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L'Afrique et l'Asie renforcent leurs alliances

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L'Afrique et l'Asie renforcent leurs alliances

Commerce, investissements et assistance technique : une plus grande coopération
Afrique Renouveau: 
Des techniciens indiens expliquent un procédé de fabrication à des participants africains, dans un atelier éthiopien. Photo : ©PNUD / I. Rajeswary
Des techniciens indiens expliquent un procédé de fabrication à des participants africains, dans un atelier éthiopien. Photo : ©PNUD / I. Rajeswary
Photo : ©PNUD / I. Rajeswary

Dans la ville sénégalaise de Thiès, une nouvelle entreprise, "Senbus", assemble des autobus à 30 sièges destinés aux marchés nationaux et régionaux. Les premières machines produites par cette usine de montage de véhicules, qui est la première du Sénégal, sont sorties de l'usine en septembre 2003 grâce à un partenariat entre investisseurs sénégalais et Tata International, l'une des sociétés les plus importantes de l'Inde.

Cette usine est un "fier symbole de coopération Sud-Sud", a déclaré le Ministre d'Etat indien, Digvijay Singh, lors de la cérémonie d'inauguration. Le Président du Sénégal, Abdoulaye Wade, a félicité le gouvernement indien "d'avoir su convaincre le secteur privé indien d'investir au Sénégal, pays frère". Il a noté que les initiatives de ce type allaient dans le sens des priorités du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), qui accorde beaucoup d'importance à la collaboration entre pays africains et non-africains. "Allez, le secteur privé africain!" a déclaré le Président Wade à la fin de son discours. "Vive la coopération entre le Sénégal et l'Inde!"

 


Des techniciens indiens expliquent un procédé de fabrication à des participants africains, dans un atelier éthiopien.

 

Photo : ©PNUD / I. Rajeswary


 

Senbus n'est qu'un exemple parmi d'autres des échanges entre le Sénégal et l'Inde. Cette année, l'entreprise industrielle la plus importante du Sénégal, une entreprise de fabrication de produits chimiques, devrait exporter pour 155 millions de dollars d'acide phosphorique dans ce pays. De son côté, le Gouvernement indien forme des techniciens et des cadres sénégalais et appuie des projets concernant le riz, le coton, l'énergie solaire et les nouvelles technologies de l'information. Il étudie également les possibilités de construction d'une ligne de chemin de fer entre le nord et le sud du Sénégal.

Les relations de plus en plus importantes entre le Sénégal et l'Inde sont révélatrices d'une tendance générale. Dans toute l'Afrique, on voit de plus en plus de pays nouer de nouvelles relations avec des pays en développement d'Asie. Les exemples sont nombreux:

-- Kampala, la capitale de l'Ouganda, accueille sur son territoire un Centre d'affaires malaisien, établi sous l'égide d'entreprises malaisiennes afin d'étudier les possibilités d'échanges commerciaux et d'investissements entre les deux pays.

-- La Chine dispose de 11 centres de ce type à travers l'Afrique et, ces trois dernières années, elle a offert plus de 7 000 bourses d'études à des Africains.

-- Quelque 2 000 experts en agriculture et en sécurité alimentaire vietnamiens proposent des formations au Bénin, à Madagascar, en République du Congo et au Sénégal

-- En 2001, l'Afrique du Sud a enregistré 5,7 milliards de dollars d'échanges avec les pays en développement d'Asie, soit 12 % de son total mondial (19 % si l'on prend en compte le Japon).

-- La même année, la Guinée-Bissau a réalisé plus de la moitié de l'ensemble de ses recettes d'exportation avec l'Asie, essentiellement grâce à ses ventes de noix de cajou en Inde et en Thaïlande.

Les pays d'Asie ont également largement contribué aux tentatives de règlement des conflits armés en Afrique. Les pays développés hésitant à affecter des troupes aux missions de maintien de la paix de l'ONU, les armées d'Asie ont pris la relève. Quand l'année 2004 a commencé, il y avait 15 375 soldats, observateurs militaires et policiers asiatiques affectés aux six missions de maintien de la paix de l'ONU en cours en Afrique, représentant 43 % des effectifs totaux. En Sierra Leone, les soldats de la paix asiatiques représentent plus de la moitié des troupes.

Il y a dix ans seulement, l'Asie occupait une place bien moins importante aux yeux des Africains. "Auparavant, pour des raisons historiques, nous ne nous intéressions qu'aux pays occidentaux", a noté M. Kheri Iddi Milao, chef par intérim du Bureau des affaires étrangères de Zanzibar, en Tanzanie. "Ce n'est maintenant plus le cas. Nous avons le regard tourné vers l'Asie."

 


Un soldat malaisien en Afrique : 43 % des casques bleus en Afrique viennent d'Asie.

 

Photo : ©ONU / Evan Schneider


 

Et l'Asie, elle, regarde vers l'Afrique. "Dans notre monde actuel qui devient de plus en plus petit, l'Afrique est un voisin de plus en plus proche", a déclaré M. Tan Sri Bernard Giluk Dompok, ministre auprès du Premier Ministre de la Malaisie, lors de la troisième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD). La création de liens plus solides entre les deux régions a été l'un des thèmes principaux de la conférence qui s'est tenue du 29 septembre au 1er octobre 2003.

L'esprit de Bandung

D'un point de vue historique, les liens entre l'Afrique et l'Asie ne sont pas nouveaux. Pendant des siècles il y eut d'importantes migrations et relations d'un côté à l'autre de l'océan Indien. Les échanges commerciaux et autres relations économiques entre l'Afrique et l'Asie "existaient bien avant le colonialisme", a noté le Ministre namibien du commerce et de l'industrie, Jesaya Nyamu, au cours d'une visite au Viet Nam en mai 2003. "C'est l'assujettissement colonial du XIXe siècle qui a brisé cette relation harmonieuse."

Face au colonialisme, les questions politiques sont passées au premier plan alors que les militants anticoloniaux des deux continents commencèrent à entrer en contact les uns avec les autres dans les premières décennies du XXe siècle. Tout de suite après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs pays d'Asie acquirent leur indépendance politique. Par solidarité, ils se firent les chantres de la liberté en Afrique, la majorité du continent étant alors encore sous domination coloniale. C'est dans cet esprit que se tint la première conférence afro-asiatique à Bandung (Indonésie), en 1955.

Dans la perspective du cinquantième anniversaire de cette conférence, les Ministres des affaires étrangères de l'Indonésie et de l'Afrique du Sud, auxquels se sont associés des représentants de 41 autres pays, se sont réunis à nouveau à Bandung deux mois avant la réunion de la TICAD. Les participants ont noté que, bien que les deux régions aient réalisé de nombreux progrès au fil des années, en particulier dans le domaine politique, elles continuent à avoir en commun des problèmes insurmontables au niveau du développement économique et social. "En dépit des possibilités qu'offre la mondialisation, a conclu le communiqué final, les pays d'Asie et d'Afrique continuent d'être marginalisés."

Modèles économiques à l'heure de la mondialisation

Le succès relatif avec lequel certains pays d'Asie, en particulier les "tigres" d'Asie de l'Est en voie d'industrialisation, négocient les subtilités de la mondialisation captive depuis longtemps les dirigeants africains. Au cours des débats des années 80 et 90 sur la politique à mener dans le cadre des réformes d'ajustement structurel en Afrique, les ministres africains ont souvent souligné l'importance du rôle que jouent sur le plan économique les gouvernements en Asie de l'Est. Ceci, à la différence du "consensus de Washington" invoqué par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et d'autres organismes donateurs qui exigeaient une vaste libéralisation et une réduction du rôle de l'Etat.

Au milieu des années 90, certains des organismes donateurs commencèrent à reconnaître que les politiques vigoureuses du secteur public avaient effectivement contribué à la croissance économique "miracle" de l'Asie de l'Est. Ils commencèrent également à admettre que la libéralisation des marchés avait ses limites et qu'il importait de renforcer les moyens de l'Etat en Afrique.

Lors de la conférence de la TICAD, plusieurs participants africains ont indiqué que s'ils souhaitaient renforcer leurs liens avec le continent asiatique, c'était notamment à cause du pouvoir d'attraction que le modèle de développement asiatique exerçait sur eux. Grâce à la faculté qu'a l'Asie d'établir des partenariats solides entre les secteurs public et privé, a noté le Ministre kenyan de la planification et du développement national, Peter Anyang' Nyong'o, "les pays d'Asie ont pu faire d'immenses progrès dans le domaine du développement".

"Etant donné que nos deux continents, l'Afrique et l'Asie, sont confrontés à la mondialisation à l'heure où d'importantes pressions s'exercent en faveur de la libéralisation, a ajouté M. Nyong'o, l'Afrique peut tirer bien des enseignements de ce qui s'est passé en Asie."

Le Premier Ministre de l'Ethiopie, Meles Zenawi, a noté qu'à l'époque de la première conférence de la TICAD qui s'est tenue en 1993, l'Afrique procédait à des réformes économiques et politiques conformément aux directives du consensus de Washington. Cela dit, le processus de la TICAD a, depuis, "mis en place un nouveau modèle de développement qui s'inspire de l'expérience réussie de nombreux pays d'Asie de l'Est dans le domaine du développement et a ainsi contribué à augmenter le nombre d'outils dont disposent les praticiens africains du développement".

 


"Amitié Gabon-Chine": Le Président de la Chine, Hu Jintao, s'est rendu en Afrique en février.

 

Photo : ©AFP / Getty Images / Desirey Minkoh


 

Le Ministre malaisien, M. Dompok, a déclaré dans une interview avec Afrique Relance que son pays visait à partager concrètement ces connaissances. Les stages de formation technique à l'intention des praticiens africains mettent à profit la longue expérience que la Malaisie a de la planification du développement et, en particulier, la collaboration étroite qui peut exister entre les pouvoirs publics et le secteur privé, sans pour autant que "les besoins sociaux de la population" ne soient relégués au second plan.

Une aide "non assortie de conditions"

Après la visite au Gabon début février du Président de la Chine, Hu Jintao, le Président du Gabon, Omar Bongo, a mis l'accent sur l'une des autres raisons pour lesquelles les pays africains apprécient l'aide que leur fournit l'Asie. "Il me semble que l'aide que certains pays fournissent est une aide liée", a-t-il noté, soulignant l'habitude qu'ont de nombreux organismes donateurs du Nord de subordonner leur aide à l'achat de biens en provenance du pays donateur ou à la mise en oeuvre de réformes précises. En revanche, a ajouté M. Bongo, "la coopération avec la Chine se fait sans conditions, dans le respect mutuel et avec considération pour la diversité".

Toutefois, à l'exception du Japon (voir encadré, page 22), la plupart des pays d'Asie jouent un rôle secondaire en ce qui concerne la fourniture d'aide à l'Afrique, vu qu'ils font eux-mêmes face à de graves problèmes financiers. S'ils sont à même d'offrir une aide étrangère, ils en accordent la majeure partie à d'autres pays d'Asie avec lesquels ils entretiennent des relations politiques et économiques plus stratégiques.

Malgré ces contraintes, le dynamisme de certaines économies asiatiques semble avoir eu pour conséquence une augmentation de leur aide. La République de Corée, par exemple, a plus que doublé le total de son aide étrangère entre 1995 et 2002 en la faisant passer de 116 millions de dollars à 279 millions. Sur ces 279 millions, la somme modique de 5 millions de dollars est allée à l'Afrique subsaharienne qui, toutefois, avait reçu 9 millions de dollars l'année précédente et l'Angola a figuré parmi les 10 pays bénéficiant de l'aide la plus importante qu'offre la Corée.

On sait que la Chine offre une aide importante à certains pays d'Afrique mais elle ne publie pas de données sur le montant de cette aide. Par ailleurs, la Chine a annulé 1,3 milliard de dollars environ de la dette que lui devaient 31 pays d'Afrique.

En 2003, l'Inde a créé un nouveau Fonds Inde-Afrique qui a pour objectif d'allouer jusqu'à 200 millions de dollars de crédits à divers projets destinés à favoriser l'intégration économique de l'Afrique dans le cadre du NEPAD.

Conseils pratiques

En général, les pays d'Asie s'attachent à offrir aux Africains des compétences et un accès aux technologies. Ceci peut se faire notamment par le biais de bourses d'études et de stages de formation spécialisée permettant aux Africains d'étudier en Asie. Souvent, cela suppose également l'envoi d'experts asiatiques qui aident à former des agriculteurs, des pêcheurs, des petits entrepreneurs et d'autres producteurs et leur enseignent de nouvelles techniques pour qu'ils puissent améliorer leur productivité et leur efficacité.

Il y a longtemps que l'Inde a montré la voie dans ce domaine. En 1964, elle a mis en place un programme de coopération technique et économique qui a formé plus de 10 000 Africains dans des établissements indiens dans des domaines tels que la mise en valeur des petites industries, l'agriculture, les nouvelles technologies de l'information, la gestion financière, la diplomatie et la planification de l'emploi. Ces dernières années, ce programme a formé plus de 1 000 personnes par an, des Africains pour la plupart. Il a également assisté des projets en Afrique même, notamment un centre de développement de l'esprit d'entreprise au Sénégal et un centre de démonstration de la technologie des plastiques en Namibie.

Après l'Afrique du Sud, c'est en Inde qu'il y a le plus de personnes dans le monde vivant avec le VIH/sida et, l'Inde ayant déjà une industrie pharmaceutique développée, elle est devenue l'un des premiers fabricants dans le monde de médicaments génériques peu coûteux permettant de lutter contre la maladie. Les sociétés indiennes collaborent maintenant avec les entreprises pharmaceutiques sud-africaines afin de fournir des médicaments antirétroviraux à bas prix.

 


Le Ministre sud-africain des affaires étrangères, Nkosazana Dlamini-Zuma, avec son homologue indien, Yashwant Sinha : les deux pays collaborent afin d'élargir l'accès aux médicaments contre le sida.

 

Photo : ©AFP / Getty Images / Raveendran


 

La Chine, plus grand pays en développement du monde, entretient depuis longtemps des liens multiples avec l'Afrique. Elle a notamment fourni 65 000 ouvriers contractuels chinois au fil des ans à divers pays d'Afrique, comme cela a été le cas dans les années 70 quand il a fallu construire le chemin de fer qui relie la Tanzanie à la Zambie. La Chine continue à envoyer de la main-d'oeuvre en Afrique mais en accordant maintenant une plus grande importance aux capacités intellectuelles. Alors qu'il se trouvait à Addis-Abeba (Ethiopie), au milieu du mois de décembre 2003, à l'occasion d'un Forum sur la coopération sino-africaine, le Premier Ministre chinois, Wen Jiabao, a annoncé que son gouvernement comptait faire passer à 10 000 le nombre d'Africains qu'il forme à diverses professions -- au lieu de 7 000 comme c'était le cas ces trois dernières années.

Par ailleurs, les institutions et entreprises publiques chinoises appuient des projets sur le terrain dans des douzaines de pays africains. En Tanzanie, par exemple, la China State Farm and Agribusiness Corporation a remis en état deux exploitations de sisal. "La terre est fertile mais il fallait, pour la cultiver, une technologie et des méthodes de gestion modernes, a expliqué M. Han Xiangshan, le directeur des projets agricoles de la société en Afrique. Nous avons une grande expérience de la plantation et du traitement du sisal. . . et nous avons fait venir nos meilleurs techniciens." A présent ces exploitations de sisal sont considérées comme étant les mieux gérées de Tanzanie, et elles ont permis d'améliorer les revenus de centaines de résidents locaux.

C'est en 1981 que la Malaisie a mis en place le Programme de coopération technique malaisien. Il propose à présent tous les ans plus de 90 stages dans des institutions malaisiennes. Entre le moment où ce programme a débuté et le milieu de l'année 2003, quelque 2 000 participants venus de 46 pays d'Afrique y ont pris part. Selon M. Dompok, ces stages s'attachent principalement à transférer des connaissances techniques et à améliorer les capacités en matière de gestion et de planification. Son pays a envoyé des experts dans la province principalement rurale du Nord de l'Afrique du Sud pour qu'ils contribuent au renforcement des programmes locaux de microcrédit, montrant ainsi, a-t-il indiqué, "comment on peut faire appel à l'expérience pour résoudre certains des problèmes". Il a ajouté que la Malaisie pourra, en contrepartie, tirer des enseignements des expériences de l'Afrique.

Le Viet Nam possède un dispositif d'aide "triangulaire" aux termes duquel il fournit environ 2 000 experts agricoles à plusieurs pays d'Afrique, les frais étant pris en charge par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Par ailleurs, le Viet Nam fournit des centaines d'autres experts techniques, des conseillers pédagogiques et des médecins à une vingtaine de pays africains -- l'Algérie et l'Angola figurant en tête.

Dans le but d'améliorer la coopération avec l'Afrique, le gouvernement a organisé un forum de coopération et de développement Viet Nam-Afrique à Hanoi en mai 2003. Au cours de ce forum, le Vice-ministre de l'agriculture Bui Ba Bong, a noté que les conseillers vietnamiens qui se rendent en Afrique ne se contentent pas d'y apporter une expérience pratique adaptée aux problèmes de développement de l'Afrique ; ils établissent aussi un bon rapport avec les populations rurales et font preuve "d'endurance face aux difficultés que présentent les conditions de vie et de travail".

Les possibilités d'investissement

L'Asie s'intéresse actuellement de plus en plus aux possibilités d'investissement qui existent en Afrique, ce dont profite le continent. En raison de l'importance des taux de profit que les investisseurs étrangers peuvent récolter en Afrique -- ainsi que des améliorations qui ont été apportées aux codes d'investissement de l'Afrique, de la privatisation des entreprises d'Etat et de la libéralisation de la gestion économique -- les investissements asiatiques ont commencé à augmenter au début des années 90.

Des sociétés établies en République de Corée, par exemple, ont investi 214 millions de dollars dans diverses entreprises africaines entre 1992 et 1995, et les sociétés malaisiennes ont fait passer leurs investissements en Afrique de 3,2 millions de dollars en 1992 à 30,3 millions en 1996. La crise financière asiatique de 1997-98 a entraîné une interruption momentanée de certains flux d'investissement asiatiques en Afrique mais, comme plusieurs économies asiatiques dominantes n'ont pas tardé à se redresser, les investissements ont suivi.

Le géant pétrolier malaisien Petronas a maintenant des entreprises de production ou de prospection pétrolières dans une douzaine de pays africains et, notamment, une participation de 35 % dans le consortium qui a commencé à pomper du pétrole l'année dernière dans le gisement pétrolier de Doba dans le Sud du Tchad, après avoir construit un oléoduc de 1 000 kilomètres à travers le Cameroun. Selon M. Dompok, Petronas exploite également à l'heure actuelle quelque 1 600 stations-service en Afrique du Sud et au Botswana.

Les sociétés malaisiennes interviennent notamment dans les secteurs des télécommunications au Ghana, en Guinée, au Malawi et en Afrique du Sud, dans la production d'huile de palme au Gabon, dans le secteur bancaire au Mozambique et dans le tourisme aux Seychelles. En 2001, une société malaisienne s'est mise à investir dans un grand complexe de textiles et de vêtements dans une banlieue de Windhoek, capitale de la Namibie, et a commencé à exporter des textiles vers le marché américain l'année suivante. Au fur et à mesure que ce projet prend de l'ampleur -- les investissements devant à terme atteindre 185 millions de dollars -- il pourrait créer plusieurs milliers d'emplois dans la région.

Une délégation importante d'hommes d'affaires chinois a participé au forum sur la coopération sino-africaine qui s'est tenu à Addis-Abeba en décembre 2003 et, à cette occasion, 17 sociétés chinoises ont passé avec leurs homologues africains des accords d'une valeur totale de 460 millions de dollars. Auparavant, plus de 600 entreprises chinoises avaient déjà des activités industrielles, agricoles et commerciales dans 49 pays d'Afrique.

L'autre grande économie en développement de l'Asie, l'Inde, a également beaucoup investi en Afrique. En 2002, les entreprises indiennes avaient investi un montant total de 330 millions de dollars dans 43 projets, en Egypte seulement. Les sociétés indiennes ont des participations dans des entreprises de produits chimiques au Maroc et en Tanzanie, dans une mine de cuivre en Zambie, dans des exploitations pétrolières à Maurice et à Madagascar et dans les télécommunications et les textiles au Malawi. En Ouganda, l'Inde est à présent la troisième source d'investissement étranger direct (après le Royaume-Uni et le Kenya).

En 2003, l'entreprise publique indienne, Oil and Natural Gas Corporation, a fait de nouveaux investissements dans la prospection et la production de pétrole au Soudan et a remporté des contrats de construction d'un oléoduc de 720 kilomètres et de modernisation d'une raffinerie de pétrole. Les investissements faits cette année-là au Soudan par l'entreprise se sont chiffrés à 1,6 milliard de dollars -- somme énorme pour un pays africain quel qu'il soit, étant donné que l'ensemble des investissements étrangers sur le continent tout entier n'avait atteint que 11 milliards de dollars l'année précédente.

Les regards se tournent vers les marchés asiatiques

Pour les exportateurs africains, l'Asie est un énorme marché qu'ils commencent seulement à exploiter. Les entreprises asiatiques, pour leur part, commencent à étudier de manière plus systématique les moyens de vendre leurs produits en Afrique, en particulier dans les pays qui ont connu une forte croissance économique. Les relations commerciales entre les deux continents sont donc déterminées par un intérêt mutuel.

Entre 1995 et 2001, le commerce total entre l'Afrique et les pays en développement d'Asie a augmenté de près de 50 %, passant de 20,9 milliards de dollars à 30,1 milliards. Au cours de cette période, les importations d'Asie aussi bien que les exportations en direction de ce continent ont augmenté. La crise financière asiatique a entraîné une baisse des exportations africaines en Asie en 1998, étant donné que la demande avait pratiquement disparu dans plusieurs économies dominantes d'Asie. Mais les exportations africaines ont repris leur croissance l'année suivante. Elles sont en grande partie destinées aux deux plus grands marchés d'Asie, l'Inde et surtout la Chine (voir graphiques). Pendant les neuf premiers mois de l'année 2003, le total des échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique a atteint 13,4 milliards de dollars, dépassant ainsi le chiffre record de 12, 4 milliards enregistré pour l'ensemble de l'année 2002.

Certains pays d'Asie moins importants sur le plan économique ont également vu leur commerce avec l'Afrique augmenter considérablement. Le commerce de la Malaisie avec le continent a triplé, passant de 423 millions de dollars en 1993 à 1,4 milliard en 2002. Celui du Viet Nam a décuplé entre 1991 et 2002, passant de 15 millions de dollars seulement à 200 millions environ. Les échanges de la République de Corée avec l'Afrique n'ont pratiquement pas évolué mais sont restés élevés, se chiffrant en moyenne à plus de 5,6 milliards de dollars par an entre 1995 et 2001.


Photo : ©Das Fotoarchiv / Ron Gilling


 

En tant que source d'importations pour l'Afrique, les pays d'Asie sont souvent en mesure d'offrir du matériel industriel, des engrais et des biens de consommation à des prix bien inférieurs à ceux que les partenaires commerciaux habituels de l'Afrique -- ceux du Nord -- lui proposent. L'Inde, par exemple, qui est l'une des cinq principales sources d'importations de la Tanzanie, vend surtout des médicaments, des moyens de transport, des biens de consommation, des matériaux de construction, des textiles et des produits sidérurgiques. A "Viet Nam Town", un quartier de Luanda, les Angolais peuvent facilement se procurer des motocyclettes, des produits en acier, des produits électroniques, des vêtements, des matériaux de construction et d'autres produits vietnamiens.

La compétitivité des marchandises asiatiques présente toutefois aussi des inconvénients pour l'Afrique. Lorsque les marchés africains sont inondés par des textiles ou du riz à bas prix en provenance d'Asie, les producteurs locaux subissent souvent un préjudice car ils doivent vendre leurs propres produits à prix réduit. Ils estiment que la libéralisation du commerce les a soumis à une concurrence étrangère déloyale et demandent instamment à leurs gouvernements de prélever des taxes plus élevées sur ces importations afin de protéger les producteurs africains.

Les exportateurs africains se plaignent aussi que certains pays d'Asie subventionnent leur production agricole et ont ainsi un avantage concurrentiel sur les marchés mondiaux, ce qui est rarement le cas des Africains. De même, ils critiquent le maintien des droits de douane et autres obstacles au commerce qui entravent la vente de marchandises africaines sur les marchés asiatiques. Lors de la conférence de la TICAD à Tokyo, M. Nyong'o, Ministre kenyan de la planification, a noté que "pour que l'Afrique parvienne à une croissance économique durable réelle, il faut accroître l'accès des produits africains aux marchés du Japon et d'autres pays d'Asie".

Certains responsables asiatiques ont réagi favorablement à ces propos. Lors du forum sino-africain qui s'est tenu en Ethiopie, le Premier Ministre chinois Wen Jiabao s'est engagé à "ouvrir davantage le marché chinois et à accorder à certaines marchandises des pays les moins avancés d'Afrique un accès au marché en franchise de droits". M. Dompok, le Ministre malaisien, a fait observer à Afrique Relance que les Africains demandaient simplement à avoir un meilleur accès aux marchés. "C'est ainsi, a-t-il noté, que l'on aidera le mieux les Africains à écouler leurs produits."

 

Le Japon : une "passerelle" entre l'Asie et l'Afrique

 

Avec son économie qui est la deuxième du monde, le Japon exerce une influence importante sur la scène mondiale, notamment en étant l'un des plus importants donateurs bilatéraux pour les pays en développement. Selon les chiffres publiés au début de l'année 2004 par l'Organisation de coopération et de développement économiques, le Japon a fourni en 2002 près de 9,3 milliards de dollars d'aide publique au développement (APD), soit plus que tout autre pays à l'exception des Etats-Unis.

Le Japon ayant eu de tout temps des relations étroites avec les pays en développement d'Asie, il leur accorde en général près des deux tiers de son aide annuelle. En 2002, plus de 40 pays d'Afrique subsaharienne ont bénéficié de 8,7 % de l'APD bilatérale du Japon, soit 610 millions de dollars en tout. Ce chiffre, aussi bien en pourcentage qu'en valeur absolue, constituait une baisse par rapport au niveau d'aide japonaise accordée à l'Afrique subsaharienne en 1998, année où 971 millions de dollars, soit 11,1 % de son aide bilatérale, ont été accordés à cette région. Ces chiffres, toutefois, ne disent pas tout, le Japon offrant également aux institutions multilatérales de développement une aide appréciable dont une part importante est affectée à des programmes et des projets africains, a indiqué M. Shiro Nabeya, directeur pour l'Afrique de l'Agence japonaise de coopération internationale (AJCI) lors d'une réunion d'information organisée en octobre 2003 à Tokyo à l'intention d'Afrique Relance et d'autres organes d'information.

Le Japon continue d'être dévoué à la cause de son partenariat avec l'Afrique a affirmé le Premier Ministre Junichiro Koizumi lors de la séance d'ouverture de la Troisième conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD III), le 29 septembre 2003. Il a indiqué qu'au cours de la décennie précédente, l'aide totale fournie par le Japon à l'Afrique s'était chiffrée à 12 milliards de dollars et que le gouvernement avait accueilli au Japon plus de 10 000 stagiaires de pays africains et envoyé quelque 7 000 experts japonais en Afrique pour assurer un appui aux projets et une formation technique. Les "trois composantes" de l'aide japonaise -- le développement axé sur la personne humaine, la réduction de la pauvreté grâce à la croissance économique et la consolidation de la paix -- correspondent aux priorités du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique, a-t-il noté.

Soulignant l'importance accordée par la TICAD à l'établissement de liens multiples entre de nombreux pays d'Afrique et d'Asie, le Premier Ministre M. Koizumi a indiqué que le Japon pourrait jouer un rôle crucial. "Le Japon, a-t-il dit, espère servir de passerelle entre l'Asie et l'Afrique. Nous aimerions, à cette occasion, mettre à profit l'expérience et la vitalité de l'Asie pour assurer au développement africain dynamisme et diversité."

Non content de favoriser de nouveaux investissements et de nouvelles initiatives commerciales entre les deux continents, le Japon fournit également une APD par le biais de certains pays d'Asie pour les aider à financer leurs propres programmes en Afrique dans le cadre d'une forme d'aide dite "triangulaire". La Tunisie, pays d'Afrique du Nord, bénéficie également de cette aide triangulaire japonaise qui sert à financer les programmes de formation de la Tunisie dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest francophone.

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