New York
Nations Unies
Discours du Secrétaire général à l'ouverture du débat général de la 80e session de l'Assemblée générale
Déclarations | António Guterres, Secrétaire général
Déclarations | António Guterres, Secrétaire général
Je voudrais commencer ce discours par trois mots que nous n’avons pas eu l’occasion de dire assez souvent dans cette salle :
Madame la Présidente,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Il y a 80 ans, dans un monde ravagé par la guerre, les responsables qui étaient alors au pouvoir ont fait un choix.
Ils ont choisi la coopération, plutôt que le chaos.
Le droit, plutôt que le non-droit.
La paix, plutôt que les conflits.
C’est ce choix qui a donné naissance à l’Organisation des Nations Unies – non pas comme la promesse d’un monde parfait, mais comme une stratégie concrète pour garantir la survie de l’humanité.
Les fondateurs et fondatrices de l’ONU avaient souvent vu de leurs propres yeux l’enfer des camps de la mort et le cortège de terreur de la guerre.
Ils savaient que le véritable leadership, c’était de mettre en place un système pour que de pareilles horreurs ne puissent se reproduire.
Un pare-feu contre les flammes des conflits et d’une troisième guerre mondiale.
Un forum permettant aux États souverains de dialoguer et de coopérer.
Et l’affirmation concrète d’une vérité humaine essentielle :
Nous sommes toutes et tous dans le même bateau.
Et c’est dans cette salle de l’Assemblée générale que palpite le cœur de cette vérité.
C’est la raison pour laquelle, depuis des décennies, les responsables du monde entier se réunissent en ce lieu unique en son genre.
Et c’est la raison pour laquelle vous êtes toutes et tous ici aujourd’hui.
Parce que, lorsqu’elle joue pleinement son rôle, l’ONU est bien plus qu’un lieu de rencontre.
C’est une boussole morale.
Une force de paix et de maintien de la paix.
Un gardien du droit international.
Un catalyseur du développement durable.
Une bouée de survie pour les personnes en situation de crise.
Un phare dans la nuit pour les droits humains.
Un centre qui traduit vos décisions – les décisions prises par les États Membres – en mesures concrètes.
Quatre-vingts ans plus tard, nous devons répondre à la même question que nos pères fondateurs et mères fondatrices en leur temps, mais elle se pose de façon encore plus urgente, plus complexe, et plus implacable :
Quel genre de monde voulons-nous bâtir ensemble ?
Excellences,
La tâche est immense… alors même que nos moyens d’agir, eux, fondent comme neige au soleil.
C’est une ère de perturbations dangereuses et de souffrances humaines incessantes.
Regardez autour de vous.
Les principes des Nations Unies que vous avez établis sont assiégés.
Écoutez.
Les piliers de la paix et du progrès vacillent sous le poids de l’impunité, des inégalités et de l’indifférence.
Des nations souveraines envahies.
La faim instrumentalisée comme une arme.
La vérité, réduite au silence.
Les colonnes de fumée au-dessus des villes bombardées.
La colère qui sourd dans des sociétés fracturées.
Les littoraux avalés par la montée des eaux.
Autant d’avertissements.
Et cette même question.
Quel monde allons-nous choisir ?
Un monde où règne la force brute ? Ou un monde régi par les lois ?
Un monde où seul compte son propre intérêt ? Ou un monde où les nations s’unissent ?
Un monde où règne le droit du plus fort ? Ou un monde de droits universels ?
Excellences,
Le monde est de plus en plus multipolaire.
Cela peut être une évolution salutaire, le reflet d’un paysage mondial plus divers et plus dynamique.
Mais sans institutions multilatérales efficaces, la multipolarité ouvre la porte au chaos, comme l’Europe l’a appris à ses dépens lors de la Première Guerre mondiale.
Il faut être clair.
Promouvoir la coopération internationale, ce n’est pas faire preuve de naïveté.
C’est d’un pragmatisme plein de lucidité.
Dans un monde où les menaces ne connaissent pas de frontières, l’isolement est un leurre.
Aucun pays ne peut arrêter à lui seul une pandémie.
Aucune armée ne peut enrayer la hausse des températures.
Aucun algorithme ne peut rétablir la confiance une fois qu’elle est brisée.
C’est la résistance de nos systèmes, la force de notre solidarité et la profondeur de notre détermination qui sont aujourd’hui testées.
J’en suis convaincu :
Nous pouvons réussir ces épreuves.
Et nous le devons.
Parce que les peuples, partout dans le monde, aspirent à quelque chose de mieux.
Nous leur devons un système digne de leur confiance et un avenir à la hauteur de leurs rêves.
Nous devons donc faire un choix, un choix actif.
Pour réaffirmer la primauté du droit international.
Pour redonner au multilatéralisme sa place centrale.
Pour renforcer la justice et les droits humains.
Et nous devons nous engager à nouveau à respecter les principes qui ont donné naissance à notre Organisation, ainsi que la promesse portée par les premiers mots de la Charte :
« Nous, peuples des Nations Unies ».
Excellences,
Il n’y a rien d’idéologique dans les choix que nous devons faire.
Ce sont simplement des questions de vie ou de mort pour des millions de personnes.
Si l’on regarde le paysage mondial, cinq choix cruciaux s’imposent à nous.
Premièrement, nous devons faire le choix d’une paix ancrée dans le droit international.
La paix est notre première obligation.
Pourtant, aujourd’hui, les guerres font rage avec une barbarie que nous avions juré de ne jamais permettre.
Trop souvent, on brandit la Charte quand elle nous arrange, et on la piétine quand elle dérange.
Mais le respect de la Charte n’est pas facultatif. La Charte est notre fondation.
Et lorsque cette fondation se fissure, tout ce qui est construit dessus craque.
Partout dans le monde, nous voyons des pays agir comme si les règles ne s’appliquaient pas à eux.
Nous voyons des êtres humains traités comme si leur vie n’était rien.
Et nous devons le dénoncer.
L’impunité est la mère du chaos – et elle a engendré certains des conflits les plus atroces de notre époque.
Au Soudan, les populations civiles sont massacrées, affamées et réduites au silence. Les femmes et les filles sont victimes de violences indescriptibles.
Il n’y a pas de solution militaire.
Nous savons ce qu’il faut faire. J’en appelle à toutes les parties, y compris celles qui sont présentes dans cette salle : il faut en finir avec le soutien extérieur qui alimente ce bain de sang. Il faut protéger les civils.
Le peuple soudanais mérite la paix, la dignité et l’espoir.
En Ukraine, les violences incessantes continuent de faire des morts dans la population civile, de détruire les infrastructures civiles et de menacer la paix et la sécurité mondiales.
Je salue les efforts diplomatiques déployés récemment par les États-Unis et d’autres pays. Nous devons œuvrer en faveur d’un cessez-le-feu total et d’une paix juste et durable, en conformité avec la Charte, les résolutions des Nations Unies et le droit international.
À Gaza, voilà bientôt trois ans que les horreurs s’enchaînent de manière monstrueuse. Elles sont le résultat de décisions qui défient l’humanité la plus élémentaire.
Depuis que je suis Secrétaire général, jamais je n’ai vu de conflit avec un bilan humain si terrible ou de telles destructions.
La Cour internationale de Justice a pris des mesures conservatoires juridiquement contraignantes dans l’affaire intitulée « Application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza ».
Depuis, l’état de famine a été déclaré et les massacres se sont intensifiés.
Les mesures conservatoires prévues par la Cour doivent être appliquées, dans leur intégralité et immédiatement.
Rien ne peut justifier les horribles attaques terroristes perpétrées par le Hamas le 7 octobre ni la prise d’otages, et je les ai condamnées à maintes reprises.
Mais rien ne peut non plus justifier le châtiment collectif infligé au peuple palestinien et la destruction systématique de Gaza.
Nous savons ce qu’il faut faire :
Le cessez-le-feu permanent doit être décrété tout de suite. Tous les otages doivent être libérés tout de suite. Et un accès humanitaire complet doit être immédiatement rétabli.
Nous ne devons pas renoncer à la seule réponse viable pour une paix durable au Moyen-Orient : une solution des deux États.
Nous devons inverser d’urgence les tendances dangereuses observées sur le terrain.
Il faut mettre un terme à l’expansion des colonies et aux violences incessantes des colons, ainsi qu’à la menace d’annexion imminente.
Partout – d’Haïti au Yémen en passant par le Myanmar ou encore le Sahel, entre autres – nous devons choisir une paix ancrée dans le droit international.
L’année passée a porté quelques lueurs d’espoir, qu’il s’agisse du cessez-le-feu entre le Cambodge et la Thaïlande ou de l’accord entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, négociés par les États-Unis.
Mais il y a encore bien trop de crises qui sévissent, incontrôlées.
L’impunité règne.
Le non-droit est une maladie contagieuse.
Il sème le désordre, propage la terreur et risque de provoquer une mêlée nucléaire généralisée.
Lorsque l’impunité gagne du terrain, les morts peuplent les cimetières.
Quand le personnel des Nations Unies et les locaux de l’ONU sont attaqués – en violation des obligations juridiques – c’est à notre capacité même d’aider au mieux les populations que l’on s’en prend.
Le Conseil de sécurité doit se montrer à la hauteur de la situation.
Il doit être plus représentatif, plus transparent et plus efficace.
Il ne faut pas se contenter de répondre aux crises, mais aussi s’attaquer aux injustices qui sont à l’origine des conflits : l’exclusion, les inégalités, la corruption, l’impunité.
Laisser la justice retentir est le plus sûr moyen de faire taire les armes.
Le règne de l’équité, avec des possibilités pour tout le monde, est la clé d’une vraie sécurité.
Excellences,
Cela m’amène au deuxième point : nous devons choisir les droits humains et la dignité humaine.
Les droits humains ne sont pas un ornement de la paix – ils en sont le socle.
Les droits humains – sociaux, économiques, politiques, civiques et culturels – sont universels, indivisibles et interdépendants.
Choisir les droits, c’est plus que des paroles.
C’est choisir la justice plutôt que le silence.
C’est préserver la liberté et l’espace civique ;
Faire avancer l’égalité pour les femmes et les filles ;
Combattre le racisme et la discrimination sous toutes leurs formes ;
Protéger les défenseurs des droits humains, les journalistes et la liberté d’expression ;
Et garantir les droits des réfugiés et des migrants, afin que la mobilité soit sûre et conforme au droit international.
Les droits humains sont un combat quotidien – en ligne comme hors ligne.
Ils exigent de la volonté politique.
Mais la dignité ne se résume pas à la protection des droits.
Elle exige de pleinement concrétiser ces droits – grâce à un développement inclusif et résilient.
Des droits qui mettent fin à la pauvreté et à la faim.
Des droits qui ouvrent la voie de l’éducation, de la santé et des opportunités.
Les objectifs de développement durable sont notre feuille de route commune pour concrétiser ces droits.
Mais pour avancer sur cette voie, il faut du carburant.
Ce carburant, c’est le financement.
Et nous savons ce qu’un développement bien mené peut accomplir :
Au cours de la dernière décennie, des millions de personnes supplémentaires ont accédé à l’électricité, à des solutions de cuisson propre et à Internet.
Le mariage des enfants recule.
La représentation des femmes avance.
Mais les coupes dans l’aide au développement font des ravages.
Pour un grand nombre de personnes, elles représentent une condamnation à mort.
Pour tant d’autres, un avenir confisqué.
C’est là tout le paradoxe de notre époque :
Nous avons les solutions… mais nous siphonnons le carburant qui nous permettrait d’avancer.
Choisir la dignité, c’est choisir la justice financière et la solidarité.
Nous devons réformer l’architecture financière internationale afin qu’elle soit au service du développement – de toutes et de tous.
Avec des banques multilatérales de développement plus grandes et plus audacieuses – qui prêtent davantage et mobilisent plus de capitaux privés pour les pays en développement.
Avec des mécanismes d’allégement de dette plus rapides et plus justes – couvrant tous les pays en difficulté, y compris ceux à revenu intermédiaire.
Une protection des ressources nationales – en s’attaquant aux flux financiers illicites et aux pratiques fiscales abusives qui volent aux sociétés leur avenir.
Et des institutions financières mondiales à l’image du monde d’aujourd’hui – avec une participation bien plus forte des pays en développement dans sa composition et ses décisions.
Alors faisons le choix d’une économie mondiale au service de toutes et tous.
Faisons le choix des droits humains et de la dignité.
Et donnons-nous les moyens d’une transition juste – pour les peuples et la planète.
Excellences,
Cela nous amène au troisième choix : celui de la justice climatique.
La crise climatique s’accélère.
Mais les solutions arrivent elles aussi rapidement.
L’énergie propre n’est plus une promesse lointaine. Elle est là.
Aucun gouvernement, aucune industrie, aucun intérêt particulier ne peut arrêter sa progression.
Mais certains essaient – ce qui nuit aux économies, fige des prix élevés et gâche une occasion historique.
Excellences,
Les combustibles fossiles sont un pari perdu.
L’année dernière, la quasi-totalité des nouvelles capacités de production d’électricité provenait des énergies renouvelables, et les investissements sont en forte hausse.
Les énergies renouvelables sont la source d’énergie la moins chère et la plus rapide.
Elles créent des emplois, stimulent la croissance, protègent les économies face à la volatilité des marchés du pétrole et du gaz, permettent aux personnes qui n’étaient pas connectées de le devenir et peuvent nous libérer de la tyrannie des combustibles fossiles.
Mais pas au rythme actuel.
Les investissements dans les énergies propres restent inégaux.
Les réseaux et les capacités de stockage du XXIe siècle ne sont pas déployés assez rapidement.
Et les subventions publiques – qui proviennent de l’argent des contribuables – vont toujours aux combustibles fossiles plutôt qu’aux énergies propres, dans une proportion de 9 dollars contre 1.
Pendant ce temps, les émissions augmentent, les températures montent et les catastrophes se multiplient.
Et ce sont celles et ceux qui ont le moins de responsabilité dans cette situation qui en souffrent le plus.
Il est encore possible de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré Celsius d’ici à la fin du siècle.
Mais le temps est compté.
Comme la Cour internationale de Justice l’a affirmé, les États ont à cet égard une obligation juridique.
Nous devons redoubler d’efforts et d’ambition, en particulier en renforçant les plans climatiques nationaux.
Demain, j’accueillerai les dirigeants qui annonceront de nouveaux objectifs.
Les pays du G20 – les plus grands émetteurs – doivent montrer la voie, selon le principe des responsabilités communes mais différenciées.
Mais tous les pays doivent faire des efforts supplémentaires, à la veille de la Conférence des Nations Unies sur le climat qui se tiendra au Brésil.
En accélérant les mesures prises dans les domaines de l’énergie, des forêts, du méthane et de la décarbonisation industrielle.
En définissant une feuille de route crédible pour mobiliser 1 300 milliards de dollars des États-Unis par an en financements climatiques d’ici à 2035 pour les pays en développement.
En appuyant des transitions justes.
En doublant les financements de l’adaptation pour atteindre au moins 40 milliards de dollars des États-Unis cette année, et en déployant rapidement des outils à l’efficacité avérée pour débloquer des milliards de dollars supplémentaires en financements à des conditions favorables.
Et en versant des contributions importantes au Fonds pour les pertes et dommages.
Pour ce faire, les gouvernements, les institutions financières internationales, les organisations philanthropiques, la société civile et le secteur privé doivent travailler ensemble :
Ils doivent créer une marge de manœuvre budgétaire pour les pays en développement et débloquer des sources de financement nouvelles ou innovantes à grande échelle, notamment des taxes de solidarité sur les secteurs à fortes émissions et des conversions de dettes.
Les solutions et les outils nécessaires sont à notre portée.
Mais nous devons faire le choix de la justice climatique et de l’action climatique.
Quatrièmement, nous devons choisir de mettre la technologie au service de l’humanité.
L’intelligence artificielle est en train de redéfinir l’existence humaine en temps réel.
Elle transforme notre façon d’apprendre, de travailler, de communiquer – et même ce en quoi nous pouvons avoir confiance.
La question n’est pas de savoir comment l’arrêter, mais comment la mettre au service du bien commun.
Nous devons être les maîtres de la technologie, pas ses esclaves.
Elle doit faire progresser les droits humains, la dignité humaine, et garantir la capacité d’agir des êtres humains.
Pourtant, aujourd’hui, l’IA, qui est concentrée entre les mains d’un petit groupe, progresse plus vite que les cadres de réglementation et de responsabilité.
Et les risques s’étendent à de nouvelles frontières, des biotechnologies aux armes autonomes.
Nous assistons à une montée en puissance des outils de surveillance de masse, de contrôle social à grande échelle, de perturbation massive, voire de destruction massive.
Des outils qui peuvent engloutir des quantités d’énergie, mettre les écosystèmes à rude épreuve et accélérer la course aux minéraux critiques, ce qui risque d’aggraver l’instabilité et d’attiser les conflits.
Pourtant, ces technologies restent largement non réglementées.
Nous avons besoin de garde-fous universels et de normes communes, sur toutes les plateformes.
Aucune entreprise ne doit être au-dessus des lois.
Aucune machine ne saurait décider qui doit vivre ou mourir.
Aucun système ne doit être déployé sans que des mesures de transparence, de sécurité et de définition des responsabilités soient prises.
Le mois dernier, cette Assemblée a franchi une étape historique en créant un Groupe scientifique international indépendant sur l’intelligence artificielle et en décidant qu’un Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle se tiendrait tous les ans.
Deux nouveaux piliers d’une architecture commune,
qui allie la science et la politique pour plus de clarté et de prévoyance ;
qui favorise l’innovation tout en défendant nos valeurs et nos droits ;
et qui permet aux gouvernements, aux entreprises et à la société civile de contribuer à l’élaboration de normes communes.
Nous devons tirer parti de ces mécanismes et combler les écarts de capacité.
Tous les pays doivent être en mesure de concevoir et de développer des outils d’IA, et pas seulement de les utiliser.
J’ai proposé des formules de financement volontaire pour développer la puissance de calcul, les données et les compétences dédiées à l’IA dans les pays en développement.
Aucun pays ne doit être exclu de l’avenir numérique, ni enfermé dans des systèmes qu’il ne peut façonner ou dans lesquels il ne peut avoir confiance.
Les gouvernements doivent diriger avec clairvoyance.
Les entreprises doivent agir de manière responsable.
Et nous, qui formons la communauté internationale, devons veiller à ce que la technologie élève l’humanité.
Alors, choisissons :
La coopération plutôt que la fragmentation ;
Les principes éthiques plutôt que l’opportunisme ;
Et la transparence plutôt que l’opacité.
La technologie ne nous attendra pas.
Mais nous pouvons encore choisir ce qu’elle doit servir.
Alors choisissons judicieusement.
Cinquième et dernier point, pour atteindre tous ces objectifs, nous devons choisir de renforcer l’ONU pour le XXIe siècle.
Les forces qui secouent notre monde ébranlent jusqu’aux fondements du système des Nations Unies.
Nous sommes confrontés à des tensions et à des divisions géopolitiques croissantes, à une incertitude chronique et à une pression financière de plus en plus forte.
Mais celles et ceux qui dépendent de l’ONU ne doivent pas en payer le prix.
Surtout aujourd’hui, alors que pour chaque dollar investi dans nos activités essentielles d’édification de la paix, le monde dépense 750 dollars en armes de guerre.
Cette situation n’est pas seulement insoutenable, elle est indéfendable.
En ces temps de crise, jamais l’Organisation des Nations Unies n’a été aussi indispensable.
Le monde a besoin de la légitimité unique que nous incarnons. De notre capacité de rassemblement. De notre volonté d’unir les nations, de réduire les clivages et de relever les défis qui se présentent à nous.
Avec le Pacte pour l’avenir, vous avez montré votre détérmination à construire une Organisation plus forte, plus inclusive et plus efficace.
L’Initiative ONU80 s’inscrit dans le droit fil de cette logique et part du principe qu’il est urgent d’agir.
Nous avançons promptement et avec détermination.
J’ai présenté des propositions concrètes :
Un budget révisé pour 2026 qui renforce l’obligation de rendre des comptes, améliore la prestation des services et réduit les dépenses.
Des réformes pratiques visant à exécuter les mandats de manière plus rationnelle et efficace, et à obtenir de meilleurs résultats.
Et des idées pour susciter un changement de paradigme dans la structure de l’ONU et dans la manière dont ses composantes travaillent ensemble.
C’est à vous, les États Membres, qu’il revient de prendre la majorité de ces décisions.
Nous irons de l’avant en respectant pleinement les procédures établies.
Ensemble, choisissons d’investir dans une Organisation des Nations Unies qui s’adapte, innove et a les moyens d’agir pour les populations du monde entier.
Excellences,
Le message que je tiens à faire passer se résume à ceci : C’est maintenant qu’il faut choisir.
Il ne suffit pas de savoir quels sont les bons choix.
Je vous exhorte à faire ces choix.
J’ai grandi dans un monde où les choix étaient limités.
J’ai été élevé dans les ténèbres de la dictature : tout le monde était muselé par la peur, et il n’y avait presque plus d’espoir.
Pourtant, même dans les heures les plus sombres – peut-être justement parce que c’était les heures les plus sombres – j’ai découvert une vérité qui ne m’a jamais quitté :
Le pouvoir ne réside pas dans les mains de ceux qui dominent ou divisent.
Le véritable pouvoir naît des populations, de notre volonté commune de défendre la dignité.
De garantir l’égalité.
De croire farouchement en notre humanité commune et au potentiel de chaque être humain.
Très tôt, j’ai appris à persévérer. À faire entendre ma voix. À refuser de me résigner.
Quel que soit le défi à relever. Quels que soient les obstacles à surmonter. Quelles que soient les circonstances.
Nous devons triompher. Et nous triompherons.
Car dans un monde où de nombreux choix s’offrent à nous, il en est un que nous ne devons jamais faire :
Celui de renoncer.
Nous ne devons jamais baisser les bras.
C’est la promesse que je vous fais.
Pour la paix. Pour la dignité. Pour la justice. Pour l’humanité.
Pour faire advenir un monde que nous savons possible si nous y travaillons ensemble.
Jamais, je n’abandonnerai. Jamais.
Je vous remercie.
*****
Pour en savoir plus : page du site du Débat général sur le discours du Secrétaire général
Madame la Présidente,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Il y a 80 ans, dans un monde ravagé par la guerre, les responsables qui étaient alors au pouvoir ont fait un choix.
Ils ont choisi la coopération, plutôt que le chaos.
Le droit, plutôt que le non-droit.
La paix, plutôt que les conflits.
C’est ce choix qui a donné naissance à l’Organisation des Nations Unies – non pas comme la promesse d’un monde parfait, mais comme une stratégie concrète pour garantir la survie de l’humanité.
Les fondateurs et fondatrices de l’ONU avaient souvent vu de leurs propres yeux l’enfer des camps de la mort et le cortège de terreur de la guerre.
Ils savaient que le véritable leadership, c’était de mettre en place un système pour que de pareilles horreurs ne puissent se reproduire.
Un pare-feu contre les flammes des conflits et d’une troisième guerre mondiale.
Un forum permettant aux États souverains de dialoguer et de coopérer.
Et l’affirmation concrète d’une vérité humaine essentielle :
Nous sommes toutes et tous dans le même bateau.
Et c’est dans cette salle de l’Assemblée générale que palpite le cœur de cette vérité.
C’est la raison pour laquelle, depuis des décennies, les responsables du monde entier se réunissent en ce lieu unique en son genre.
Et c’est la raison pour laquelle vous êtes toutes et tous ici aujourd’hui.
Parce que, lorsqu’elle joue pleinement son rôle, l’ONU est bien plus qu’un lieu de rencontre.
C’est une boussole morale.
Une force de paix et de maintien de la paix.
Un gardien du droit international.
Un catalyseur du développement durable.
Une bouée de survie pour les personnes en situation de crise.
Un phare dans la nuit pour les droits humains.
Un centre qui traduit vos décisions – les décisions prises par les États Membres – en mesures concrètes.
Quatre-vingts ans plus tard, nous devons répondre à la même question que nos pères fondateurs et mères fondatrices en leur temps, mais elle se pose de façon encore plus urgente, plus complexe, et plus implacable :
Quel genre de monde voulons-nous bâtir ensemble ?
Excellences,
La tâche est immense… alors même que nos moyens d’agir, eux, fondent comme neige au soleil.
C’est une ère de perturbations dangereuses et de souffrances humaines incessantes.
Regardez autour de vous.
Les principes des Nations Unies que vous avez établis sont assiégés.
Écoutez.
Les piliers de la paix et du progrès vacillent sous le poids de l’impunité, des inégalités et de l’indifférence.
Des nations souveraines envahies.
La faim instrumentalisée comme une arme.
La vérité, réduite au silence.
Les colonnes de fumée au-dessus des villes bombardées.
La colère qui sourd dans des sociétés fracturées.
Les littoraux avalés par la montée des eaux.
Autant d’avertissements.
Et cette même question.
Quel monde allons-nous choisir ?
Un monde où règne la force brute ? Ou un monde régi par les lois ?
Un monde où seul compte son propre intérêt ? Ou un monde où les nations s’unissent ?
Un monde où règne le droit du plus fort ? Ou un monde de droits universels ?
Excellences,
Le monde est de plus en plus multipolaire.
Cela peut être une évolution salutaire, le reflet d’un paysage mondial plus divers et plus dynamique.
Mais sans institutions multilatérales efficaces, la multipolarité ouvre la porte au chaos, comme l’Europe l’a appris à ses dépens lors de la Première Guerre mondiale.
Il faut être clair.
Promouvoir la coopération internationale, ce n’est pas faire preuve de naïveté.
C’est d’un pragmatisme plein de lucidité.
Dans un monde où les menaces ne connaissent pas de frontières, l’isolement est un leurre.
Aucun pays ne peut arrêter à lui seul une pandémie.
Aucune armée ne peut enrayer la hausse des températures.
Aucun algorithme ne peut rétablir la confiance une fois qu’elle est brisée.
C’est la résistance de nos systèmes, la force de notre solidarité et la profondeur de notre détermination qui sont aujourd’hui testées.
J’en suis convaincu :
Nous pouvons réussir ces épreuves.
Et nous le devons.
Parce que les peuples, partout dans le monde, aspirent à quelque chose de mieux.
Nous leur devons un système digne de leur confiance et un avenir à la hauteur de leurs rêves.
Nous devons donc faire un choix, un choix actif.
Pour réaffirmer la primauté du droit international.
Pour redonner au multilatéralisme sa place centrale.
Pour renforcer la justice et les droits humains.
Et nous devons nous engager à nouveau à respecter les principes qui ont donné naissance à notre Organisation, ainsi que la promesse portée par les premiers mots de la Charte :
« Nous, peuples des Nations Unies ».
Excellences,
Il n’y a rien d’idéologique dans les choix que nous devons faire.
Ce sont simplement des questions de vie ou de mort pour des millions de personnes.
Si l’on regarde le paysage mondial, cinq choix cruciaux s’imposent à nous.
Premièrement, nous devons faire le choix d’une paix ancrée dans le droit international.
La paix est notre première obligation.
Pourtant, aujourd’hui, les guerres font rage avec une barbarie que nous avions juré de ne jamais permettre.
Trop souvent, on brandit la Charte quand elle nous arrange, et on la piétine quand elle dérange.
Mais le respect de la Charte n’est pas facultatif. La Charte est notre fondation.
Et lorsque cette fondation se fissure, tout ce qui est construit dessus craque.
Partout dans le monde, nous voyons des pays agir comme si les règles ne s’appliquaient pas à eux.
Nous voyons des êtres humains traités comme si leur vie n’était rien.
Et nous devons le dénoncer.
L’impunité est la mère du chaos – et elle a engendré certains des conflits les plus atroces de notre époque.
Au Soudan, les populations civiles sont massacrées, affamées et réduites au silence. Les femmes et les filles sont victimes de violences indescriptibles.
Il n’y a pas de solution militaire.
Nous savons ce qu’il faut faire. J’en appelle à toutes les parties, y compris celles qui sont présentes dans cette salle : il faut en finir avec le soutien extérieur qui alimente ce bain de sang. Il faut protéger les civils.
Le peuple soudanais mérite la paix, la dignité et l’espoir.
En Ukraine, les violences incessantes continuent de faire des morts dans la population civile, de détruire les infrastructures civiles et de menacer la paix et la sécurité mondiales.
Je salue les efforts diplomatiques déployés récemment par les États-Unis et d’autres pays. Nous devons œuvrer en faveur d’un cessez-le-feu total et d’une paix juste et durable, en conformité avec la Charte, les résolutions des Nations Unies et le droit international.
À Gaza, voilà bientôt trois ans que les horreurs s’enchaînent de manière monstrueuse. Elles sont le résultat de décisions qui défient l’humanité la plus élémentaire.
Depuis que je suis Secrétaire général, jamais je n’ai vu de conflit avec un bilan humain si terrible ou de telles destructions.
La Cour internationale de Justice a pris des mesures conservatoires juridiquement contraignantes dans l’affaire intitulée « Application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza ».
Depuis, l’état de famine a été déclaré et les massacres se sont intensifiés.
Les mesures conservatoires prévues par la Cour doivent être appliquées, dans leur intégralité et immédiatement.
Rien ne peut justifier les horribles attaques terroristes perpétrées par le Hamas le 7 octobre ni la prise d’otages, et je les ai condamnées à maintes reprises.
Mais rien ne peut non plus justifier le châtiment collectif infligé au peuple palestinien et la destruction systématique de Gaza.
Nous savons ce qu’il faut faire :
Le cessez-le-feu permanent doit être décrété tout de suite. Tous les otages doivent être libérés tout de suite. Et un accès humanitaire complet doit être immédiatement rétabli.
Nous ne devons pas renoncer à la seule réponse viable pour une paix durable au Moyen-Orient : une solution des deux États.
Nous devons inverser d’urgence les tendances dangereuses observées sur le terrain.
Il faut mettre un terme à l’expansion des colonies et aux violences incessantes des colons, ainsi qu’à la menace d’annexion imminente.
Partout – d’Haïti au Yémen en passant par le Myanmar ou encore le Sahel, entre autres – nous devons choisir une paix ancrée dans le droit international.
L’année passée a porté quelques lueurs d’espoir, qu’il s’agisse du cessez-le-feu entre le Cambodge et la Thaïlande ou de l’accord entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, négociés par les États-Unis.
Mais il y a encore bien trop de crises qui sévissent, incontrôlées.
L’impunité règne.
Le non-droit est une maladie contagieuse.
Il sème le désordre, propage la terreur et risque de provoquer une mêlée nucléaire généralisée.
Lorsque l’impunité gagne du terrain, les morts peuplent les cimetières.
Quand le personnel des Nations Unies et les locaux de l’ONU sont attaqués – en violation des obligations juridiques – c’est à notre capacité même d’aider au mieux les populations que l’on s’en prend.
Le Conseil de sécurité doit se montrer à la hauteur de la situation.
Il doit être plus représentatif, plus transparent et plus efficace.
Il ne faut pas se contenter de répondre aux crises, mais aussi s’attaquer aux injustices qui sont à l’origine des conflits : l’exclusion, les inégalités, la corruption, l’impunité.
Laisser la justice retentir est le plus sûr moyen de faire taire les armes.
Le règne de l’équité, avec des possibilités pour tout le monde, est la clé d’une vraie sécurité.
Excellences,
Cela m’amène au deuxième point : nous devons choisir les droits humains et la dignité humaine.
Les droits humains ne sont pas un ornement de la paix – ils en sont le socle.
Les droits humains – sociaux, économiques, politiques, civiques et culturels – sont universels, indivisibles et interdépendants.
Choisir les droits, c’est plus que des paroles.
C’est choisir la justice plutôt que le silence.
C’est préserver la liberté et l’espace civique ;
Faire avancer l’égalité pour les femmes et les filles ;
Combattre le racisme et la discrimination sous toutes leurs formes ;
Protéger les défenseurs des droits humains, les journalistes et la liberté d’expression ;
Et garantir les droits des réfugiés et des migrants, afin que la mobilité soit sûre et conforme au droit international.
Les droits humains sont un combat quotidien – en ligne comme hors ligne.
Ils exigent de la volonté politique.
Mais la dignité ne se résume pas à la protection des droits.
Elle exige de pleinement concrétiser ces droits – grâce à un développement inclusif et résilient.
Des droits qui mettent fin à la pauvreté et à la faim.
Des droits qui ouvrent la voie de l’éducation, de la santé et des opportunités.
Les objectifs de développement durable sont notre feuille de route commune pour concrétiser ces droits.
Mais pour avancer sur cette voie, il faut du carburant.
Ce carburant, c’est le financement.
Et nous savons ce qu’un développement bien mené peut accomplir :
Au cours de la dernière décennie, des millions de personnes supplémentaires ont accédé à l’électricité, à des solutions de cuisson propre et à Internet.
Le mariage des enfants recule.
La représentation des femmes avance.
Mais les coupes dans l’aide au développement font des ravages.
Pour un grand nombre de personnes, elles représentent une condamnation à mort.
Pour tant d’autres, un avenir confisqué.
C’est là tout le paradoxe de notre époque :
Nous avons les solutions… mais nous siphonnons le carburant qui nous permettrait d’avancer.
Choisir la dignité, c’est choisir la justice financière et la solidarité.
Nous devons réformer l’architecture financière internationale afin qu’elle soit au service du développement – de toutes et de tous.
Avec des banques multilatérales de développement plus grandes et plus audacieuses – qui prêtent davantage et mobilisent plus de capitaux privés pour les pays en développement.
Avec des mécanismes d’allégement de dette plus rapides et plus justes – couvrant tous les pays en difficulté, y compris ceux à revenu intermédiaire.
Une protection des ressources nationales – en s’attaquant aux flux financiers illicites et aux pratiques fiscales abusives qui volent aux sociétés leur avenir.
Et des institutions financières mondiales à l’image du monde d’aujourd’hui – avec une participation bien plus forte des pays en développement dans sa composition et ses décisions.
Alors faisons le choix d’une économie mondiale au service de toutes et tous.
Faisons le choix des droits humains et de la dignité.
Et donnons-nous les moyens d’une transition juste – pour les peuples et la planète.
Excellences,
Cela nous amène au troisième choix : celui de la justice climatique.
La crise climatique s’accélère.
Mais les solutions arrivent elles aussi rapidement.
L’énergie propre n’est plus une promesse lointaine. Elle est là.
Aucun gouvernement, aucune industrie, aucun intérêt particulier ne peut arrêter sa progression.
Mais certains essaient – ce qui nuit aux économies, fige des prix élevés et gâche une occasion historique.
Excellences,
Les combustibles fossiles sont un pari perdu.
L’année dernière, la quasi-totalité des nouvelles capacités de production d’électricité provenait des énergies renouvelables, et les investissements sont en forte hausse.
Les énergies renouvelables sont la source d’énergie la moins chère et la plus rapide.
Elles créent des emplois, stimulent la croissance, protègent les économies face à la volatilité des marchés du pétrole et du gaz, permettent aux personnes qui n’étaient pas connectées de le devenir et peuvent nous libérer de la tyrannie des combustibles fossiles.
Mais pas au rythme actuel.
Les investissements dans les énergies propres restent inégaux.
Les réseaux et les capacités de stockage du XXIe siècle ne sont pas déployés assez rapidement.
Et les subventions publiques – qui proviennent de l’argent des contribuables – vont toujours aux combustibles fossiles plutôt qu’aux énergies propres, dans une proportion de 9 dollars contre 1.
Pendant ce temps, les émissions augmentent, les températures montent et les catastrophes se multiplient.
Et ce sont celles et ceux qui ont le moins de responsabilité dans cette situation qui en souffrent le plus.
Il est encore possible de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré Celsius d’ici à la fin du siècle.
Mais le temps est compté.
Comme la Cour internationale de Justice l’a affirmé, les États ont à cet égard une obligation juridique.
Nous devons redoubler d’efforts et d’ambition, en particulier en renforçant les plans climatiques nationaux.
Demain, j’accueillerai les dirigeants qui annonceront de nouveaux objectifs.
Les pays du G20 – les plus grands émetteurs – doivent montrer la voie, selon le principe des responsabilités communes mais différenciées.
Mais tous les pays doivent faire des efforts supplémentaires, à la veille de la Conférence des Nations Unies sur le climat qui se tiendra au Brésil.
En accélérant les mesures prises dans les domaines de l’énergie, des forêts, du méthane et de la décarbonisation industrielle.
En définissant une feuille de route crédible pour mobiliser 1 300 milliards de dollars des États-Unis par an en financements climatiques d’ici à 2035 pour les pays en développement.
En appuyant des transitions justes.
En doublant les financements de l’adaptation pour atteindre au moins 40 milliards de dollars des États-Unis cette année, et en déployant rapidement des outils à l’efficacité avérée pour débloquer des milliards de dollars supplémentaires en financements à des conditions favorables.
Et en versant des contributions importantes au Fonds pour les pertes et dommages.
Pour ce faire, les gouvernements, les institutions financières internationales, les organisations philanthropiques, la société civile et le secteur privé doivent travailler ensemble :
Ils doivent créer une marge de manœuvre budgétaire pour les pays en développement et débloquer des sources de financement nouvelles ou innovantes à grande échelle, notamment des taxes de solidarité sur les secteurs à fortes émissions et des conversions de dettes.
Les solutions et les outils nécessaires sont à notre portée.
Mais nous devons faire le choix de la justice climatique et de l’action climatique.
Quatrièmement, nous devons choisir de mettre la technologie au service de l’humanité.
L’intelligence artificielle est en train de redéfinir l’existence humaine en temps réel.
Elle transforme notre façon d’apprendre, de travailler, de communiquer – et même ce en quoi nous pouvons avoir confiance.
La question n’est pas de savoir comment l’arrêter, mais comment la mettre au service du bien commun.
Nous devons être les maîtres de la technologie, pas ses esclaves.
Elle doit faire progresser les droits humains, la dignité humaine, et garantir la capacité d’agir des êtres humains.
Pourtant, aujourd’hui, l’IA, qui est concentrée entre les mains d’un petit groupe, progresse plus vite que les cadres de réglementation et de responsabilité.
Et les risques s’étendent à de nouvelles frontières, des biotechnologies aux armes autonomes.
Nous assistons à une montée en puissance des outils de surveillance de masse, de contrôle social à grande échelle, de perturbation massive, voire de destruction massive.
Des outils qui peuvent engloutir des quantités d’énergie, mettre les écosystèmes à rude épreuve et accélérer la course aux minéraux critiques, ce qui risque d’aggraver l’instabilité et d’attiser les conflits.
Pourtant, ces technologies restent largement non réglementées.
Nous avons besoin de garde-fous universels et de normes communes, sur toutes les plateformes.
Aucune entreprise ne doit être au-dessus des lois.
Aucune machine ne saurait décider qui doit vivre ou mourir.
Aucun système ne doit être déployé sans que des mesures de transparence, de sécurité et de définition des responsabilités soient prises.
Le mois dernier, cette Assemblée a franchi une étape historique en créant un Groupe scientifique international indépendant sur l’intelligence artificielle et en décidant qu’un Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle se tiendrait tous les ans.
Deux nouveaux piliers d’une architecture commune,
qui allie la science et la politique pour plus de clarté et de prévoyance ;
qui favorise l’innovation tout en défendant nos valeurs et nos droits ;
et qui permet aux gouvernements, aux entreprises et à la société civile de contribuer à l’élaboration de normes communes.
Nous devons tirer parti de ces mécanismes et combler les écarts de capacité.
Tous les pays doivent être en mesure de concevoir et de développer des outils d’IA, et pas seulement de les utiliser.
J’ai proposé des formules de financement volontaire pour développer la puissance de calcul, les données et les compétences dédiées à l’IA dans les pays en développement.
Aucun pays ne doit être exclu de l’avenir numérique, ni enfermé dans des systèmes qu’il ne peut façonner ou dans lesquels il ne peut avoir confiance.
Les gouvernements doivent diriger avec clairvoyance.
Les entreprises doivent agir de manière responsable.
Et nous, qui formons la communauté internationale, devons veiller à ce que la technologie élève l’humanité.
Alors, choisissons :
La coopération plutôt que la fragmentation ;
Les principes éthiques plutôt que l’opportunisme ;
Et la transparence plutôt que l’opacité.
La technologie ne nous attendra pas.
Mais nous pouvons encore choisir ce qu’elle doit servir.
Alors choisissons judicieusement.
Cinquième et dernier point, pour atteindre tous ces objectifs, nous devons choisir de renforcer l’ONU pour le XXIe siècle.
Les forces qui secouent notre monde ébranlent jusqu’aux fondements du système des Nations Unies.
Nous sommes confrontés à des tensions et à des divisions géopolitiques croissantes, à une incertitude chronique et à une pression financière de plus en plus forte.
Mais celles et ceux qui dépendent de l’ONU ne doivent pas en payer le prix.
Surtout aujourd’hui, alors que pour chaque dollar investi dans nos activités essentielles d’édification de la paix, le monde dépense 750 dollars en armes de guerre.
Cette situation n’est pas seulement insoutenable, elle est indéfendable.
En ces temps de crise, jamais l’Organisation des Nations Unies n’a été aussi indispensable.
Le monde a besoin de la légitimité unique que nous incarnons. De notre capacité de rassemblement. De notre volonté d’unir les nations, de réduire les clivages et de relever les défis qui se présentent à nous.
Avec le Pacte pour l’avenir, vous avez montré votre détérmination à construire une Organisation plus forte, plus inclusive et plus efficace.
L’Initiative ONU80 s’inscrit dans le droit fil de cette logique et part du principe qu’il est urgent d’agir.
Nous avançons promptement et avec détermination.
J’ai présenté des propositions concrètes :
Un budget révisé pour 2026 qui renforce l’obligation de rendre des comptes, améliore la prestation des services et réduit les dépenses.
Des réformes pratiques visant à exécuter les mandats de manière plus rationnelle et efficace, et à obtenir de meilleurs résultats.
Et des idées pour susciter un changement de paradigme dans la structure de l’ONU et dans la manière dont ses composantes travaillent ensemble.
C’est à vous, les États Membres, qu’il revient de prendre la majorité de ces décisions.
Nous irons de l’avant en respectant pleinement les procédures établies.
Ensemble, choisissons d’investir dans une Organisation des Nations Unies qui s’adapte, innove et a les moyens d’agir pour les populations du monde entier.
Excellences,
Le message que je tiens à faire passer se résume à ceci : C’est maintenant qu’il faut choisir.
Il ne suffit pas de savoir quels sont les bons choix.
Je vous exhorte à faire ces choix.
J’ai grandi dans un monde où les choix étaient limités.
J’ai été élevé dans les ténèbres de la dictature : tout le monde était muselé par la peur, et il n’y avait presque plus d’espoir.
Pourtant, même dans les heures les plus sombres – peut-être justement parce que c’était les heures les plus sombres – j’ai découvert une vérité qui ne m’a jamais quitté :
Le pouvoir ne réside pas dans les mains de ceux qui dominent ou divisent.
Le véritable pouvoir naît des populations, de notre volonté commune de défendre la dignité.
De garantir l’égalité.
De croire farouchement en notre humanité commune et au potentiel de chaque être humain.
Très tôt, j’ai appris à persévérer. À faire entendre ma voix. À refuser de me résigner.
Quel que soit le défi à relever. Quels que soient les obstacles à surmonter. Quelles que soient les circonstances.
Nous devons triompher. Et nous triompherons.
Car dans un monde où de nombreux choix s’offrent à nous, il en est un que nous ne devons jamais faire :
Celui de renoncer.
Nous ne devons jamais baisser les bras.
C’est la promesse que je vous fais.
Pour la paix. Pour la dignité. Pour la justice. Pour l’humanité.
Pour faire advenir un monde que nous savons possible si nous y travaillons ensemble.
Jamais, je n’abandonnerai. Jamais.
Je vous remercie.
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Pour en savoir plus : page du site du Débat général sur le discours du Secrétaire général