22 mars 2022

Les récents rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et son organisation hôte, l’Organisation météorologique mondiale (OMM), ont confirmé les préoccupations exprimées par les spécialistes de l’atmosphère il y a 50 ans : les émissions de gaz à effet de serre, en particulier le carbone fossile, perturbent le climat de la Terre.

Ces changements se sont déjà matérialisés et la tendance négative se poursuivra jusqu’à la seconde moitié du XXIe siècle, indépendamment de notre capacité à les réduire. L’élévation du niveau de la mer et la fonte des glaciers devraient se poursuivre pendant des siècles en raison de la concentration élevée de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, le principal gaz à effet de serre qui restera dans l’atmosphère pendant un certain temps.

L’effet du dioxyde de carbone sur le réchauffement de la basse atmosphère a été observé pour la première fois par le physicien suédois Svante Arrhenius in 1894. Ni lui ni personne n’aurait pu imaginer la croissance démographique spectaculaire ainsi que la consommation massive de charbon, de pétrole et de gaz naturel aux XXe et XXIe siècles.

Les preuves scientifiques recueillies depuis des décennies indiquent que l’atténuation des changements climatiques, notamment par la réduction de la consommation des combustibles fossiles et des mesures de prévention de la déforestation, est essentielle pour assurer à long terme le bien-être de l’humanité et de la biosphère.

Plusieurs mesures positives ont été prises pour éviter que les pires scénarios climatiques ne se produisent. De nouvelles technologies abordables qui favorisent l’atténuation, comme l’énergie solaire et l’énergie éolienne, les pompes à chaleur, les véhicules électriques et ceux qui fonctionnent au biodiésel ainsi que les produits nutritionnels, sont maintenant disponibles. Trente-deux pays ont réussi à réduire leurs émissions au cours des 15 dernières années et leur économie a continué de se développer.

Lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques  (COP-26, 31 octobre-12 novembre 2021), organisée par le Royaume-Uni à Glasgow, en Écosse, les pays du Groupe des sept (G7) et l’Union européenne qui, ensemble, sont responsables d’un tiers de émissions mondiales, ont pris des engagements visant à maintenir le réchauffement de la planète en deçà du seuil de 1,5 °C. De leur côté, les pays du Groupe des 20 (G20), notamment les pays BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), qui sont responsables de près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre, n’ont, malheureusement, pas encore été en mesure de proposer des engagements pour contenir le réchauffement climatique dans les limites de 1,5 °C à 2 °C fixées par l’Accord de Paris. Toutefois, les efforts visant à fixer des objectifs plus ambitieux en matière de lutte contre les changements climatiques se poursuivront lors des conférences sur le climat organisées par l’Égypte en 2022 (COP-27) ainsi que par les Émirats arabes unies en 2003 (COP-28). 

Le sixième rapport d’évaluation du GIEC auquel le Groupe de travail II a contribué, qui vient d’être publié, a montré que ces effets sont déjà bien visibles. Nous avons commencé à observer des catastrophes météorologiques plus fréquentes, avec un accroissement de leur durée et de leur intensité.

Selon l’Atlas de la mortalité et des pertes économiques dues à des phénomènes météorologiques, climatiques et hydrologiques extrêmes de l’OMM (1970-2019), les pertes économiques causées par les catastrophes climatiques ont augmenté de façon spectaculaire au cours des 50 dernières années. Si les États-Unis et la Chine sont les pays ayant été les plus affectés par des catastrophes coûteuses, les petits États insulaires et l’Afrique sont ceux qui ont subi les pertes économiques relatives les plus importantes. Un simple ouragan peut entraîner une réduction du PIB annuel d’un pays pouvant atteindre 800 %, comme cela a été observé dans les États des Caraïbes. En Afrique, les épisodes de sécheresse et d’inondation ont engendré des réductions annuelles du PIB pouvant atteindre 20 %. Toutefois, grâce aux services d’alerte précoces, le nombre de victimes humaines a diminué.

Petteri Talaas, Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale.

On sait maintenant qu’en plus des mesures essentielles d’atténuation des changements climatiques, il est de plus en plus nécessaire d’investir dans des mesures d’adaptation. Plusieurs organismes de développement envisagent d’investir 50 % du financement de l’action climatique dans l’adaptation aux changements climatiques. Le récent rapport de la Commission mondiale sur l’adaptation, coprésidé par l’ancien Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, a montré que le financement de services d’alerte précoces et d’infrastructures connexes offrirait l’un des meilleurs retours sur investissement.

Actuellement, la moitié seulement des 193 membres de l’OMM disposent de services d’alerte précoce appropriés et, en raison des difficultés de diffusion des alertes, seulement 20 % de la population mondiale a accès à ces informations.

Il existe aussi des lacunes importantes dans les observations météorologiques, climatiques et hydrologiques au niveau mondial. L’absence d’observations hydrologiques de base, en particulier en Afrique et dans les petits États insulaires, limite considérablement la précision des informations fournies par les services météorologiques. Cela entrave la planification de l’adaptation aux changements climatiques, puisque les données pour le climat de référence ne sont pas connues. Les lacunes des systèmes d’observations hydrologiques mettent en péril la gestion des ressources en eau, qui est essentielle pour la santé et le bien-être des personnes, l’agriculture, l’industrie et la production d’énergie.

L’OMM a créé un système d’observations météorologiques, climatiques et hydrologiques contenant des observations au sol, par satellite, par ballon, à bord de navires, par avion ainsi que des observations océaniques. Des normes d’observations ont été fixées et un réseau mondial en temps réel a été créé pour permettre un échange des données mondial, libre et sans restriction.

L’OMM a désigné 13 Centres mondiaux de production de prévisions à longue échéance qui fournissent des prévisions météorologiques mondiales dont la plupart sont mises gratuitement à la disposition de tous les membres de l’OMM. Une nouvelle politique en matière de données ainsi que des nouvelles normes pour les réseaux d’observations nationaux ont été approuvées par le Congrès de l’OMM en octobre 2021.

En outre, un nouveau programme, intitulé Mécanisme de financement des observations systématiques, a été approuvé; il vise à engager 400 millions de dollars au cours des cinq prochaines années pour l’amélioration des réseaux d’observations météorologiques de base des pays les moins avancés ainsi que ceux des petits États insulaires en développement et d’allouer 250 millions de dollars pour leur maintenance au cours des 10 prochaines années. Cela permettra d’améliorer la qualité des services d’alerte précoce dans les pays les plus vulnérables.

Outre la mise en place du système d’observation mondial en temps réel, et son exploitation, l’OMM s’emploie à améliorer les services météorologiques, climatiques et hydrologiques nationaux. Les membres de l’OMM et leurs services météorologiques nationaux partagent leur savoir-faire scientifique et technique avec les membres des pays moins développés.

La Banque mondiale a estimé que le retour sur investissement dans les services météorologiques a au moins décuplé. Ces investissements sont bénéfiques dans un vaste éventail de secteurs, comme la sécurité publique, l’agriculture, l’énergie, la santé, les infrastructures, l’aviation, les transports maritimes, la sécurité routière et la défense. L’OMM a lancé, avec le Bureau des Nations Unies pour la réduction des catastrophes et la Banque mondiale, un programme de développement spécifique intitulé Initiative sur les systèmes d’alerte précoce aux risques climatiques afin d’améliorer les compétences nationales en matière d’alerte précoce. Jusqu’à présent, plus de 50 pays ont été soutenus par ce programme, qui est financé par huit pays développés.

De nombreux effets des changements climatiques et des catastrophes sont liés à des phénomènes météorologiques, à savoir les inondations, l’intensification des tempêtes, la sécheresse, la fonte des glaciers et la salinisation des ressources côtières en eau douce causée par l’élévation du niveau de la mer. Pendant les 20 dernières années, 2 milliards d’habitants ont connu des inondations dévastatrices; 1,5 million a connu la sécheresse; et 700 millions ont subi une tempête tropicale dévastatrice. En 2021, des inondations ont fait des milliers de victimes dans plusieurs pays, notamment en Belgique, en Chine, en Allemagne et en Inde. Des sécheresses importantes et des feux de forêt ont eu lieu au Brésil, au Canada, en Russie et aux États-Unis.

La fonte des glaciers a connu une augmentation spectaculaire au cours des 20 dernières années. A cours des siècles à venir, la fonte des principaux glaciers de l’Arctique et du Groenland entraînera une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres. La fonte des glaciers de montagne, par exemple dans les Alpes, les Andes, l’Himalaya et les Montagnes rocheuses, met en péril la disponibilité d’eau douce de plusieurs grands fleuves du monde.

Selon le rapport du Groupe de travail I du GIEC (la base scientifique physique), le régime des précipitations et l’humidité du sol à l’échelle mondiale ont déjà changé et continueront de changer au cours des prochaines décennies. Cela risque de mettre en péril la capacité de production alimentaire mondiale et de rendre les conditions de vie plus difficiles sur tous les continents.

Il est nécessaire d’investir dans des services météorologiques, climatiques et hydrologiques de base afin d’atténuer les conséquences des changements climatiques. L’OMM a estimé que des investissements d’une valeur de 1,5 milliard de dollars dans des infrastructures et des services connexes permettraient d’obtenir des avantages économiques majeurs et de sauver des vies en tant que mesure efficace d’atténuation des changements climatiques. Au-delà de l’investissement financier, il est nécessaire de relever l’ambition en matière d’atténuation afin d’éviter les pires risques climatiques.

 

 

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