Les dirigeants mondiaux ont montré ce qu’ils peuvent accomplir lorsqu’ils travaillent ensemble pour s’attaquer aux problèmes les plus difficiles. En 2015, ils ont approuvé le Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe, l’accord mondial sur le changement climatique et le Programme de développement durable à l’horizon de 2030, présentant un ordre du jour et un calendrier ambitieux pour le changement.

Lors du Sommet mondial sur l’action humanitaire, qui aura lieu en mai 2016 et au-delà, nous devons tirer parti de cette dynamique historique pour nous assurer que les droits et les besoins des personnes les plus vulnérables dans le monde guident nos politiques, nos comportements et nos décisions financières.

L’urgence apparaît clairement : si les tendances démographiques et les conflits actuels – conflits complexes prolongés avec un risque élevé de reprise, déplacements forcés de très grande ampleur, conflits urbains, inégalités croissantes – continuent, l’écart entre les besoins et les réponses apportées ne fera que s’accentuer.

Le point de départ consiste en un changement fondamental de notre approche, privilégiant la prévention des crises à la réponse      en réduisant les vulnérabilités et en gérant les risques. Pour commencer, les dirigeants doivent s’engager à intensifier leurs efforts pour trouver des solutions politiques afin de mettre fin aux effusions de sang et aux souffrances. Cela doit être notre plus grande priorité.

Nous devons aussi donner corps à la promesse ambitieuse que nous avons faite dans le cadre du programme 2030 : ne laisser personne de côté et aider en premier les plus défavorisés. Il nous fera revoir la manière dont nous concevons et abordons la vulnérabilité et la crise.

Les 125 millions de personnes extrêmement vulnérables doivent être au centre de toutes nos prises de décision collectives concernant la paix et la sécurité, le développement, les actions humanitaires et les droits de l’homme. Nous devons surmonter nos cloisonnements institutionnels afin de réaliser les 17 objectifs de développement durable, même dans les lieux qui sont touchés par une crise humanitaire. Cela nécessitera un changement dans notre manière de procéder, notamment aux Nations Unies, dans leurs organismes, leurs fonds et leurs programmes.

Alors que nous veillons à ce que les besoins humanitaires soient satisfaits dans le respect des principes, nous devons aussi travailler avec une grande détermination pour réduire les risques et la vulnérabilité. Les acteurs humanitaires et ceux du développement devront coopérer à l’accomplissement de réalisations collectives, basées sur l’avantage comparatif. Nous devrons briser les cloisonnements au lieu d’élaborer en premier des mandats institutionnels individuels.

Pour réduire la vulnérabilité à sa source, les donateurs et les investisseurs devront délaisser les projets financiers individuels aux objectifs à court terme et consacrer leurs efforts au financement de réalisations collectives fondées sur des échéances plus longues mesurées en années. Nous ne pouvons prendre les devants que si nous mesurons les succès en termes de réduction de la vulnérabilité et des risques et que nous coopérons étroitement avec les acteurs locaux pour nous assurer que nous les soutenons, et non pour agir à leur place.

Nous devons aussi augmenter et diversifier notre base de ressources et ajouter des outils de financement plus innovants à l’ensemble traditionnel, y compris des polices d’assurance et des paiements en espèces fondés sur l’analyse des risques.

C’est pourquoi j’appelle à l’adoption des mesures recommandées par le Groupe de haut niveau sur le financement de l’action humanitaire – un « grand compromis » dans le cadre duquel les donateurs s’engageront à apporter un financement plus souple et les partenaires utiliseront les fonds humanitaires limités de manière plus transparente et plus responsable.

Ces changements et d’autres nous feront sortir de notre zone de confort et nous entraîneront vers des terres inconnues.

Mais en réalité, alors que les demandes sont de plus en plus nombreuses et que notre capacité à réagir est devenue de moins en moins appropriée, nous sommes déjà en terre inconnue. L’ancien modèle de l’aide humanitaire n’est plus adapté. Nous devons tirer profit de la dynamique créée par le Sommet mondial sur l’action humanitaire et le Programme de développement durable à l’horizon de 2030 pour concevoir un nouveau modèle qui sera à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés.

Nous devons relever le défi; agir sans rien changer n’est pas envisageable. Avec énergie et un soutien fort, nous pouvons nous attaquer aux défis les plus difficiles, sauver des vies, protéger les populations et les aider non seulement à survivre, mais aussi à prospérer.