Les pays en développement dépendent de la croissance économique nationale et mondiale pour réaliser d'ici à 2015 les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). À cet égard, le commerce international est reconnu comme étant un instrument puissant pour stimuler les progrès économiques et réduire la pauvreté. Le commerce contribue à éradiquer la faim et la pauvreté extrême (OMD 1) en réduisant de moitié la proportion de personnes qui souffrent de la faim et celles qui vivent avec moins d'un dollar par jour et en mettant en place un partenariat mondial pour le développement (OMD 8). Ce dernier vise à répondre aux besoins des pays les moins avancés en réduisant les barrières commerciales, en allégeant la dette et en augmentant l'aide publique au développement accordée par les pays développés.


La pauvreté est le plus grand fléau de notre temps. Il est reconnu que pour réduire la proportion de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour, les pays en développement doivent accélérer leur croissance économique en ouvrant leurs marchés au commerce mondial. Les raisons sont multiples : la libéralisation du commerce permet une meilleure allocation des ressources rares, encourage le bien-être économique et contribue à la croissance économique à long terme. Toutefois, alors que dans les pays en développement, l'ouverture des marchés peut générer des gains à long terme, la libéralisation des économies risque d'entraíner des coûts d'ajustement à court terme. Quand les économies s'ouvrent, les importations se font selon les filières pre-existantes du pays, alors que ses nouvelles possibilités d'exportation viennent souvent de secteurs différents qui n'ont pas encore développé une capacité de production suffisante.


La communauté internationale reconnaít l'importance du commerce pour le développement au travers d'initiatives comme l'Aide au commerce, le Financement du développement, et, surtout, le cycle des négociations commerciales de Doha lancé par Organisation mondiale du commerce (OMC). On estime que libéralisation du commerce permettrait de réaliser des gains annuels mondiaux de 90 à 200 milliards de dollars, dont les deux tiers reviendraient aux pays en développement1. Cela pourrait permettre à 140 millions de personnes de sortir de la pauvreté d'ici à 20152.


Commerce et croissance économique. Au cours de la dernière décennie, le commerce a été un moteur puissant de croissance dans les pays en développement, dont la part dans le marché mondial est passée de 29 % en 1996 à 37 % en 2006 et dont les exportations ont constamment augmenté à un rythme plus rapide que dans les pays développés. Cela a stimulé la croissance des revenus d'exportation des pays en développement. En même temps, au cours des cinq dernières années, le produit national brut (PNB) par habitant, l'un des indicateurs les plus pertinents utilisés pour mesurer les progrès en vue de la réalisation des OMD, a augmenté de plus de 16 % en Afrique, en Asie de l'Ouest et en Amérique latine (voir tableau). Cela s'est traduit par une augmentation importante de l'emploi et des niveaux d'investissement. La forte croissance des exportations dans les pays en développement est, dans une grande mesure, due à la réduction constante des tarifs douaniers qui constituent des barrières au commerce. En moyenne, ces derniers sont passés de 11 % en 2000 à 7 % en 2006 (voir figure 1). Toutefois, les pays en développement font toujours face à des tarifs douaniers très élevés et à des barrières tarifaires importantes sur les produits d'exportation qui les intéressent (voir figure 2). Par exemple, en 2005, les droits de douane pour les exportations agricoles des pays en développement étaient en moyenne de 8,9 %. Les pays développés continuent d'imposer des tarifs douaniers sur les importations des pays en développement qui sont deux fois plus élevés que ceux des pays développés1.


La Maurice - l'une des économies les plus ouvertes de l'Afrique subsaharienne - est un exemple illustrant comment le commerce peut être un instrument puissant pour réaliser les OMD. Ses exportations traditionnelles, comme le sucre et les textiles, ont été soutenues par des politiques commerciales qui ont permis au pays de s'adapter à la concurrence internationale et de développer des services à valeur ajoutée. Après la mise en œuvre d'une stratégie axée sur les exportations, le PNB de ce pays a enregistré une augmentation impressionnante de 6 % par an. D'autres initiatives réussies ont été lancées au Rwanda, où les exportations de café ont stimulé la croissance économique, ainsi qu'au Kenya, où les exportations de fleurs coupées, soutenues par des incitations commerciales, ont enregistré un taux de croissance annuel de 35 % au cours des 15 dernières années.


Faire face à la libéralisation commerciale. Au vu de ces expériences réussies, les pays en développement devraient-ils libéraliser rapidement leur économie ? La réponse est qu'ils doivent préparer leur entrée dans le marché avec plus de prudence. Les études économiques reconnaissent aujourd'hui que la relation entre l'ouverture des marchés et la croissance est plus complexe qu'une simple relation de cause à effet. La libéralisation du commerce n'augmente pas automatiquement les activités commerciales, encore moins la croissance. Son impact dépend du contexte national plutôt que de l'application d'une démonstration théorique3.


En fait, la libéralisation du marché a différents effets sur la pauvreté selon les pays, en fonction de nombreux facteurs, notamment la stabilité macroéconomique, l'infrastructure et le secteur financier. Il est clair que le commerce ne peut aider à lui seul les pays en développement à réaliser les OMD et que la communauté internationale doit augmenter de manière significative ses efforts pour faire face à la libéralisation du marché et établir les conditions nécessaires pour assurer la croissance dans tous les pays. Les pays en développement doivent être mieux préparés avant d'entrer dans le marché mondial.


Avant d'essayer de s'imposer dans la concurrence mondiale, ils devraient développer ou étendre leur capacité d'approvisionnement. Ils auront besoin d'une assistance technique et financière pour bénéficier des possibilités offertes par l'ouverture du marché. C'est dans cette optique que la communauté internationale a lancé l'Initiative d'aide au développement, afin d'aider les pays en développement à augmenter leur capacité d'approvisionnement par des investissements dans l'infrastructure et des aides ponctuelles. Cela permettra, par exemple, aux producteurs de riz haïtiens ou aux producteurs de fleurs kenyans d'exporter leurs produits vers les marchés internationaux.Pour éviter le chômage durant la période de transition, les pays en développement doivent également mettre au point des dispositifs de sécurité sociaux. Avec la libéralisation du commerce dans les pays en développement, les personnes travaillant dans les secteurs ne présentant aucun avantage compétitif se retrouveront au chômage. Il est donc important de reclasser les travailleurs dans les nouveaux secteurs de croissance, ce qui nécessite des politiques d'éducation, de formation et des programmes de prestations de chômage. La communauté internationale devrait donc aider les pays en développement à gérer ces coûts d'ajustement, l'une des raisons pour laquelle le système des Nations Unies insiste pour que toutes les politiques de développement soient intégrées dans la Stratégie nationale de développement de chaque pays en développement.


En reprenant les propos de Bono, cofondateur de la campagne « ONE » contre la pauvreté, nous dirons pour conclure que la réforme du commerce n'est pas un geste de charité, mais un moyen de donner aux pays en développement les outils nécessaires pour réaliser les OMD. Le commerce est un instrument important qui permet de stimuler la croissance économique et de réduire la pauvreté. Cependant, l'ouverture des marchés doit être accompagnée de réformes complètes en phase avec les spécificités et le niveau de développement de chaque pays. Au cours des dernières années, la communauté internationale a reconnu ces questions. L'action de l'ONU dans le développement social est donc cruciale pour aider les pays en développement à profiter des possibilités de croissance qu'offre le commerce.

Notes 1 Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Coping with Trade Reforms, Sam Laird et Santiago Fernández de Córdoba, édition CNUCED, Palgrave-McMillan, 2006.
2 Banque mondiale. Global Economic Prospects 2004: Realizing the Development Promise of the Doha Agenda. Banque mondiale, septembre 2003.
3 Francisco Rodríguez et Dani Rodrik ont écrit : « En fait, nous ne pensons pas qu'il y ait un rapport général et non ambiguë entre ouverture commerciale et croissance. Il y a des raisons de penser que ce rapport est contingent et qu'il dépend à la fois de caractéristiques internes mais aussi externes à de nombreux pays », tiré de Trade Policy and Economic Growth: A Skeptic's Guide To The Cross-National Evidence (Cambridge, May 2000).