Imaginez : on est en 2007. La Chine consomme 15 % de l'énergie mondiale. La Californie a imposé un rationnement de l'eau permanent. Les organisations d'aide humanitaire mettent en garde que les récentes pluies font resurgir le spectre de la faim généralisée en Afrique australe et, en Grèce et en Turquie, des cas de paludisme sont signalés par des estivants.


Il est impossible de savoir exactement ce que l'avenir nous réserve, mais d'après les connaissances actuelles relatives au climat et à l'environnement, cette situation n'est certainement pas irréaliste. Si elle devient une réalité, elle affectera considérablement ce que faire des affaires commerciales lucratives voudra dire dans 20 ans, une série de facteurs commençant à agir profondément sur le paysage politique et économique, transformant radicalement le monde dans lequel nous vivons et travaillons. Il ne fait aucun doute qu'il sera de plus en plus difficile d'ignorer les effets du changement climatique.
La concentration du dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère, qui était d'environ 280 parties par million (ppm) avant la révolution industrielle, est passée aujourd'hui à environ 380 ppm. Un doublement de la concentration des gaz à effet de serre (GES) entraíne une hausse des températures globales d'environ 3 °C. Les émissions de GES augmentent dans le monde et, si les tendances actuelles persistent, les températures augmenteront probablement de 2 à 4,5 °C d'ici à 2100. Le Groupe d'experts international sur l'évolution du climat suggère que pour prévenir une hausse de 2 °C, seuil jugé dangereux avec des conséquences imprévisibles - il faudra stabiliser d'ici à 2015 la concentration des émissions mondiales et les réduire rapidement pour atteindre une réduction de 50 % en 2050.
Les changements climatiques auront un impact direct sur les entreprises, par exemple, sur l'infrastructure et les investissements. La législation sera renforcée alors que les électeurs prendront conscience du problème et que les gouvernements réagiront face aux conséquences du changement climatique et aux coûts d'adaptation. Les premiers éléments d'un cadre de réglementation sont déjà en place, l'initiative la plus connue étant le Protocole de Kyoto, ratifié par les pays qui se sont engagés à réduire leurs émissions de CO2 dans des délais fixés. Des progrès politiques sont également réalisés dans d'autres domaines.
Malgré l'absence des États-Unis et de l'Australie au processus de Kyoto, de nombreux États américains et australiens, et de nombreuses villes dans le monde, établissent des cadres politiques pour répondre au changement climatique. Par exemple en Californie, le gouverneur Arnold Schwarzenegger vient de signer un accord avec le Parlement (AB32), qui plafonne les émissions de GES de la Californie et ouvre la voie à la mise en place d'un système basé sur le marché et d'autres mécanismes pour ramener d'ici à 2020 les émissions à leurs niveaux de 1990 - l'une des approches légales étant le système « cap and trade », c'est-à-dire un système avec plafond et échange de quotas. L'émergence du système d'échange de droits d'émissions, qui a donné un prix au carbone, est l'une des mesures les plus vigoureuses prises pour s'attaquer au problème. Les systèmes d'échange permettent aux participants de réduire les émissions à un moindre coût, leur donnant la possibilité d'acheter des réductions d'émissions à d'autres pays quand leurs propres coûts de réduction sont élevés. En 2006, le Système européen d'échange de quotas d'émissions (ETS) a échangé plus de 19 milliards de dollars. Il existe de nombreux autres systèmes similaires. Aux États-Unis par exemple, l'Initiative régionale sur les gaz à effet de serre regroupe les États du Nord-Est pour réduire les émissions produites par les générateurs des centrales électriques par le biais d'un système d'échange régional. Au Royaume-Uni, des projets sont mis en place pour étendre l'échange de quotas d'émissions au-delà des entreprises qui dépassent le seuil autorisé par l'ETS et créer un système national auquel devront participer les consommateurs dont la facture d'électricité est supérieure à 15 000 livres sterling par an. Même les entreprises qui ne font pas l'objet d'une réglementation cherchent des solutions souples, basées sur le marché. Par exemple, HSBC et BskyB ont été respectivement la première grande banque et la première société de médias à atteindre un bilan de carbone neutre. Ils ont éliminé les émissions de carbone grâce à une diminution de leur consommation d'énergie, à l'utilisation d'électricité verte et à l'investissement dans des projets créditeurs en carbone par le biais des marchés de carbone volontaires.
Il est clair que le besoin opérationnel de gérer les risques associés à la réglementation, à la réputation et à la modification des phénomènes météorologiques placera inévitablement le changement climatique au premier plan de l'agenda des entreprises. Mais il est peu probable que l'action défensive sera le principal moteur du changement au cours des 20 prochaines années. Les opportunités commerciales sont aussi des éléments importants. Et alors que le prix du carbone augmente et que les consommateurs sont de plus en plus sensibilisés, de nouveaux marchés se développent. Même à un niveau de base, la réduction des émissions peut entraíner une réduction importante des coûts. Selon le rapport 2007 du Climatic Group, Carbon Down, Carbon Up, 27 entreprises, dont BP, BT et HBOS, ont signalé une réduction directe de leurs coûts résultant de la réduction des émissions. En moyenne, ces entreprises ont réduit leurs émissions de GES de 18 %, en investissant dans l'efficacité énergétique. Un article de McKinsey va dans le même sens, montrant que 25 % des actions peuvent être entreprises pour stabiliser les niveaux de GES dans l'atmosphère, y compris le rendement énergétique et l'isolation, sans entraíner des coûts supplémentaires. Pour les entreprises qui jouent un rôle actif dans le développement de produits et de services qui constitueront la base d'une économie à faible émission de carbone, les opportunités commerciales sont potentiellement plus importantes. Selon le rapport de Climate Group, In the Black: the Growth of the Low Carbon Economy, on observe déjà une croissance rapide. Les données recueillies dans quatre pays (Allemagne, Japon, Royaume-Uni et États-Unis) et dans quatre domaines essentiels (énergie à faible émission de carbone, produits à faible consommation d'énergie, technologies à faible émission de carbone pour les véhicules et financement en faveur de techniques à faible émission de carbone/marchés du carbone) montrent que les entreprises qui appliquent des solutions pour lutter contre le changement climatique génèrent des revenus, des profits et créent des emplois. Cela suscite un intérêt de la part des investisseurs et des institutions financières qui reconnaissent le besoin en capitaux des entreprises et en opportunités de croissance. Par exemple, la capitalisation du marché des 85 plus grandes entreprises d'énergie renouvelable a atteint 50 milliards de dollars en 2005, deux fois plus qu'en 2004. En 2006, les investissements en énergie renouvelable ont atteint 71 milliards de dollars, une augmentation de 50 % par rapport à l'année précédente. Avec un marché mondial de l'énergie éolienne, solaire et géothermique, et des piles à combustible estimé à 200 milliards de dollars en 2020, il n'est pas surprenant que les entreprises dynamiques cherchent à s'établir dans ce domaine.
Enfin, la sensibilisation du public au changement climatique crée également une opportunité importante et croissante pour les entreprises de biens de consommation. Une étude réalisée en 2005 par le Climate Group a montré que 28 % des consommateurs au Royaume-Uni et 19 % aux États-Unis étaient très préoccupés par le changement climatique, soutenant un marché potentiellement plus important que celui des produits organiques et des produits du commerce équitable à ses débuts. En outre, le groupe a montré une demande latente pour des produits, des services et des marques qui prennent en compte leurs préoccupations. Toutefois, des obstacles à l'action ont aussi été identifiés, en particulier concernant le côté pratique et l'impartialité.
C'est dans ce contexte que le Climate Group a lancé en avril 2007 « We're in this Together », un partenariat innovant d'entreprises de marques connues qui se sont engagées à offrir aux consommateurs des solutions à faible émission de carbone simples et peu coûteuses. Il vise à aider chaque ménage britannique à réduire ses émissions d'une tonne, soit un total d'environ 24 millions de tonnes au cours des trois prochaines années, une quantité supérieure aux émissions combinées des ménages écossais et Galois. B&Q, Barclaycard, British Gas, Marks & Spencer 02, Royal & SunAlliance, BskyB et Tesco soutiennent la campagne et proposent des moyens efficaces pour participer à l'action. Texco s'engage à fabriquer en 2007 10 millions d'ampoules à faible consommation d'énergie, cinq fois plus qu'en 2006, vendues dans les magasins et sur Internet à moitié prix, et B&Q propose l'achat de matériaux d'isolation pour lofts à moitié prix. Comme l'ont démontré les entreprises qui participent à la campagne, aider les consommateurs à surmonter les obstacles à l'action individuelle peut ouvrir la voie à une nouvelle croissance et renforcer la différentiation des marques, ainsi que contribuer à la réalisation d'objectifs ambitieux concernant le développement durable.
Au cours des 20 prochaines années, les entreprises en tête de la lutte contre les effets du changement climatique contribueront non seulement à la réduction des émissions, mais auront acquis une crédibilité et une réputation suffisamment solides pour inviter les employés, les consommateurs et les fournisseurs à les suivre, dans leur domaine propre d'activités, leurs innovations ou dans les produits ou les services qu'ils offrent. Reconnaissant les synergies qui existent entre la réduction des émissions de GES et l'augmentation de la productivité et des revenus, ces entreprises représenteront le nouvel avenir commercial.