiplient les actions de prévention dans les communautés, à l’heure où un nombre croissant de pays tentent de confiner leur population ou d’établir des cordons sanitaires autour des centres urbains.

Prévenir la propagation du virus passe avant tout par le respect des « gestes barrière » établis par l’OMS : se laver souvent les mains, tousser dans son coude, ne pas toucher son visage, garder ses distances et rester chez soi. Une gageure dans des pays où les conditions socio-économiques ne sont pas propices à la distanciation sociale et où des millions de personnes n’ont pas l’eau courante. Le « défi du lavage des mains » doit pourtant être relevé, plaide Mahamat Saleh Annadif, chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) dans de courtes vidéos postées sur le compte officiel des médias sociaux de la Mission.

« La situation est critique et nous concerne tous », a pour sa part prévenu la semaine dernière son homologue en République centrafricaine dans un message vidéo adressé sur Facebook au personnel local de l’ONU. Dans ce pays où le nombre de cas reste limité, la composante police (UNPOL) de la MINUSCA est en contact avec la population, tandis que son personnel est déployé auprès des équipes de police et de gendarmerie centrafricaines. Plusieurs équipes de terrain aident à « sensibiliser les usagers sur le respect des mesures sanitaires du gouvernement », a indiqué Pascal Champion, chef de ce contingent, sur Twitter.

En République démocratique du Congo (RDC), plus grand pays d’Afrique subsaharienne, la mobilisation de la MONUSCO, première mission de l’ONU en nombre de personnels, est tout aussi intense. Tout en maintenant ses activités opérationnelles - 1 692 patrouilles, escortes et actions de reconnaissance entre le 23 et le 29 mars, selon son compte Twitter - la mission appuie les efforts de prévention et de protection des autorités. Elle mène en parallèle une campagne de sensibilisation de la population dans l’est du pays, où des Casques bleus pakistanais ont établi un centre d'isolement à Uvira, dans le Sud-Kivu. Des salles d’isolement ont également été préparées par les soldats de la paix en Ituri.

Au Soudan du Sud, pays encore épargné par la pandémie, la mission onusienne (MINUSS) soutient elle aussi les actions de sensibilisation effectuées par les autorités et les professionnels de la santé auprès des populations, à commencer par les 28 000 personnes déplacées aujourd’hui présentes dans le site de protection des Nations Unies à Malakal. Hazel Dewet, chef du bureau local de la MINUSS, a appelé les leaders communautaires à faire respecter les mesures de prévention. « C’est désormais notre responsabilité collective », leur a-t-il dit. Dans ce pays à la fois pauvre et jeune, où les services de santé sont extrêmement faibles, la Mission qualifie de « colossale » la tâche qui l’attend dans les mois à venir pour tenter de minimiser l’impact de la COVID-19.  

Informer et sensibiliser, rôle vital des radios de missions 

Dans ce contexte de mobilisation contre « l’ennemi commun » que représente le coronavirus, les stations de radio des missions sont devenues des instruments incontournables pour fournir au plus grand nombre de personnes des informations exactes sur les moyens de prévenir et contenir la progression de la maladie. Toutes ont en effet la capacité d’atteindre les grands centres urbains mais aussi les communautés isolées des pays dépourvus d'infrastructures de communication de base.

« Pour la grande majorité des habitants du Soudan du Sud, il n'y a ni Internet, ni télévision, ni journaux. Alors comment les gens obtiennent-ils leurs informations ? Par le bouche-à-oreille, mais surtout par Radio Miraya », constate David Shearer, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et Chef de la MINUSS. A ses yeux, les émissions de cette radio, disponibles dans plus des deux tiers du pays, sont « une bouée de communication pour les communautés en temps de crise. »

Basée à Djouba, la capitale sud-soudanaise, Radio Miraya diffuse des bulletins d’informations sur la pandémie et l'impact qu'elle pourrait avoir sur le pays. Elle fait également passer des messages d'intérêt public, notamment par le biais de chansons composées par des artistes populaires sur les meilleures pratiques pour empêcher la propagation du virus. « Cela améliore les chances d'atteindre tous les publics, particulièrement les jeunes », applaudit M. Shearer.

La démarche est la même pour Mikado FM, la radio de la MINUSMA, qui a posté mercredi sur son compte Twitter un message de la chanteuse Oumou Sangaré : « l’œuvre est grave, Maliens, faisons attention », lance-t-elle en bambara. Dimanche, le musicien Vieux Farka Touré invitait ses compatriotes à « se laver les mains, bien cuire la nourriture et éviter le rassemblements inutiles ». Dans la période actuelle, ajoutait-il, « restons chacun chez nous à l’abri de la maladie ». En plus d’un fil continu d’informations nationales et internationales, la station propose aussi des conseils pratiques et rend compte des actions de prévention et de préparation menées par la Mission.      

Alors que la COVID-19 vient d’atteindre le Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, Radio Okapi a quant à elle organisé mardi sur ses ondes un débat entre Carly Nzanzu Kasivita, gouverneur de cette province, la quatrième affectée dans le pays, Raoul Kamanda, directeur du Programme national de communication pour la promotion de la santé, et le Dr Freddy Mbakata, député national et spécialiste en santé publique. Au travers de ses informations et reportages, la station répercute par ailleurs les actions entreprises par la MONUSCO pour « donner le bon exemple », ce que fait également au quotidien Guira FM, « l’arbre à palabres » de la Mission de l’ONU en République centrafricaine.  

À lire aussi : 

Tribune du Secrétaire général adjoint des Nations Unies et responsable des opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, publiée dans le quotidien Le Monde, le 2 avril 2020