Une femme pleure dans un camp pour personnes déplacées au Darfour face à l'augmentation des cas de viols dans la région.
Une femme dans un camp pour personnes déplacées dans la localité de Kutum, dans le nord du Darfour. Elle exprime sa tristesse face à l'augmentation des cas de viols dans la région.
Photo :ONU / Albert González Farran

En cette Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, nous témoignons notre solidarité aux rescapés. Nous nous engageons à les écouter et à agir en tenant compte de leurs expériences et de leurs décisions.

Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres

Les conséquences de la COVID-19 pour les victimes de violences sexuelles liées aux conflits

La pandémie de COVID-19 a des conséquences désastreuses pour les victimes et les personnes rescapées de violences sexuelles liées aux conflits. Le nouveau coronavirus a notamment eu des répercussions sur les activités menées par le Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit et sur le travail du Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour la question des enfants et des conflits armés.

Ces violences font partie de crimes les moins souvent signalés et leur dénonciation a été rendue encore plus difficile avec la pandémie de COVID-19. La maladie a limité la possibilité pour les victimes et les personnes rescapées de dénoncer ces actes et elle a aussi aggravé les obstacles structurels, institutionnels et socioculturels aux signalements.

Lutter contre l'impunité liée aux violences sexuelles est un élément central de dissuasion et de prévention de tels crimes. C'est aussi un élément clé du processus de réparation et de dédommagement pour les victimes. La COVID-19 a eu des effets significatifs et préjudiciables dans tous les secteurs de l'état de droit, notamment afin que les auteurs de violences sexuelles aient à répondre de leurs actes. La pandémie a également eu des répercussions sur les capacités d'enregistrement des plaintes, sur le traitement des signalements, ainsi que sur les rapports d’incidence de la part des autorités policières et judiciaires.

Les services dont les personnes rescapées ont besoin risquent de ne plus être prioritaires dans de nombreux endroits, notamment les refuges, les services de santé, les services de police et de justice. Cette pandémie a de graves répercussions sur un éventail de prestations : services médicaux, psychosociaux et juridiques nécessaires pour soutenir et accompagner les victimes de violences sexuelles. Des lieux d’accueil ont, par exemple, été fermés ; des cliniques mobiles ou des services de conseil ont été annulés,  et les ressources ont été détournées vers d’autres besoins.

La peur du virus freine aussi l’accès aux services et à une aide. Le personnel médical et les intervenants d'urgence sont souvent le premier point de contact des victimes de violences sexuelles. Les femmes, notamment les rescapées de violences sexuelles, peuvent être moins disposées à demander de l'aide, en particulier auprès des services de santé, parce qu’elles ont peur de contracter la COVID-19 ou de transmettre le virus à leur famille.

Les mesure de restriction de mouvement et de confinement ont contribué à l'augmentation de la violence domestique et sexiste. Les femmes et les filles qui subissent des violences sont plus exposées à un contrôle et à des restrictions accrues de la part de leurs agresseurs et elles ont peu de recours, voire aucune option, pour demander de l'aide. Accéder à de l'aide peut également être plus difficile en situation de confinement avec l'agresseur.

Enfin, les mesures de confinement et les restrictions à la libre circulation des personnes ont eu des conséquences sur le travail de surveillance, de signalement et de sensibilisation aux violences sexuelles liée aux conflits. Elles ont également entravé les activités des conseillers pour la protection des femmes, des conseillers à la protection de l'enfance et des entités des Nations Unies chargées de recueillir et de vérifier les informations, et de veiller au respect des obligations internationales, notamment les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

Événement 2020

Un événement en ligne a été coorganisé le 19 juin 2020 pour marquer la journée.  Le Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit et le Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour la question des enfants et des conflits armés, ainsi que la Mission permanente de l'Argentine auprès des Nations Unies sont à l'origine de la manifestation qui avait pour objectif de mettre en lumière les implications et les conséquences liées aux effets de la COVID-19 sur la vie des personnes rescapées.

Contexte

Définition

L’expression « violences sexuelles liées aux conflits » recouvre des actes tels que le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, l’avortement forcé, la stérilisation forcée, le mariage forcé, ainsi que toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable, perpétrés contre des femmes, des hommes, des filles ou des garçons, et ayant un lien direct ou indirect avec un conflit. Cette expression inclut également la traite des personnes à des fins de violences sexuelles ou d’exploitation sexuelle lorsque ces faits surviennent en temps de conflit.

Une préoccupation constante est que la crainte et les pressions culturelles dissuadent la grande majorité des victimes de violences sexuelles liées aux conflits de porter plainte. Les professionnels sur le terrain estiment que, pour chaque cas de viol déclaré lié à un conflit, il y en a 10 à 20 qui ne le sont pas.

Bien que de nombreuses régions soient exposées à la menace de violences sexuelles liées aux conflits, en soient le théâtre ou en subissent les retombées, le rapport 2019 du Secrétaire général, se limite toutefois aux 19 pays pour lesquels on dispose d'informations fiables.

Résolutions de l'ONU

Le 19 juin 2015, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté par consensus la résolution A/RES/69/293 proclamant le 19 juin Journée internationale pour l'élimination de la violence sexuelle en temps de conflit afin de sensibiliser à la nécessité d'y mettre un terme, de manifester de la solidarité envers les victimes et de rendre hommage à celles et ceux qui luttent en première ligne pour éliminer ces crimes.

Cette date a été choisie pour commémorer l'adoption décisive, le 19 juin 2008, de la résolution S/RES/1820(2008), dans laquelle le Conseil de sécurité a condamné l'utilisation de la violence sexuelle comme une arme de guerre pouvant faire obstacle à la consolidation de la paix.

Pour répondre aux groupes terroristes qui se servent désormais de la traite et des violences sexuelles comme arme de terreur et source de revenus, le Conseil de sécurité a adopté la résolution S/RES/2331(2016), par laquelle il engage les États Membres à prendre des mesures décisives et immédiates pour prévenir et réprimer la traite des êtres humains et les violences sexuelles, notamment dans le cadre des conflits armés. La résolution souligne que la traite d'êtres humains en temps de conflit armé et les violences sexuelles et sexistes commises en période de conflit peuvent s'inscrire parmi les objectifs stratégiques et dans l'idéologie de certains groupes terroristes. De tels actes peuvent devenir une tactique pour ceux-ci et un instrument servant à alimenter leurs coffres et à conforter leur pouvoir en facilitant l’enrôlement et la destruction de communautés.

La campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle en temps de conflit regroupe 14 entités des Nations Unies qui visent à mettre fin à la violence sexuelle durant et après un conflit armé. Initiée en 2007, elle constitue un effort concerté des Nations Unies pour améliorer la coordination et la responsabilisation, renforcer la programmation et la sensibilisation, et appuyer les efforts nationaux de prévention et d'intervention efficace pour répondre aux besoins des victimes. 

 

La Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit est la porte-parole de l’Organisation sur la question des violences sexuelles liées aux conflits. Elle préside le réseau « Campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle en temps de conflit » et elle bénéficie du soutien de l'Équipe d'experts de l'état de droit et des questions touchant la violence sexuelle liéeaux conflits. Cette fonction est occupée par Mme Pramila Patten, de Maurice, depuis 2017. Elle a succédé à Mme Zainab Hawa Bangura et Mme Margot Wallström.

 Illustration représentant le Siège de l‘ONU

Chaque journée internationale représente une occasion d’informer le public sur des thèmes liés à des enjeux majeurs comme les droits fondamentaux, le développement durable ou la santé. Ces journées sont aussi l’occasion pour le système des Nations Unies, les pouvoir publics et la société civile d’organiser des activités de sensibilisation et de mobiliser des ressources.