Fez
Morocco
Secretary-General's press encounter at the 9th Global Forum of the United Nations Alliance of Civilizations
Press events | António Guterres, Secretary-General
Press events | António Guterres, Secretary-General
Mesdames et messieurs de la presse, merci de votre présence.
Je tiens à exprimer ma profonde gratitude au Royaume du Maroc pour son accueil – ainsi que pour son soutien sans faille au travail de l’Alliance des Civilisations.
Et je tiens à remercier particulièrement sa Majesté Mohammed VI pour son engagement personnel et permanent en faveur du dialogue interreligieux, de la tolérance et de la diversité en tant que richesse de nos sociétés et de notre monde.
Je suis heureux d’être à Fès. C’est d’ailleurs ma troisième visite à la Médina qui j’ai faite hier. Cette ville magnifique dont l’histoire riche représente un modèle de coexistence pacifique entre les religions.
D’Ibn Khaldoun – père fondateur de la sociologie à Gerbert d’Aurillac, qui a introduit les chiffres arabes en Europe, y compris le 0 - nous ne connaissions pas le 0 en Europe avant cette introduction- ou encore Maïmonide, le rabbin qui avait été le médecin personnel de Saladin, nombreux sont ceux qui ont été attirés par Fès, lieu de rencontre et de brassage des cultures.
L'Alliance des Civilisations a été créée afin de favoriser une plus grande compréhension entre les peuples et les nations.
Elle incarne les valeurs fondamentales de la Charte des Nations Unies – notamment « pratiquer la tolérance, et vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage ».
Le thème de ce Forum, "Vers une alliance de paix : Vivre ensemble comme une seule humanité", est d’autant plus significatif aujourd'hui.
Les forces de la discorde et de la haine trouvent un terreau fertile, dans un paysage marqué par les injustices et les conflits.
Des divisions croissantes menacent la paix et la sécurité mondiales – provoquent de nouvelles confrontations et rendent d’autant plus difficile la résolution des conflits anciens. Une rhétorique dangereuse fait monter les tensions nucléaires. Les inégalités et les injustices se creusent.
De nombreux pays du Sud étaient déjà durement touchés par la pandémie de COVID-19 et la crise climatique. Aujourd’hui, ils doivent faire face aux répercussions de la guerre en Ukraine, à la flambée des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, à une inflation galopante et au poids écrasant de la dette.
Pendant ce temps, nous nous rapprochons dangereusement d’un précipice climatique.
Les discours de haine, la désinformation et les abus prolifèrent, ciblant en particulier les femmes et les communautés vulnérables. L’intolérance et l’irrationnalité sont monnaie courante.
Dans ce contexte, les vieux démons – l’antisémitisme, le sectarisme antimusulman, la persécution des chrétiens, la xénophobie et le racisme – se réveillent à nouveau dans le monde.
Ces afflictions haineuses et nuisibles s’alimentent mutuellement. Elles suscitent des divisions et entravent toute action collective.
Dans ce monde troublé, nous devons apaiser les tensions, favoriser l’inclusion et la cohésion sociale et faire émerger des sociétés plus unies et plus résilientes.
La coopération est la seule voie possible pour faire progresser la paix, le développement durable et les droits humains.
Le dialogue interculturel et interreligieux favorise le respect mutuel, la tolérance et l'unité – au sein des communautés comme entre-elles – et contribue ainsi à rejeter l'extrémisme violent, les idéologies radicales et les discours de haine.
Aujourd'hui, l’Alliance constitue une plateforme mondiale unique où chacun – gouvernements, chefs religieux, universitaires, médecins, entreprises… peut apporter sa pierre à l’édifice commun.
Je voudrais exprimer ma reconnaissance aux chefs religieux du monde entier qui se donnent la main pour promouvoir le dialogue et l'harmonie interconfessionnelle.
La déclaration « Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune » - co-signée par Sa Sainteté le Pape François et Son Éminence le Grand Imam d'Al-Azhar Cheikh Ahmed El Tayeb - est un modèle de compassion et de solidarité humaine.
Je voudrais aussi rendre hommage à la forte participation des jeunes au Forum. Leur implication est essentielle à la réussite de tout effort de paix durable.
Le Coran nous enseigne que Dieu a créé les nations et les tribus "afin que nous nous connaissions les uns les autres".
En cette période difficile, inspirons-nous et restons unis en tant que famille humaine. Une famille riche de sa diversité, égale en dignité et en droits, unie dans la solidarité.
Je vais prendre deux questions. Une de la presse marocaine et une question de la presse internationale.
Question : Bonjour Monsieur le Secrétaire général, (inaudible) pour l’agence marocaine de presse. Quelle est selon vous l’importance d’organiser et de renforcer cette alliance aujourd’hui au Maroc dans le contexte actuel mondial, marqué par les clivages, les conflits et la montée des extrémismes? Merci.
Secretary-General : Je crois que la ville de Fès, qui a l’université la plus ancienne dans le monde, la ville de Fès où j’ai [vu] hier, en visitant cette université, a des documents manuscrits des grands philosophes musulmans, chrétiens et juifs. Le Maroc, en tant que pays où Sa Majesté Mohammed VI est un champion pour la diversité et un champion pour le dialogue interreligieux et le dialogue interculturel, est à mon avis l’endroit idéal pour réaliser cette conférence. Une conférence contre la haine, une conférence contre la division, une conférence contre les conflits, mais aussi une conférence pour la coopération internationale, pour le multilatéralisme et pour la création de conditions qui puissent aussi établir la justice et l’égalité dans le monde.
Et le faire en Afrique a une signification profonde. L’Afrique est le continent le plus gravement touché par l’effet combiné du COVID-19, du manque de justice dans la distribution des vaccins, de l’inégalité dans les ressources disponibles pour la relance après le COVID, dans les impacts négatifs du changement climatique – l’Afrique qui ne contribue presque pas du tout à ce changement climatique.
L’Afrique où il n’y a pas suffisamment d’appuis financiers à des pays qui sont submergés par la dette et qui n’ont pas l’espace fiscal nécessaire pour répondre à ces situations dramatiques de croissance des prix de l’énergie, des prix des denrées alimentaires, accélérées maintenant par la guerre en Ukraine.
Alors, réaliser cette conférence en Afrique, le continent qui est victime de l’injustice internationale, la réaliser au Maroc, où le roi est un champion du dialogue interreligieux et la réaliser à Fès, qui elle-même est une ville qui représente la coexistence de la diversité et de l’inclusion, c’est, à mon avis, parfaitement adéquat.
Moderator : On va donner une autre question à Al Jazeera.
Question : Hi. We spoke about conflict and war but in the meantime we have the World Cup in Qatar. People, supporters from all over the world, they are happy. My question is, how can sport contribute to the dialogue between civilizations?
Secretary-General: Vitally. Sport represents the opposite of war. In Sports, people are able to compete in loyalty and in respect to each other, independently of religions, of cultures and ethnicities, and to do so in a way that brings together people from all over the world.
There is a particular initiative of the Alliance of Civilizations in which sports is a very important component. So, if those that make wars should dedicate themselves to sports, to culture, to arts, and to the most noble activities of the human species, the world would be much better. Sports are an antidote to war.
Merci infiniment, Chukran, thank you very much.
***
English translation of the question asked in French
Question: What do you feel about the choice of Morocco to organize and reinforce the objective of the UNAOC 9th Global Forum in today’s world marked by divisions, conflicts and the rise of extremism?
Secretary-General: I think the city of Fez which has the most ancient university in the world, the city of Fez where I had the opportunity to visit this university which houses manuscripts authored by leading Muslim, Jewish and Christian philosophers. Morocco, a country under King Mohammed VI, who is a champion of diversity, inter-religious dialogue and inter-cultural dialogue, is an ideal place to hold this conference; a conference against hate, against divisions, against conflicts and also a conference for international cooperation, for multilateralism, and a conference that can promote conditions for justice and equality in the world.
The fact that it is being held in Africa has enormous significance. Africa is the continent that is the most severely impacted by multiple factors – by the COVID-19 pandemic, by the inequitable access to the vaccines, by the inequality of available resources to rebuild economies after COVID, by the negative impact of climate change despite the fact that Africa’s contribution to climate change was minimal.
Africa where financial support to help countries buried by debt is inadequate, which does not have the fiscal capacity to respond to the dramatic challenges of the rise in food and energy prices, now exacerbated by the war in Ukraine. To hold this conference in Africa, the continent which is a victim of an international injustice, to hold it in Morocco where the king is a champion of inter-religious dialogue, to hold it in Fez, which itself is a city that is the home of co-existence, diversity and inclusion, is in my opinion perfectly fitting.
Je tiens à exprimer ma profonde gratitude au Royaume du Maroc pour son accueil – ainsi que pour son soutien sans faille au travail de l’Alliance des Civilisations.
Et je tiens à remercier particulièrement sa Majesté Mohammed VI pour son engagement personnel et permanent en faveur du dialogue interreligieux, de la tolérance et de la diversité en tant que richesse de nos sociétés et de notre monde.
Je suis heureux d’être à Fès. C’est d’ailleurs ma troisième visite à la Médina qui j’ai faite hier. Cette ville magnifique dont l’histoire riche représente un modèle de coexistence pacifique entre les religions.
D’Ibn Khaldoun – père fondateur de la sociologie à Gerbert d’Aurillac, qui a introduit les chiffres arabes en Europe, y compris le 0 - nous ne connaissions pas le 0 en Europe avant cette introduction- ou encore Maïmonide, le rabbin qui avait été le médecin personnel de Saladin, nombreux sont ceux qui ont été attirés par Fès, lieu de rencontre et de brassage des cultures.
L'Alliance des Civilisations a été créée afin de favoriser une plus grande compréhension entre les peuples et les nations.
Elle incarne les valeurs fondamentales de la Charte des Nations Unies – notamment « pratiquer la tolérance, et vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage ».
Le thème de ce Forum, "Vers une alliance de paix : Vivre ensemble comme une seule humanité", est d’autant plus significatif aujourd'hui.
Les forces de la discorde et de la haine trouvent un terreau fertile, dans un paysage marqué par les injustices et les conflits.
Des divisions croissantes menacent la paix et la sécurité mondiales – provoquent de nouvelles confrontations et rendent d’autant plus difficile la résolution des conflits anciens. Une rhétorique dangereuse fait monter les tensions nucléaires. Les inégalités et les injustices se creusent.
De nombreux pays du Sud étaient déjà durement touchés par la pandémie de COVID-19 et la crise climatique. Aujourd’hui, ils doivent faire face aux répercussions de la guerre en Ukraine, à la flambée des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, à une inflation galopante et au poids écrasant de la dette.
Pendant ce temps, nous nous rapprochons dangereusement d’un précipice climatique.
Les discours de haine, la désinformation et les abus prolifèrent, ciblant en particulier les femmes et les communautés vulnérables. L’intolérance et l’irrationnalité sont monnaie courante.
Dans ce contexte, les vieux démons – l’antisémitisme, le sectarisme antimusulman, la persécution des chrétiens, la xénophobie et le racisme – se réveillent à nouveau dans le monde.
Ces afflictions haineuses et nuisibles s’alimentent mutuellement. Elles suscitent des divisions et entravent toute action collective.
Dans ce monde troublé, nous devons apaiser les tensions, favoriser l’inclusion et la cohésion sociale et faire émerger des sociétés plus unies et plus résilientes.
La coopération est la seule voie possible pour faire progresser la paix, le développement durable et les droits humains.
Le dialogue interculturel et interreligieux favorise le respect mutuel, la tolérance et l'unité – au sein des communautés comme entre-elles – et contribue ainsi à rejeter l'extrémisme violent, les idéologies radicales et les discours de haine.
Aujourd'hui, l’Alliance constitue une plateforme mondiale unique où chacun – gouvernements, chefs religieux, universitaires, médecins, entreprises… peut apporter sa pierre à l’édifice commun.
Je voudrais exprimer ma reconnaissance aux chefs religieux du monde entier qui se donnent la main pour promouvoir le dialogue et l'harmonie interconfessionnelle.
La déclaration « Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune » - co-signée par Sa Sainteté le Pape François et Son Éminence le Grand Imam d'Al-Azhar Cheikh Ahmed El Tayeb - est un modèle de compassion et de solidarité humaine.
Je voudrais aussi rendre hommage à la forte participation des jeunes au Forum. Leur implication est essentielle à la réussite de tout effort de paix durable.
Le Coran nous enseigne que Dieu a créé les nations et les tribus "afin que nous nous connaissions les uns les autres".
En cette période difficile, inspirons-nous et restons unis en tant que famille humaine. Une famille riche de sa diversité, égale en dignité et en droits, unie dans la solidarité.
Je vais prendre deux questions. Une de la presse marocaine et une question de la presse internationale.
Question : Bonjour Monsieur le Secrétaire général, (inaudible) pour l’agence marocaine de presse. Quelle est selon vous l’importance d’organiser et de renforcer cette alliance aujourd’hui au Maroc dans le contexte actuel mondial, marqué par les clivages, les conflits et la montée des extrémismes? Merci.
Secretary-General : Je crois que la ville de Fès, qui a l’université la plus ancienne dans le monde, la ville de Fès où j’ai [vu] hier, en visitant cette université, a des documents manuscrits des grands philosophes musulmans, chrétiens et juifs. Le Maroc, en tant que pays où Sa Majesté Mohammed VI est un champion pour la diversité et un champion pour le dialogue interreligieux et le dialogue interculturel, est à mon avis l’endroit idéal pour réaliser cette conférence. Une conférence contre la haine, une conférence contre la division, une conférence contre les conflits, mais aussi une conférence pour la coopération internationale, pour le multilatéralisme et pour la création de conditions qui puissent aussi établir la justice et l’égalité dans le monde.
Et le faire en Afrique a une signification profonde. L’Afrique est le continent le plus gravement touché par l’effet combiné du COVID-19, du manque de justice dans la distribution des vaccins, de l’inégalité dans les ressources disponibles pour la relance après le COVID, dans les impacts négatifs du changement climatique – l’Afrique qui ne contribue presque pas du tout à ce changement climatique.
L’Afrique où il n’y a pas suffisamment d’appuis financiers à des pays qui sont submergés par la dette et qui n’ont pas l’espace fiscal nécessaire pour répondre à ces situations dramatiques de croissance des prix de l’énergie, des prix des denrées alimentaires, accélérées maintenant par la guerre en Ukraine.
Alors, réaliser cette conférence en Afrique, le continent qui est victime de l’injustice internationale, la réaliser au Maroc, où le roi est un champion du dialogue interreligieux et la réaliser à Fès, qui elle-même est une ville qui représente la coexistence de la diversité et de l’inclusion, c’est, à mon avis, parfaitement adéquat.
Moderator : On va donner une autre question à Al Jazeera.
Question : Hi. We spoke about conflict and war but in the meantime we have the World Cup in Qatar. People, supporters from all over the world, they are happy. My question is, how can sport contribute to the dialogue between civilizations?
Secretary-General: Vitally. Sport represents the opposite of war. In Sports, people are able to compete in loyalty and in respect to each other, independently of religions, of cultures and ethnicities, and to do so in a way that brings together people from all over the world.
There is a particular initiative of the Alliance of Civilizations in which sports is a very important component. So, if those that make wars should dedicate themselves to sports, to culture, to arts, and to the most noble activities of the human species, the world would be much better. Sports are an antidote to war.
Merci infiniment, Chukran, thank you very much.
***
English translation of the question asked in French
Question: What do you feel about the choice of Morocco to organize and reinforce the objective of the UNAOC 9th Global Forum in today’s world marked by divisions, conflicts and the rise of extremism?
Secretary-General: I think the city of Fez which has the most ancient university in the world, the city of Fez where I had the opportunity to visit this university which houses manuscripts authored by leading Muslim, Jewish and Christian philosophers. Morocco, a country under King Mohammed VI, who is a champion of diversity, inter-religious dialogue and inter-cultural dialogue, is an ideal place to hold this conference; a conference against hate, against divisions, against conflicts and also a conference for international cooperation, for multilateralism, and a conference that can promote conditions for justice and equality in the world.
The fact that it is being held in Africa has enormous significance. Africa is the continent that is the most severely impacted by multiple factors – by the COVID-19 pandemic, by the inequitable access to the vaccines, by the inequality of available resources to rebuild economies after COVID, by the negative impact of climate change despite the fact that Africa’s contribution to climate change was minimal.
Africa where financial support to help countries buried by debt is inadequate, which does not have the fiscal capacity to respond to the dramatic challenges of the rise in food and energy prices, now exacerbated by the war in Ukraine. To hold this conference in Africa, the continent which is a victim of an international injustice, to hold it in Morocco where the king is a champion of inter-religious dialogue, to hold it in Fez, which itself is a city that is the home of co-existence, diversity and inclusion, is in my opinion perfectly fitting.