Les Nations Unies : Partenaire dans la lutte contre l'apartheid
« Nous saluons aujourd’hui de cette tribune l’Organisation des Nations Unies et ses États Membres, individuellement et collectivement, qui ont uni leurs forces avec les masses de notre peuple dans une lutte commune qui a conduit à notre émancipation et a repoussé les frontières du racisme. »
- Allocution du Président sud-africain Nelson Mandela
à l’Assemblée générale, le 3 octobre 1994
L’élimination du système sud-africain de discrimination raciale légalisée connu sous le nom d’apartheid (séparation en afrikaans, la langue des descendants des colons néerlandais) a été à l’ordre du jour de l’ONU dès le début de sa création. Le 22 juin 1946, le Gouvernement indien demandait que la première session de l’Assemblée générale inscrive à son ordre du jour le traitement discriminatoire dont étaient victimes les Indiens de l’Union sud-africaine.
Au cours des décennies suivantes, cette organisation mondiale allait contribuer à la lutte mondiale contre l’apartheid en appelant l’attention du monde sur l’inhumanité de ce système, en légitimant la résistance populaire, en encourageant la prise de mesures anti-apartheid par des organisations gouvernementales et non gouvernementales, en instituant un embargo sur les armes, et en soutenant un embargo sur le pétrole et un boycott de l'apartheid dans de nombreux domaines.
Les grandes dates de la campagne des Nations Unies contre l’apartheid :
- 2 décembre 1950 – L'Assemblée générale déclare « qu’une politique de ségrégation raciale (apartheid) est nécessairement fondée sur des doctrines de discrimination raciale » (résolution 395 (V)).
- 1er aAvril 1960 – Le Conseil de sécurité, dans la cadre de sa première action sur l'Afrique du Sud, adopte la résolution 134 qui déplorait les politiques et les actions du Gouvernement sud-africain à la suite du massacre de 69 manifestants pacifiques africains à Sharpeville par la police le 21 mars. Le Conseil a invité le Gouvernement à abandonner sa politique d'apartheid et de discrimination raciale.
- 2 avril 1963 – Première réunion du Comité spécial sur la politique d'apartheid du Gouvernement de la République d'Afrique du Sud, rebaptisé plus tard « Comité spécial contre l'apartheid ».
- 7 août 1963 – Le Conseil de sécurité adopte la résolution 181 appelant tous les États à arrêter la vente et la livraison d'armes, de munitions et de véhicules militaires à l'Afrique du Sud. L'embargo sur les armes a été rendu obligatoire le 4 novembre 1977.
- 13 novembre 1963 – L'Assemblée générale, dans sa résolution 1899 (XVIII) sur la question de la Namibie, engage instamment tous les États à s'abstenir de fournir du pétrole à l'Afrique du Sud. Cette initiative a été la première des nombreuses actions menées par l'ONU pour prendre des sanctions pétrolières efficaces contre l'apartheid.
- 23 août - 4 septembre 1966 – Séminaire international sur l'apartheid à Brasilia, organisé par la Division des droits de l'homme des Nations Unies, le Comité spécial contre l'apartheid et le Gouvernement brésilien - le premier séminaire de plusieurs dizaines de conférences et de séminaires sur l'apartheid organisés ou coparrainés par l'Organisation des Nations Unies.
- 2 décembre 1968 – L'Assemblée générale a prié tous les États et les organisations de suspendre les échanges culturels, éducatifs, sportifs et autres avec ce régime raciste et avec les organisations ou institutions d’Afrique du Sud qui appliquent la politique de l'apartheid.
- 30 novembre 1973 – La Convention internationale sur l'élimination et la répression du crime d'apartheid est approuvée par l'Assemblée générale (résolution 3068 (XXVIII)). La Convention est entrée en vigueur le 18 Juillet 1976.
- 1er janvier 1976 – Création du Centre des Nations Unies contre l’apartheid.
- 17 août 1984 – Dans la résolution 554, le Conseil de sécurité déclare nulle et non avenue la nouvelle Constitution raciste de l’Afrique du Sud.
- 16-20 juin 1986 – Conférence mondiale sur les sanctions contre l'Afrique du Sud raciste, organisée par l'Organisation des Nations Unies, en coopération avec l'OUA et le Mouvement des pays non alignés.
- 14 décembre 1989 – L'Assemblée générale adopte par consensus la « Déclaration sur l'apartheid et ses conséquences destructrices en Afrique australe », appelant à des négociations pour mettre fin à l'apartheid et instaurer une démocratie non raciale (résolution A/RES/S-16/1).
- 22 juin 1990 – Nelson Mandela s’adresse au Comité spécial contre l'apartheid à New York – C’est la première fois qu’il prend la parole devant l'Organisation.
- 30 juillet 1992 – Face à l'escalade de la violence politique et aux dangers qui pèsent sur les négociations, Nelson Mandela demande aux Nations Unies d’envoyer des observateurs en Afrique du Sud. Le lendemain, le Secrétaire général annonce qu'il va envoyer un petit groupe d’observateurs de l'ONU. La Mission d'observation des Nations Unies en Afrique du Sud a été créée par le Conseil de sécurité le 17 août 1992.
- 8 octobre 1993 – L'Assemblée générale prie les États de rétablir immédiatement les relations économiques avec l'Afrique du Sud, et de lever l'embargo sur le pétrole lorsque le Conseil exécutif de transition en Afrique du Sud est devenu opérationnel (résolution 48/1).
- 10 mai 1994 – Le premier Gouvernement démocratiquement élu et non racial d’Afrique du Sud prend ses fonctions après les élections générales du 26 au 29 avril.
- 23 juin 1994 – L'Assemblée générale approuve les pouvoirs de la délégation sud-africaine et retire la question de l'apartheid de son ordre du jour. Le Conseil de sécurité retire la question de l'Afrique du Sud de son ordre du jour le 27 juin.
- 3 octobre 1994 – Le premier Président démocratiquement élu d'Afrique du Sud, Nelson Mandela, s'adresse à l'Assemblée générale
Contributions d’Enuga S. Reddy, ancien Sous-Secrétaire général de l’ONU, Secrétaire principal du Comité spécial des Nations Unies contre l’apartheid et Directeur du Centre des Nations Unies contre l’apartheid.
