19 mars 2026

Le 21 mars 1960, la police a ouvert le feu et tué 69 personnes lors d'une manifestation pacifique contre les « lois sur les passeports intérieurs » de l'apartheid à Sharpeville, en Afrique du Sud. Cet événement tragique a marqué un tournant, commémoré chaque année pour rendre hommage à ceux qui ont perdu la vie en luttant pour la démocratie et l'égalité raciale en Afrique du Sud. Depuis lors, le 21 mars est devenu un rappel solennel du lourd tribut payé dans la lutte contre le régime de l'apartheid, ainsi qu'un appel à la communauté internationale pour éliminer toutes les formes de discrimination raciale.

Le massacre de Sharpeville a catalysé l’adoption, cinq ans plus tard, de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale — une réalisation historique des Nations Unies, survenue à peine deux décennies après leur fondation. Les visionnaires qui se sont réunis il y a 60 ans pour adopter cette Convention ont reconnu la discrimination raciale comme un fléau pour l’humanité, qu’il convenait d’éliminer avec la plus grande urgence pour toutes les nations du monde.

Aujourd'hui, avec 185 pays ayant ratifié ou signé la Convention, celle-ci s'impose comme l'un des traités relatifs aux droits de l'homme les plus largement adoptés, couvrant tous les continents, systèmes juridiques, confessions et cultures. Elle demeure la pierre angulaire des efforts déployés par les Nations Unies pour combattre le racisme et la discrimination raciale. En dressant le bilan des progrès accomplis dans le cadre de la Convention, il y a beaucoup à célébrer ; toutefois, il importe avant tout de rappeler l'ampleur et la complexité des défis à relever.

Le douloureux héritage du racisme et de la discrimination a laissé des cicatrices aux sociétés du monde entier. Des millions de personnes ont perdu la vie, ou ont vu leurs rêves amoindris ou niés, en raison de l'idéologie fallacieuse selon laquelle une vie serait supérieure à une autre.

Les peuples autochtones de tous les continents ont subi des siècles de dépossession, d'assimilation forcée et de discrimination systémique.

Les horreurs de la traite transatlantique des esclaves — qui a déraciné de force jusqu'à 15 millions d'Africains et les a soumis à une vie de brutalité, uniquement par appât du gain — résonnent encore aujourd'hui dans le vécu des personnes d'ascendance africaine.

Les communautés asiatiques de nombreux pays ont été confrontées à l'exploitation coloniale, à des lois d'exclusion et à une violence enracinée dans les préjugés.

Les communautés roms ont enduré des siècles de préjugés et d'exclusion.

Les enfants nés aujourd'hui voient encore leurs chances dans la vie limitées par des structures sociétales fondées sur l'ascendance.

Ceux qui ne cherchent qu'une vie meilleure — et qui entreprennent souvent des périples éprouvants, risquant de se noyer à bord d'embarcations surchargées — se heurtent à des frontières closes par l'intolérance.

Des millions de personnes subissent, dans le silence et au quotidien, des actes de violence résultant d'opportunités fermées et de rêves brisés. Elles sont confrontées à des perspectives limitées en matière d'éducation et de santé, ainsi qu'à une stagnation de leur avancement professionnel. Elles endurent, jour après jour, une lutte pour affirmer leur identité face à des préjugés dangereux et des stéréotypes haineux, et s'épuisent dans des combats incessants pour la reconnaissance culturelle. Ces blessures s'accumulent au fil des vies et des générations, redéfinissant les possibilités offertes à des communautés entières.

Gay McDougall avec des membres de la communauté Batwa au Rwanda, 2011. Photo fournie avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Le racisme et la discrimination ne sont pas des concepts abstraits ; ce sont des blessures profondes infligées à l'âme des nations et de l'humanité.

Ces injustices ne se limitent à aucun pays ni à aucune région en particulier. Lors de la troisième Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée, qui s'est tenue à Durban en Afrique du Sud, en 2001, les gouvernements ont reconnu que la discrimination raciale existe partout et que la combattre constitue une priorité mondiale.

Le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale a été chargé de s'appuyer sur le droit international pour panser ces plaies. Depuis l'adoption de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, des progrès ont été accomplis aux niveaux international, régional, national et local. Toutefois, ces progrès ont été plus lents et moins exhaustifs que prévu, et de nombreux acquis risquent d'être remis en cause.

Réaliser le monde envisagé par les 69 courageux Sud-Africains que nous honorons chaque 21 mars est une tâche trop vaste pour reposer sur un seul mécanisme institutionnel. Mettre fin à la discrimination raciale doit être une priorité pour toutes les institutions et toutes les nations.

Heureusement, le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale compte des alliés essentiels face à cet immense défi ; au premier rang d’entre eux figurent les personnes touchées par la discrimination raciale. Une grande partie des travaux du Comité est alimentée par les informations et les appels constants émanant des communautés lésées par des politiques et des structures inégalitaires — notamment les communautés d’ascendance africaine, les Roms, les peuples autochtones et d’autres groupes raciaux et ethniques marginalisés. Leur courage et leur résilience ne cessent d’inspirer le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale, et leur collaboration aux travaux du Comité est indispensable.

D'autres acteurs de la société civile et défenseurs des droits de l'homme jouent également un rôle crucial en soumettant des évaluations essentielles au Comité pour l'élimination de la discrimination raciale. Dans de nombreux pays, les institutions nationales des droits de l'homme sont devenues des acteurs clés dans le suivi des questions relatives aux droits de l'homme et à la justice raciale ; le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale leur a accordé une reconnaissance particulière leur permettant de présenter des rapports lorsque les gouvernements comparaissent devant le Comité.

Au sein des Nations Unies, le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale a été rejoint par des organes institutionnels constituant une « nouvelle architecture » de mécanismes de lutte contre le racisme : le Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée ; le Groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine ; l’Instance permanente pour les personnes d’ascendance africaine ; le Mécanisme international d’experts indépendants chargé de promouvoir la justice et l’égalité raciales dans le contexte du maintien de l’ordre ; le Groupe d’éminents experts indépendants sur la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d’action de Durban ; et le Groupe de travail intergouvernemental sur l’application effective de la Déclaration et du Programme d’action de Durban. Ces partenaires sont indispensables à la lutte contre le racisme.

Au terme de six décennies d'efforts pour mettre en œuvre la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, des compréhensions nuancées ont émergé concernant la discrimination raciale et les moyens de l'éradiquer.

Les défis mondiaux tels que les crises financières, les pénuries alimentaires et le changement climatique exacerbent les problèmes auxquels sont confrontées les communautés racialisées. Dans certains cas, ces vulnérabilités découlent de discriminations anciennes. La pauvreté prive ces communautés des réserves nécessaires pour résister aux crises ou aux catastrophes. Les ralentissements économiques intensifient souvent les pressions sociales tendant à faire des plus vulnérables des boucs émissaires, alimentant ainsi les discours de haine, la violence et les menaces pesant sur la démocratie, par le biais de politiques ou de dirigeants racistes.

La discrimination est désormais reconnue comme un facteur déterminant de la pauvreté. Les groupes raciaux marginalisés se retrouvent de manière disproportionnée dans des secteurs informels, peu qualifiés et faiblement rémunérés — tels que le travail domestique, l'agriculture et la vente de rue — qui sont souvent dépourvus de protections du travail et de sécurité sociale.

Les femmes portent le fardeau complexe de la pauvreté, des préjugés ethniques et des restrictions fondées sur le genre, créant ainsi de profonds obstacles.

Au-delà des conséquences personnelles dévalorisantes du racisme et de la discrimination, il est crucial de comprendre leur nature structurelle. Dans les sociétés où les préjugés raciaux sont endémiques, les institutions perpétuent les inégalités. Pour y remédier, il est nécessaire d'identifier et de démanteler les structures institutionnelles qui maintiennent les hiérarchies raciales. Les politiques et les pratiques ayant des répercussions négatives sur les communautés défavorisées doivent être révisées, et les cultures ainsi que les traditions exclusionnistes, modifiées.

Des lois antidiscriminatoires exhaustives et des institutions chargées de leur application dotées de pouvoirs forts sont essentielles, accompagnées de procédures pouvant être engagées par les victimes elles-mêmes ou leurs représentants.

Les gouvernements doivent mettre en œuvre des mesures spéciales robustes pour remédier aux disparités en matière de participation économique, notamment dans les domaines de l'emploi, de l'éducation, de la formation, des services financiers, du régime foncier et des droits de propriété. Les protections du travail et la sécurité sociale devraient être étendues aux travailleurs à bas salaire et aux travailleurs du secteur informel.

Les initiatives de discrimination positive devraient s'inscrire dans le cadre d'une stratégie d'égalité plus large, incluant des initiatives législatives, des budgets ciblés, des critères de référence et des quotas.

Toutes les décisions politiques doivent être guidées par une consultation significative des groupes touchés par la discrimination raciale et fondées sur des données désagrégées révélant les inégalités.

Aujourd'hui, les manifestations pour la justice raciale à travers le monde revendiquent le droit au travail, le droit au logement, un accès égal à une éducation et à des soins de santé de qualité, ainsi qu'un salaire décent. Ces revendications trouvent un écho tant dans les économies en développement que dans les économies développées.

Un consensus croissant se dégage au sein des institutions de développement mondial quant à la nécessité de s'attaquer aux inégalités de revenus et à la pauvreté. Toutefois, de nombreux programmes de développement international n'ont pas réussi à transformer la réalité des communautés victimes de discriminations endémiques. Le mantra porteur d'espoir « ne laisser personne de côté » demeure davantage une aspiration qu'un principe opérationnel.

Le racisme évolue constamment, contaminant les systèmes mondiaux et façonnant les réalités tant au sein des nations qu'entre elles. Il ne saurait être éradiqué par des efforts confinés aux frontières nationales. Le racisme est ancré dans les politiques étrangères et dissimulé dans les accords commerciaux ; il régit la distribution des vaccins vitaux, la préparation et les réponses à la crise climatique, les indicateurs de santé maternelle ainsi que les politiques migratoires.

Les trois recommandations générales les plus récentes du Comité pour l'élimination de la discrimination raciale mettent en lumière des priorités urgentes : la Recommandation générale n° 37 sur le droit à la santé, les Recommandations générales n° 38 et 39 sur l'éradication de la xénophobie à l'égard des migrants, et la Recommandation générale n° 40 sur les réparations pour la traite transatlantique des esclaves.

Cependant, l'une des plus grandes menaces qui pèsent sur les acquis des soixante dernières années réside pourrait bien être la montée en puissance, partout dans le monde, de gouvernements exclusifs qui font du racisme une idéologie politique et un programme électoral. Dans un climat où l'utilité du droit international et d'un ordre fondé sur des règles est remise en question, le concept même de responsabilité, tel qu'il repose sur un traité international de lutte contre la discrimination raciale, se trouve contesté.
 

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