La justice commence avec le bien-être
Les juges et autres auxiliaires de justice, tels que les magistrats, les commissaires de justice et les médiateurs, assument une lourde responsabilité : faire respecter l'État de droit, protéger les droits et garantir l'impartialité et l'équité de la justice. Mais derrière les bancs, de nombreux juges souffrent en silence. Les longues heures de travail, l'isolement et le poids émotionnel de la prise de décision peuvent affecter leur bien-être et, en définitive, la qualité de la justice.
Pourquoi le bien-être des juges est important
La corruption prospère là où l'intégrité chancelle. Un pouvoir judiciaire sous pression est plus vulnérable aux influences extérieures, aux conflits d'intérêts et à l'érosion de la confiance du public. La Convention des Nations Unies contre la corruption, en particulier son article 11, reconnaît ce danger et appelle à la sauvegarde de l'indépendance et de l'intégrité du pouvoir judiciaire.
Le bien-être des juges est une condition préalable à l'indépendance, à l'intégrité et à l'efficacité de la justice. Lorsque les juges sont soutenus, ils sont mieux armés pour résister aux influences indésirables, respecter les normes éthiques et rendre la justice avec équité et compétence.
La Déclaration de Nauru : un jalon pour le bien-être des juges
La reconnaissance de ce principe fondamental a pris forme avec la Conférence judiciaire régionale sur l'intégrité et le bien-être des juges
, qui s'est tenue à Nauru en juillet 2024. Organisée par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC)
en partenariat avec la magistrature de Nauru, la réunion a rassemblé près de vingt dirigeants judiciaires et experts mondiaux pour répondre à une préoccupation commune : les juges du monde entier sont sous pression, souvent sans les ressources ou la reconnaissance dont ils ont besoin.
Le 25 juillet 2024, ils ont adopté la Déclaration de Nauru sur le bien-être des juges, qui reconnaît que la santé et le bien-être des juges sont essentiels
pour garantir l'intégrité et l'indépendance de la justice, ainsi que la qualité de la justice rendue au public.
Sept principes directeurs
La Déclaration de Nauru énonce sept principes fondamentaux pour guider les magistrats nationaux dans la promotion du bien-être :
- Le bien-être des juges est fondamental
Le bien-être des juges est essentiel pour garantir un système judiciaire équitable et efficace. Sans lui, l'indépendance judiciaire et la confiance du public sont menacées. - La stigmatisation doit être combattue
Le stress et les problèmes de santé mentale dans la fonction judiciaire doivent être clairement reconnus. Le fait d'éprouver de telles difficultés n'est pas le reflet d'une faiblesse ou d'un manque d'aptitude à servir. - Responsabilité partagée
La promotion du bien-être des juges est une responsabilité collective - les juges individuels, les systèmes judiciaires et les institutions judiciaires doivent tous agir. - La culture est importante
Une culture judiciaire favorable et inclusive est nécessaire. Les institutions doivent favoriser des environnements éthiques qui donnent la priorité au bien-être. - Les approches holistiques sont essentielles
Les efforts en matière de bien-être doivent inclure un ensemble de stratégies de sensibilisation, de prévention, d'intervention en amont et de rétablissement. - Adaptabilité au contexte local
Les actions visant à soutenir le bien-être des juges doivent refléter les besoins et les réalités spécifiques de chaque juridiction. - Lien avec les droits humains
Le bien-être des juges est lié à la protection et à la promotion des droits humains au sens large, y compris les droits des usagers et du personnel des tribunaux.
Proclamation de la journée internationale
S'appuyant sur la dynamique de la Déclaration de Nauru, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté en mars 2025 la résolution A/RES/79/266, proclamant officiellement le 25 juillet Journée internationale du bien-être des juges.
La résolution associe cette célébration directement à des cadres juridiques internationaux tels que la Convention des Nations unies contre la corruption (CNUCC), en soulignant que le bien-être judiciaire favorise la lutte contre la corruption, l'accès à la justice et la paix durable.
En savoir plus
Le saviez-vous ?
- Une enquête menée en 2021 par le Réseau mondial de l'intégrité judiciaire, à laquelle ont répondu des juges de plus de 100 pays, révèle des informations précieuses sur le bien-être des juges :
- 76% des juges déclarent manquer de temps pour s'occuper de leur santé physique et mentale.
- 92 % d'entre eux sont stressés par leur travail de juge.
- 89 % ont connaissance de collègues confrontés au stress ou à l'anxiété.
- 69% pensent que parler de santé mentale est encore un tabou dans le système judiciaire.
- 83% affirment que leur système judiciaire ne fournit pas un soutien suffisant à leur bien-être.
- 97 % conviennent que le bien-être des juges doit faire l'objet d'une attention et d'une visibilité accrues.
Liens et documents
- Résolution A/RES/79/266
- Déclaration de Nauru sur le bien-être des juges
- Global Judicial Integrity Network (Réseau mondial de l'intégrité judiciaire)

- Explorer les liens entre le bien-être des juges et l'intégrité judiciaire (Rapport sur l'enquête mondiale menée par le Réseau mondial de l'intégrité judiciaire).
- Principes de Bangalore sur la déontologie judiciaire

- Convention des Nations Unies contre la corruption (page en anglais mais documents disponibles en français)

Conférence mondiale, août 2025
Dans le prolongement des engagements pris à Nauru et renforcés par la résolution des Nations Unies, la Conférence internationale sur l'intégrité et le bien-être des juges se tient à Port Moresby, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, du 20 au 22 août 2025. L'événement rassemble des responsables judiciaires et des décideurs politiques afin de développer des outils et des stratégies concrètes pour intégrer le bien-être dans les systèmes judiciaires du monde entier.


