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L’urbanisation : un outil de développement

Août - Novembre 2019

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L’urbanisation : un outil de développement

Afrique Renouveau: 
Dr. Joan Clos is the Executive Director of the Nairobi-based United Nations Human Settlements Programme (UN-  Habitat). Photo: UN Photo/Rick Bajornas
Joan Clos est le Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat) basé à Nairobi. Photo: UN Photo/Rick Bajornas

Joan Clos est le Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), basé à Nairobi. Dans cet entretien avec Newton Kanhema pour Afrique Renouveau, le Dr Clos parle des effets de l’urbanisation en Afrique et d’Habitat III, la prochaine grande conférence des Nations Unies sur le logement et le développement urbain durable qui se tiendra à Quito en Équateur en octobre 2016. Voici des extraits de cet entretien :

Afrique Renouveau : Quelles sont les conséquences de l’urbanisation galopante en Afrique ; le continent devrait-il contrôler ce phénomène ? 

Joan Clos : En Afrique, la part de la population vivant en zone urbaine est aujourd’hui de 30 % environ, mais elle passera à 50 % très prochainement. Cela posera plusieurs défis en matière de gouvernance et de capacité de réaction des villes, voire des gouvernements nationaux. Il est important de disposer d’une politique urbaine nationale pouvant se transformer en initiatives locales. L’urbanisation représente davantage une opportunité qu’un défi, car elle va de pair avec le développement. Si les gouvernements planifient et conçoivent correctement l’urbanisation, ils jouiront des avantages qu’elle procure à une société. L’urbanisation constituera une grande opportunité pour l’Afrique dans les années à venir. 

Donc, selon vous, l’urbanisation peut procurer des avantages ?  

En effet. Étant donnée la dynamique actuelle des sociétés africaines, l’urbanisation est à la fois une conséquence du développement et une force motrice permettant d’accélérer ce développement.   

De nombreux gouvernements africains ont tendance à développer de nouvelles mégalopoles afin de décongestionner les villes existantes. S’agit-il d’une solution durable ou d’une solution de secours ? 

Les mégalopoles ne sont généralement pas durables, mais elles constituent de bonnes évolutions pour la prospérité économique, si elles sont bien planifiées. En fait, bon nombre de grandes villes dans le monde sont bien plus grandes que les mégalopoles africaines. Tokyo, par exemple, compte plus de 35 millions d’habitants, par rapport à certaines mégalopoles africaines qui ont environ 10 à 12 millions d’habitants. La question ne porte pas sur la taille des villes mais sur leur capacité de se développer, non spontanément, mais d’une manière bien conçue et bien planifiée. Le problème n’est pas l’émergence de mégalopoles, mais le manque de planification. Le défi est de savoir comment transformer les mégalopoles de manière à ce qu’elles soient productives sans accumuler les problèmes d’une urbanisation non planifiée.

Quel genre de soutien ONU-Habitat apporte-t-il aux gouvernements nationaux pour leur permettre de développer des établissements humains écologiquement durables ?

Nous conseillons les États membres quant aux stratégies pouvant être appliquées à l’urbanisation en vue d’accroître l’efficacité et la productivité. Il s’agit notamment de suggérer une politique urbaine nationale composée de trois piliers. Les règles et réglementations constituent le premier pilier ; elles sont importantes parce que l’urbanisation rime avec état de droit. Le deuxième pilier est la qualité de l’aménagement urbain, et le troisième la planification financière. L’urbanisation est un exercice coûteux qui exige beaucoup de ressources.   

De nouvelles villes surgissent en Afrique, mais des taudis également. Quel genre de politiques les gouvernements africains devraient-ils adopter pour répondre à la prolifération des taudis ?

Les taudis sont une conséquence naturelle de l’urbanisation spontanée. En ce sens, ils doivent être considérés comme un résultat temporaire du développement. Pour éviter les taudis, nous devons accélérer le développement. Les taudis devraient être bien mieux intégrés aux droits au logement. Il n’est pas possible de lutter contre les taudis de manière isolée. Il convient de disposer d’une politique intégrée qui traite de  la subsistance des populations, et notamment de  l’emploi, des revenus, de la formation et du capital humain. Les autorités doivent fournir à la classe moyenne des logements abordables. Il s’agit d’un processus long et difficile ; il n’existe pas de solution radicale. 

Y a-t-il des pratiques exemplaires dans le monde que les pays africains pourraient adopter ? Quels enseignements pouvons-nous tirer de Kigali ou de Lagos ? 

Eh bien, il y a beaucoup d’expérience dans la région et ailleurs. Il n’existe pas de solutions simples et rapides à l’urbanisation, car il s’agit d’un processus de transformation d’une société et cela demande du temps. L’important est d’aborder la question avec une bonne stratégie et une vision à moyen et à long terme. C’est ce que nous offrons :
un cadre d’idées abordant les différents problèmes auxquels sont confrontées les villes. Nous aidons Kigali à introduire de nouveaux concepts pour l’extension de la ville, pour une urbanisation bien planifiée, pour des espaces publics de qualité et pour l’équilibre entre espaces publics et terrains constructibles. Lagos est un cas très intéressant car c’est une grande ville qui, bien qu’elle soit considérée comme l’une des méga-capitales africaines, a la capacité d’engager des politiques pouvant générer des revenus, soutenir les services intérieurs et transformer la richesse de ses habitants. Lagos constitue un bon exemple de l’approche que devraient adopter les autres villes africaines.  

Cette année, le principal événement de votre calendrier est la conférence Habitat III. Quelle est l’importance de cet événement pour le continent africain ?

Il s’agit d’une rencontre très importante qui aura lieu à Quito en Équateur, 20 ans après Habitat II, qui s’est tenue à Istanbul en Turquie. Habitat III fera le point de  l’urbanisation qui s’est faite au cours des deux dernières décennies. Ce sera aussi le début d’un processus de mise en œuvre des stratégies adoptées pour l’urbanisation ces vingt prochaines années. Il ne fait aucun doute que l’urbanisation va s’accélérer au cours des prochaines années et que l’Afrique enregistrera le rythme le plus rapide au monde. Je suis heureux que les dirigeants africains mobilisent leur gouvernement pour Habitat III, car ils participeront activement aux débats sur l’urbanisation dans les années à venir et les approfondiront. 

Quel résultat les dirigeants africains peuvent-ils attendre d’Habitat III ?

Habitat III offrira aux dirigeants africains une occasion importante de partager des expériences en matière de transformation de l’urbanisation en  outil de développement. Très souvent, nous abordons l’urbanisation comme un problème de pauvreté, de manque de services, etc., et non comme une occasion d’accélérer le rythme du développement. Habitat III alignera l’urbanisation, en tant qu’outil de développement, sur l’Agenda 2030 pour le développement durable.  

De nombreux pays africains rencontrent d’énormes problèmes d’urbanisation. Sans ressources, comment peuvent-ils mettre en œuvre des politiques offrant des établissements humains adéquats ?

La question du financement de l’urbanisation est très complexe, mais selon les économistes, la richesse générée par l’urbanisation est bien supérieure au coût de l’urbanisation. La question est de savoir comment partager la richesse générée par l’urbanisation entre toutes les parties prenantes. L’un des points épineux à aborder est le fait que l’urbanisation ne consiste pas seulement à construire des bâtiments, il faut parvenir à un équilibre entre l’art et la science de la construction des villes, d’une part, et de la construction de bâtiments, d’autre part. 

L’accord récemment signé à Paris sur le changement climatique fournit-il des éléments permettant d’éclairer votre travail ?

Oui, le changement climatique est important pour l’urbanisation, particulièrement dans les pays développés, où les villes sont une source d’émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, les effets du changement climatique sont davantage ressentis dans les villes qui manquent d’infrastructures. Il s’agit d’une équation complexe devant être traitée au niveau mondial. Cela signifie prendre des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et aider les villes qui en subissent les conséquences à s’adapter aux nouvelles conditions. Dans certaines régions du  monde, ce sont les  villes qui sont les principales  émettrices  de gaz à effet de serre, alors que ce sont d’autres villes qui subissent les effets les plus graves du changement climatique. 

Pour terminer, quel est votre message pour l’Afrique ? 

L’Afrique a une occasion énorme de relever les nouveaux défis de l’urbanisation. C’est à la fois un déchaînement et un processus. Elle doit concevoir des stratégies qui mettent l’accent sur la capacité de l’urbanisation de stimuler la prospérité. La grande question est de savoir comment orienter ce processus et avec quel objectif et quelle vision. J’invite les populations africaines et leur gouvernement à considérer l’urbanisation comme une opportunité et un outil pouvant faciliter  le développement.   

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