11 juin 2012

L'eau est omniprésente : elle est essentielle à toutes les formes de vie et à la plupart des activités économiques. Les Nations Unies ont déclaré que l'eau salubre et potable et l'assainissement qui, avec d'autres activités domestiques représentent environ 7 à 10 % de la consommation totale de l'eau, étaient un droit humain. Nous avons besoin d'eau pour les transports, les activités municipales et industrielles (environ 10 à 30 %), l'agriculture (plus de 70 %) et les loisirs ainsi que pour d'autres activités.

QUE SIGNIFIE LE TERME « LOCAL » CONCERNANT LA GESTION DE L'EAU ?

Le terme « local » désigne généralement les villages et les régions où vivent les populations rurales, mais 50 % de la population étant aujourd'hui urbanisée, le niveau local, avec 200 000 personnes supplémentaires par jour émigrant dans les villes, est devenu urbain. Dans les petits pays et ceux de taille intermédiaire, le niveau local comprend également le niveau urbain. Bien qu'imprécis, le terme concerne souvent ceux qui sont censés assurer les services et le financement. Dans la plupart des pays, la responsabilité de l'eau est déléguée au niveau régional et non pas au niveau local. Mais certains pays, comme le Sénégal, essaient de gérer les services d'approvisionne«ment en eau au niveau national. Dans les très grands pays, les réglementations et les investissements sont conçus aux niveaux de la région, de l'État ou de la municipalité.

L'approvisionnement est une question qui concerne tous les niveaux. L'approvisionnement local en eau est souvent assuré par un fleuve ou par des eaux souterraines alimentées par un cours d'eau. Environ 70 grands fleuves internationaux sont déjà fragilisés par des prélèvements excessifs; plus précisément, la quantité d'eau utilisée pour les activités économiques empêche les fleuves d'atteindre leur embouchure et de nourrir les écosystèmes. L'approvisionnement en eau nécessite une infrastructure qui a des coûts de mise en place et de maintenance. Les maladies, le déficit alimentaire et la baisse des activités économiques sont dus aux lacunes dans la gestion et les infrastructures d'approvisionnement en eau.

À tous les niveaux, l'argent et le financement sont une source de préoccupation, en particulier au niveau local. Les modes de paiement peuvent être les prix, les taxes ou les transferts s'il existe une entité pour faire des transferts. Les infrastructures d'approvisionnement en eau ont un prix : selon les estimations de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), environ 18 milliards de dollars sont nécessaires chaque année pour répondre aux nouveaux besoins d'infrastructures des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) liés à l'eau potable et à l'assainissement dans les pays du Sud, et 54 milliards pour maintenir et améliorer l'infrastructure actuelle.

POURQUOI LA GESTION DE L'EAU EST-ELLE LOCALE ?

L'eau est locale dans le sens où sa gestion dans un pays, une région ou une ville se reflète dans la culture, l'histoire, la religion, la géographie, la géologie, les caractéristiques des sols, l'économie et les régimes climatiques ainsi que dans les réalités hydrologiques (régimes des précipitations, fleuves, lacs, eaux souterraines et phénomènes climatiques).
La diversité des cultures et des économies locales joue un rôle important. Les problèmes liés à l'eau, comme la sécheresse, se manifestent de façon similaire dans le monde, mais leurs conséquences sur l'économie ou la santé varient beaucoup : personne n'est mort de faim pendant la sécheresse qui a sévi en Australie pendant sept ans et le PIB n'a pas chuté, alors que plusieurs centaines de milliers de personnes sont mortes de faim en Somalie l'année dernière. Dans trop de pays, la sécheresse pèse lourd sur le PIB. Les conséquences des inondations sont différentes en termes de vie et de catastrophes en fonction de la préparation et de la réponse au niveau local. Le Bangladesh, par exemple, a considérablement amélioré sa capacité d'intervention face aux inondations au cours des dix dernières années; alors que les inondations faisaient, dans le passé, des dizaines de milliers de victimes, aujourd'hui le taux de mortalité atteint une centaine de décès, dû en grande partie au renforcement des capacités locales. La même pompe qui fonctionne pendant des années dans une situation ne durerait que quelques jours dans une autre. La quantité d'eau nécessaire pour produire du coton dans la Vallée centrale de Californie est très inférieure à celle utilisée en Égypte et dans le monde entier. Le niveau de préparation aux inondations, la réponse nationale, le niveau de coopération, l'application des réglementations, la volonté ou la capacité de changement, les effets sur les revenus, les pertes en vies humaines et en bétail et les conséquences sur la stabilité politique varient considérablement d'une communauté à l'autre.

Il est donc clair que les solutions doivent être adaptées au niveau local. Le partage des connaissances, les données, les idées et la technologie sont essentiels. La collecte de données, les technologies, les informations sur les systèmes, les informations techniques et les pratiques du système de facturation peuvent être conçues localement, mais seront améliorées en faisant appel à l'expérience des autres. Le Partenariat mondial pour l'eau a une boíte à outils pour le secteur de l'eau. L'Institut international de gestion des ressources en eau, lauréat du prix Stockholm 2012, et l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture partagent des connaissances sur l'utilisation de l'eau dans l'agriculture. Le Conseil consultatif sur l'eau et l'assainissement auprès du Secrétaire général des Nations Unies, dont je suis membre, a conçu et encouragé la création de l'Alliance mondiale des Partenariats des opérateurs du secteur de l'eau d'ONU-Habitat pour que les services publics partagent leurs connaissances pour promouvoir les progrès. Les fournisseurs de services les plus efficaces sont, pour la plupart, des associations locales et des organisations non gouvernementales.

QUELS SONT LES PROBLÈMES LOCAUX POUR LES POPULATIONS NON DESSERVIES

Les questions les plus importantes ne peuvent être traitées qu'au niveau local. Les structures d'énergie locales déterminent la priorité donnée à l'eau d'irrigation, donc le recours intensif aux eaux souterraines et aux moteurs diesel pour le pompage. En ce qui concerne l'eau potable, les déclarations selon lesquelles 1,2 milliard de personnes sont sans eau peuvent donner l'impression qu'elles n'ont aucun accès à l'eau. En fait, sans eau, ces personnes mourraient, tout simplement. Tout le monde a de l'eau. Mais, trop souvent, elle n'est pas salubre ni accessible ou suffisante pour assurer la santé et le bien-être humains. L'accès à l'eau salubre n'est pas nécessairement une priorité importante, mais l'assainissement - une garantie pour la santé et la dignité - l'est encore moins. De fait, 2,5 milliards de personnes n'y ont pas accès.

La question est donc de savoir pourquoi 1,2 milliard de personnes ne bénéficient pas d'un meilleur accès à l'eau. Pourquoi une faible priorité politique est-elle accordée à cette question ? Il y a de nombreuses réponses - l'eau gérée par la municipalité n'est pas accessible à certains groupes ethniques ou à des personnes vivant en dehors des périmètres municipaux déclarés. L'eau est une priorité relativement peu importante de l'aide au développement. Les gens préfèrent consacrer leurs maigres ressources à d'autres services, comme le téléphone, les transports, l'électricité ou les loisirs. Il y aura bientôt plus de téléphones mobiles dans les pays du Sud que de toilettes. Le choix personnel est donc une vraie question.

Pourquoi n'appuie-t-on pas la mise en œuvre des projets relatifs à l'eau ? Le fait est qu'environ 80 % des projets relatifs à l'eau ne fonctionnent pas après trois ans. Il y a de nombreuses raisons à cela. A-t-on analysé sérieusement ce qui est demandé aux personnes qui participent à des projets relatifs à l'eau et s'est-on demandé quelles étaient leurs motivations à dépen- ser ces ressources de cette façon ? Qui a intérêt à apporter des changements et à faire fonctionner les choses ? Qui a intérêt à bloquer les changements ? Qui détient la solution, le pouvoir ? Le fonctionnement du projet dépend-il de changements dans les politiques ou la stratification locales ? Les politiques de la tarification ont-elle été résolues - en particulier en matière de maintenance ? Existe-t-il des questions ethniques ou des conflits entre agriculteurs et éleveurs en ce qui concerne l'eau ? Les communautés ou les organisations d'aide aux habitants de taudis participent-elles aux discussions sur ces questions ? Les femmes sont-elles incluses, exclues ou peuvent-elles être des agents du développement ?

Deux organismes de l'ONU viennent d'annoncer le 22 mars 2012, Journée internationale de l'eau, que l'objectif de l'eau potable a été atteint dans le monde grâce, en grande partie, aux investissements faits au Brésil, en Russie, en Inde, en Chine et en Afrique du Sud. Ce sont de bonnes nouvelles, mais la réalité n'est pas aussi rose au niveau local, comme l'a fait remarquer Gérard Payen, Président du Programme commun de la surveillance de l'eau et de l'assainissement et membre de l'UNSGAB. Nous célébrons le fait que, collectivement, le monde a réduit de moitié le pourcentage de la population qui n'a pas d'accès durable à un approvisionnement en eau de meilleure qualité, plutôt que l'actuel OMD consistant à réduire de moitié le pourcentage de la population qui n'a pas accès à un approvisionnement en eau potable, objectif approuvé par les gouvernements. Au moins 11 % de la population mondiale, soit 783 millions de personnes, n'ont toujours pas accès à une eau potable. La réalisation de l'objectif relatif à l'assainissement progresse encore plus lentement.

DES VILLES ASSURANT UNE MEILLEURE GESTION DE L'EAU

Moteurs de la croissance, les villes ont aussi des taux de pauvreté élevés et une infrastructure de services insuffisante. Il leur est plus facile de lever des capitaux. La Conférence internationale de Bonn de 2011, dont j'ai été membre du conseil consultatif, a présenté des recommandations pratiques pour Rio +20 :

• élaborer des cadres et des plans conceptuels qui déterminent les synergies entre la gestion urbaine de l'eau et l'agriculture, et créer un environnement permettant la mise en œuvre;

• assurer une planification coordonnée pour la gestion des déchets, la réutilisation de l'eau, l'agriculture périurbaine, l'énergie à partir des déchets;

• développer des rôles et des responsabilités clairs aux niveaux du pays et de la municipalité et favoriser la coopération intersectorielle afin d'assurer une utilisation de l'eau plus durable, améliorer les services d'assainissement et la santé ainsi que la sécurité alimentaire.

LES LIENS ENTRE L'EAU ET L'ÉNERGIE

Il faut faire face à la lutte accrue pour l'accès à la nourriture, à l'eau, à l'énergie aux niveaux local et national. Certains problèmes peuvent être traités au niveau local, mais il est indispensable d'adopter un ensemble de règles pour protéger les ressources en eau, assurer le suivi des réglementations qui régissent leur utilisation, investir dans l'agriculture et créer une cohérence politique afin de traiter les conflits liés à l'eau en vue de valider la gestion locale de l'eau. Les initiatives prises au niveau local peuvent être un obstacle aux progrès ou un tremplin.

Les tâches décrites par la Conférence de Bonn sont vastes et ardues, mais essentielles pour atteindre les objectifs nationaux et faciliter les mesures locales :

• établir un cadre directeur;

• réglementer les marchés et instaurer un environnement propice;

• faciliter et financer l'accès des populations les plus pauvres à la nourriture, à l'eau, à l'assainissement et à l'énergie;

• surveiller la réalisation progressive des droits à l'eau,

• à la nourriture et à l'énergie;

• évaluer les contraintes institutionnelles et procédurales;

• formuler une feuille de route traitant chacun des secteurs d'opportunités;

• établir un cadre favorable au dialogue et à la cohérence politiques parmi les secteurs;

• renforcer la cohérence des cadres réglementaires ainsi que des programmes de planification et de gestion.

Les priorités nationales et locales comprennent : des structures tarifaires favorables aux pauvres; des stratégies nationales en matière d 'alimentation et de nutrition qui prennent en compte les conséquences pour l'eau et l'énergie; la production bioénergétique et alimentaire; la création d'une culture de réutilisation des eaux usées et de recyclage de l'eau; le renforcement de la gouvernance des terres et l'intégration de la gestion de l'utilisation des terres pour une utilisation efficace de la bioénergie par les pauvres; des économies d'eau et d'énergie et la réduction des pertes d'eau et d'électricité; la gestion durable des eaux souterraines; l'utilisation de cultures vivrières, fourragères et bioénergétiques résistant au sel dans les régions côtières et salines concernées; la réduction de la vulnérabilité aux catastrophes naturelles; la réduction de la pollution de l'eau et des terres.

C'est une tâche ardue, mais qui peut être réalisée par le biais de la collaboration et de la coopération.

 

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