Déclaration prononcée à l’occasion de la manifestation de haut niveau « Alertes précoces pour tous » tenue lors de la Session extraordinaire du Congrès météorologique mondial
Déclarations | António Guterres, Secrétaire général
Mesdames les représentantes, Messieurs les représentants, chers amis, Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de vous adresser toutes mes félicitations à l’occasion de cet anniversaire historique.
Depuis 75 ans, l’Organisation météorologique mondiale est le baromètre des réalités climatiques.
Une source crédible et lucide d’informations et de données sur la planète que nous avons en partage.
Et l’illustration parfaite d’une institution qui met la science au service de l’humanité.
Chaque jour, vos équipes de scientifiques, de technologues et de météorologues donnent corps au thème choisi pour cet anniversaire : « La science au service de l’action ».
Grâce à vous, les observations deviennent des données.
Les données suscitent une prise de conscience.
Et cette prise de conscience donne lieu à des mesures concrètes qui sauvent des vies.
Sans la rigueur de vos modélisations et de vos prévisions, nous ne saurions pas ce qui nous attend, ni comment nous y préparer.
Sans la surveillance que vous assurez à long terme, nous ne pourrions pas bénéficier des avertissements et des conseils qui protègent les populations et sauvent chaque année des millions de vies et des milliards de dollars.
Et sans vous, nous n’aurions jamais compris l’émergence de cette menace existentielle que constituent les changements climatiques.
Vos rapports sur l’état du climat composent un récit cohérent :
Le réchauffement climatique conduit notre planète au bord du gouffre.
Chacune des dix dernières années a été la plus chaude de l’histoire de l’humanité.
Les océans connaissent des niveaux record de chaleur qui provoquent l’effondrement des écosystèmes.
Aucun pays n’est à l’abri des incendies, des inondations, des tempêtes et des vagues de chaleur.
Comme toujours, ce sont les pays les plus pauvres et les plus vulnérables qui paient le plus lourd tribut, et les petits États insulaires en développement et les pays les moins avancés sont en première ligne.
Mais alors même que la crise climatique s’accélère, les solutions permettant aux populations de s’adapter se multiplient.
Les systèmes d’alerte précoce, qui sont le thème de votre réunion d’aujourd’hui, en sont un excellent exemple.
Les alertes précoces ne sont pas une abstraction.
Elles donnent aux agriculteurs les moyens de protéger leurs cultures et leur bétail.
Elles permettent aux familles d'évacuer en toute sécurité.
Et elles protègent des communautés entières de la dévastation.
Nous savons que la mortalité liée aux catastrophes est au moins six fois plus faible dans les pays dotés de bons systèmes d’alerte précoce.
Un avertissement envoyé ne serait-ce que 24 heures à l’avance suffit à réduire de 30 % les dégâts causés par un phénomène dangereux.
Les systèmes d’alerte précoce ont donc fait leurs preuves.
Et ils reçoivent enfin l’attention – et les investissements – qu’ils méritent.
Aujourd’hui, plus de 60 % des pays déclarent avoir mis en place des systèmes d’alerte précoce multidangers.
Les capacités des pays les moins avancés dans ce domaine ont presque doublé depuis que l’on a commencé à en suivre l’évolution.
Les réseaux d’observation, la collaboration régionale et les capacités de prévision se renforcent d’année en année.
De plus, les progrès décisifs du numérique et de l’intelligence artificielle permettent de moderniser les échanges de données et les systèmes d’alerte.
Votre nouveau rapport sur la surveillance et la prévision des risques montre à quel point les systèmes de prévision et d'alerte se sont améliorés.
Mais le chemin à parcourir est encore long.
En 2022, j’ai lancé l’initiative « Alertes précoces pour tous », pour que, d’ici à 2027, tout être humain soit protégé par un système d’alerte rapide où qu’il se trouve.
Je salue également l’appel à l’action lancé par la Secrétaire générale de l’OMM, qui a été approuvé en début de semaine, en faveur d’une mobilisation rapide et ambitieuse.
Pour que notre vision se concrétise, trois domaines d’action sont, à mon sens, prioritaires.
Premièrement, les gouvernements doivent intégrer les systèmes d’alerte précoce dans leurs politiques, leurs institutions et leurs budgets.
Il faut pour cela regrouper les services météorologiques et hydrologiques au sein des mécanismes nationaux de réduction des risques de catastrophe, notamment par voie législative.
Nous avons également besoin d’une collaboration renouvelée entre les gouvernements, les entreprises et les communautés, pour veiller à ce que les systèmes et les technologies d’alerte précoce bénéficient aux communautés les plus vulnérables.
Deuxièmement, il faut des financements.
Une mobilisation financière importante est requise pour que personne ne soit laissé de côté.
Or, trop de pays en développement se retrouvent aux prises avec une marge de manœuvre budgétaire limitée, une croissance ralentie, une dette écrasante et des risques systémiques croissants.
Les participants de la Conférence sur le financement du développement, tenue à Séville en juin, ont pris par consensus les décisions suivantes : débloquer davantage de fonds au profit des pays en développement.
Renforcer les capacités de mobilisation des ressources nationales.
Tripler la capacité de prêt des banques multilatérales de développement afin qu’elles gagnent en envergure et en audace.
Mobiliser davantage de financements privés.
Alléger le fardeau de la dette grâce à de nouveaux instruments propres à réduire les coûts d’emprunt et les risques associés, notamment les risques de chocs climatiques, et accélérer l’appui fourni aux pays en situation de surendettement.
Et réformer les institutions financières mondiales pour qu’elles puissent mieux répondre aux besoins des pays en développement.
Excellences,
Enfin, nous devons traiter le problème des catastrophes climatiques à la racine – c’est-à-dire lutter contre le réchauffement rapide de la planète.
D’ici à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, en novembre au Brésil, tous les pays doivent présenter de nouveaux plans nationaux d’action climatique – des plans ambitieux et conformes à l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius.
Ils doivent notamment inclure des engagements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au cours des dix prochaines années.
Mais la science est claire : nous devons être beaucoup plus ambitieux.
Au Brésil, les dirigeants doivent convenir d’un plan crédible afin de mobiliser, pour les pays en développement, 1 300 milliards de dollars par an d’ici à 2035 pour financer l’action climatique.
Les pays développés doivent honorer leur engagement de doubler le financement de l’adaptation, pour le porter, a minima, à 40 milliards de dollars cette année, et déployer rapidement des outils reconnus pour débloquer des milliards de dollars supplémentaires de financements concessionnels.
Le Fonds pour les pertes et dommages doit être doté de contributions substantielles.
Les dirigeants doivent aussi pleinement exploiter la puissance et le potentiel illimités des énergies renouvelables.
L’année dernière, la quasi-totalité des nouvelles capacités de production d’électricité était renouvelable, et les investissements dans ce domaine sont en forte hausse.
Les énergies renouvelables sont la source d’énergie la moins chère, la plus rapide et la plus judicieuse.
Elles constituent la seule voie crédible pour mettre un terme à la dégradation inexorable de notre climat.
Dans le même temps, nous devons lutter contre la désinformation, le harcèlement en ligne et l’écoblanchiment.
Dans le cadre de l’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur les changements climatiques, lancée récemment, gouvernements et organisations collaborent pour financer la recherche et l’action en faveur de l’intégrité de l’information sur les questions climatiques.
Les scientifiques et les chercheurs ne devraient jamais craindre de dire la vérité.
Je tiens à vous assurer, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté scientifique, de mon entière solidarité.
Je serai toujours à vos côtés.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Plus que jamais, nous avons besoin des idées, de l’expertise et de l’influence de l’Organisation météorologique mondiale.
Vous êtes la force tranquille qui éclaire chacune des décisions climatiquement rationnelles que nous prenons.
Continuons d’œuvrer ensemble pour mettre la science au service de l’action – et de la justice – dont les peuples et la planète ont besoin de toute urgence.
Je vous remercie.
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