Des employés de la Akuapem Rural Bank Ltd., une banque fondée en 1980 dans la ville de Mamfe, au Ghana (2006).
Des employés de la Banque rurale d'Akuapem, fondée en 1980 dans la ville de Mamfe, au Ghana (2006).
Photo :Banque mondiale / Jonathan Ernst

Le 19 décembre 2019, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution A/RES/74/245, proclamant le 4 décembre Journée internationale des banques. Cette résolution reconnaît le potentiel des banques dans le financement du développement durable, mais également le rôle vital des systèmes bancaires des États Membres pour contribuer à l'amélioration du niveau de vie.

En 2015, l'Assemblée générale avait adopté les objectifs de développement durable, reconnaissant que l'éradication de la pauvreté sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions, y compris l'extrême pauvreté, est le plus grand défi mondial et une condition indispensable au développement durable. Les objectifs visent à réaliser le développement durable dans ses trois dimensions - économique, sociale et environnementale - de manière équilibrée et intégrée, en s'appuyant sur les réalisations des objectifs du Millénaire pour le développement et en s'attaquant à leurs aspects inachevés.

La réalisation du développement durable - en particulier l'éradication de la pauvreté, la réduction des inégalités et la lutte contre le changement climatique - nécessite une perspective à long terme, dans laquelle les gouvernements, le secteur privé et la société civile travaillent ensemble pour relever les défis mondiaux. Toutefois, un monde plus incertain favorise des comportements à plus court terme. C'est pourquoi les entreprises privées, dont beaucoup sont déjà confrontées à toute une série d'incitations à court terme, hésitent à engager des fonds dans des projets d'investissement à long terme. En période d'insécurité financière, les ménages se concentrent souvent sur leurs besoins immédiats. Et les décideurs politiques sont souvent guidés par des cycles politiques à court terme.

Des efforts restent ainsi nécessaires à tous les niveaux pour garantir qu'une action collective renforcée puisse contribuer à réduire l'incertitude mondiale, tandis que l'innovation financière peut générer des progrès significatifs dans le cadre programme de développement durable à l'horizon 2030 et du programme d'action d'Addis-Abeba.

 

 

« La mondialisation et l’évolution technologique ont contribué à réduire l’extrême pauvreté au niveau mondial, mais la répartition inégale des avantages s’est traduite par un grand nombre de laissés-pour-compte et a nui au soutien à l’architecture mondiale. »

— Note du Secrétaire général (E/FFDF/2019/2)

 

Contexte

L’économie mondiale est confrontée à des risques et à une instabilité financière accrus et la croissance mondiale devrait avoir atteint un sommet. Les facteurs géopolitiques, les différends commerciaux, la volatilité des marchés financiers et les facteurs non économiques, tels que les changements climatiques, risquent d’entraver davantage la croissance, la stabilité et le développement, ainsi que d’aggraver la pauvreté, les inégalités et la vulnérabilité. Il est de plus en plus urgent de s’attaquer aux risques économiques et financiers systémiques et aux lacunes de l’architecture, qui menacent la mise en œuvre du Programme 2030.

Les faiblesses du système financier mondial pourraient faire peser des risques encore plus importants sur la réalisation des objectifs de développement durable. Parmi ces risques, on peut citer : la volatilité des flux internationaux de capitaux, résultant de la nature à court terme de nombreux éléments des marchés internationaux ; la persistance de déséquilibres mondiaux ; les problèmes de viabilité de la dette dans les secteurs public et privé ; et un pouvoir de monopole croissant et des politiques de la concurrence moins efficaces. Les niveaux d’endettement élevés des entités publiques et privées – imputables notamment aux produits dérivés à fort effet de levier  – accentuent les vulnérabilités et alimentent les cycles d’expansion et de récession. La compression de la part des salaires a exacerbé les inégalités. Le rythme rapide de l’évolution technologique, tout en offrant peut-être de nouveaux remèdes, peut aussi aggraver les risques systémiques mondiaux.

Dans le Programme d’action d’Addis-Abeba, les gouvernements ont souligné que leur action s’articulerait « autour de stratégies de développement durable cohérentes, pilotées par les pays et s’inscrivant dans des cadres de financement nationaux intégrés ». En réponse au Programme 2030, de nombreux pays ont redynamisé leurs stratégies de développement durable. Toutefois, la plupart de ces stratégies ne sont pas assorties de plans concrets pour financer leur mise en œuvre. Comme indiqué dans le Programme d’action d’Addis-Abeba, ce processus doit être complété par des initiatives visant à améliorer la cohérence du système mondial et à renforcer le caractère inclusif de la gouvernance économique mondiale.

À moyen et à long terme, les modifications du système monétaire international, y compris celles résultant de l’ajustement extérieur et des déséquilibres mondiaux, pourraient accroître l’instabilité financière, en particulier en période d’incertitude politique. D’où l’importance d’un renforcement de la coopération internationale et d’un filet de sécurité financière mondial assurant des ressources suffisantes et une couverture complète. Dans l’architecture financière actuelle, le risque de change associé à un financement international bienvenu est souvent assumé par ceux qui, dans les pays en développement, sont les moins à même de le gérer. 

Compte tenu de l’ensemble complexe et ambitieux de transformations nécessaires pour mettre en œuvre le Programme 2030, la cohérence entre les domaines d’action est essentielle. On comprend de mieux en mieux comment les réglementations financières influent sur les incitations à investir dans le développement durable. Les répercussions des risques sociaux et environnementaux sur la qualité du crédit et la stabilité du système financier sont moins bien appréhendées. Pour mettre en place un système financier durable, les politiques et les réglementations doivent être utilisées de concert. Le système réglementaire doit être en phase avec les mesures utilisées pour renforcer la durabilité du système financier privé, telles que les bilans en matière de durabilité et les études d’impact.

Des banques nationales de développement bien gérées peuvent aider les pays à élaborer des options de financement pour les investissements liés aux objectifs de développement durable. Ces banques doivent aligner leurs activités sur les objectifs de manière globale et être rattachées aux cadres de financement nationaux intégrés. La collaboration entre elles et les banques multilatérales, par le biais d’accords de cofinancement ou de rétrocession de fonds empruntés, peut améliorer le financement des objectifs de développement durable grâce à la complémentarité des ressources internationales et des connaissances du marché local. 

Étant donné que le Programme 2030 appelle la maximisation des synergies et l’élimination des cloisonnements, assurer la cohérence des systèmes financiers et économiques avec le développement durable est essentiel. Des banques de développement nationales et régionales qui fonctionnent bien peuvent jouer un rôle dans le financement du développement durable, en particulier dans les segments du marché du crédit dans lesquels les banques commerciales ne sont pas pleinement engagées et où il existe d'importants déficits de financement, sur la base de cadres de prêt solides et du respect de garanties sociales et environnementales appropriées. Cela inclut des domaines tels que les infrastructures durables, l'énergie, l'agriculture, l'industrialisation, la science, la technologie et l'innovation, ainsi que l'inclusion financière et le financement des micro, petites et moyennes entreprises. Les banques de développement nationales et régionales jouent également un rôle anticyclique précieux, en particulier lors des crises financières, lorsque les entités du secteur privé deviennent très réticentes à prendre des risques. Nous appelons les banques de développement nationales et régionales à accroître leurs contributions dans ces domaines, et nous invitons en outre les acteurs internationaux publics et privés concernés à soutenir ces banques dans les pays en développement.  

Les politiques de financement seules ne suffisent pas. Les cadres de financement intégrés doivent répondre non seulement aux enjeux du financement, mais aussi aux réalités d’un paysage mondial en mutation. Par exemple, pour lutter contre les inégalités, y compris les inégalités entre les sexes, les politiques nationales doivent s’attacher à remédier aux problèmes posés par le recul de la part des salaires, l’accentuation des vulnérabilités, la numérisation et la concentration croissante du marché, entre autres. Les gouvernements doivent revoir leurs politiques du marché du travail, les systèmes de protection sociale, les politiques budgétaires, les politiques de concurrence, les politiques commerciales et les règlements et stratégies concernant le secteur financier afin de s’assurer qu’ils sont adaptés aux nouvelles réalités.

Principes pour un secteur bancaire responsable

Les Principes pour un secteur bancaire responsable ont été élaborés par un groupe central de 30 banques fondatrices dans le cadre d’un partenariat mondial novateur entre les banques et l’Initiative financière du Programme des Nations Unies pour l'environnement (UNEP FI). Selon ces Principes, lancés la veille du Sommet Action Climat de l’ONU à New York en 2019, les banques s'engagent à aligner stratégiquement leurs activités sur les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat et les objectifs de développement durable, et à renforcer massivement leur contribution à la réalisation de ces deux objectifs.

Une situation mondiale à risque

  • La croissance de l’économie mondiale reste stable aux alentours de 3 %, mais elle a probablement atteint un sommet.
  • Plus de 500 milliards de dollars de marchandises font l’objet de restrictions commerciales.
  • Les risques d’endettement augmentent. Plusieurs pays, dont une trentaine de pays les moins avancés et d’autres pays vulnérables, sont déjà en situation de surendettement ou risquent fort de l’être, ce qui entrave leur capacité d’investir dans les objectifs de développement durable.
  • Les risques d’endettement augmentent. Plusieurs pays, dont une trentaine de pays les moins avancés et d’autres pays vulnérables, sont déjà en situation de surendettement ou risquent fort de l’être, ce qui entrave leur capacité d’investir dans les objectifs de développement durable.
  • L’inégalité s’est aggravée dans les pays où vivent la plupart des habitants de la planète et la croissance mondiale des salaires réels n’est que de 1,8 %, soit la plus faible depuis 2008.
  • Les changements climatiques se poursuivent à un rythme soutenu, les émissions de gaz à effet de serre ayant augmenté de 1,3 % en 2017, avec des conséquences désastreuses pour les collectivités du monde entier.

Réexaminer l’architecture institutionnelle mondiale

  • La crise du système commercial multilatéral est également l’occasion de remodeler ce système et de l’adapter dans l’intérêt du développement durable.
  • Les difficultés rencontrées dans la restructuration de la dette souveraine, en partie imputables aux nouveaux instruments et aux créanciers non traditionnels, ont sensibilisé la communauté internationale aux lacunes de l’architecture actuelle.
  • L’accentuation des vulnérabilités a souligné l’importance d’un renforcement du filet de sécurité financière mondial.
  • La numérisation de l’économie a alimenté le débat sur la configuration du régime fiscal international qui pourrait contribuer à corriger les inégalités.
  • La concentration croissante du marché, y compris dans l’économie numérique, a mis en évidence la nécessité de mieux surveiller cette tendance et d’en gérer les implications socioéconomiques.

Ressources

A crowd of women sitting and laughing

Chaque journée internationale représente une occasion d’informer le public sur des thèmes liés à des enjeux majeurs comme les droits fondamentaux, le développement durable ou la santé. Ces journées sont aussi l’occasion pour le système des Nations Unies, les pouvoir publics et la société civile d’organiser des activités de sensibilisation et de mobiliser des ressources.