Financement de l’action climatique

Il est nécessaire d’avoir des ressources financières et des investissements viables pour faire face au changement climatique, afin de réduire les émissions, de favoriser l’adaptation aux effets déjà en cours et de renforcer la résilience. Cela dit, les avantages qui découlent de ces investissements dépassent remarquablement tous les coûts initiaux. 

Des études et rapports réalisés avant la pandémie de COVID-19 ont montré que les investissements dans l’action pour le climat contribueraient largement à mettre en place une économie durable.  Selon les données d’octobre 2019 provenant de la Banque mondiale , la planète devra consacrer des moyens considérables aux infrastructures dans les 15 prochaines années, autour de US$ 90 000 milliards en 2030.  Elle pourra toutefois compenser ces investissements. Il s’avère en effet que la transition vers une économie verte peut débloquer de nouvelles perspectives économiques et de nouveaux emplois. Un investissement de US$ 1 génère, en moyenne, un bénéfice de US$ 4.

Le rapport de New Climate Economy, publié en 2018, a conclu que des actions climatiques ambitieuses pourraient générer un gain économique direct de US$ 26 000 milliards jusqu’en 2030 par rapport à un scénario de statu quo, une estimation prudente, précise-t-il.

La COVID-19 n’a pas arrêté le changement climatique et, bien que la pandémie ait entraîné une chute des émissions, cette baisse n’a été que temporaire et les émissions sont remontées à peu près là où elles étaient avant la pandémie. Elles sont en effet revenues à un niveau qui mènerait à des élévations de la température mondiale largement supérieures à l’objectif de 1,5 °C fixé par l’Accord de Paris et qui aurait des répercussions bien plus désastreuses.

Illustration : la transition vers une économie verte pourrait générer jusqu'à 26 000 milliards de dollars de gains économique d'ici à 2030

Les décisions d'investissement prises aujourd’hui détermineront si nous créons ou détruisons la richesse et les cheminements possibles vers la prospérité. Il apparaît de plus en plus clairement que le monde ne peut pas se permettre de brûler toutes ses réserves de combustibles fossiles si nous voulons limiter le changement climatique à des niveaux durables et vivables. La réalité économique à long terme est que seule une fraction des réserves connues de combustibles fossiles peut être brûlée si nous voulons maintenir la hausse de la température à 1,5 °C.

Cette transition passera par des mesures qui conduiront les nations vers la neutralité carbone bien avant 2050. C’est pourquoi le Secrétaire général de l’ONU António Guterres a défini six domaines prioritaires dans l’action pour le climat durant la phase de relèvement après la COVID-19, à savoir : investir dans des emplois décents ; pas de plans de sauvetage pour les industries polluantes ; ne plus subventionner les combustibles fossiles ; mettre fin aux investissements et à la construction de centrales électriques alimentées au charbon ; tenir compte des risques et des perspectives liées au climat dans l’ensemble des décisions financières et stratégiques ; renforcer la coopération entre les pays ; assurer une transition juste qui ne fait pas de laissés-pour-compte. 

Cela conduit à s’interroger sur les avoirs qui seront abandonnés bien avant leur date prévue d’amortissement et qui ne généreront pas les rendements escomptés. Les mines de charbon sont déjà en train de fermer alors que le prix du charbon devient de plus en plus élevé par rapport à celui des sources d’énergie renouvelables. Le remplacement des 500 gigawatts les plus coûteux de la capacité de charbon par de l’énergie solaire et éolienne réduirait les coûts annuels à hauteur de US$ 23 milliards par an et entraînerait un stimulus d’une valeur de US$ 940 milliards, ou environ un pour cent du produit intérieur brut mondial.

L’Accord de Paris vise à mobiliser le financement pour le climat

Countries recognized the need for specific climate financing in the Paris Agreement which calls for “making finance flows consistent with a pathway towards low greenhouse gas emissions and climate-resilient development. ”

Les pays ont pris acte de la nécessité d'un financement spécifique pour le climat lors de l’Accord de Paris, qui appelle à « rendre les flux financiers compatibles avec un profil d'évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques.  ».

En plus de réduire les émissions, l’amélioration de la résilience des infrastructures permet d’éviter des réparations coûteuses et de limiter les multiples conséquences des catastrophes naturelles sur les moyens de subsistance et les conditions de vie des habitants, en particulier les plus vulnérables d’entre eux, ainsi que sur les entreprises et les économies.  La transition vers des économies résilientes et sobres en carbone pourrait créer en outre plus de 65 millions d’emplois nets dans le monde d'ici à 2030.

Le plan d’action de l’Accord de Paris est mu par son objectif de rendre les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible niveau d’émissions de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques. L’évaluation des progrès accomplis dans l’apport et la mobilisation de soutien fait également partie du bilan mondial requis par l’Accord. L’Accord de Paris met également l’accent sur la transparence et l’amélioration de la prévisibilité du soutien financier.

L’Accord lui-même impose une mise en application conforme à « l’équité et au principe des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives, eu égard aux différentes situations nationales ».

Pour faire face à la crise climatique, il faut une action collective menée par l’ensemble des pays, des villes, des acteurs financiers, des entreprises et des simples citoyens. Parmi ces initiatives concertées, les pays développés se sont engagés à mobiliser ensemble et annuellement US$ 100 milliards, provenant de sources diverses, d’ici 2020, afin de répondre aux besoins urgents d’atténuation et d’adaptation des pays en développement.

Illustration : Les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars pour l'action climatique dans les pays en développement

Les États ont également convenu qu’une part majeure de ce nouveau fonds multilatéral d’une valeur de plusieurs milliards de dollars devrait passer par le Fonds vert pour le climat. Lors de la première conférence de reconstitution du Fonds en octobre 2019, les dirigeants ont témoigné leur grande confiance en la capacité du FVC à soutenir les pays en développement dans la conception et l’exécution de plans d’action ambitieux pour le climat dits Contributions déterminées au niveau national (CDN). Le Fonds a également pour mission essentielle de maintenir un juste équilibre entre l’atténuation et l’adaptation dans son portefeuille de projets et de faire intervenir le secteur privé par l’intermédiaire de sa Facilité pour le secteur privé afin de mobiliser des financements privés vers des investissements résilients et à faible émission de carbone.

Il a toutefois été difficile d’atteindre cet équilibre uniforme jusqu’à présent. Le financement de l’adaptation continue de ne constituer qu’un petit pourcentage du financement de l’action climatique en général. La Climate Policy Initiative a indiqué dans son rapport Global Landscape of Climate Finance 2019 que la grande majorité des financements qui sont suivis de près continuent d’alimenter des activités d’atténuation. En dépit du fait que le financement annuel de l’adaptation a atteint US$ 30 milliards en moyenne en 2017-2018, il ne représente que cinq pour cent des flux. De son côté, le financement présentant à la fois des avantages pour l’atténuation et l’adaptation, dont la plupart concernait des projets hydrauliques, a compté pour 2,1 % du total (en comparaison aux 93 % des flux pour l’atténuation). Qui plus est, l’adaptation n’a représenté que 0,1 % des flux de capitaux privés évalués dans le rapport et constitue également un petit pourcentage du portefeuille de projets du FVC financés par le secteur privé.

Ces tendances s’observent malgré les preuves démontrant la valeur de l’adaptation. La Commission mondiale sur l’adaptation, par exemple, a estimé qu’un investissement de US$ 1 800 milliards entre 2020 et 2030 pourrait générer des bénéfices nets totaux de US$ 7 100 milliards dans cinq domaines : les systèmes d’alerte rapide, les infrastructure résistantes au climat, l’amélioration du rendement des cultures agricoles dans les zones arides, la protection mondiale des mangroves et le renforcement de la résilience des ressources en eau.

Pour garantir la mise en place d'opérations décisives en vue de la décarbonisation et de l’obtention d’investissements consacrés à l’adaptation et à la résilience, les banques multilatérales de développement (BMD) et les institutions de financement du développement (IFD) doivent prendre des mesures urgentes afin d’aligner l’ensemble de leurs portefeuilles sur l’Accord de Paris et de divulguer leur risque climatique, en plus de définir des objectifs de financement pour l’action climatique.

Un sursaut d'intérêt de la part du secteur privé

On a observé un sursaut d'intérêt de la part des entreprises et de quelques grands investisseurs dans l’adoption de plans stratégiques durables qui sont compatibles avec un avenir limité à une hausse de 1,5 °C, alors que les décideurs prennent conscience des grandes possibilités de croissance à venir dans le cadre de la transition mondiale vers une économie sans carbone d’ici 2050. Cela étant, il est nécessaire d’accomplir de plus grandes avancées, et le voyage des entreprises et investisseurs, globalement, n’en est qu’au stade initial.

Des sociétés d'investissement et fonds de pension de premier plan, qui admettent que leurs portefeuilles de projets sont dorénavant plus conformes à un avenir limité à une hausse de 3,5 °C, commencent désormais à agir en conséquence en collaborant avec les entreprises et gestionnaires d’actifs de leurs portefeuilles afin de les décarboniser et de les adapter aux objectifs de zéro net.

On constate une intensification des démarches de mobilisation du secteur privé pour qu’il réponde aux objectifs de Paris. Une initiative lancée durant le Sommet Action Climat de l’ONU en 2019, à savoir la Net Zero Asset Owner Alliance convoquée par l’ONU, comprend actuellement des membres qui détiennent environ US$ 5 000 milliards d’actifs sous gestion et prouve que le nombre d’acteurs financiers prêts à « tenir leurs promesses » augmente. L’Alliance compte désormais 29 membres, dont des fonds de pension, des compagnies d’assurance et des fonds souverains, et œuvre à l’élaboration de méthodes concrètes pour aligner les portefeuilles d’investissement sur les objectifs de zéro net de l’Accord de Paris.

Les investisseurs doivent également prendre des mesures décisives pour utiliser leur droit de vote concernant leurs portefeuilles dans les entreprises, en agissant en toute circonstance en faveur des résolutions pour le climat lors des réunions d’actionnaires en vue d’accélérer le processus de décarbonisation.

Les investisseurs devraient aussi ajouter un examen reposant sur le principe « ne pas nuire » pour garantir que leurs placements contribueront de fait aux objectifs climatiques, comme l’Union européenne l’a proposé dans son récent plan de relance.

Des risques toujours sous-estimés

De nombreux investisseurs, ainsi que des banques et des entreprises, continuent de sous-estimer les risques du changement climatique et prennent encore des décisions à courte vue pour accroître les investissements dans des actifs à forte intensité de carbone. L'un des principaux moyens pour briser le lien entre les émissions de gaz à effet de serre et l’activité économique est de modifier le bouquet d’approvisionnement énergétique, en passant des combustibles fossiles à des sources d’énergie renouvelables.

L’identification et la gestion des risques et des possibilités liés au climat restent une entreprise cruciale pour favoriser la croissance résiliente aux changements climatiques et sobre en carbone. Les dispositifs d’information et de divulgation des risques liés au climat, tels que le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (TCFD), fournissent un cadre solide aux acteurs financiers et aux entreprises travaillant dans l’économie réelle afin d’étudier les risques climatiques et de tirer profit des possibilités offertes par les économies résilientes aux changements climatiques et sobres en carbone.

Un nouveau système financier pour faire face aux risques climatiques

Selon l’Envoyé spécial des Nations Unies pour le financement de l’action climatique Mark Carney, qui était jusqu’à récemment le Gouverneur de la Banque d’Angleterre, un système financier neuf et durable se met doucement en place et apportera des fonds aux initiatives et innovations du secteur privé, qui, à son tour, a le potentiel d’amplifier l’efficacité des politiques climatiques des gouvernements.  Cela implique l’intensification des efforts pour inclure les risques climatiques dans la prise de décision, comme le TCFD.

« Mais la tâche est grande, le moment opportun est de courte durée et les risques sont existentiels, » a-t-il déclaré, ajoutant que « comme pratiquement tout ce qui concerne la lutte contre le changement climatique, cette nouvelle finance durable ne se développe pas assez vite pour que le monde atteigne l’objectif de zéro net ».

Si les dispositifs tels que le TCFD s’appliquent sur une base volontaire, il sera indispensable d’égaliser le terrain par l’intermédiaire de directives concrètes portant sur l’information et la divulgation des risques climatiques, de manière à garantir que les différences de capacité entre les pays soient bien reconnues et prises en considération.

 Reste le défi d’éviter la prolifération des normes et d’inciter les administrations et organismes financiers à travailler ensemble pour assurer une réglementation cohérente et uniforme. Le Réseau pour le verdissement du système financier rassemble des banques centrales, des administrations et des organismes financiers pour améliorer le rôle du système financier afin de gérer les risques et de mobiliser des capitaux pour des investissements résilients et à faible émission de carbone.

Les pertes causées par des actifs bloqués peuvent compromettre la stabilité financière. Si les estimations sont correctes ne serait-ce qu’approximativement, « cela “immobiliserait” la grande majorité des réserves : le pétrole, le gaz et le charbon ne pourront littéralement plus être brûlés sans technologie coûteuse de captage de CO2, qui transforme elle-même les économies basées sur les combustibles fossiles. »

Mark Carney : investir dans des solutions climatiques neutres en émissions crée de la valeur et procure des avantages

Mark Carney Portrait

Dans un récent entretien, Mark Carney, Envoyé spécial pour le financement de l’action climatique, a expliqué comment le financement privé s'aligne de plus en plus sur l'objectif de zéro émission de gaz à effet de serre. Il a souligné que les populations du monde entier devraient maintenir la pression en appelant à l'action pour le climat.

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