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Le terrorisme éclipse les conflits internes

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Le terrorisme éclipse les conflits internes

Les pays africains tentent de trouver des solutions
Lansana Gberie
Afrique Renouveau: 
A guest is checked with a metal detector at the entrance of a hotel in Yaounde, Cameroon. Photo: Panapress/Jean-Pierre Kepseu
Contrôle de sécurité à l’entrée d’un hôtel de Yaoundé au Cameroun. Photo: Panapress/Jean-Pierre Kepseu
Photo: Panapress/Jean-Pierre Kepseu

Le terrorisme est-il en train de devenir le principal type de conflit en Afrique ? Avec la récente recrudescence des attaques terroristes sur le continent, c’est une question que beaucoup se posent. Depuis janvier, une douzaine de pays africains, notamment le Burkina Faso, le Cameroun, la Libye, le Mali, le Nigéria, la Côte d’ivoire et la Somalie, ont subi des attaques terroristes qui ont fait des milliers de victimes parmi la population civile.  

Les attentats  du début de l’année au Burkina Faso, lors desquels 30 personnes ont été tuées, révèlent un nouveau mode opératoire des assaillants. Apparemment dépourvus d’une base ou d’un réseau de soutien au niveau local de même que d’objectifs stratégiques clairs, ils sont venus d’ailleurs et ont visé des sites touristiques sans liens connus avec le gouvernement ou l’armée.    

Les groupes responsables de ces attaques sont embryonnaires : leur seule caractéristique déterminable est qu’ils affichent des tendances à l’islamisme radical. Ils ne respectent ni les frontières politiques, ni les frontières géographiques  et sauf peut-être en ce qui concerne les milices chabab  en Somalie, ils n’expriment pas de buts politiques clairs pour le pays.  De quelle origine sociale provient ce militantisme meurtrier ? Et que fait l’Afrique pour le combattre ? 

La principale menace sécuritaire

Dans les années 90, les attaques terroristes en Afrique étaient plus ou moins épisodiques, essentiellement liées à des contextes nationaux relativement bien définis (en Algérie, au Libéria, en Sierra Leone et en Ouganda par exemple). Mais aujourd’hui, l’apparition de groupes tels que Boko Haram au Nigéria (avec ses ramifications régionales) et la propagation des attaques des Chabab somaliens au Kenya et en Ouganda font du terrorisme une menace sécuritaire de première importance pour l’Afrique.      

Selon des recherches menées par l’expert en analyse sécuritaire Jakkie Cilliers, directeur de l’Institut des études de sécurité, près de 37% des 39 286 décès causés par des violences en Afrique au cours de l’année 2014 se sont produits  au Nigéria, en raison principalement des attaques de Boko Haram. Le pourcentage de personnes tuées lors d’attaques chabab  en Somalie est presque aussi élevé.

En 2014 par exemple, Boko Haram a tué 6 664 personnes – pour la plupart des civils – au Nigéria, au Cameroun et au Tchad, sans compter les enlèvements de centaines de personnes comme ceux des 250 lycéennes de Chibok il y a un peu plus d’un an. C’est plus que les 6 073 morts causées par  l’Etat islamique  en Irak et en Syrie (EIIS). 

Au total, Boko Haram a tué plus de 15 000 personnes et forcé plus de 2,1 millions de Nigérians à partir de chez eux depuis son apparition il y a quelques années. L’étude de M. Cilliers montre qu’en raison des activités terroristes, le nombre d’affrontements armés en Afrique est passé de 40% du total mondial en 2013 à 52% en 2014. Ceci en dépit du fait que l’Afrique compte à peine 16% de la population mondiale.    

Plusieurs groupes terroristes affiliés à Al-Qaeda ou sous son influence sévissent sur le continent. Ils opèrent au sein de la vaste région du Sahel, en Libye, en Tunisie et en Algérie ainsi qu’au Nigéria, au Cameroun, au Tchad, en Somalie, au Mali et au Kenya.   

Les attaques meurtrières contre l’Hôtel Radisson Blu dans la capitale malienne Bamako le 20 novembre 2015, qui ont fait 22 morts y compris deux des assaillants, et l’attaque étrangement similaire contre l’Hôtel Splendid de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, le 15 janvier 2016, qui en a fait 30, ont été revendiquées par Al-Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI).  

La riposte des armées 

Le Nigéria a dépensé des milliards de dollars et mobilisé des dizaines de milliers  de soldats pour lutter contre Boko Haram, tout comme l’ont fait d’autres pays africains en s’appuyant sur une aide étrangère conséquente. Ces efforts ont émoussé le pouvoir des groupes terroristes. Depuis l’élection du Président Muhammadu Buhari au Nigéria en mars 2015, Boko Haram semble avoir été chassé de larges pans du territoire qu’il occupait auparavant – mais ses membres demeurent actifs au Nigéria et dans les pays limitrophes.   

En Afrique de l’Est,  les puissantes armées éthiopienne, kényane et ougandaise doivent affronter les Chabab  en Somalie et au Kenya. La présence de troupes régionales opérant dans le cadre de la Mission  de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) a empêché les Chabab  de prendre le contrôle du pays. A l’exception de l’attentat à la bombe raté contre le vol de la compagnie Daallo Airlines au départ de Mogadiscio en début d’année, le groupe n’a pas pu mener récemment de vraies attaques contre les pays voisins de la Somalie.  

Qui sont les terroristes ? 

Au sein de l’Union africaine, la définition d’un groupe terroriste continue à  faire l’objet de vifs débats. Les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique de l’Est qui sont directement touchés par de telles attaques ont plus facilement tendance à qualifier de terroristes les groupes de militants. Les pays d’Afrique australe, dont les luttes pour se libérer de la domination blanche ont été à l’époque qualifiées de terroristes, se montrent plus méfiants vis à vis du terme. Après tout, avancent-ils, même Nelson Mandela fut un jour considéré par les principales puissances occidentales comme un terroriste. Par conséquent, l’Union africaine a adopté une définition relativement alambiquée du terrorisme dans laquelle elle se contente d’y faire allusion. Les luttes armées menées par les peuples en conformité avec « les principes du droit international, pour la libération ou leur auto-détermination, y compris la lutte armée contre le colonialisme, l’occupation, l’agression et la domination par des forces étrangères», ne sont pas considérées comme des actes terroristes  établit-elle. La difficulté consiste dès lors à déterminer les causes, les facteurs et le déroulement de chaque action violente ou de chaque manifestation extrêmiste.  

Certains actes de terrorisme sont dus, d’après certains experts, à des problèmes qui n’ont pas été résolus à l’échelle locale. Si une majorité d’attaques sont jugées terroristes, leurs auteurs sont-ils par conséquent des groupes terroristes en vertu de la définition opaque donnée par l’Union africaine ? Ces experts estiment qu’il pourrait être plus judicieux d’identifier le contexte social particulier dont est issu chaque groupe – ce dont il se nourrit et ce qui fait qu’il persévère  en dépit des puissantes forces engagées contre lui. 

Boko Haram était au départ un mouvement de rébellion local dans le nord du Nigéria et il le resta pendant de nombreuses années. Il a été nourri par un ressentiment largement partagé au sein de la population à l’encontre des retards économiques et sociaux dont pâtit la moitié nord du Nigéria et de la négligence du gouverment vis-à-vis de cette région très pauvre. L’élection de M. Buhari, originaire du nord, a affaibli l’attrait du groupe, ce qui explique en partie son recul territorial.  

Contre-attaques

La réorganisation récente de la Force multinationale mixte (FMM)  décidée par le Nigéria, le Cameroun, le Niger, le Tchad et le Bénin pour lutter plus efficacement contre Boko Haram a suscité d’immenses espoirs en Afrique de l’Ouest. La Force a été créée en 1994 par le gouvernement du Nigéria pour « mettre en échec le banditisme et faciliter la libre circulation» le long de sa frontière nord.  Mais en janvier 2015, la force a connu un premier recul lorsque les combattants de Boko Haram ont pris d’assaut son quartier général à Baga au Nigéria, après quoi celui-ci a été transféré à N’Djamena au Tchad, et le nombre de ses troupes augmenté. 

Sous l’égide de la Commission du bassin du lac Tchad, un nouveau concept d’opération a été récemment adopté. En octobre 2015, les États-Unis ont déployé 300 membres des Forces spéciales au Cameroun en appui à la FMM  afin d’aider à la surveillance de Boko Haram. Selon certaines informations il se pourrait que le président Barack Obama envisage d’accroître les activités anti-insurrectionnelles contre  l’Etat islamique en Libye.     

Pour sa part, le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé son soutien à l’AMISOM ainsi qu’à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) – toutes deux chargées de combattre les activités des groupes armés. Les attaques de ces groupes, y compris contre les casques bleus, n’ont pas cessé dans les deux pays. 

La résolution 2232 du Conseil de sécurité, adoptée en juillet 2015, demande à l’Union africaine de procéder à « une reconfiguration structurée et ciblée de l’AMISOM afin d’accroître son efficacité, en particulier en renforçant ses structures de commandement et de contrôle, et en améliorant les opérations intersectorielles.»  

En dépit de tout ceci, le rapport publié par l’ONU le 12 novembre 2015 sur la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel dresse un triste bilan de la situation, indiquant que « les groupes terroristes ont multiplié les attaques asymétriques dans le nord et étendu leur champ d’action vers le sud en menant des assauts dans le centre du pays, y compris à Bamako, et à la frontière avec le Burkina Faso et la Mauritanie, ainsi que dans le sud de la région frontalière de la Côte d’Ivoire.» En dépit d’un accroissement des activités terroristes, nombreux sont ceux qui estiment  que l’Afrique doit se réjouir de la fin de plusieurs guerres importantes – en Angola, en Côte d’Ivoire, au Libéria et en Sierra Leone. Les efforts déployés, avec l’appui international, par les gouvernements africains et leur armée pour mettre en échec le terrorisme ne doivent pas faire perdre de vue l’importance d’avoir mis fin à de nombreuses  guerres. 

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