En Afrique, le bambou s’enracine

Août - Novembre 2019

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En Afrique, le bambou s’enracine

Zipporah Musau
Afrique Renouveau: 
Bamboo products: Houses, furniture, lamp shades and a bicycle. Photo: INBAR/Lou Yiping
Bamboo product: Houses. Photo: INBAR/Lou Yiping

Au Kenya : le trésor vert 

On le surnomme la plante merveilleuse : de toutes les espèces boisées, le bambou est celle qui connaît la croissance la plus forte et la plus rapide au monde. Sa contribution au commerce mondial, où les pays asiatiques se taillent la part du lion, est estimée à quelque deux milliards de dollars des États-Unis par an. L’industrie du bambou va de la production de papier aux échafaudages en passant par les parquets de luxe et l’alimentation. Aujourd’hui, l’Afrique connaît elle aussi un essor de la culture du bambou. 

Dans les pays africains qui le produisent, la recherche et le développement sur le bambou est généralement assurée par les secteurs forestiers et agricoles. Mais pour croître, il faut que ce secteur dispose de compétences  dans des domaines spécialisés qui sont plutôt l’apanage du secteur privé : développement des micro-entreprises, production de bambou à petite échelle ou à l’échelle industrielle, élaboration de produits dérivés.

Au Kenya, l’industrie du bambou bénéficie d’une approche multipartite. Les échanges entre différents acteurs du secteur (ministères, ONG, instituts de recherche, universités ou autres) sont coordonnés par l’Institut kényan de recherche forestière (KEFRI, Kenya Forestry Research Institute). 

L’un des acteurs les plus importants à s’être engagé dans le développement de la filière kényane du bambou est Green Pot Enterprises, une organisation créée en 2014 pour promouvoir la culture du bambou dans le pays et l’aider à maximiser les retours commerciaux de cette culture.

Green Pot a déjà aidé les agriculteurs à planter plus de 400 hectares de terrain à Narok, où 810 hectares supplémentaires devraient être plantés  cette année. Le but est de dépasser les 1 600 hectares de surface plantée à la fin de l’année 2016.  

Le plan de développement de cette organisation s’organise autour de deux axes principaux. Le premier axe consiste en une « communauté protégée de forêts », pour laquelle Green Pot achète d’importantes surfaces. Selon le site Internet de l’organisation, elle les divise ensuite en terrains de 4 et 0,8 hectares, qu’elle cède aux Kényans en échange d’un bail, pour « un loyer raisonnable ». 

Chaque acheteur reçoit des actions (l’exploitation est gérée comme un tout même si elle appartient à plusieurs personnes) et un droit de sous-location sur 30 ans. L’entreprise plante et assure l’entretien des forêts et commercialise le bambou dès qu’il est exploitable.  

Le deuxième axe du plan de développement s’articule autour d’un programme de type communautaire : pour chaque mètre carré de bambou planté dans les « communautés protégées», un mètre carré correspondant est planté par des membres de la communauté locale. Ce programme permet, selon Green Pot, de financer l’achat de nouveaux plants de bambou. « La demande mondiale de bambou est forte en raison des énormes avantages financiers et environnementaux liés à son exploitation, explique à Afrique Renouveau Caroline Kariuki, président directeur général de Green Pot. Le bambou crée de la richesse, nettoie les rivières, stoppe l’érosion des sols. 

Pour le Kenya, Green Pot a sélectionné trois espèces de bambou : le moso, le bambou géant et le Dendrocalamus membranaceus. Ces espèces, plus viables économiquement que d’autres variétés, sont aussi particulièrement adaptées aux régions où elles seront implantées. « Lorsque nous avons engagé  ce projet, notre plan stratégique a voulu  s’assurer que le marché était en mesure d’accueillir la production de nos arboriculteurs. Les usines que nous construisons sont spécialisées dans trois domaines : la construction de matériaux tels que les parquets, panneaux en lattes et placages, les textiles issus du bambou et les produits énergétiques, qui vont de la production d’électricité aux briquettes combustibles à usage domestique», détaille Caroline Kariuki.  

En Tanzanie, des nouveaux revenus pour 5 000 femmes en milieu rural 

En tant que produit forestier, le bambou a pris de l’importance en Tanzanie ces vingt dernières années. Selon l’INBAR, le bambou est apprécié localement pour la confection d’objets artisanaux et de clôtures, mais aussi dans l’horticulture, pour la fabrication d’accessoires destinés aux plantations de bananes, fabrication de meubles et d’autres produits d’entreprises artisanales, comme la vannerie et les cure-dents.

Presque tous les produits issus du bambou et fabriqués dans le pays sont utilisés localement. L’installation de fermes de bambou devrait permettre d’assurer un approvisionnement durable à de nombreux secteurs, comme ceux de l’artisanat, de la construction ou de l’horticulture.

En partenariat avec le Fonds international de développement agricole, l’INBAR a aidé 100 pépinières de bambou et plusieurs micro-entreprises à s’installer.  

En Ethiopie : le potentiel stratégique de la culture du bambou 

Avec son million d’hectares de bambouseraies, l’Ethiopie est le premier producteur de bambou en Afrique. On y trouve deux variétés indigènes : Yushania alpina, plantée par les agriculteurs des régions montagneuses, et Oxytenanthera abyssinica, qui pousse à l’état naturel dans les plaines. Le pays alimente 67 % du marché africain.

Malgré la taille de ses bambouseraies naturelles, l’Éthiopie n’a que récemment commencé à exploiter cette ressource. Elle veut aujourd’hui s’engager fermement sur la voie des technologies du bambou et du transfert de savoir grâce à l’apport de l’INBAR, mais aussi d’un certain nombre d’experts chinois.  « Le bambou est l’atout stratégique le plus important, et le plus décisif en termes de croissance, pour le reboisement des régions montagneuses et dégradées du pays», affirmait encore récemment le ministre éthiopien de l’Agriculture, Ato Sileshi Getahun.

En Éthiopie, le bambou est utilisé dans l’agriculture pour protéger les rigoles et pour la culture intercalaire des plantes. On s’en sert aussi pour protéger les cultures du soleil et du vent, ou encore sous forme de paillis pour lutter contre la sécheresse. Les Éthiopiens l’utilisent comme combustible, mais aussi pour leurs clôtures ou leurs meubles.  

Au Ghana : une culture ignorée, devenue une manne

Le Ghana dispose actuellement de 400 000 hectares de bambou qui pousse plus ou moins naturellement dans l’ouest du pays. Certaines espèces exotiques ont été introduites, comme le bambou Beema d’Inde, à parois épaisses ou encore le très robuste Oxytenanthera abyssinica d’Éthiopie. Ces deux espèces sont particulièrement utiles pour produire de l’énergie à partir de la biomasse et s’adaptent mieux aux régions sèches.

Selon Michael Kwaku, le directeur du Réseau international sur le bambou et le  rotin (INBAR, International Network for Bamboo and Rattan) pour le Ghana, 18 espèces de bambou d’Hawaï ont été introduites dans le pays en 2004 par le bureau ghanéen du Programme de développement du bambou et du rotin  (BARADEP, Bamboo and Rattan Development Programme) dans le cadre d’un projet mis en place avec l’Opportunities Industrialization Centre, un centre de promotion industrielle . Le projet a aussi été étendu au Togo voisin. 

BARADEP-Ghana a distribué les espèces à des institutions et organisations non gouvernementales (ONG), qui les ont disséminées tout en surveillant leur croissance et leur adaptation à l’environnement du Ghana. Le but de cette opération est d’identifier les plants les mieux adaptés pour les exploitants privés et commerciaux de plantations de bambou. 

Les défis de la commercialisation

Les défis du développement commercial du bambou sont nombreux. Lenteur de l’état, manque de soutien à un secteur encore jeune, institutions financières frileuses qui hésitent encore à accorder des facilités de crédits et des prêts font partie des problèmes à résoudre. Selon Michael Kwaku, la faiblesse structurelle des micro-entreprises complique aussi le soutien des acteurs du secteur. Il existe en outre un fossé technologique important et un manque crucial de compétences. 

En Afrique de l’ouest, l’INBAR offre de l’aide par le biais d’une campagne de sensibilisation sur le potentiel économique du bambou et sur les partenariats avec les gouvernements. Huit pays d’Afrique de l’ouest et d’Afrique centrale ont mis en place des ateliers et organisé des voyages éducatifs en Chine pour acquérir une expérience directe de  l’économie du bambou. « Le bambou constitue un avantage décisif pour le développement d’une économie verte, mais ce qui devrait susciter le plus d’intérêt dans la population, c’est la promesse de revenus pour les ménages », a récemment indiqué Nii Osha Mills, le ministre ghanéen des Terres et des Ressources naturelles, lors d’un événement organisé par l’INBAR.  

En Zambie, le meilleur de l’innovation

En Zambie, une entreprise locale, Zambikes, produit des vélos en bambou, des remorques à vélos pour le transport des produits agricoles, ou encore des « Zambulances » tirées par des vélos, qui seront utilisées par les centres hospitaliers de la capitale, Lusaka.

Les potentialités encore non exploitées du bambou pour la réhabilitation des terres ou des forêts, le stockage du carbone ou l’approvisionnement de millions de personnes dans les communautés rurales sont immenses.

Outre les possibilités pour le secteur manufacturier, le bambou peut fortement contribuer à la réduction des émissions de carbone. Rien qu’en Chine, le bambou devrait permettre le stockage de plus d’un million de tonnes de carbone à l’horizon 2050.

Le directeur général de l’INBAR estime cependant que les décideurs, planificateurs et responsables des plans nationaux de développement durable n’ont pas pris la mesure des bénéfices que cette ressource peut apporter à la société. « Bien utilisé, explique le Dr. Hans Friederich, le bambou peut aider un grand nombre de pays à faible ou moyen revenu à atteindre leurs objectifs de développement durable.»  

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