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Lagos arbore un nouveau look

Août - Novembre 2019

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Lagos arbore un nouveau look

La ville dit adieu aux embouteillages, aux autocars bringuebalants et aux pickpockets
Kingsley Ighobor
Afrique Renouveau: 
Lagos Island from Apogbon, overlooking Apapa Wharf Sea Port. Photo: Africa Media Online/Ademola Akinlabi
Une ville qui se transforme pour dire adieu aux embouteillages, aux autocars bringuebalants et aux pickpockets. Photo: Africa Media Online/Ademola Akinlabi

Une anecdote maintes fois racontée, concernant les embouteillages de Lagos jadis tristement célèbres, veut que l’usager d’un taxi, bloqué dans un bouchon, soit sorti du véhicule, ait rejoint un restaurant de bord de route, y ait mangé, bu une bière et fait une sieste avant de retourner au taxi, qui n’avait pas bougé d’un pouce. Quelques heures plus tard, il atteignait sa destination.

Il y a 10 ans environ, les visiteurs se rendant pour la première fois à Lagos étaient prévenus : « Ici, c’est Lagos », ce qui signifiait qu’il ne fallait attendre aucune aide de quiconque, mais se préparer aux moments difficiles à venir.

Avance rapide jusqu’en 2016, où les embouteillages, le taux de criminalité élevé, les caniveaux obstrués et les routes jonchées d’ordures pourraient bientôt n’être qu’un mauvais rêve. Les Lagotiens d’aujourd’hui se régalent encore d’anecdotes de la ville dystopique, alors même que des améliorations sont visibles dans la ville la plus peuplée d’Afrique, avec 21 millions d’âmes. De nos jours, le message d’accueil « Bienvenue à Lagos » laisse présager de meilleures nouvelles.

Base de la transformation

Lagos a commencé à se transformer sous le mandat de Bola Tinubu, gouverneur de l’État de Lagos de 1999 à 2007. M. Tinubu avait lancé une opération de sauvetage que son successeur, Babatunde Fashola, a ensuite poursuivie. 

Ces efforts s’accompagnaient d’avantages politiques et économiques. « L’État de Lagos est l’État le plus riche du Nigéria ; il produit annuellement près de 90 milliards de dollars en biens et services, ce qui fait que son économie est supérieure à celle de la plupart des pays africains, notamment le Ghana et le Kenya », observe The Economist. 

Sa population en croissance rapide (600 000 personnes supplémentaires chaque année), sans amélioration proportionnelle des services sociaux tels que le logement, l’eau et le transport, avait poussé le Lagos au bord du gouffre. 

 « Manhattan » au large  des côtes

Parmi les impressionnants projets de développement infrastructurel mis en œuvre, le plus audacieux est probablement la création d’une « nouvelle ville » contiguë à Lagos. Surnommée « Manhattan de l’Afrique »,
Eko Atlantic sur l’île Victoria compte 10 millions de mètres carrés de terrains gagnés sur la mer, protégés par une digue de 8,5 km. La construction a commencé en 2008 ; il s’agit de sept districts le long du front de mer, comprenant un quartier d’affaires qui devrait accueillir des banques, des compagnies d’assurances et des compagnies pétrolières de renom, ainsi que la bourse nigériane, une fois achevée.

Le gouvernement de Lagos a réduit le taux de criminalité en fournissant une aide logistique aux forces de police dirigées par le gouvernement fédéral. Il a placé sous vidéosurveillance la majorité de la ville et mis sur pied des programmes d’acquisition de compétences destinés aux « area boys » :
des jeunes, pour la plupart sans emploi, extorquant de l’argent aux automobilistes. Il a également créé des tribunaux mobiles, qui rendent des jugements sommaires.

Le marché d’Oshodi, à environ 10 km de l’aéroport international Murtala Mohammed, représentait autrefois les bons et les mauvais côtés de Lagos : des milliers de personnes allant et venant ; une cacophonie de voix tonitruantes  ; des autocars bringuebalants se frayant un chemin dans une marée humaine ; des pickpockets à l’affût ; des personnes se battant d’un côté, et des personnes dansant sur de la musique diffusée à plein volume , de l’autre. Aujourd’hui, la plus grande partie de ce qui était le marché d’Oshodi a été démolie pour laisser place à une « gare routière de classe mondiale », selon des responsables gouvernementaux.

« L’endroit [Oshodi] abritait des criminels et un certain nombre d’activités inappropriées », a déclaré Steve Ayorinde, l’actuel commissaire de l’État de Lagos pour l’information et la stratégie, selon le journal nigérian Vanguard. M. Fashola lui-même considère la transformation d’Oshodi comme un grand tournant. Durant son mandat, il a souvent rappelé aux Lagotiens que, après avoir transformé Oshodi, il n’y avait rien qu’ils ne puissent  réaliser. 

Lagos devient une ville propre. Il est possible d’y voir des milliers de travailleurs tard chaque soir balayer  les routes et éliminer la saleté. Un service de ramassage des ordures efficace soutient les efforts de nettoyage. Plus d’ un million de tonnes de déchets ont été déposées dans les décharges publiques en 2015, contre 71 000 tonnes en 2004. Près de 72 % des habitants de Lagos utilisent actuellement un service d’élimination des déchets réglementé par le gouvernement ; en 2005, seuls 42 % d’entre eux utilisaient un tel service. 

Les Nigérians regardent généralement la nouvelle Lagos avec incrédulité. « Ce n’est pas la Lagos que je connaissais », dit Sanusi Turay, qui gère une entreprise de sécurité privée dans la ville. La nouvelle Lagos est un peu une anomalie, explique M. Turay, avec une pointe de sarcasme. « Mais, honnêtement, nous sommes très heureux que les choses changent pour le mieux. » 

Juste avant que M. Tinubu ne devienne gouverneur en 1999, la BBC indiquait que
« les réalités de Lagos peuvent contrecarrer les plans ambitieux de M. Tinubu ; la ville s’effondre aussi vite qu’elle se bâtit, disparaissant sous une montagne de détritus. »
Après 15 ans de laborieux efforts, néanmoins, cette image de Lagos évolue lentement. 

La stratégie de M. Fashola

Après le départ de M. Tinubu, la stratégie de M. Fashola se concentrait sur trois fronts. Premièrement, il a sollicité le soutien des citoyens pour une nouvelle vision de Lagos. Le slogan Eko o ni baje (Lagos ne doit pas tomber en ruine) a rallié les Lagotiens contre le statu quo. Deuxièmement, il a réformé le système fiscal, ce qui a porté les recettes fiscales à 115 millions de dollars par mois en 2015, contre 3,2 millions en 1999. Le respect des règles fiscales est passé à 80 %, contre 30 % environ en 2005. Troisièmement, M. Fashola a utilisé ces recettes pour entreprendre des projets ambitieux de transport et d’assainissement, notamment la création d’un réseau de chemin de fer, de voies de bus et d’un système de ramassage des déchets, ainsi qu’une réhabilitation massive des routes. 

Grâce au système de bus à haut niveau de service (BHNS), le transport à Lagos « est devenu plus rapide, plus sûr, plus régulier, relativement moins cher et plus confortable », indiquait Vanguard. Le système de BHNS lui-même a fourni un emploi à 2 500 personnes. La plupart des bus commerciaux de Lagos, notoirement vieux et dangereux, appelés Molues, ont été remplacés par de nouveaux bus chics qui utilisent les voies de bus désignées. Avec le soutien des opérateurs privés, le gouvernement a acheté environ 1 300 taxis pour desservir la ville. 

En outre, un projet ambitieux de réseau ferré léger de plusieurs milliards de dollars lancé en 2010 devrait être achevé en décembre prochain. Le projet consiste en sept voies qui, une fois terminées, faciliteront davantage la circulation  dans la ville de Lagos.

Le voyage n’est pas terminé

Aujourd’hui, les efforts de M. Fashola lui valent des louanges bipartites, un phénomène rare au Nigéria. Le critique social nobélisé Wole Soyinka déclare : « M. Fashola diagnostique les problèmes et s’y attaque comme un mécanicien qualifié. » 

« Ce voyage se poursuit  », déclare M. Fashola, dont le mandat a pris fin en 2015 et qui occupe désormais les fonctions de ministre  fédéral nigérian de l’Énergie, des Travaux publics et du Logement. Lui et son prédécesseur M. Tinubu ont placé la barre haut. Nous ne savons toujours pas à quoi nous en tenir concernant l’actuel gouverneur Akinwunmi Ambode, qui a pris les rênes en mai 2015. Toutefois, pour Lagos, la ville de l’icône de l’afrobeat Fela Kuti et la ville depuis laquelle la personne la plus riche d’Afrique, Aliko Dangote, dirige son empire commercial, le mantra reste en effet Eko o ni baje.   

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