Définition et exécution : analyse et recommandations aux fins de l'examen des mandats - Rapport du Secrétaire général de l'ONU (A/60/733 du 30 mars 2006)
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IV. Analyse par priorité de programme

A. Maintien de la paix et sécurité internationale

45. La Charte des Nations Unies a été signée dans le but précis de préserver les futures générations du fléau de la guerre. Depuis sa création, l’Organisation des Nations Unies doit faire face à des menaces nouvelles, toujours changeantes, qui pèsent sur la paix et la sécurité internationales. Malgré leur détermination, les pères fondateurs n’ont pas pu prévoir complètement l’étendue et la complexité des problèmes qui se présentent et qui évoluent. La tâche, pour les Nations Unies, est immense. À ce jour, les mandats définis par les principaux organes vont de l’exercice des bons offices à des opérations préventives et de maintien consolidation et d’imposition de la paix. Ces mandats ont pour résultat que l’Organisation déploie actuellement plus de 70 000 hommes et femmes en uniforme et quelque 15 000 civils, dans le cadre de 15 opérations de maintien de la paix, à quoi s’ajoutent environ 30 missions politiques spéciales dans le monde entier.

46. La Charte confère au Conseil de sécurité « la responsabilité première du maintien de la paix et de la sécurité internationales ». Le Conseil économique et social examine aussi des questions telles que le relèvement après un conflit, dans certaines situations spécifiques en Afrique. L’Assemblée générale qui, en vertu de la Charte, peut discuter toutes questions, examine aussi plusieurs points dans ce domaine. Les organes principaux ont à leur tour créé plusieurs organes subsidiaires, qui ont également donné des mandats dans des domaines tels que le maintien de la paix et la décolonisation.

47. Le recoupement des attributions des différents organes a parfois créé des tensions entre bureaucraties. Cependant, la création récente de la Commission de la consolidation de la paix offre d’intéressantes possibilités d’harmoniser les stratégies et d’établir, entre les différentes activités liées à la consolidation de la paix menées par les organismes des Nations Unies, une division du travail plus claire.

48. Malgré le caractère politiquement délicat des questions que soulèvent la paix et la sécurité, je suis convaincu qu’il est possible de mettre à jour et de renforcer le travail de l’Organisation.

Respect de l’obligation d’information

49. La section II du présent rapport traite des questions de documentation et d’établissement de rapports. Mais certains problèmes spécifiques posés par les règles en matière d’établissement de rapports dans le domaine de la paix et de la sécurité méritent d’être mentionnés ici.

50. À mesure que l’on passe d’une situation de crise à une situation plus stable, et que les États font la transition d’une situation de conflit à la paix, il n’est plus nécessaire de soumettre des rapports aussi fréquemment. C’est pourquoi je propose que certains des rapports demandés par le Conseil de sécurité ne soient établis que tous les six mois et non pas tous les trois mois. On peut donner en exemple la situation en Guinée-Bissau. D’autres rapports, tels que celui sur la « Zone de paix et de coopération dans l’Atlantique Sud » ne devraient être établis que s’il y a quelque chose de nouveau à porter à l’attention des États Membres. (Le Conseil de sécurité demande un rapport sur la situation en Guinée-Bissau tous les trois mois; cette demande a été renouvelée dans la résolution 1580 (2004) du 22 décembre 2004. Sur cette question, le mandat résulte de la résolution 1216 (1998) du 21 décembre 1998. L’Assemblée générale demande un rapport sur la zone de paix et de coopération dans l’Atlantique Sud tous les deux ans; pour ce rapport, le mandat découle de la résolution 41/11 du 27 octobre 1986; il a été récemment renouvelé par la résolution 58/10.)

51. Il arrive que plusieurs organes demandent que l’on établisse des rapports sur différents aspects de la même question. Par exemple, les rapports sur la condition de la femme, notamment dans ses liens avec la paix et la sécurité internationales, sont établis en vertu de mandats distincts donnés par l’Assemblée générale, par le Conseil économique et social et par le Conseil de sécurité, comme on le verra plus loin dans le présent rapport. Le regroupement de ces rapports partiels en un seul rapport exhaustif couvrant autant d’aspects que possible de la question donnerait aux États Membres une image plus complète et permettrait à tous les organes concernés de prendre de meilleures mesures. Si les États Membres sont d’accord, le Secrétariat pourrait commencer en 2006 à regrouper plusieurs rapports thématiques.

Recoupement d’attributions au sein d’organes et entre organes

52. Traditionnellement, en réponse à des événements politiques ou à l’évolution de leurs relations, les États Membres examinent et adoptent des résolutions pour agir afin de remédier à une situation particulière. Alors que l’urgence d’un problème peut justifier la place particulière qui lui est faite à un moment donné, son évolution, avec le temps, peut amener à se demander si la question doit toujours être examinée avec la même attention. Les États Membres continuent parfois à renouveler et à confier de nouveaux mandats, pour résoudre une situation donnée, ce qui aboutit à la multiplication des rapports demandés ou à l’organisation de réunions ou d’autres activités, même si la situation sur le terrain ne justifie plus un tel niveau d’activité. Il est peut-être indiqué que les États Membres demandent au Secrétariat de réduire le volume et la fréquence des rapports et autres activités à mesure qu’une situation politique s’améliore, ou de regrouper des rapports et des activités sur cette situation avec ceux relatifs à des situations similaires. On peut donner en exemple de ce genre de questions liées entre elles celles qui ont trait à la décolonisation et aux territoires non autonomes, qui font chaque année l’objet de plusieurs résolutions. Les résolutions sur ces questions et les mandats correspondants pourraient être regroupés de façon acceptable sans affecter le fond.

53. En outre, plusieurs résolutions qui ont été adoptées année après année pratiquement sans changement dans leur contenu ou dans les mandats qu’elles donnent font l’objet de très peu de débats et donnent lieu à l’établissement de rapports qui ne donnent pas en fait aux États Membres de nouvelles informations de fond. Les États Membres pourraient ainsi souhaiter réexaminer la fréquence de leur examen des questions donnant lieu à des résolutions. Par exemple, la résolution annuelle sur « les effets des rayonnements ionisants » pourrait être examinée tous les deux ans seulement, et les résolutions biennales, telles que celle portant sur « l’appui du système des Nations Unies aux efforts déployés par les gouvernements pour promouvoir et consolider les démocraties nouvelles ou rétablies », pourraient n’être adoptées que tous les trois ans.

54. Les mandats prescrivant des activités qui se trouvent faire double emploi sont parfois le résultat de décisions d’organes délibérants différents ou de leurs organes subsidiaires. On peut citer en exemple les rapports sur le Sahara occidental soumis au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale et au Comité spécial de l’Assemblée générale sur la décolonisation. (L’Assemblée générale adopte chaque année une résolution aux termes de laquelle elle demande deux rapports sur cette question : le rapport du Secrétaire général sur la question du Sahara occidental, et le rapport du Comité spécial sur la situation concernant l’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux. Le mandat remonte à la trente-huitième session; il a été renouvelé par la résolution 59/131. Le Conseil de sécurité demande un rapport du Secrétaire général sur la situation concernant le Sahara occidental deux fois par an [en vertu de sa résolution 690 (1991) renouvelée le plus récemment par sa résolution 1634 (2005)].). Il se peut que la question doive être laissée à l’examen de chacun de ces organes, car la façon qu’ils ont d’aborder la situation en question peut être différente, mais l’établissement d’un seul rapport sur le sujet permettrait à tous les organes compétents de recevoir le même rapport, plutôt que plusieurs rapports distincts. Dans le cas du Sahara occidental, les rapports à l’Assemblée générale et au Comité spécial résument ce qui figure dans les rapports adressés au Conseil de sécurité. Il serait sans doute préférable de communiquer ces rapports directement aux trois organes.

55. De même, le Comité de l’information tient chaque année une session de deux semaines pour examiner « les questions relatives à l’information » et adopter un projet de résolution qui est alors transmis à la Commission des questions politiques spéciales et de la décolonisation (Quatrième Commission). Celle-ci se réunit dans un délai de six mois pour examiner le projet de résolution ainsi qu’un rapport soumis par le Secrétaire général couvrant des questions déjà examinées par le Comité de l’information puis elle tient un débat général. C’est pourquoi les États Membres souhaiteront peut-être envisager de renoncer à ce rapport, d’abréger le débat et de limiter l’examen de cette question, par la Quatrième Commission, à l’adoption du projet de résolution. De même, on pourrait envisager de réduire le nombre de rapports demandés par le Comité de l’information à un maximum de trois, qui regrouperaient tous les renseignements demandés. Conformément au budget-programme, les États Membres pourraient aussi envisager d’étudier la résolution sur les questions relatives à l’information tous les deux ans seulement.

Mécanismes d’exécution

56. L’adjonction récente à l’appareil institutionnel des Nations Unies de la Commission de consolidation de la paix devrait également amener à examiner l’ensemble des organes subsidiaires, de leurs mandats et de leurs activités dans les domaines que couvre cette commission, qui englobent aussi bien le développement que la paix et la sécurité. (La Commission de la consolidation de la paix était créée par le Sommet mondial (résolution 60/1, par. 97 à 105) pour « rassembler toutes les parties intéressées aux fins de la mobilisation de ressources et de formuler des conseils et des propositions concernant des stratégies intégrées de consolidation de la paix et du relèvement après les conflits ».). L’Assemblée générale, le Conseil de sécurité et le Conseil économique et social ont tous donné divers mandats portant sur les activités de consolidation de la paix, sur les questions allant de l’appui aux institutions et aux élections démocratiques, à des activités plus larges de création de capacités et à l’assistance technique. La Commission de la consolidation de la paix devrait améliorer la cohérence de l’action présente et future dans ces domaines, et les États Membres sont engagés à en tenir compte quand ils adopteront à l’avenir les mandats des opérations de consolidation de la paix dans tel ou tel pays. La pratique établira le rôle exact de la Commission, son ordre du jour, ses procédures et la nature de ses relations avec les organes intergouvernementaux et autres entités du système des Nations Unies, mais les États Membres souhaiteront peut-être commencer immédiatement à examiner les mandats opérationnels déjà confiés à la Commission par les organes principaux, pour les pays sur lesquels la Commission ferait porter ses travaux, de façon à rationaliser dans une seule stratégie commune de pays tous les mandats concernant chacun de ces pays.

57. De façon générale, les mandats des opérations de maintien de la paix sont examinés une fois par an au moins, et cela a aidé à préserver leur pertinence. Cependant, s’agissant de certaines missions créées de longue date, si le conflit qu’elles étaient destinées à régler peut garder encore un caractère politiquement délicat, et que donc leur mandat demeure politiquement pertinent, il pourrait être indiqué d’examiner la dimension et la capacité de ces missions, tout en redoublant d’efforts pour parvenir à un règlement du conflit correspondant.

Mandats et ressources

58. J’ai soulevé plusieurs fois le problème de l’insuffisance des ressources affectées à la mise en œuvre des mandats de maintien de la paix ainsi que des autres mandats liés à la paix et la sécurité. Ce problème demeure urgent. Une résolution du Conseil de sécurité établissant une mission de maintien de la paix peut bien affirmer une position politique et peut bien signaler une volonté d’éviter un conflit, mais si les forces et le matériel spécialisé nécessaires ne peuvent être obtenus, les résultats ne seront assurément pas à la hauteur des attentes. Une étroite coordination entre l’autorité qui donne le mandat et les contributeurs effectifs ou potentiels est également importante. Dans plusieurs missions de maintien de la paix, comme la MONUC et la MINUSTAH, en Haïti (Voir résolutions 1565 (2004) et 1635 (2005) du Conseil de sécurité, qui définissent les effectifs autorisés de la MONUC.), nous nous efforçons d’atteindre les effectifs autorisés. Ce type de situation devrait être traité d’urgence. L’ensemble des contributeurs devrait être élargi pour inclure pratiquement tous les États Membres, ce qui reviendrait en pratique à démontrer en matière d’opérations de maintien de la paix de l’ONU l’engagement et la responsabilité de tous les pays.

59. Il faut redoubler d’efforts pour appliquer les propositions pertinentes du rapport Brahimi sur les opérations de maintien de la paix des Nations Unies (Les recommandations sur les moyens d’améliorer les opérations de maintien de la paix sont consignées dans le rapport du Groupe (« rapport Brahimi ») (A/55/305-S/2000/809 du 21 août 2000); le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1327 (2000) au sujet de l’application de ce rapport.), du Comité des opérations de maintien de la paix, et des dirigeants du monde entier réunis en 2005 au Sommet mondial.

60. De même, on manque souvent de ressources pour exécuter les « mandats thématiques », qui n’impliquent pas de décision spécifique en rapport avec une opération de maintien de la paix donnée, mais sont censés s’appliquer à toutes ces opérations. Des mandats, par exemple, qui consistent à améliorer les capacités de maintien de la paix en Afrique, ou à accroître la coopération entre l’ONU et les organisations ou les arrangements régionaux comme l’Union européenne ou l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, doivent être appuyés par des ressources suffisantes pour avoir un impact réel durable. Les missions politiques spéciales ou autres missions établies en dehors du budget ordinaire ou du budget des opérations de maintien de la paix sont également financées par prélèvement dans les ressources existantes, ce qui exerce une ponction supplémentaire dans les ressources limitées existantes.

61. J’engage donc les États Membres à étudier les moyens de faire mieux correspondre les ressources aux besoins, de façon à ce que les mandats actuels et futurs soient tous appliqués avec efficacité. En outre, une capacité de réserve additionnelle, en particulier pour les opérations de maintien de la paix et les missions politiques spéciales, doit être intégrée au système pour que le Secrétariat continue à pouvoir répondre aux demandes de mise en œuvre, souvent à très court terme, de missions spéciales à caractère délicat et urgent.

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