4 Novembre 2022 - La Conférence des Nations Unies sur le climat de cette année se tient à Charm El-Cheikh, en Egypte, dans un contexte d'événements météorologiques extrêmes dans le monde entier, d'une crise énergétique alimentée par la guerre en Ukraine et de données scientifiques réitérant que le monde ne fait pas assez pour lutter contre les émissions de carbone et protéger l’avenir de notre planète.
1. Atténuation : comment les pays réduisent-ils leurs émissions ?
L'atténuation du changement climatique fait référence aux efforts visant à réduire ou à prévenir les émissions de gaz à effet de serre. L'atténuation peut signifier l'utilisation de nouvelles technologies et de sources d'énergie renouvelables, l'amélioration de l'efficacité énergétique des équipements plus anciens ou la modification des pratiques de gestion ou du comportement des consommateurs.
Les pays doivent montrer comment ils prévoient de mettre en œuvre l'appel du Pacte de Glasgow, de revoir leurs plans climatiques et de créer un programme de travail lié à l'atténuation.
Cela signifie présenter des objectifs d'émissions plus ambitieux pour 2030, puisque ONU Climat a déclaré que les plans actuels ne suffisent toujours pas pour éviter un réchauffement catastrophique.
2. Adaptation : comment les pays vont-ils s'adapter et aider les autres à faire de même ?
Le changement climatique est là. Au-delà de tout faire pour réduire les émissions et ralentir le rythme du réchauffement climatique, les pays doivent également s'adapter aux conséquences climatiques afin de pouvoir protéger leurs citoyens.
Les retombées varient selon l'endroit. Cela pourrait signifier le risque de plus d'incendies ou d'inondations, de sécheresses, de journées plus chaudes ou plus froides ou d'élévation du niveau de la mer.
Lors de la COP26, les délégués ont adopté un programme de travail sur l'objectif mondial d'adaptation établi dans l'Accord de Paris.
Le plan a été mis en place pour doter les communautés et les pays des connaissances et des outils nécessaires pour garantir que les actions d'adaptation qu'ils entreprennent font effectivement avancer le monde vers un avenir plus résilient au changement climatique.
La Présidence de la COP27 s'attend à ce que les nations enregistrent et évaluent leurs progrès vers le renforcement de la résilience et l'aide aux communautés les plus vulnérables. Cela signifie que les pays prennent des engagements plus détaillés et ambitieux dans les composantes d'adaptation de leurs plans climatiques nationaux.
L'année dernière, les pays développés ont convenu d'au moins doubler le financement de l'adaptation, et de nombreuses parties prenantes demandent des niveaux encore plus élevés de financement de l'adaptation pour correspondre aux montants actuellement dépensés pour l'atténuation, comme le prévoit l'Accord de Paris. Ce sera certainement un grand sujet de conversation à Charm El-Cheikh.
La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques est claire sur le fait que pour répondre aux risques climatiques actuels et futurs, il est nécessaire d'augmenter considérablement l'ampleur du financement de l'adaptation, à partir de toutes les sources – publiques et privées. Tous les acteurs doivent participer – gouvernements, institutions financières et secteur privé.
3. Finance climatique : l'éléphant qui ne quitte jamais la salle des négociations
Le financement climatique sera à nouveau un thème majeur de la COP27, de nombreuses discussions liées au financement sont déjà à l'ordre du jour, les pays en développement lançant un appel fort aux pays développés pour qu'ils assurent un soutien financier suffisant et adéquat, en particulier pour les plus vulnérables.
Nous entendrons probablement beaucoup parler de la promesse annuelle de 100 milliards de dollars des pays développés qui n'est pas tenue. En 2009 à Copenhague, les pays riches se sont engagés à fournir ce financement, mais les rapports officiels montrent toujours que cet objectif n’est pas atteint. Les experts s'attendent à ce que la COP27 fasse enfin de cet engagement une réalité, en 2023.
La Présidence égyptienne a pour objectif de donner suite à cet engagement et à d'autres engagements et promesses pris lors des COPs précédentes.
Quel est ce problème de « pertes et dommages » dont nous entendons tant parler ?
Le changement climatique, par le biais d'événements météorologiques extrêmes tels que les cyclones tropicaux, la désertification et l'élévation du niveau de la mer, cause des dommages coûteux aux pays.
Parce que l'intensification de ces « catastrophes naturelles » est causée par l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre, principalement des pays industrialisés riches, les pays en développement - souvent les plus touchés - soutiennent qu'ils devraient recevoir une compensation.
Le Danemark a fait la une des journaux lors de la dernière semaine de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations Unies après avoir été le premier pays à annoncer qu'il accorderait 13 millions de dollars aux pays en développement qui ont subi des dommages dus au changement climatique.
La question de ces paiements, connus sous le nom de « pertes et dommages », sera plus que probablement un grand sujet de discussion à la COP27, même si elle n'a pas encore été officiellement mise à l'ordre du jour.
Le Groupe des 77 et de la Chine (qui comprend essentiellement tous les pays en développement) a demandé de l'ajouter à l'ordre du jour, ce qui nécessitera un consensus entre tous les pays le premier jour des pourparlers.
À ce jour, il y a eu des discussions sur la création d'un fonds pour les pertes et dommages, mais rien de concret. Des experts tels que le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme et le climat, Ian Fry, espèrent susciter un nouvel élan et « faire avancer les choses ».
« Il y a de grands pays développés qui sont très préoccupés par cela et qui envisagent cette question du point de vue de ce que le pollueur paie. Aujourd'hui, les pays les plus touchés par le changement climatique et qui en subissent les coûts doivent eux-mêmes faire face à ces coûts », a-t-il déclaré à ONU Info lors d'un récent entretien. « Donc, il est temps que les grands pays, les principaux émetteurs, s’expriment et disent, 'nous devons faire quelque chose, nous devons apporter une contribution à ces pays vulnérables' ».
Comment la guerre en Ukraine affecte-t-elle tout cela ?
Selon Ilana Seed, Représentante permanente des Palaos auprès des Nations Unies et négociatrice sur le climat, cette COP va être « déroutante » compte tenu du paysage sociopolitique actuel et de la crise énergétique.
« La guerre en Ukraine a eu lieu, donc il y a tellement de choses sur lesquelles tant de pays se sont mis d'accord, et maintenant ils ne peuvent plus le faire. À cause de la guerre, le paysage a changé », a-t-elle expliqué.
En effet, l'invasion de l'Ukraine par la Russie a provoqué une crise mondiale de l'inflation, de l'énergie, de l'alimentation et de la chaîne d'approvisionnement. Des pays comme l'Allemagne ont dû réduire leurs objectifs climatiques à court terme, tandis que le groupe de travail historique Chine-États-Unis sur le climat annoncé à Glasgow a maintenant été suspendu.
La COP27 verra très probablement un revers dans les promesses et les engagements que certains pays ont pris l'année dernière.
Cependant, le Rapporteur spécial Ian Fry considère que la guerre pourrait aussi être un « signal d'alarme » pour que les nations deviennent autosuffisantes en énergie.
Il soutient que le moyen le moins cher d'y parvenir est d'utiliser les énergies renouvelables, qui sont essentielles pour réduire les émissions.
« Nous voyons le Portugal se diriger vers 100% d'énergies renouvelables, nous savons que le Danemark le fait également, et je pense que cela incitera d'autres pays à voir la nécessité d'être renouvelables et autosuffisants en énergie », a-t-il déclaré à ONU Info.
La société civile participera-t-elle à la COP, ou seulement des délégués ?
L'événement principal aura lieu au Centre international des congrès de Charm El-Cheikh, du 6 au 18 novembre.
Jusqu'à présent, plus de 30.000 personnes se sont inscrites pour y assister, représentant de gouvernements, d’entreprises, d’ONG et de groupes de la société civile.
Les 197 Parties à la CCNUCC, se réunissent souvent en groupes ou « blocs », pour négocier ensemble comme le G77 et la Chine, le Groupe Afrique, les Pays les moins avancés, le Forum Parapluie, les Petits États insulaires en développement et l'Alliance indépendante. d'Amérique latine et des Caraïbes.
Les négociations incluent également des observateurs, qui n'y participent pas formellement mais interviennent et contribuent à maintenir la transparence. Les observateurs comprennent des agences des Nations Unies, des organisations intergouvernementales, des ONG, des groupes confessionnels et la presse.
Mais outre les négociations officielles, il y aura des salles de conférence, une section pavillon et des quantités d'événements parallèles, répartis sur des journées thématiques.
Les thèmes de cette année sont : la finance, la science, la jeunesse et les générations futures, la décarbonisation, l'adaptation et l'agriculture, le genre, l'eau, la société civile, l'énergie, la biodiversité et les solutions (le thème le plus récent de cette COP).
Source: ONU Info
