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Le Sénégal et les objectifs du Millénaire

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Le Sénégal et les objectifs du Millénaire

Il faut, pour réduire la pauvreté, de la volonté, des moyens et une action communautaire
Afrique Renouveau: 
Dakar
Ces dix dernières années, le Sénégal a augmenté le pourcentage d'enfants inscrits à l'école primaire. Photo : ©AfricaPhotos.com
Ces dix dernières années, le Sénégal a augmenté le pourcentage d'enfants inscrits à l'école primaire. Photo : ©AfricaPhotos.com

Les habitants de la minuscule île sénégalaise de Gorée essaient de réaliser plusieurs des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Adoptés en 2000 par la communauté internationale sous l'impulsion de l'ONU, ces OMD comprennent huit objectifs bien précis relatifs au développement, devant être atteints à l'échelle mondiale d'ici à 2015. Il s'agit notamment de réduire de moitié le nombre de personnes vivant dans la pauvreté.

Située à 20 minutes environ en bateau de la côte du Sénégal, Gorée compte à peu près 1 500 habitants. C'était, à l'époque du commerce transatlantique d'esclaves, l'un des ports les plus importants et c'est aujourd'hui l'une des grandes attractions touristiques du Sénégal. Malgré cette particularité, Gorée est avant tout une île pauvre dotée de peu de services.

Il y a deux ans, les habitants ont débattu en public de leur vision d'avenir pour l'île et ont, entre autres, prévu d'inscrire d'ici à 2005 tous les enfants de 3 à 5 ans dans des programmes préscolaires et de veiller à ce que chaque travailleur ait un "travail autorisé", c'est-à-dire un emploi stable. Ils ont réalisé des progrès. Grâce à la participation des parents et à des dons financiers couvrant en partie les frais de scolarité, sur les 200 enfants environ de cet âge que compte l'île, quasiment tous sont maintenant inscrits. Les habitants s'efforcent de créer de nouvelles entreprises et d'aider les commerces existants, comme les restaurants et les services artistiques destinés aux touristes.


Ces dix dernières années, le Sénégal a augmenté le pourcentage d'enfants inscrits à l'école primaire.

 

Photo : ©AfricaPhotos.com


 

Toutes ces initiatives correspondent aux objectifs et à l'esprit des OMD. Mais si on leur posait la question, les habitants diraient ne rien savoir des OMD. Ils essaient seulement de gagner leur vie et d'améliorer les conditions de vie de leur famille. De même dans le reste du Sénégal, des gens ordinaires s'efforcent tous les jours, d'une façon ou d'une autre, d'atteindre un ou plusieurs des OMD. Mais pour eux, il est simplement question de survie.

Le Sénégal a été sélectionné par l'ONU, parmi plusieurs pays, pour participer à un projet pilote interorganisations visant à aider le gouvernement à perfectionner les stratégies et programmes de réduction de la pauvreté. Ces efforts porteront sur la région de Tambacounda, dans le sud-est du pays, une vaste région appauvrie comptant environ 545 000 habitants. M. Taib Diallo, représentant du Programme des Nations Unies pour le développement au Comité directeur officiel du Sénégal pour les OMD, espère que les enseignements tirés du projet interorganisations de Tambacounda donneront lieu à des modèles pouvant servir dans d'autres régions.

On considère souvent que le Sénégal présente des conditions favorables à la réalisation des objectifs de développement : un régime historiquement stable et démocratique et un gouvernement qui adhère depuis longtemps à diverses conventions internationales relatives au développement et aux droits de l'homme, ainsi que des initiatives régionales et panafricaines, comme le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique. Et la campagne en faveur des OMD est soutenue en haut lieu.

Des objectifs atteignables

"Nous pensons que le Sénégal est l'un des pays où ces objectifs peuvent être atteints", a déclaré à Afrique Relance Jeffrey Sachs, directeur du Millennium Development Project et conseiller spécial pour les OMD auprès du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, lors d'une visite à Dakar en février. Mais pour l'instant, a-t-il ajouté, le Sénégal n'est pas encore sur la voie menant à la réalisation de ces objectifs.

"Je crois, a indiqué M. Sachs, qu'il faut intensifer les activités de réduction de la pauvreté. Il faut donc davantage de ressources financières et organisationnelles et une plus grande mobilisation politique."

A terme, dit-il, le succès dépendra du huitième OMD : "mettre en place un partenariat mondial pour le développement". Il faut en particulier plus d'argent. "Continuer à faire comme si de rien n'était ne suffit pas et risque de ne pas aider à réduire la pauvreté. Sans l'apport décisif d'investissements plus importants, rien ne changera."

Le montant nécessaire n'est pas encore déterminé avec certitude. Le Comité directeur des OMD estime ce montant à plus de 4 milliards de dollars de 2003 à 2015. Sans citer de chiffres précis, M. Sachs rappelle : "Si les donateurs ne donnent pas davantage d'argent, nous n'allons pas atteindre les OMD."

Mme Voré Gana Seck, directrice générale de Sénégal Vert, une organisation non gouvernementale (ONG) de la ville de Thiès, note que le Sénégal peut lui-même faire beaucoup de choses. "J'espère que nous pourrons atteindre certains des objectifs, comme pour l'eau et l'éducation", a-t-elle dit dans une interview. Mais les montants de l'aide et d'autres facteurs externes ne dépendent pas du Sénégal. "Tout dépend du partenariat mondial. Si les pays riches ne s'impliquent pas, s'il n'y a pas de véritable partenariat -- et pas seulement au niveau de l'aide -- alors les choses ne changeront pas."

Un grand défi

Au Sénégal, il est pourtant absolument nécessaire de progresser dans la réalisation des objectifs du Millénaire. La majorité des 10 millions d'habitants vivent, en particulier en milieu rural, en dessous ou juste au niveau du seuil de pauvreté. D'après le Rapport sur le développement humain de 2003 du Programme des Nations Unies pour le développement, le Sénégal se classe 156e sur 175 pays lorsqu'on considère le bien-être général de sa population.

Comme le pays ne dispose que de maigres réserves de minerais, son économie dépend à environ 60 % de l'agriculture et de la pêche. D'après les estimations, le revenu annuel par habitant est de 476 dollars, mais, en réalité, rares sont les personnes qui les gagnent.

 



"Nous devons faire connaître les OMD auprès des organisations de la société civile, des administrateurs du gouvernement, de l'assemblée nationale, de façon à ce que chacun commence à comprendre les OMD et ce qu'ils supposent."
-- Aboubacry Demba Lom, Ministre de la planification


 

Selon les estimations publiées en janvier par le Ministère de l'économie et des finances, la proportion de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté a diminué, passant de 67,9 % en 1994-95 à 57,1 % en 2001-02, d'après des évaluations réalisées auprès des ménages. Mais même après avoir reculé de 10 %, la pauvreté reste répandue. C'est en milieu rural qu'elle est la plus importante et elle est également plus élevée dans les villes autres que Dakar.

L'économie sénégalaise est en difficulté en raison de différents facteurs qui sont apparus pendant les années 70. Une sécheresse persistante a entraîné l'exode vers les agglomérations urbaines d'une grande partie de la main-d'oeuvre rurale apte au travail, ainsi qu'une importante émigration à l'étranger.

Parallèlement, le gouvernement a réduit les subventions accordées aux semences, aux engrais et autres intrants agricoles, ce qui a accru les difficultés des agriculteurs. La baisse sur les marchés mondiaux du prix des arachides, principale culture d'exportation du Sénégal, a durement frappé en particulier les ruraux. Ces difficultés ont aggravé l'exode rural et bon nombre de villages sont maintenant majoritairement peuplés de jeunes femmes, d'enfants et de personnes âgées.

Ces problèmes ont été exacerbés par les effets négatifs des programmes d'ajustement structurel engagés à la fin des années 70, qui ont contribué au taux de chômage élevé et à la réduction importante du budget des services sociaux. De plus, la devise nationale, le franc CFA, a été fortement dévaluée en 1994, ce qui s'est traduit par une hausse marquée des prix à la consommation.

"La qualité et la distribution des services restent problématiques, notamment en milieu rural", remarque le Ministre de la planification, Aboubacry Demba Lom, qui est le conseiller présidentiel pour les OMD et qui préside le Comité directeur du gouvernement pour les OMD. "Il est important que tous les services comme l'eau, la santé, l'électricité et le téléphone soient accessibles dans l'ensemble du pays. Cela contribuera à restreindre les migrations. C'est un grand défi pour le gouvernement."

Il faut également lutter davantage contre la dégradation de l'environnement, a déclaré M. Lom à Afrique Relance. Il est nécessaire de mettre en place un programme de sensibilisation à la pêche excessive, qui commence à épuiser certains stocks de poissons. "La surpêche est un problème, explique-t-il, mais la plupart des gens qui pêchent pour se nourrir ne font pas nécessairement le rapport. Ce qu'elles savent c'est qu'elles doivent maintenant aller plus au large pour attraper des poissons."

Dans les villes, le chômage est répandu, en particulier chez les jeunes. Dans la capitale, Dakar, il y a dans les rues de plus en plus de mendiants, dont un nombre croissant d'enfants, de femmes accompagnées d'enfants et de personnes handicapées. L'économie parallèle se développe et représenterait, selon certaines estimations non officielles, jusqu'à 70 % du produit intérieur brut national.

Lors d'une réunion entre M. Sachs et une centaine de membres d'ONG, de pouvoirs publics locaux, du secteur privé, des médias et des milieux universitaires, les participants ont souligné qu'il était important de maintenir et de créer des emplois pour combattre la pauvreté. Comme l'a fait remarquer un participant, "chaque personne qui travaille au Sénégal entretient de 10 à 20 personnes".

Une incitation

La plupart des objectifs précis de la campagne du Millénaire ne sont pas nouveaux, remarque M. Lom. "Le Sénégal s'efforce déjà d'atteindre en principe les OMD. Ce sont des objectifs qui ont été définis au préalable à l'ONU dans d'autres déclarations, accords internationaux, etc. Ce qui est différent, c'est qu'ils sont assortis d'échéances précises."

Ces objectifs, estime-t-il, "incitent les gouvernements à remédier plus activement à ces problèmes. Il est également clairement indiqué que les pays développés doivent aider les pays en développement si l'on veut atteindre ces objectifs".

Les OMD, commente M. Ian Hopwood, Représentant résident de l'UNICEF au Sénégal, "sont relativement clairs, faciles à communiquer. Ils aident à attirer l'attention sur les problèmes et à exiger une action plus efficace dans ce domaine".

 

Sénégal : Principaux indicateurs sociaux

Population vivant avec moins de 2 $ (E.-U.) par jour (%)

57,1

Population atteinte de malnutrition, (%)

 25

Inscriptions à l'école primaire, %

66

Mortalité des moins de 5 ans, pour 1 000

138

Mortalité maternelle, pour 100 000 naissances

560

Prévalence du VIH chez les adultes, %

1,4

Population ayant accès à de l'eau salubre, %

 78

Pourcentage de femmes parlementaires

19,2

Source : Ministère sénégalais de l'économie et des finances ; PNUD, Indicateurs du développement humain 2003; ONUSIDA ; UNICEF..

 

Du point de vue du Sénégal, explique M. Lom, "les OMD surviennent à un moment où le gouvernement a pleinement conscience des problèmes socioéconomiques et s'efforce activement d'y remédier". Cela se traduit par le soutien que le Président du Sénégal Abdoulaye Wade apporte à l'initiative, ainsi que par sa décision de nommer M. Lom au poste de conseiller présidentiel spécial pour les OMD et de constituer un comité directeur national -- composé de fonctionnaires des ministères et de représentants d'ONG nationales et internationales et du secteur privé -- afin de superviser l'action menée.

En mai 2003, le comité directeur a organisé une réunion consultative nationale de cinq jours dans la ville côtière sénégalaise de Mbour. Les quelque 120 participants ont évalué les progrès du Sénégal par rapport aux objectifs de développement et ont recensé les obstacles à ces progrès. Il a notamment été recommandé d'examiner la politique de décentralisation du gouvernement, qui a été adoptée dans les années 80 et s'est accompagnée d'une réduction des services sociaux de base fournis par l'Etat.

D'après M. Lom, le Sénégal dispose aujourd'hui "d'un programme dans quasiment tous les domaines ciblés par les OMD". Deux rapports ont déjà été établis sur les OMD au Sénégal, le premier en 2001 par le PNUD en consultation avec le gouvernement et le deuxième en février par le Comité directeur pour les OMD. Le deuxième rapport a tenu compte de l'opinion de tous les ministères, et en communiquant directement les uns avec les autres, les différents ministères ont appris "pour la première fois" ce que les autres faisaient.

Il est cependant nécessaire de susciter une plus grande prise de conscience des objectifs du Millénaire, ajoute M. Lom. "Nous devons faire connaître les OMD auprès des organisations de la société civile, des administrateurs du gouvernement, de l'assemblée nationale, de façon à ce que chacun commence à comprendre les OMD et ce qu'ils supposent."

Dans certains domaines, comme l'inscription à l'école primaire, les efforts ont déjà donné certains résultats. D'après M. Wally Badiane, administrateur de programme adjoint au Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), près de 66 % des enfants en âge d'aller à l'école primaire sont maintenant inscrits. En 1990, ce taux était inférieur à 60 %. "Il y a eu un grand effort de mobilisation et de sensibilisation qui a porté ses fruits", note M. Badiane, qui est également membre du Comité directeur pour les OMD.

Le rôle de la société civile

L'existence d'une société civile active et organisée est un facteur favorable à la réalisation des OMD au Sénégal, constate Mme Seck de Sénégal Vert. "Dans certains pays, les organisations de la société civile sont souvent considérées comme des fauteurs de troubles. Mais ici, au Sénégal, ce n'est pas le cas. Ici, nous jouons un rôle de surveillance, mais nous travaillons également avec le gouvernement et l'on considère que nous agissons en partenariat avec le gouvernement pour atteindre des objectifs communs."

 


La campagne en faveur des OMD vise à réduire les taux de mortalité infantile et maternelle.

 

Photo : ©PNUD / Française Gerber


 

Mme Seck estime que la campagne des OMD est "un effort qui en vaut la peine. Il faut commencer par avoir une vision d'avenir". Et les objectifs peuvent être atteints, pense-t-elle, bien que l'échéance de 2015 "soit un peu trop rigide".

Et, d'après Mme Seck et d'autres, il faut faire participer davantage les groupes de la société civile aux efforts entrepris. Lors de la réunion entre M. Sachs et les ONG, les participants ont remarqué qu'aucun groupe d'agriculteurs n'était présent et ils ont fortement recommandé que les associations d'agriculteurs soient plus directement représentées lors des réunions à venir sur les OMD.

Sensibiliser les femmes

Les femmes constituent également un groupe important. Le 8 mars 2003, à l'occasion de la Journée internationale de la femme, le groupe de Mme Seck a organisé une conférence d'une journée sur le thème "les Objectifs de développement du Millénaire et les femmes". Les ateliers ont été présentés en wolof, la principale langue indigène du pays.

"Avant cet atelier, raconte Mme Seck, la plupart des participants ne savaient rien des OMD. Nous avons voulu sensibiliser les femmes à ce sujet et également parler des liens qui existent avec les questions qu'elles connaissent et qui les mobilisent déjà, comme le VIH/sida et la réduction de la pauvreté."

D'après Mme Abibatou Ndiaye, présidente nationale de la Fédération des associations de femmes sénégalaises, qui représente environ 400 groupes de femmes, il devrait y avoir au sein du Comité directeur pour les OMD quelqu'un "qui s'occupe directement des questions féminines".

Son groupe et d'autres associations ont déjà réussi dans une certaine mesure à faire prendre conscience de l'importance d'accroître la scolarisation, notamment pour les filles. L'écart entre filles et garçons à l'école primaire a été réduit, a expliqué Mme Ndiaye à Afrique Relance, "mais plus on monte de classe, plus les filles sont rares, surtout dans les régions rurales". Elle demande donc des programmes qui examinent la qualité de l'éducation, réduisent les taux d'abandon et luttent contre les pratiques et attitudes sociales et traditionnelles qui s'opposent à la scolarité des filles et les infrastructures inadéquates (classes nombreuses et manque de toilettes pour les filles), proposent des services de conseil et "une formation des enseignants tenant compte des sexospécificités".

Il faut également remédier aux coûts de la scolarité, ajoute Mme Ndiaye. Les frais d'inscription dans l'enseignement public s'élèvent à 5000 CFA par an (environ 10 dollars) -- somme importante pour une famille qui a souvent plusieurs enfants -- et le coût des fournitures scolaires est en sus. "Si l'on est sérieux, dit-elle, il faut donner à cette action en faveur des OMD les moyens de réussir. Les fonds doivent aller à la communauté locale et ne pas seulement servir à payer les séminaires, les voitures et les salaires."

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