« La cité des Saints » dans le Nord du Mali subit la furie des rebelles

Selon l’ONU, la destruction des mausolées de Tombouctou est « répugnante »
Afrique Renouveau: 
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Mosquée de Djinguereber à Tombouctou, au Mali : Les forces rebelles ont détruit certains des mausolées de la mosquée, ainsi que d'autres lieux saints de l’ancienne cité du Nord.  Photo: Redux / laif / Berthold Steinhilber

Un lieu historique datant du 5ème siècle est littéralement en train de s'effondrer sous les coups de pioches et de pelles d’une faction rebelle extrémiste dans le nord du Mali. Les lieux saints musulmans de l’ancienne cité de Tombouctou sont devenus les cibles d’Ansar Dine. Pour cette faction islamiste, les sanctuaires soufis constituent une forme d'idolâtrie.

Mais pour beaucoup d'autres dans ce pays à majorité musulmane, les mausolées de saints musulmans revêtent une importance religieuse et attirent régulièrement des foules de personnes, y compris des musulmans qui se préparent pour le Hajj, ou pèlerinage à La Mecque. Ces anciens bâtiments et monuments — dont certains sont classés par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) comme sites du patrimoine mondial - font également partie intégrante de l’histoire du monde et de la mémoire collective du peuple malien. Tombouctou était une capitale intellectuelle et spirituelle qui a joué un rôle essentiel dans la propagation de l’islam à travers le Sahara et le Sahel africain au cours des 15ème et 16ème siècles.

Plusieurs tombeaux sacrés de Tombouctou sont désormais détruits, réduits en amas de décombres. Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, a qualifié ce vandalisme de « répugnant. » « Rien ne peut justifier cette destruction délibérée. J'appelle toutes les parties impliquées dans ce conflit à mettre un terme à ces actes terribles et irréversibles, à exercer leurs responsabilités et à protéger cet inestimable patrimoine culturel pour les futures générations. »

La structure pyramidale du Tombeau des Askia, ainsi que d'autres artefacts religieux et culturels, dont des manuscrits islamiques vieux de 1 000 ans, sont toujours menacés. Ces manuscrits — qui témoignent de l’histoire écrite de l’Afrique — sont spécifiques à l’Afrique de l’Ouest et uniques dans le monde islamique.

L’UNESCO classe désormais Tombouctou et le Tombeau des Askia sur sa liste du patrimoine mondial en péril. Les menaces de poursuite des destructions formulées par Ansar Dine ont fait verser des larmes à Fadima Diallo, Ministre de la culture du Mali. L’Union africaine a qualifié ces actes de « criminels. » En vertu de la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, la nouvelle procureur générale de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, de la Gambie, a fait savoir que son bureau allait ouvrir une enquête sur ce qu'elle qualifie de « crimes de guerre. »

La destruction de la cité légendaire fait suite à une aggravation de la crise dans la région depuis un coup d'État militaire dans la capitale malienne en mars (voir page 9). Les rebelles séparatistes touaregs ont profité de l’instabilité pour proclamer l’indépendance du nord Mali. Les hommes d’Ansar Dine (« Protecteur de la foi »), ont à leur tour évincé les rebelles touaregs et pris le contrôle de Tombouctou.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a condamné la destruction perpétrée par le groupe et menacé de lui imposer des sanctions. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sollicite l’appui du Conseil pour une intervention armée dans le but de reprendre le contrôle du Nord Mali.

Pendant des centaines d'années Tombouctou a été confrontée à de grands bouleversements: des invasions étrangères, des incursions armées, un tremblement de terre, la famine. L’Afrique et le reste du monde espèrent qu’elle survivra aussi à la menace actuelle.