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ODD : Ne laisser personne pour compte

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ODD : Ne laisser personne pour compte

— David Nabarro
Masimba Tafirenyika
Afrique Renouveau: 
David Nabarro, UN Secretary-General’s special adviser on the sustainable development goals.
David Nabarro, le Conseiller special du Secrétaire général de l’ONU pour les ODD.

David Nabarro est le nouveau Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon pour le Programme de développement durable (ODD), un plan d’action conçu pour mettre fin à la pauvreté, adopté par les États Membres en septembre 2015 pour remplacer les objectifs du Millénaire pour le développement. Le docteur Nabarro oeuvrera de concert  avec les États Membres pour mettre en œuvre les objectifs de développement durable (ODD) d’ici à 2030. L’échange qui suit est un extrait de l’entretien qu’il a accordé à Masimba Tafirenyika pour Afrique Renouveau. 

Afrique Renouveau : Commençons par votre nomination au poste que vous occupez… Elle représente sans doute l’un des défis les plus importants de votre carrière. Qu’avez-vous pensé lorsque vous avez appris la nouvelle ?

David Nabarro: Le Secrétaire général m’a téléphoné en décembre pour me demander si j’étais prêt à prendre le poste. La première chose qui m’a traversé l’esprit, c’était que j’allais succéder à Amina Mohammed, une femme extraordinaire et une dirigeante de premier plan, qui a aidé les Nations Unies à concevoir les objectifs de développement durable. C’était donc un honneur pour moi qu’on me propose ce travail. C’est aussi une immense responsabilité, qui peut être intimidante. Dans le même temps, c’est une tâche de la plus haute importance, puisque les ODD ne sont rien de moins qu’un plan pour l’avenir de la planète et de ses habitants. C’est un travail difficile, car on me demande d’aider le Secrétaire général à faire en sorte que les ambitions des dirigeants du monde entier se traduisent concrètement. 

Votre principale tâche sera de travailler avec les États Membres et les autres acteurs pour mettre en œuvre l’Agenda 2030. En quoi cela consiste-t-il ? 

La plus grande partie du travail sur l’Agenda 2030 pour le développement durable revient aux États Membres, c’est-à-dire aux gouvernements et institutions des pays concernés. Il y a déjà des signes clairs que certains États veulent agir rapidement pour aligner leurs plans nationaux avec cet agenda. Ils seront soutenus dans leur démarche par les Nations Unies et par un vaste mouvement qui réunit la société civile, les entreprises, les organisations confessionnelles, des groupes de scientifiques, les médias et bien d’autres encore. Mon travail est d’aider le Secrétaire général à garder un œil sur les agissements des uns et des autres et de lui indiquer où concentrer ses efforts pour accompagner le processus.  

Qui est responsable de la mise en œuvre des ODD ? Les gouvernements devront-ils rendre des comptes si les objectifs ne sont pas appliqués ? 

Les objectifs ont été décidés par les dirigeants du monde entier qui se sont engagés au nom de leurs peuples. Ce sont donc bien les gouvernements nationaux qui devront rendre des comptes à leurs peuples, et ces peuples sont en droit d’attendre et d’exiger de leurs dirigeants la poursuite de ces objectifs dans ces pays.      

Le coût du financement des ODD est estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars sur les 15 prochaines années. D’où viendra cet argent et allez-vous demander que des ressources supplémentaires soient allouées pour les pays les plus pauvres ? 

Les ODD concernent tous les pays du monde. Lorsque les dirigeants des États se sont fixé ces objectifs, l’idée était qu’ils sous-tendraient leurs plans nationaux de développement. Les dépenses existantes des gouvernements devront donc être ajustées pour s’aligner sur les ODD, ce qui signifie qu’une grande partie du financement viendra des budgets nationaux existants. Il faudra trouver d’autres apports bien sûr, car même s’ils coûtent cher, certains objectifs sont absolument nécessaires, en particulier dans les pays les plus pauvres, pour que tout le monde ait une chance d’en bénéficier et pour s’assurer que personne ne sera laissé pour compte. Pour y arriver, il est donc essentiel que les financements suivent et soient même, dans certains cas, complétés par des investissements du secteur privé. Et pour que l’argent reste disponible, les [donateurs] seront appelés à poursuivre leur aide au développement plutôt qu’à la  réduire du fait des pressions intérieures. Aux Nations Unies, notre travail, entre autres, est de faire en sorte que l’aide au développement aux pays pauvres ne soit pas interrompue.

Certains experts estiment qu’une partie de l’argent destiné aux ODD pourrait venir d’un renforcement de la lutte contre la circulation de capitaux illicites. L’Agenda 2030 appelle à réduire ces flux de capitaux illicites et à aller plus loin dans le recouvrement et le retour des avoirs volés. Quel est votre point de vue sur ces questions ?

Le plus important à mon sens, c’est que les gouvernements mettent en place des systèmes justes et transparents et s’assurent que les fonds nécessaires au secteur public soient  effectivement usés au profit du public. Cette approche est au cœur des principes qui sous-tendent les ODD. S’il arrive que [de l’argent soit] déplacé d’un pays à un autre sans réelle obligation de rendre des comptes, ou que de l’argent soit détourné [pour ne pas payer] d’impôts, et pas seulement dans les pays pauvres, alors bien entendu cela aura un impact négatif sur la réalisation des ODD. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle un bon usage des recettes fiscales et des budgets est absolument indispensable à la réussite  de la mise en œuvre des ODD.  

Craignez-vous que la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme au niveau mondial détourne les ressources qui devraient être consacrées aux ODD ? 

Quand je parle aux responsables des gouvernements des pays touchés par l’extrémisme et le terrorisme, ce que j’entends surtout, c’est qu’ils voudraient  consacrer plus de ressources encore aux ODD pour détourner les jeunes, et plus particulièrement ceux qui ont déjà reçu une certaine formation, des discours extrémistes. Il ne fait aucun doute pour moi qu’investir dans les ODD est une condition préalable à la réduction des risques liés à la violence extrémiste.

L’un des défis soulevés par les OMD était l’absence de régularité dans la publication des rapports nationaux de rendement. Est-il prévu d’informer régulièrement les citoyens de l’avancement des ODD ?

L’Agenda 2030 fera l’objet d’un suivi et d’une évaluation réguliers par l’ensemble des pays, grâce au mécanisme annuel d’une structure qui a pour nom le Forum politique de haut niveau. Celui-ci permettra aux pays d’expliquer où ils en sont des objectifs qu’ils se sont engagés à remplir. C’est une manière transparente de permettre aux citoyens d’interroger leurs gouvernements sur leurs performances, de comprendre pourquoi certaines activités n’ont pas eu le succès escompté et pourquoi d’autres ont mieux réussi.   

De nombreux pays et régions disposent de leur propres plans de développement, comme l’Union africaine avec l’Agenda 2063. Comment les ODD s’inscriront-ils dans ces plans ? 

Les ODD ont été adoptés par tous les dirigeants du monde en connaissance de cause : ils savaient déjà que certaines activités dans leur pays se refléteraient directement dans les ODD. L’idée n’est pas de redéfinir les plans nationaux dans leur intégralité, mais de les aligner sur  les ODD. Dans certains pays cela suppose simplement de laisser les choses comme elles sont. Dans d’autres, elles devront être changées pour mieux s’aligner sur les ODD. 

Parlons maintenant des cibles des ODD : qui est chargé de les concevoir ? Ces cibles sont-elles les mêmes pour les pays riches et les pays pauvres ?

Les cibles des ODD sont proposées aux pays pour les aider à évaluer leurs progrès. Les indicateurs qui s’appliquent à chacune des cibles sont eux aussi à la disposition des pays, qui peuvent s’en servir pour évaluer leurs progrès. Le [processus] est défini à partir du pays lui-même, il est basé, centré, orienté sur le pays. Et c’est au pays de décider quels cibles et indicateurs il veut retenir. Aucun groupe ni structure extérieure ne décidera à leur place. 

Comme on le dit souvent : « Si tout est important, alors rien ne l’est vraiment. » Quel est selon vous l’ODD le plus important pour les pays africains ? 

Je travaille sur les questions de développement depuis  plus de 40 ans et j’ai été témoin des réalités quotidiennes que doivent affronter les personnes pauvres et vulnérables. Leurs vies sont liées . Les questions agricoles, climatiques, d’égalité des sexes, de santé et d’éducation ont elles aussi tendance à être inextricablement liées. On ne peut pas s’emparer d’un domaine, d’un aspect unique de l’existence humaine et le traiter comme s’il n’avait pas de lien avec le reste. Je pense donc que les différentes problématiques identifiées par les ODD sont importantes et que si vous en enlevez une, c’est un peu comme si vous délogiez la grosse pierre qui se trouve au centre de l’arche d’un pont : le pont tout entier s’écroule. J’ai l’intime conviction que toutes ces questions sont importantes.

Comment peut-on être optimiste et croire aujourd’hui que d’ici 15 ans la plupart des ODD auront été atteints ?

Mon optimisme s’appuie sur ce que j’ai vu : l’incroyable capacité des hommes à se réunir autour d’objectifs communs qui visent à améliorer les conditions de vie de leurs semblables, et à travailler dur pour atteindre des résultats. Quand on écoute ou que l’on regarde les informations, on entend parler que du pire. Mais à chaque mauvaise nouvelle diffusée correspondent des milliers d’autres témoignages sur des choses qui fonctionnent mais dont les médias ne parlent pas. Mon optimisme me donne la conviction que les gens se rassembleront et atteindront les objectifs qu’ils se sont fixés en mettant en avant la lutte contre le changement climatique ou les crises de longue durée, le combat pour l’équité entre les sexes, les droits de l’homme et le financement du développement.   

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