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CS/13316
25 avril 2018
8243e séance – après-midi

Le Conseil de sécurité examine le dispositif de consolidation de la paix de l’ONU et réfléchit avec le Secrétaire général à la pérennisation de la paix

Parallèlement à la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur la consolidation et la pérennisation de la paix, le Conseil de sécurité a tenu, cet après-midi, une séance d’information au niveau ministériel sur le même thème, présidée par le Ministre des relations extérieures du Pérou, M. Néstor Popolizio Bardales.  Au début de la réunion, le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, a déclaré que la consolidation et la pérennisation de la paix requièrent des partenariats solides au-delà des Nations Unies, pour appuyer des solutions nationales.  Un avis partagé par le Président de la Commission de consolidation de la paix (CCP), M. Dan Neculăescu, et par le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, M. Smail Chergui.

Comme en 2016, l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité devraient affirmer de concert leur attachement à la consolidation et à la pérennisation de la paix, en adoptant demain deux résolutions identiques sur le fond.

M. Guterres a rappelé qu’il propose, dans son rapport sur la question, plusieurs options en vue d’accroître le financement des activités de consolidation de la paix de l’ONU, de les restructurer et de mieux hiérarchiser les priorités, au moyen notamment de contributions statutaires et volontaires –une idée déjà rejetée par les États-Unis- et de financements innovants.  Il a renouvelé son appel en faveur d’un « pas de géant » à réaliser dans le soutien apporté par les États Membres aux travaux essentiels du Fonds pour la consolidation de la paix.

Pour le Secrétaire général, concentrer nos efforts sur la réponse aux crises a un coût humain et financier intenable.  Il a donc recommandé, une fois de plus, d’investir dans la prévention.  De même, la consolidation et la pérennisation de la paix requièrent que nous nous attaquions aux racines des conflits des crises, souvent la pauvreté, l’exclusion, l’inégalité, la discrimination et les violations des droits de l’homme, a-t-il déclaré.

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 apparaît au Secrétaire général comme le modèle permettant d’aborder ces causes profondes et créer des sociétés plus pacifiques, stables et résilientes, fondées sur une mondialisation juste.  « Le développement durable inclusif est une fin en soi », a-t-il justifié, « mais c’est aussi le meilleur outil du monde contre les conflits violents et l’instabilité ».

Secrétaire d’État aux affaires régionales et aux affaires multilatérales internationales de la Roumanie, M. Neculăescu, qui à ce titre intervenait comme Président de la CCP, a insisté sur le rôle de pont que joue celle-ci entre les différents acteurs concernés, ainsi que sur son objectif de renforcement des partenariats avec les organisations régionales, les institutions financières internationales, la société civile, les groupes de jeunes et de femmes et le secteur privé.  Il a cité en exemple différentes situations dont la Commission est saisie avec succès, comme au Sahel, au Libéria ou en Gambie.

M. Chergui a pour sa part expliqué la double approche de prévention et de stabilisation que l’Union africaine a de la consolidation de la paix en citant différentes interventions, de la République centrafricaine à Madagascar et du Libéria à la région sahélo-saharienne ou à la Somalie.  Le Commissaire a souhaité que le Conseil de sécurité réponde positivement aux demandes de financement de l’Union africaine, les jugeant toutes légitimes, puisque financer les efforts pour la paix en Afrique relève aussi d’une stratégie internationale visant à répondre à la nature complexe et interconnectée des menaces à la paix et à la sécurité internationales.

Rappelant le processus de pérennisation de la paix mené dans son propre pays depuis le départ en 2017 de l’opération de maintien de la paix qui s’y trouvait depuis 13 ans, le Ministre des affaires étrangères de la Côte d’Ivoire, M. Marcel Amon-Tanoh, a expliqué que les attentes des pays en sortie de crise étaient importantes et posé trois principes pour l’action de l’ONU et de ses partenaires: relèvement ou renforcement de l’État concerné, cohérence dans l’action et mobilisation de ressources suffisantes.

Son homologue de la Suède, Mme Margot Wallström, a appelé au renforcement de la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales, qui comprennent mieux leur environnement et agissent comme « les yeux et les oreilles sur le terrain » de la communauté internationale et du Conseil de sécurité.  Elle a en outre annoncé le doublement de la contribution de son pays au Fonds pour la consolidation de la paix.

Si M. Popolizio Bardales a estimé qu’il « n’existe pas de modèle unique pour parvenir à une paix pérenne », il a ajouté que les États devaient néanmoins travailler la main dans la main pour relever des défis communs qui sont à même de devenir des menaces à la paix et à la sécurité internationales.  Citant les changements climatiques, la désertification, l’inégalité, la corruption, l’armement ou l’extrémisme violent, le Ministre des affaires étrangères du Pérou a jugé évidente la relation de cause à effet entre ces phénomènes et la prolifération de conflits et de crises humanitaires. 

Si elle a comme d’autres appelé à « changer de méthode de réflexion pour garantir une paix pérenne » et estimé que, dans l’ensemble, les réformes voulues par le Secrétaire général donneraient de bons résultats, la représentante des États-Unis a rejeté l’idée de consacrer un pourcentage du budget du maintien de la paix à la CCP.  Elle a en revanche plaidé pour intégrer davantage les ressources et pour améliorer la planification des stratégies de sortie des opérations de maintien de la paix, lesquelles doivent être « viables ». 

La Fédération de Russie se montre quant à elle « sceptique » face au concept de pérennisation de la paix.  Si les recommandations du Secrétaire général peuvent constituer un bon point de départ pour les discussions entre États Membres, elles ne doivent pas reléguer au second plan les tâches cruciales de la consolidation de la paix, a déclaré son représentant, qui a rappelé que tout effort de paix devait être avalisé par le pays concerné.  Il a en outre souhaité une « interprétation adéquate » du consensus entre l’Assemblée générale et le Conseil sur la pérennisation de la paix, qui, lui, est apparu « à maints égards artificiel ».

CONSOLIDATION ET PERENNISATION DE LA PAIX (S/2018/43)

Lettre datée du 9 avril 2018, adressée au Secrétaire général par le Représentant permanent du Pérou auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2018/325)

Déclarations

M. ANTÓNIO GUTTERES, Secrétaire général de l’ONU, a déclaré que la consolidation et la pérennisation de la paix requièrent des partenariats solides au-delà des Nations Unies, pour appuyer des solutions nationales.

Nous avons besoin, a-t-il expliqué, d’une approche large et inclusive, œuvrant avec les autorités des pays hôtes, les autorités régionales et sous-régionales, les institutions financières internationales, dont la Banque mondiale et d’autres donateurs multilatéraux, le milieu des affaires, la société civile et des acteurs locaux.

La Commission de consolidation de la paix peut apporter une grande cohésion stratégique à ces efforts internationaux, en tant que plateforme pour la complémentarité et le partenariat à travers les piliers de l’ONU, a précisé le Secrétaire général.  Elle apporte aussi des voix nationales et locales à la discussion.

M. Guterres a demandé au Conseil de sécurité de faire fond sur l’exemple du Sahel pour parvenir à une plus grande cohérence opérationnelle et politique dans d’autres contextes et situations.

Pour consolider la paix, a poursuivi le Secrétaire général, il faut inclure ceux qui sont souvent marginalisés et exclus, à savoir les femmes et les filles, les personnes âgées, les jeunes, les personnes handicapées et les minorités.  Les jeunes jouent un rôle clef dans la consolidation de la paix, a rappelé M. Guterres, et « nous devons travailler avec et pour eux bien plus efficacement ».

La consolidation et la pérennisation de la paix requièrent aussi que nous nous attaquions aux racines des conflits des crises, souvent la pauvreté, l’exclusion, l’inégalité, la discrimination et les violations des droits de l’homme, a encore déclaré le Secrétaire général.

Concentrer nos efforts sur la réponse aux crises a un coût humain et financier intenable, a souligné M. Guterres, recommandant une fois de plus d’investir dans la prévention.  « Le développement durable inclusif est une fin en soi », a-t-il justifié.  « Mais c’est aussi le meilleur outil du monde contre les conflits violents et l’instabilité. »

Pour le Secrétaire général, le Programme de développement durable à l’horizon 2030 est notre modèle pour aborder ces causes profondes et créer des sociétés plus pacifiques, stables et résilientes, fondées sur une mondialisation juste.

Le Secrétaire général a évoqué le renforcement du Bureau d’appui pour la consolidation de la paix.  Il a rappelé la proposition de son rapport visant à augmenter de 50% le nombre de postes permanents au Bureau, ajoutant que ce pourrait être fait sans engager de frais supplémentaires, grâce aux économies découlant des gains d’efficacité réalisés par la réforme.

Les soldats de maintien de la paix ont un rôle particulièrement important à jouer, a ensuite déclaré M. Guterres, qui a rappelé que les résolutions identiques adoptée, il y a deux ans, par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité à l’issue de l’examen de l’architecture de consolidation de la paix avaient reconnu la contribution apportée par les opérations de maintien de la paix.  L’objectif des opérations de maintien de la paix, a-t-il répété, est de créer un espace pour le processus politique.  Elles jouent un rôle vital pour contenir la violence et protéger les civils, tout en donnant le temps aux solutions politiques de s’établir.

Le Secrétaire général a ensuite rappelé l’initiative « Action pour le maintien de la paix », qu’il a présentée au Conseil de sécurité le mois dernier afin de créer des opérations de maintien de la paix adaptées aux défis auxquels nous faisons face, a poursuivi.

M. Guterres a rappelé que, dans son rapport sur la consolidation et la pérennisation de la paix, il propose plusieurs options en vue d’accroître le financement des activités de consolidation de la paix de l’ONU, de le restructurer et de mieux hiérarchiser les priorités, au moyen notamment de contributions statutaires et volontaires et de financements innovants. Il a notamment salué dans le Fonds pour la consolidation de la paix « un instrument clef » pour renforcer la cohérence de l’ensemble de nos activités et de nos partenariats en la matière, ainsi qu’un catalyseur pour inciter les autres à agir. Le Secrétaire général a ensuite renouvelé son appel en faveur d’un « pas de géant » dans le soutien apporté par les États Membres aux travaux essentiels du Fonds.

« Nous avons eu, ces deux derniers jours, des débats enrichissants sur la façon dont nous consolidons et pérennisons la paix, comme la médiation, le règlement des conflits, le maintien de la paix et le soutien à des institutions efficaces et responsables », a enfin résumé le Secrétaire général qui a conclu par un appel: « Le moment est venu de passer à l’acte. »   

 M. DAN NECULĂESCU, Secrétaire d’État aux affaires régionales et aux affaires multilatérales internationales de la Roumanie, Président de la Commission de consolidation de la paix (CCP), a insisté sur le rôle de pont de la Commission entre les différents acteurs concernés et son objectif de renforcer les partenariats avec les organisations régionales, les institutions financières internationales, la société civile, les groupes de jeunes et de femmes et le secteur privé.

Le Président de la CCP a passé en revue différentes situations dont est saisie la Commission, à commencer par le Sahel.  Dans cette région, la CCP a travaillé avec le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel afin d’accélérer la mise en œuvre de la Stratégie intégrée de l’ONU pour le Sahel, a-t-il ainsi expliqué.  Il a estimé qu’en mettant l’accent sur les questions régionales avec le consentement des pays concernés, la Commission jouait un rôle important en vue de la promotion d’une approche intégrée et stratégique de pérennisation de la paix dans la région.

S’agissant du Libéria, pays inscrit à l’ordre du jour de la CCP et où une opération de maintien de la paix vient de s’achever, M. Neculăescu a indiqué que la Commission avait apporté son appui aux autorités nationales et organisé des réunions en vue de préparer les prochaines élections et la transition onusienne en cours.  À propos de la Gambie, il a précisé que les discussions de la Commission avec les nouvelles autorités avaient visé à mobiliser un soutien en faveur du pays, engagé dans une transition critique.  « Ces exemples montrent le rôle de pont joué par la Commission entre les trois principaux organes de l’ONU », a estimé M. Neculăescu, ajoutant que le travail de la CCP améliorait l’efficacité des efforts onusiens sur le terrain.

Enfin, en plus des situations inscrites à l’ordre du jour de la Commission et faisant l’objet d’un suivi par une formation nationale de la CCP, cette dernière a considéré ces deux dernières années, toujours avec le consentement des autorités concernées, les situations en Colombie, au Burkina Faso ou encore au Sri Lanka, a déclaré le Président.  Il a vu là un exemple de la souplesse des méthodes de la Commission.  « La CCP a mis l’accent sur les situations régionales et sous-régionales et renforcé ses liens avec l’Union africaine et la Banque mondiale, ainsi que ses synergies avec le Fonds pour la consolidation de la paix », a-t-il conclu.

M. SMAIL CHERGUI, Commissaire pour la paix et la sécurité de l’Union africaine, a expliqué la double dimension de l’approche que l’Union africaine a de la consolidation de la paix: la prévention et la stabilisation.  À ce jour, l’Union africaine a ainsi soutenu la République centrafricaine, le Libéria, Madagascar, la Guinée-Bissau, le bassin du lac Tchad, la région sahélo-saharienne et la Somalie dans un large éventail de domaines, y compris le renforcement des institutions de droits de l’homme, la mise à niveau des établissements sanitaires, le renforcement des institutions éducatives, la réforme du secteur de la sécurité et la réforme de l’état de droit.  À l’heure actuelle, l’Union africaine est aussi en train de déployer des conseillers techniques pour soutenir la réforme du secteur de la sécurité et les processus de justice transitionnelle en Gambie. 

L’Union africaine prévoit également d’augmenter ses efforts de stabilisation sur le continent, a poursuivi M. Chergui.  L’objectif est de gérer la transition de la stabilisation initiale, marquée par une forte empreinte militaire, vers la consolidation de la paix à long terme, focalisée sur la reconstruction, la revitalisation des services publics et le développement socioéconomique et politique à court et moyen termes. 

Dans le bassin du lac Tchad, l’Union africaine et la Commission du bassin du lac Tchad parachèvent la stratégie visant à rationaliser les nombreuses initiatives de stabilisation des régions touchées par Boko Haram.  De la même manière, elles sont en train de renforcer les efforts de stabilisation de la Somalie à travers la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) et celle du Soudan par l’intermédiaire de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD).

Les rechutes récentes de plusieurs pays en situation de postconflit dans la violence et l’instabilité soulignent la nécessité de faire plus pour aborder, de manière cohérente, les structures, les attitudes et les facteurs qui perpétuent les conflits et l’instabilité, a averti M. Chergui.  Le Commissaire de l’Union africaine a ensuite souligné les efforts visant à parvenir à la paix durable en Afrique en mettant l’accent sur plusieurs priorités: le renforcement urgent de la coopération dans le domaine de la prévention; l’adoption d’un nouveau paradigme centré sur la personne et accordant une attention particulière aux dividendes de la paix, en particulier pour les femmes; l’établissement d’une coopération étroite et de partenariats entre les acteurs internationaux, nationaux et régionaux; enfin des efforts pour mobiliser les ressources adéquates pour la mise en œuvre de ces priorités ainsi définies.

Pour M. Chergui, les progrès réalisés en deux ans dans l’opérationnalisation du Fonds pour la paix de l’Union africaine, qui a d’ores et déjà reçu les deux tiers des contributions prévues pour 2018, montre la détermination de l’organisation continentale.  Ce Fonds est organisé sur trois axes: la diplomatie préventive, la capacité institutionnelle et le financement des opérations de soutien à la paix, a-t-il rappelé.

Le Commissaire a souhaité que les efforts de l’Union africaine aident à convaincre le Conseil de sécurité de répondre positivement à ses demandes de financement.  Ces demandes sont toutes légitimes, a-t-il insisté, et financer les efforts pour la paix en Afrique devrait être considéré non pas comme une priorité uniquement africaine, mais comme une stratégie internationale incontournable visant à répondre à la nature complexe et interconnectée des menaces à la paix et à la sécurité internationales.

M. NÉSTOR FRANCISCO POPOLIZIO BARDALES, Ministre des relations extérieures du Pérou, a souligné l’importance de prévenir et de régler les conflits avec davantage de cohérence et d’efficacité, en s’attaquant à bras le corps à leurs causes profondes.  Le Pérou, a-t-il souligné, a proposé un projet de résolution sur le fond identique à celui que doit adopter l’Assemblée générale demain, à l’issue de son débat de haut niveau sur le même thème.  Le Pérou négocie par ailleurs actuellement avec la Suède un projet de résolution sur le thème « les jeunes, la paix et la sécurité », une question aussi importante que la participation des femmes, a-t-il fait remarquer.

Le Pérou, qui préside le Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité, est soucieux de couper les liens entre le terrorisme et la criminalité organisée, a poursuivi M. Popolizio Bardales.  Le Ministre a évoqué l’expérience de son pays en matière de consolidation pacifique et démocratique après une période de conflit dramatique, à travers la promotion des droits de l’homme et du développement.

« Il n’y a pas de modèle unique pour parvenir à une paix pérenne », a poursuivi M. Popolizio Bardales.  Chaque pays droit trouver sa voie avec l’appui opportun de la communauté internationale.  Toutefois, a-t-il ajouté, nous devons travailler la main dans la main pour relever des défis communs qui sont à même de devenir des menaces à la paix et à la sécurité internationales, comme les changements climatiques, la désertification, l’inégalité, la corruption, l’armement ou l’extrémisme violent.  Pour le Ministre, il existe de toute évidence une relation de cause à effet entre ces phénomènes et la prolifération de conflits violents et de crises humanitaires, qui ont donné ces dernières années beaucoup plus de travail au Conseil de sécurité.  

M. Popolizio Bardales a plaidé pour un renforcement du multilatéralisme et un accent mis sur la prévention.  Pour lui, l’ONU et le Conseil de sécurité doivent aider les pays à renforcer leurs capacités nationales.  Le Conseil doit aussi adopter une approche plus systématique en matière de prévention des conflits, en s’appuyant sur des analyses de risques et sur des plans de gestion.  Il faut également promouvoir davantage de synergies entre les opérations de maintien de la paix et les agences, fonds et programmes de développement des Nations Unies, et coopérer avec les organisations régionales et sous-régionales, les pays voisins, les pays donateurs et les institutions financières.

« La paix pérenne doit être l’ultime objectif de toutes les missions de ce Conseil de sécurité », a ajouté Le Ministre, qui a jugé nécessaire d’adopter au cas par cas des stratégies de sortie pour les opérations de maintien de la paix, coordonnées avec les équipes de pays.  Enfin, a-t-il conclu, l’objectif 16 du Programme de développement durable à l’horizon 2030, relatif à l’édification de société pacifiques, représente « un cadre normatif universel approprié pour que les Nations Unies appuient les efforts nationaux de consolidation et de pérennisation de la paix ».

Mme MARGOT WALLSTRÖM, Ministre des affaires étrangères de la Suède, a rappelé que ce 25 avril était un jour spécial, car commémorant la révolution des Œillets qui a mis fin à la dictature au Portugal et, dans le même temps, de l’ordre colonial dans de nombreux pays lusophones.  Pour La Ministre, cet exemple, qui a inspiré une génération d’Européens, y compris elle-même, oblige à réfléchir sur le tissu de la paix durable.  C’est également l’engagement en faveur de la paix qui a inspiré les dirigeants européens après deux guerres mondiales dévastatrices, a poursuivi la Ministre, qui, évoquant les conflits qui ensanglantent la planète, a demandé si le monde était prêt à payer le prix d’une absence de prévention.  « Maintenant, nous devons agir », a-t-elle déclaré en soulignant que « nous ne pouvons pas rester coincés par des débats conceptuels ».  C’est pourquoi la Suède fait trois propositions pour la pérennisation de la paix.

Pour Mme Wallström, il faut d’abord renforcer l’égalité et l’appropriation nationale inclusive.  La Ministre a souligné qu’aucune paix ne pouvait prétendre à la durée si elle ne tenait pas compte de la moitié de la population que sont les femmes.  Il faut donc que le Conseil s’attèle à assurer la pleine participation des femmes à la paix et la sécurité, « pas pour le bien des femmes, mais pour la paix », a-t-elle expliqué.

La deuxième proposition suédoise consiste à améliorer l’alerte précoce et à s’engager en faveur d’actions de prévention.  Elle a pris pour exemple la situation qui prévalait en Gambie l’année dernière pour relever combien la diplomatie active, au niveau sous-régional à travers la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), renforcée au niveau régional par l’Union africaine et avec le plein soutien du Conseil de sécurité, avait permis de mettre fin à la crise.  Cet exemple montre que nous avons des outils à notre disposition que nous pouvons utiliser pour des actions précoces, a fait valoir la Ministre.

En troisième lieu, Mme Wallström a invité à cibler les différents moteurs de conflit grâce à une action concertée.  Elle a ainsi plaidé pour une action coordonnée de la communauté internationale, parlant même d’une « vraie collaboration » qui, tout en tenant compte du mandat de chaque organe de l’ONU, permettrait d’obtenir des résultats meilleurs que la somme des résultats obtenus par chaque organe pris séparément.  Elle a en outre appelé au renforcement de la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales, voyant en celles-ci « les yeux et oreilles sur le terrain » et ajoutant qu’elles comprennent mieux leur environnement, peuvent intervenir là où le Conseil ne le peut pas et ont, à de multiples reprises, prouvé leur valeur.  

Mme Wallström a aussi salué le rôle catalytique que joue le Fonds pour la consolidation de la paix, auquel la Suède a décidé de doubler sa contribution.  La Commission de consolidation de la paix (CCP) est un outil pour favoriser l’action collaborative et les partenariats, a encore déclaré la Ministre, qui a préconisé davantage d’interactions formelles ou non, entre celle-ci et le Conseil de sécurité.

M. MARCEL AMON-TANOH, Ministre des affaires étrangères de la Côte d’Ivoire, qui a rappelé le processus de pérennisation de la paix mené dans son propre pays depuis la fermeture de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire en 2017, a estimé que le débat de ce jour traduisait bien l’importance de la réforme de la consolidation et de la pérennisation de la paix menée avec pour objectif de mieux accompagner les pays en situation postconflit et leur éviter tout retour à l’état de belligérance.  Les attentes des pays en sortie de crise sont importantes, a déclaré le Ministre.  Nous devons continuer à servir de caution au déploiement des partenaires au développement, dans les premiers temps de la reconstruction postconflit. 

Sur la base de l’expérience de la Côte d’Ivoire, M. Amon-Tanoh a ensuite jugé possible de poser quelques principes.  En premier lieu, l’action de l’ONU et des autres partenaires devrait consister soit à renforcer l’État lorsqu’il existe, soit à le rétablir lorsqu’il s’est effondré.  En deuxième lieu, pour être efficace sur le terrain, l’ONU doit afficher une grande cohérence et intervenir sous une entité unique.  Elle doit pour cela mettre fin à la dispersion de ses ressources et de ses actions, constatée dans plusieurs théâtres postconflit.  Il s’agit donc de mettre résolument en avant sa vision d’« une ONU ».  En troisième lieu, les États Membres et les partenaires au développement doivent mobiliser les ressources nécessaires au profit des Nations Unies dans le cadre du financement des actions de consolidation et de pérennisation de la paix par le Fonds pour la consolidation de la paix. 

Forte des enseignements de sa propre expérience, la Côte d’Ivoire soutient le projet de réforme proposé par le Secrétaire général, car elle estime qu’il dresse les contours d’une architecture de consolidation de la paix plus efficace.  Le Ministre a ensuite appelé les pays développés, les partenaires multilatéraux et le secteur privé à mobiliser les ressources nécessaires au financement du développement et du Fonds pour la consolidation de la paix.  Il a enfin souligné le rôle de la diplomatie préventive et notamment celui des mécanismes d’alerte rapide, encourageant les Nations Unies à leur accorder davantage d’attention.

M. ANDRÉ HASPELS, Vice-Ministre des affaires étrangères des Pays-Bas, a souligné que le travail de consolidation de la paix n’est jamais terminé, car la paix se construit avant, pendant et bien après les conflits.  Il a dit venir d’un pays qui sait, 70 ans après avoir connu la guerre, que la paix n’est pas donnée; elle demande d’y travailler chaque jour.  Pérenniser la paix signifie pérenniser l’engagement, ici à l’ONU comme dans les différents pays. 

En ce qui concerne les Pays-Bas, la prévention des conflits est la pierre angulaire de la nouvelle stratégie gouvernementale intégrée de sécurité et des politiques d’aide et de commerce.  C’est en outre leur préoccupation majeure en tant que membre du Conseil de sécurité cette année, comme cela fut le cas pour leur mandat de 1999-2000.  C’est aussi pourquoi les Pays-Bas ont décidé, des années auparavant, de contribuer à la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan et à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, parce que la paix pérenne est certes utile pour les peuples afghan et malien, mais contribue également à la stabilité en Europe. 

M. Haspels a ensuite rappelé que la prévention des conflits requiert de comprendre les causes profondes des conflits.  Il a ainsi appelé à respecter les droits fondamentaux de l’homme, l’état de droit et la dignité humaine, qui sont les fondements de la liberté, de la justice et de la paix.  Il a en outre estimé que la mise en œuvre des objectifs de développement durable représentait la meilleure stratégie universelle pour pérenniser la paix.  Les Pays-Bas ont rejoint le mouvement « Pathfinders for SDG 16’S goal » afin de mieux stimuler la mise en œuvre de cet objectif relatif à « l’avènement de sociétés pacifiques et ouvertes à tous aux fins du développement durable ».  Le Vice-Ministre a également plaidé pour la promotion des négociations et processus politiques ouverts. 

M. Haspels a par ailleurs souligné le rôle fondamental de la Commission de consolidation de la paix pour parvenir à des approches cohérentes intégrant tous les piliers de l’ONU, afin de faire de la consolidation de la paix une réalité.  Il faut donc renforcer notre coopération, et le Conseil de sécurité et la Commission de consolidation de la paix doivent se compléter mutuellement pour préparer la transition au sein des opérations de maintien de la paix, a-t-il déclaré.  À cet égard, il a cité le Libéria comme un exemple de succès.  Ces exemples montrent aussi que le Conseil de sécurité possède les outils nécessaires pour prévenir les conflits et assurer une paix pérenne, a ajouté le Vice-Ministre.  Mais, sans volonté politique, le seul résultat est l’impasse irresponsable, et le conflit sanglant de Syrie démontre les conséquences du manque d’action du Conseil de sécurité, a également fait observer M. Haspels.

M. JONATHAN GUY ALLEN (Royaume-Uni) a jugé « vitale » la relation entre l’ONU et l’Union africaine.  Il a aussi rappelé que les violations massives de droits de l’homme étaient souvent un signe annonciateur de conflit.  Il a appuyé la vision du Secrétaire général en faveur de la consolidation et de la pérennisation de la paix, en particulier l’attention nouvelle qu’il souhaite voir apporter à la prévention des conflits. 

La pérennisation de la paix devrait être une priorité partagée par l’ensemble du système de Nations Unies, a poursuivi le représentant, qui a fixé trois priorités: un partenariat pour la paix plus fort entre l’ONU et la Banque mondiale, davantage de diplomatie préventive au sein des Nations Unies, et des transitions plus souples vers et à partir des opérations de maintien de la paix.  Dès lors que nous décidons du déploiement de Casques bleus, nous devons penser à une stratégie de sortie, a en outre insisté le représentant, qui a souhaité que tous les acteurs pertinents œuvrent de concert pour assurer le bon succès d’une transition, comme au Libéria.  Enfin, il a souhaité davantage de créativité pour élargir la base des contributeurs à la consolidation de la paix, et davantage de partenariats.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a indiqué que « nous sommes loin de l’époque où l’ONU ne s’intéressait aux crises qu’à travers les opérations de maintien de la paix ».  C’est désormais l’ensemble du cycle du conflit qui est pris en compte, dans une continuité « prévention, maintien et consolidation de la paix ».  Le représentant a relevé que nombre de conflits et de guerres civiles trouvent leur origine dans les fragilités en termes de développement et de gouvernance, celles-là mêmes que le Programme de développement durable à l’horizon 2030 entend combattre.  Il faut donc une approche transversale et intégrée qui allie, dans la durée, actions sécuritaires, humanitaires, politiques, de développement, de promotion des droits de l’homme et de lutte contre les changements climatiques et la dégradation de l’environnement, tout en rassemblant dans une approche commune l’ensemble des partenaires.

Dans ce contexte, le Conseil de sécurité doit renforcer son action de prévention, a noté M. Delattre en rappelant que l’ONU est née d’un objectif de prévention.  Le Conseil doit donc être en mesure d’anticiper les risques de crise grâce à un système d’alerte précoce, pour améliorer la capacité collective de ce Conseil à agir en amont du déclenchement des crises.  M. Delattre a estimé que les premières mesures prises par le Secrétaire général allaient dans la bonne direction.  La France apporte son soutien aux initiatives du Secrétaire général en ce sens.  Le représentant a ainsi évoqué le recours au Conseil consultatif de haut niveau sur la médiation et une communication repensée sur le concept de prévention comme un outil utile avant et après les conflits.

Pour M. Delattre, le Conseil de sécurité doit permettre aux pays les plus vulnérables de développer leurs propres capacités, afin qu’ils soient en mesure de traiter en amont ces fragilités dont les crises se nourrissent.  Il a ainsi cité, entre autres, les changements climatiques, la dégradation de l’environnement, le chômage des jeunes, ou l’accès à une justice de qualité et le respect des droits de l’homme. 

Pour la France, lorsque la prévention échoue et que l’engrenage de violence s’enclenche, il est de la responsabilité de la communauté internationale de stopper l’escalade et d’intervenir.  C’est ce que la France a fait, à la demande de ses partenaires, au Mali comme en Centrafrique, a expliqué M. Delattre, pour qui, dans ce contexte, les opérations de maintien de la paix restent un outil central du Conseil de sécurité pour favoriser le retour à la paix.  Pour que ces opérations soient efficaces, le Conseil doit s’assurer qu’elles disposent de mandats bien calibrés, qui s’inscrivent dans une stratégie politique claire, avec des priorités définies et un séquençage dans le temps.

La France estime, en outre, que le Conseil de sécurité doit garantir une transition réussie entre les opérations de maintien de la paix et la consolidation et la pérennisation de la paix.  C’est là une approche qui a été suivie en Côte d’ivoire et au Libéria avec succès, a estimé M. Delattre. 

Enfin, garantir une paix durable nécessite une architecture de paix et de sécurité efficace, un système de développement adapté aux nouveaux enjeux et qui s’appuie sur une organisation des Nations Unies à la gestion rénovée et apte à affronter les défis du XXIe siècle.  On ne peut, a estimé le représentant, envisager ces trois réformes séparément.

Mme CARLA CECILIA CARDONA MOSCOSO (Bolivie) a rappelé que le terme « consolidation de la paix » trouvait son origine dans l’Agenda pour la paix publié en 1992 par l’ancien Secrétaire général de l’ONU, M. Boutros Boutros-Ghali.  Elle a jugé impératif de renforcer les mécanismes de prévention pour mieux combattre les menaces à la paix et à la sécurité internationales.  Pour la représentante, la paix pérenne passe par la recherche de solutions politiques négociées, dans le cadre des mécanismes multilatéraux et dans le respect des principes de la Charte des Nations Unies.  La Bolivie demande un dialogue réfléchi et la reconnaissance tant des différences que des points communs.

En même temps, a poursuivi la représentante, la prévention implique d’étudier chaque contexte au cas par cas, de partager les informations en matière d’alerte précoce, et de coordonner la réponse à apporter aux conflits.  La coopération avec les mécanismes régionaux et sous-régionaux, notamment en Afrique, revêt aussi une importance fondamentale.  Elle a recommandé de partager les bonnes pratiques, de renforcer les dialogues interactifs et la coordination entre l’Assemblée générale, le Conseil de sécurité et la Commission de consolidation de la paix, ce qui devrait permettre de combiner les initiatives de paix et de sécurité avec l’appropriation nationale.  Mme Cardona Moscoso a tenu également à souligner le rôle des femmes, conformément à la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité, et celui des jeunes qui doivent être inclus dans les processus de paix.  Enfin, a-t-elle rappelé, il n’y a pas de paix sans développement.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a souligné le rôle vital joué par la Commission de consolidation de la paix (CCP) pour pérenniser la paix.  La CCP déploie en effet différents mécanismes pour améliorer la situation économique et sociale dans un pays, a-t-il déclaré, en demandant que soit promu le rôle de la Commission.  Le représentant a ensuite appelé le Conseil à mettre l’accent sur la diplomatie préventive, avant de saluer les efforts de réforme du Secrétaire général.  « Nous devons rendre l’ONU plus efficace et transparente », a-t-il ajouté, demandant un suivi constant de cette question de pérennisation de la paix.  M. Alotaibi a rappelé que droits de l’homme et développement allaient de pair et souligné l’importance de remédier aux causes profondes des conflits.  « Toutes les agences onusiennes doivent travailler en étroite coopération », a-t-il conclu.

M. ZHAOXU MA (Chine) a estimé que le Conseil de sécurité, qui assume sa responsabilité principale au titre de la Charte, devait jouer un rôle majeur dans les efforts de consolidation et de pérennisation de la paix.  Appelant à la recherche de solutions politiques aux situations les plus complexes, il a estimé que le Conseil devait appuyer les États qui mènent activement des processus de paix, afin d’éviter la résurgence des conflits.

Quant aux agences pertinentes des Nations Unies, a poursuivi le représentant, elles doivent se concentrer sur les priorités qui ont été identifiés et respecter les efforts des pays hôtes sur la base des besoins sur le terrain et de leur mandat.  Le rôle consultatif de la Commission de consolidation de la paix auprès du Conseil doit être pleinement exploité, a-t-il ajouté, afin d’assurer une transition sans heurts entre les opérations de maintien de la paix et la consolidation de la paix.  Lorsque les objectifs du maintien de la paix ont été atteints, on doit éviter de faire machine arrière, a averti le représentant.

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a salué les efforts de réforme de l’ONU du Secrétaire général, avant de rappeler que la pérennisation de la paix était de la responsabilité avant tout des États.  M. Ndong Mba a déclaré que les investissements dans la prévention des conflits permettaient d’économiser entre 5 et 70 milliards de dollars chaque année.  Il s’est aussi dit préoccupé par la fuite des capitaux des pays en proie à un conflit et a demandé un renforcement de la coopération Sud-Sud et triangulaire.  Le Fonds pour la consolidation de la paix doit être garni, a-t-il déclaré.  Enfin, le représentant a demandé la pleine application des résolutions jumelles du Conseil et de l’Assemblée générale de 2016 sur la consolidation de la paix.  « La paix n’a pas de prix et nous devons la cultiver sans relâche », a-t-il conclu.

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a rappelé que les trois piliers de l’ONU -paix et sécurité, développement et droits de l’homme- se renforçaient mutuellement.  Ainsi la consolidation et la pérennisation de la paix sont-elles une condition indispensable du développement.  À cette fin, les Nations Unies devraient répondre aux conflits de manière exhaustive et cohérente, en exploitant tous les outils pertinents, à commencer par la prévention jusqu’au relèvement postconflit.

« Le Programme de développement durable à l’horizon 2030, avec ses objectifs de développement durable, est la meilleure façon de prévenir les crises et les conflits dans le monde d’aujourd’hui », a estimé Mme Wronecka.  À cet égard, la coopération entre toutes les parties prenantes est d’une importance vitale.  « Nous devons être prêts à forger de nouveaux partenariats et à traduire nos idées dans la réalité », a-t-elle lancé, jugeant indispensable d’harmoniser les activités du secteur privé avec les objectifs de la communauté internationale.

Enfin, pour la représentante, le respect des droits de l’homme sous-entend la cohésion sociale.  Elle a mis en exergue le rôle des jeunes, qui sont confrontés à la frustration et au désespoir dans certaines régions du monde, autant de facteurs déstabilisants, de même que le rôle des femmes, et a appuyé en ce sens les résolutions 2250 (2015) et 1325 (2000) du Conseil de sécurité.  

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a souligné la nécessité d’investir davantage dans la diplomatie préventive.  « Depuis son indépendance il y a 27 ans, mon pays a été aux avant-postes de la diplomatie préventive, qui est l’un des principes fondamentaux de notre politique étrangère », a-t-il dit, en prenant l’exemple du Centre régional des Nations Unies pour la diplomatie préventive en Asie centrale.  Le représentant a détaillé la triple stratégie promue par son pays pour résoudre les conflits et pérenniser la paix, qui s’articule autour du lien ente sécurité et développement, de la coopération régionale et de l’unité d’action de l’ONU.  « Nous avons besoin de forger un nouveau paradigme onusien pour régler et prévenir les conflits », a estimé le représentant, qui a souhaité que tous les États Membres adoptent la même triple stratégie que son pays.

Mme KELLEY A. ECKELS-CURRIE (États-Unis) a relevé que tous les pays touchés par des conflits étudiés par le Conseil de sécurité avaient des difficultés à consolider la paix.  Selon elle, les objectifs pour lesquels le dispositif de consolidation de la paix a été créé sont très importants.  Il s’agit de « tourner la page sur l’approche compartimentée » qui nous a empêchés d’utiliser tous les outils à notre disposition. 

Toutefois, a estimé Mme Eckels-Currie, « il faut changer de méthode de réflexion pour garantir une paix pérenne ».  La représentante a recommandé le suivi des bonnes idées et des engagements qui figurent dans le rapport du Secrétaire général et davantage de collaboration entre les différents acteurs pertinents, en mettant par exemple sur pied « des agents de liaison ».  Elle aussi a proposé de relier les activités du Programme des Nations Unies pour le développement et du Département des affaires politiques et de mettre l’accent sur les meilleurs pratiques.

Par ailleurs, les États-Unis n’appuient pas certaines suggestions présentées, notamment l’idée d’allouer un pourcentage du budget du maintien de la paix à la Commission de consolidation de la paix.  « Recourir aux quotes-parts des pays ne permet pas de résoudre tous les obstacles », a averti la représentante, qui a plaidé pour davantage d’intégration au niveau des ressources et pour une meilleure planification des stratégies de sortie des opérations de maintien de la paix, lesquelles doivent être « viables ».  

Défendant des transitions plus aisées et plus efficaces, la représentante a cité l’exemple de ce qui a été fait pour le Libéria.  « Nous savons que toutes les situations sont différentes », a-t-elle ajouté en évoquant ensuite le rôle central de la police en Haïti.  Elle a proposé d’associer les acteurs de la société civile, les femmes, les jeunes et les défenseurs des droits de l’homme.  « Il faut que toutes les voix se fassent entendre pour que les transitions soient durables », a-t-elle insisté.  Elle a aussi parlé d’inclure le secteur privé et les institutions financières internationales pour relever les défis économiques.  Enfin, les gouvernements doivent aussi faire preuve de volonté politique pour consolider et pérenniser la paix, a insisté Mme Eckels-Currie, qui a conclu en estimant que « les réformes voulues par le Secrétaire général donneront de bons résultats ».

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a rappelé les fondements de la consolidation de la paix.  Il y a 13 ans, le Conseil et l’Assemblée ont créé la Commission de consolidation de la paix (CCP) pour aider les pays après un conflit, a-t-il expliqué, ajoutant que la CCP devait fournir son appui à l’élaboration de stratégies de paix, dans le respect des priorités du pays concerné.

Le représentant a souligné la nécessité de remédier aux causes profondes des conflits, avant de rappeler que c’est aux États qu’incombe la responsabilité première dans les efforts de pérennisation de la paix.  Chaque organe de l’ONU doit agir dans le respect de son mandat, a poursuivi M. Polyanskiy, qui a estimé que les recommandations du Secrétaire général pouvaient constituer un bon point de départ pour les discussions entre États Membres.

M. Polyanskiy a ensuite souhaité que le concept de pérennisation de la paix, devant lequel il s’est montré « sceptique », ne reléguerait pas au second plan les tâches cruciales de la consolidation de la paix.  Les efforts de paix doivent être avalisés par les pays hôtes, a-t-il répété, en mettant en garde contre leur politisation, souvent sous couvert de défense des droits de l’homme.  Pour la Fédération de Russie, le Coordonnateur résident doit contribuer au renforcement des institutions de l’État concerné, en évitant les doublons.  Enfin, le représentant a souhaité que le consensus entre l’Assemblée et le Conseil sur la pérennisation de la paix, attesté par l’adoption à venir de résolutions jumelles, fasse l’objet d’une interprétation adéquate.  Ce consensus est en effet, à maints égards, artificiel, a-t-il conclu.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a souligné l’importance de placer la prévention des conflits et la pérennisation de la paix au cœur des efforts de l’ONU, estimé que cette priorité permettrait de rendre l’Organisation plus efficace dans la fourniture d’un soutien opérationnel sur le terrain dans des contextes sécuritaires toujours plus complexes.  Le représentant a insisté sur les liens entre paix, sécurité, développement et droits de l'homme avant de plaider pour une plus grande cohérence de l’action au sein du système de Nations Unies.  Il a également plaidé pour une pleine utilisation de la Commission de consolidation de la paix, estimant qu’elle joue un rôle de pont entre les différents organes onusiens.  Il s’est réjoui des différents conseils prodigués par la Commission au Conseil sur différentes situations dont elle est saisie.  Enfin, M. Alemu a appelé au renforcement des liens entre l’ONU et l’Union africaine, avant d’insister sur l’importance de la confiance mutuelle entre États Membres pour la pérennisation de la paix.

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