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CS/13268
28 mars 2018
8218e séance – matin

Le Secrétaire général annonce une « Action pour le maintien de la paix » au Conseil de sécurité et présente « six demandes immédiates » aux États Membres

À l’occasion d’un débat ouvert du Conseil de sécurité organisé par sa présidence néerlandaise sur le thème « Agir collectivement pour améliorer les opérations de maintien de la paix des Nations Unies », le Secrétaire général, M. António Guterres, a annoncé aujourd’hui le lancement d’une nouvelle initiative, « Action pour le maintien de la paix », pour « soutenir cette grande entreprise des Nations Unies qu’est le maintien de la paix », alors que celui-ci célèbre son soixante-dixième anniversaire.  Il a aussi présenté « six demandes immédiates » aux États Membres.

Les quelque 70 délégations qui ont pris part au débat ont approuvé la volonté de réforme du Secrétaire général, tout en faisant entendre des nuances sur certaines de ses propositions.

« Remarquable entreprise de multilatéralisme et de solidarité internationale » lorsqu’il est couronné de succès, le maintien de la paix fait face à de nombreuses difficultés qui l’« abîment » et abîment avec lui le multilatéralisme lui-même, a déclaré M. Guterres. 

Le constat n’est pas nouveau et certaines délégations ont rappelé les nombreux rapports publiés depuis près de 20 ans: rapport Brahimi, doctrine Capstone, rapport HIPPO et, dernièrement, rapport du général Santos Cruz sur l’amélioration de la sécurité des Casques bleus, sans oublier les résolutions de l’Assemblée générale et du Conseil sur la pérennisation de la paix et les récents examens de plusieurs missions.  C’est aussi pourquoi le Secrétaire général juge qu’il est temps d’agir ensemble et d’opérer « un saut qualitatif » dans l’engagement.  Il a précisé que son initiative serait mise au point pendant la session de haut niveau de la prochaine Assemblée générale et souhaité un accord formel pour la fin de l’année.

En attendant, le Secrétaire général a présenté six demandes immédiates.  Aux membres du Conseil, il a demandé de rationaliser et affiner les mandats des missions, pour mettre fin aux « mandats qui ressemblent à un arbre de Noël ».  « Noël, c’est terminé », a-t-il lancé, citant comme exemple d’irréalisme les 209 tâches attribuées à la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud.  De nombreux délégués ont appuyé cette demande, dont le Premier Ministre des Pays-Bas, M. Mark Rutte, qui a rappelé, avant beaucoup d’autres, que les membres du Conseil devaient assumer leurs responsabilités et établir des mandats clairs, en prévoyant les différentes étapes et les priorités.

« Une opération de maintien de la paix n’est ni une armée, ni une force antiterroriste, ni une agence humanitaire, c’est un outil qui vise à créer un espace pour une solution politique nationale », a aussi déclaré M. Guterres, pour qui de telles opérations « ne peuvent pas réussir si elles sont déployées en lieu et place d’une solution politique, plutôt que pour soutenir une telle solution ».  Il a donc demandé aux États de faire pression sur les parties aux conflits pour les amener à accepter une solution politique.  De nombreuses délégations, dont la France, ont appuyé ce « principe cardinal ». 

Quand il s’agit d’imposer la paix ou de lutter contre le terrorisme, les opérations de maintien de la paix « ne sont pas la bonne réponse », a répété M. Guterres, qui a insisté sur le renforcement des partenariats avec les organisations régionales.  Là encore, il a reçu un large appui, et d’abord celui du Président de la Commission de l’Union africaine (UA), M. Moussa Faki Mahamat, qui a plaidé pour une collaboration étroite entre l’UA et l’ONU.  De nombreuses délégations africaines, rappelant que le continent accueillait la majorité des missions de maintien de la paix mais fournissait aussi la majorité de leurs Casques bleus, ont plaidé pour que « la voix de l’Afrique » soit écoutée. 

Elles ont reçu l’appui de la Chine et de la Fédération de Russie, au nom du principe « à problèmes africains, solutions africaines ».  Ces deux pays ont en outre insisté sur le nécessaire consentement du pays hôte.  Une autre des demandes du Secrétaire général concerne justement les pays hôtes, invités à accorder leur plein consentement aux opérations de maintien de la paix et à coopérer activement avec elles. 

C’est aussi l’avis de la Fédération de Russie, qui a insisté sur le strict respect des principes du maintien de la paix: consentement des parties, impartialité et non-recours à la force, sauf en cas de légitime défense.  Comme le Pakistan, elle a dit son scepticisme face aux concepts de « mandats robustes » et de « protection par projection », qui autorisent les Casques bleus à utiliser la force en premier.  L’exemple de la Brigade d’intervention en République démocratique du Congo et de son équivalent au Mali lui paraît « peu concluant ».  Au contraire, la délégation du Mali a réclamé un « mandat offensif » pour la mission qui opère sur son territoire. 

M. Guterres a également demandé aux pays contributeurs de « remplir leur mission » en améliorant la formation et la préparation, y compris éthique, de leurs Casques bleus et policiers.  Une demande reprise par de nombreux pays, notamment la cinquantaine d’États membres du Groupe des amis de la responsabilité de protéger: si une telle responsabilité incombe en premier lieu aux gouvernements, elle est aussi un élément central des missions de maintien de la paix, comme l’énoncent les Principes de Kigali.  La protection des civils est en outre un domaine dans lequel l’augmentation du nombre de femmes au sein des opérations de maintien de la paix pourrait jouer un rôle important, ont plaidé de nombreux États.

Plusieurs pays gros contributeurs de contingents, tels que le Pakistan ou le Népal, ont toutefois fait valoir qu’une évaluation objective des performances de leurs troupes ne saurait être isolée de certaines questions fondamentales, y compris celle des ressources nécessaires à la réalisation du mandat.  La fourniture de ressources adéquates, autre demande de M. Guterres, n’a d’ailleurs pas manqué de soulever la question du « partage du fardeau », occasion pour de nombreux pays de mettre en avant leur contribution financière, en personnel, en matériel ou encore en formation.  Le Maroc a en outre rappelé qu’on devrait plutôt parler des performances des missions elles-mêmes et de leur direction, sur place et au Siège.  Ces pays ont également insisté sur une plus grande consultation à tous les stades de l’existence d’une opération de maintien de la paix.

OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DES NATIONS UNIES

Agir collectivement pour améliorer les opérations de maintien de la paix des Nations Unies

Lettre datée du 2 mars 2018, adressée au Secrétaire général par le Représentant permanent des Pays-Bas auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2018/184)

Déclarations

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général des Nations Unies, a rappelé qu’il s’était déjà adressé à plusieurs reprises au Conseil de sécurité durant l’année écoulée sur la question des opérations de maintien de la paix.  « Il est désormais temps d’agir ensemble », a-t-il ajouté. 

Quand elle agit au mieux de ses capacités, l’ONU est une remarquable entreprise de multilatéralisme et de solidarité internationale, a déclaré le Secrétaire général, qui a cité comme exemples d’opérations de maintien de la paix réussies la Namibie, la Sierra Leone, le Libéria, le Cambodge, le Timor-Leste ou encore El Salvador, ainsi que la Côte d’Ivoire, hier encore hôte d’une mission de maintien de la paix et aujourd’hui membre élu du Conseil de sécurité.  Il a notamment mis l’accent sur la réussite des opérations déployées dans les trois pays d’Afrique de l’Ouest mentionnés, qui ont fermé leurs portes « après avoir fait un bon travail ».  « C’est notre objectif, pour chaque mission », a-t-il assuré.

Mais, a poursuivi le Secrétaire général, nous savons tous que les opérations de maintien de la paix sont confrontées à de sérieuses difficultés.  Il en a cité quatre des plus importantes: le Mali, la République démocratique du Congo (RDC), la République centrafricaine et le Soudan du Sud.  Le Secrétaire général a voulu rappeler à cette occasion que « les opérations de maintien de la paix ne peuvent pas réussir si elles sont déployées en lieu et place d’une solution politique, plutôt que pour soutenir une telle solution ».  Il a souligné que les opérations de maintien de la paix de l’ONU opèrent actuellement dans un environnement beaucoup plus dangereux, étant menacées par des groupes armés, criminels ou terroristes, qui disposent d’armes modernes. 

Or les Casques bleus ne sont pas suffisamment équipés ni préparés face à de tels environnements, a-t-il poursuivi en faisant remarquer qu’ils constituent des cibles.  M. Guterres a ainsi fait état de 59 Casques bleus tués l’an passé, contre 34 en 2016, des « chiffres inacceptables pour nous tous ».  Il a donc annoncé qu’en hommage à ceux qui sont tombés, il passerait la Journée internationale des Casques bleus au Mali, pays où le plus grand nombre de Casques bleus ont été tués l’an dernier et où l’on compte au total 140 pertes depuis 2013.

« Nous abîmons l’instrument du maintien de la paix et aussi le multilatéralisme lui-même, en créant des attentes irréalistes; des vies et de la crédibilité sont perdues », a martelé le Secrétaire général, pour qui une action collective est nécessaire dans trois domaines: un recentrage des opérations de maintien de la paix sur des attentes réalistes, un renforcement de ces opérations, qui doivent être plus sûres; et une plus grande mobilisation en faveur de solutions politiques et de forces bien structurées, bien équipées et bien entraînées. 

Le Secrétariat a déjà mis en mouvement ce changement, a affirmé M. Guterres, sur la base de résolutions de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité sur la pérennisation de la paix, ou encore du rapport du général Santos Cruz « et d’autres examens et rapports des dernières années ».  Il a ainsi dit travailler à l’amélioration de la sécurité des Casques bleus par une meilleure préparation, rappelant aussi qu’il avait procédé à des études indépendantes des opérations de maintien de la paix pour en redéfinir les priorités.  Ces études cherchent à rendre les Casques bleus mieux entraînés et bien équipés, plus mobiles et proactifs face aux dangers. 

Le Secrétaire général a également rappelé qu’il avait lancé une nouvelle approche face aux atteintes et à l’exploitation sexuelles, afin d’offrir aux victimes des possibilités claires pour présenter leurs allégations et afin de travailler avec les pays fournisseurs de contingents à la manière de les traiter.  Il s’est dit encouragé à cet égard par le fait que 90 États avaient signé le pacte sur la prévention et la lutte contre l’exploitation et les atteintes sexuelles.  Enfin, a ajouté le Secrétaire général, la réforme de l’architecture de paix et de sécurité devrait aboutir à de meilleures analyses, un meilleur appui aux pays fournisseurs de contingents et de personnel de police, un engagement politique plus efficace et une meilleure transparence et redevabilité. 

Pour un engagement plus important, le Secrétaire général a annoncé le lancement d’une nouvelle initiative « Action pour le maintien de la paix », qui doit mobiliser tous les partenaires et acteurs afin de « soutenir cette grande entreprise des Nations Unies qu’est le maintien de la paix », alors que celui-ci célèbre son soixante-dixième anniversaire.  Cette initiative, pour laquelle le Secrétaire général a remercié les Pays-Bas et la Côte d’Ivoire, sera mise au point à l’occasion d’un événement parallèle de haut niveau lors de la session de la prochaine Assemblée générale, a expliqué le Secrétaire général, qui a souhaité un accord formel « d’ici à la fin de l’année ».

En attendant, le Secrétaire général a présenté « six demandes immédiates » aux États Membres.  Il a d’abord demandé aux membres du Conseil de sécurité de rationaliser et affiner les mandats des missions: « s’il vous plaît, mettez fin aux mandats qui ressemblent à des arbres de Noël ».  Et d’ajouter: « Noël, c’est terminé; et il est impossible à la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud de mettre en œuvre les 209 points de son mandat ».

Le Secrétaire général a ensuite appelé les États Membres à pérenniser leur engagement politique et à pousser à des solutions politiques, y compris par le biais de la diplomatie bilatérale et des sanctions quand cela est nécessaire.  « Une opération de maintien de la paix n’est ni une armée, ni une force antiterroriste, ni une agence humanitaire, c’est un outil qui vise à créer un espace pour une solution politique nationale », a expliqué M. Guterres.

En troisième lieu, le Secrétaire général a demandé le renforcement des partenariats avec les organisations régionales.  Il a rendu hommage à l’Union africaine, « un de nos principaux partenaires », et a jugé indispensables les partenariats politiques, notamment quand une opération de maintien de la paix onusienne est déployée en partenariat avec des organisations régionales, comme c’est le cas au Soudan du Sud.  Ces partenariats sont notamment essentiels pour les opérations d’imposition de la paix et les missions de lutte contre le terrorisme, a indiqué le Secrétaire général, car les opérations de maintien de la paix « ne sont alors pas la bonne réponse ».  Il faut encourager de telles initiatives par des financements prévisibles et des mandats robustes, a-t-il plaidé, avant d’exprimer également son soutien aux partenariats tripartites entre le Conseil de sécurité, les pays fournisseurs de contingents et de personnel de police et le Secrétariat.

En quatrième lieu, M. Guterres a lancé un appel aux dirigeants et au personnel du maintien de la paix pour qu’ils soient prêts à tenir leurs engagements.  À cet effet, il a rejeté toute restriction voulue par les pays contributeurs de troupes, demandé le bon fonctionnement et le respect des chaînes de commandement, en exigeant aussi un bon niveau de formation et de préparation des troupes.  « On ne peut pas continuer avec un patchwork de personnel qui a des approches variées et des différences de mentalités », a-t-il prévenu.

Cinquièmement, le Secrétaire général a demandé aux États Membres d’assumer leurs responsabilités pour que les ressources humaines et financières soient à la hauteur des mandats.  Tout en se disant partisan de la rigueur budgétaire, il a cité des exemples criants de manque de moyens de certaines missions, notamment la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).

Sixième demande faite par M. Guterres: les pays hôtes doivent apporter leur plein consentement et leur coopération active aux opérations de maintien de la paix, ce qui suppose aussi de poursuivre en justice les auteurs d’attaques contre le personnel de ces missions.  En concluant son intervention, le Secrétaire général a dit compter sur le soutien des États Membres pour mettre en œuvre ces mesures, afin de garantir le succès des opérations de maintien de la paix.

M. MOUSSA FAKI MAHAMAT, Président de la Commission de l’Union africaine, intervenant par visioconférence depuis Nouakchott, en Mauritanie, a indiqué que les opérations de maintien de la paix sont le levier le plus puissant dont dispose la communauté internationale pour promouvoir la paix et la sécurité à l’échelle internationale. 

Face aux défis complexes auxquels est confrontée la planète, l’approche multilatérale est la seule voie qui autorise des solutions durables et efficaces, a-t-il affirmé.  Il a ensuite appelé à tout faire pour promouvoir et préserver les opérations de maintien de la paix de l’ONU, dont plus de la moitié se trouve en Afrique.

Il s’est inquiété de la volatilité de l’environnement et de l’absence d’avancées notables dans les processus politiques que les opérations de maintien de la paix sont censées appuyer, et a assuré que l’UA est prête à jouer son rôle pour relever ces défis.

Il a aussi appelé à doter les opérations des moyens dont elles ont besoin pour exécuter leur mandat, faisant observer que la tendance actuelle, qui est aux économies, ne permet pas de répondre aux besoins des populations. 

M. Mahamat a ensuite plaidé pour une collaboration étroite entre l’UA et l’ONU pour faire avancer les processus politiques qui sous-tendent les opérations de maintien de la paix.  Là où un tel processus n’existe pas, on encourt le risque d’enlisement, a-t-il averti, mettant par ailleurs en garde contre la réduction de l’implication de la communauté internationale. 

La seule présence d’une opération de maintien de la paix a une vertu stabilisatrice et il sera moralement et politiquement inacceptable de mettre en danger de tels acquis, a-t-il aussi affirmé.  Il a jugé crucial de renforcer encore davantage le partenariat étroit entre l’UA et l’ONU dans l’esprit de l’accord signé en avril dernier.

S’agissant des relations entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité, il a appelé à traduire plus effectivement dans les faits les modalités de coopération entre les deux organes, grâce à des visites sur le terrain et des messages harmonisés.  Pour ce qui est de l’interaction entre la Commission de l’UA et le Secrétariat, il faut aussi multiplier les visites de terrain et envisager la désignation, dès que possible, d’envoyés et d’émissaires communs.

Le Président de la Commission a aussi attiré l’attention sur la nécessaire complémentarité entre les missions de l’ONU et de l’UA, ces dernières étant déployées dans des situations encore marquées par la violence, à l’instar de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et de la Force conjointe du G5 Sahel. 

Il a toutefois déploré la pénurie de moyens dont pâtissent ces types d’opérations, pour ensuite rappeler la responsabilité principale qu’a le Conseil de sécurité de maintenir la paix et la sécurité internationales.  Les hésitations et atermoiements n’ont plus lieu d’être, a–t-il souligné, et il faut prendre garde, par excès de zèle, à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Mme FATIMATA TOURÉ, Directrice de l’organisation non gouvernementale GREFFA (Groupe de recherche, d’étude et de formation femme-action) au Mali, a expliqué qu’elle était née dans la région de Gao, dans le nord du pays, et avait eu la chance d’aller à l’école et de poursuivre des études supérieures, une exception pour les femmes de sa génération, avant de revenir, après ses études, sans sa région d’origine pour promouvoir les droits des femmes.

Se présentant comme « un témoin vivant des événements qui se sont passés de 1990 à nos jours », elle a estimé que la rébellion de 1990 avait « été atroce elle aussi » et surtout que, malgré les Accords de Tamanrasset, les régions du nord n’avaient jamais vécu une paix véritable. 

La sécurité y a toujours été marquée par des vols, des attaques à main armée, des viols, a-t-elle expliqué, ajoutant que « les humanitaires ne peuvent pas travailler, les transporteurs ne peuvent pas travailler, les femmes qui se déplacent d’une foire à l’autre ne peuvent se déplacer à cause des mines ou des attaques ».

« Nous avons besoin d’une opération de maintien de la paix dans le nord du pays à cause de la récurrence de la rébellion, parce que l’État du Mali a été incapable d’assurer la protection des personnes et des biens, et parce que le conflit a apporté les éléments d’une explosion nationale et aussi régionale », a poursuivi Mme Touré. 

Pour elle, la rébellion de 2012 a été la plus catastrophique car, « pour la première fois, il y a eu des enlèvements et des viols collectifs ».  Mme Touré a décrit une période durant laquelle 70% du territoire malien avait été occupé pendant 10 mois par des islamistes qui imposaient leur loi alors que les services de base n’étaient pas assurés. 

Mme Touré a expliqué que seule une partie du mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) intéressait la population du nord.  C’est en premier lieu, a-t-elle expliqué, le mandat d’appui de la Mission au processus de paix et à la mise en œuvre de l’Accord d’Alger de 2015, car cet accord prévoit notamment la création des conseils régionaux dotés d’un large pouvoir administratif. 

« Si cela est mis en place, alors presque tous nos problèmes seront résolus », a affirmé Mme Touré, qui a expliqué que l’Accord prévoyait la mise en place d’une police régionale trois mois après la signature de l’Accord.  « Trois ans après, elle n’est toujours pas en place », a-t-elle déploré, avant de dénoncer l’impunité de ceux qui abattent des femmes ou des hommes « en plein centre-ville de Gao ou de Tombouctou ».  « On en a marre, ça nous fait mal au cœur, ça nous fait mal de voir la manière dont on est quotidiennement traité par ces différents groupes armés », a-t-elle ajouté. 

Mme Touré a aussi reconnu que certains éléments du mandat de la MINUSMA « avaient beaucoup aidé », citant certains volets du programme désarmement, démobilisation et réintégration qui ont permis à la Mission « d’aller là où personne d’autre ne peut aller » et d’autres qui ont permis d’injecter un peu d’argent dans l’économie locale ou de créer des emplois pour les jeunes.  « Si on demande à la Mission de plier bagage, il y a des jeunes qui sortiront par une autre porte », a-t-elle averti.

Rappelant que sévissent dans le nord du Mali trois groupes différents: les indépendantistes, les jihadistes et les narcotrafiquants, Mme Touré a jugé que ces derniers étaient les plus puissants et les plus opposés à la paix, ajoutant qu’ils étaient « dans toutes les sphères de l’Administration malienne, et même au Gouvernement ». 

Elle a jugé que le mandat de la protection des civils « restait attendu » dans le nord du Mali, où les populations « ont le sentiment d’être laissées pour compte ». 

En conclusion, Mme Touré, qui a aussi déploré la communautarisation des conflits, a estimé que le mandat de la MINUSMA devait « être adapté aux différents besoins sécuritaires et socioéconomiques du nord ».  Elle a demandé que les populations soient davantage impliquées et que le mandat de la Mission soit « encore plus robuste ». 

M. MARK RUTTE, Premier Ministre des Pays-Bas, a déclaré que les opérations de maintien de la paix des Nations Unies sont le dernier espoir de plusieurs hommes, femmes et enfants dans des zones de conflit.  Le nombre de conflits a triplé depuis 2010, a-t-il noté, avant d’ajouter que la modernisation et l’amélioration des opérations de maintien de la paix sont une priorité de son pays.  « Nous devons assumer nos responsabilités », a insisté M. Rutte. 

Pour ce faire, le Conseil de sécurité doit établir des mandats clairs et « exercer une pression » sur les parties aux conflits pour qu’elles parviennent à une solution politique.  En outre, les pays hôtes doivent coopérer pleinement avec les opérations de maintien de la paix, a souligné le Premier Ministre, avec le soutien du Secrétariat de l’ONU.  « Parce que nous sommes les Nations Unies », il revient à tous les États Membres d’assurer un financement et un appui politique adéquats, ainsi que le déploiement de troupes disciplinées et bien équipées, a plaidé M. Rutte. 

En tant que pays donateur, les Pays-Bas assument leurs responsabilités à cet égard, a estimé le Premier Ministre, évoquant la contribution de son pays aux opérations de maintien de la paix au Mali, au Soudan du Sud et au Moyen-Orient.  Afin d’améliorer l’efficacité, il a préconisé le recours à des services de renseignement de qualité, comme ceux développés par les Pays-Bas au Mali.  En second lieu, il a vanté le système de rotation institué au Mali avec la participation de l’Allemagne et du Canada, notamment pour la fourniture d’hélicoptères et d’installations médicales.  Il a souligné enfin l’importance d’adopter une approche intégrée et mesurable, en partenariat avec les organisations régionales telles que l’Union africaine et l’Union européenne. 

M. HAMED BAKAYOKO, Ministre de la défense de la Côte d’Ivoire, a tout d’abord indiqué qu’il avait bénéficié de la protection de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), de même que plusieurs membres de sa délégation.

Il a constaté que les opérations de maintien de la paix se déroulent dans des environnements de plus en plus difficiles et a affirmé qu’il appartient au Conseil de sécurité, « sur la base d’analyses rigoureuses de l’environnement et des contraintes opérationnelles », de les doter de mandats robustes, fixant des objectifs clairs et réalisables. 

Constatant que les missions éprouvent parfois des difficultés à s’accorder sur le sens précis des restrictions imposées par les mandats et à traduire les concepts et stratégies d’ensemble en actions, il a estimé que les mandats doivent être flexibles et mis en œuvre progressivement pour permettre une adaptation progressive des priorités des missions aux évolutions du contexte sociopolitique et sécuritaire du pays hôte. 

Il a aussi souligné qu’il est du devoir des pays contributeurs de troupes de veiller à une formation adéquate de leurs contingents, « conformément au Code de conduite de l’ONU », et à la mise à disposition d’équipements adaptés aux exigences du terrain.  Dans ce cadre, a-t-il indiqué, le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les bailleurs de fonds doivent conjuguer davantage leurs efforts afin de renforcer les capacités des troupes, notamment en matière de renseignement.

Tournant ensuite son attention sur l’expérience de la Côte d’Ivoire, le Ministre a indiqué qu’outre la réussite du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion et de la réforme en cours du secteur de la sécurité, d’autres aspects importants ont contribué à la sortie de crise, tels que l’appui au processus électoral, la sécurisation du territoire et l’aide au renouvellement des institutions régaliennes. 

Parmi les étapes les plus importantes, il a aussi cité l’existence d’un accord politique, préalable au déploiement de l’opération des Nations Unies, et d’un régime de sanctions, de même que l’autorisation de recourir à la force pour détruire les armes lourdes.  À cela s’ajoute aussi le respect de l’accord politique et du résultat des urnes certifiés par les Nations Unies.

Constatant que certaines opérations peuvent connaître de sérieux échecs ou s’éterniser, le Ministre a souligné que leur succès dépend de trois conditions, à savoir la prévention, « qui doit être traitée comme une priorité réelle », la clarté du mandat et des moyens appropriés, afin notamment de garantir une meilleure protection des civils, et enfin une coopération « exemplaire » entre le système des Nations Unies et le Gouvernement en place.

Face à la persistance des crises, sur le continent africain notamment, M. Bakayoko a appelé à sortir du cloisonnement des tâches et à garder à l’esprit que l’action collective ne sera efficiente que si elle repose sur la pleine conscience et l’acceptation par chacun de sa responsabilité individuelle et de son devoir de coopérer avec les autres acteurs du maintien de la paix.  Il a aussi souligné qu’il importe d’assurer la viabilité des opérations de maintien de la paix par des mécanismes de financement durables, mais aussi d’intégrer la dimension du genre dans la gestion stratégique des forces.

M. IBRAHIM BAYLAN, Ministre de la coordination des politiques et de l’énergie de la Suède, a estimé que le besoin d’opérations de maintien de la paix efficaces n’a jamais été aussi grand et que les défis que doivent relever les Casques bleus n’ont jamais été aussi complexes.  Bien que nombre d’études aient été menées afin d’adapter les opérations de maintien de la paix aux réalités changeantes et aux ressources limitées dont elles disposent, les résultats demeurent limités, a-t-il déploré. 

Après avoir salué les efforts de réforme du Secrétaire général, il a déclaré qu’il est essentiel que l’ensemble des Nations Unies soit engagé de façon efficace et flexible dans toutes les facettes d’un conflit. 

Pour sa part, la Suède est impliquée dans les opérations de maintien de la paix depuis 1948, a rappelé le représentant, et participe présentement à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). 

Fort de cette expérience, le représentant a insisté sur l’importance de prendre des décisions éclairées fondées sur des faits, notamment en ce qui concerne la situation sécuritaire, les coûts et les ressources disponibles, tout en adoptant une perspective de genre.  Il faut également s’assurer que les mandats se traduisent par des résultats concrets sur le terrain, a ajouté le représentant. 

Évoquant l’expérience acquise au Mali, il a estimé qu’il est « vital » de pouvoir compter sur des services de renseignement adéquats afin d’être en mesure de prendre les décisions qui s’imposent.  Alors que les réformes proposées par le Secrétaire général prévoient la délégation de l’autorité sur le terrain, il a insisté sur l’importance d’une direction claire et cohérente et sur une plus grande responsabilité des contingents de maintien de la paix. 

Enfin, il a prôné l’adoption de stratégies politiques cohérentes de concert avec les pays hôtes et les organisations régionales. 

Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis) a souligné que les Casques bleus sont le symbole le plus visible de l’ONU, alors même que la Charte des Nations Unies ne parle pas des opérations de maintien de la paix.  Lorsque ces missions sont bien conçues et bien gérées, personne ne met en doute leur mandat, a remarqué la représentante.  Elle a donc appuyé une réforme des opérations de maintien de la paix qui mettrait l’accent sur l’appui à des solutions politiques et sur des mandats réalistes, et qui prévoirait des stratégies de sortie pour les missions en invitant les pays hôtes à coopérer.  Il faut aussi changer les mandats lorsqu’ils ne marchent pas, a ajouté Mme Haley.

Pour la représentante, ces principes ne sont pas au service d’un État particulier.  Elle a noté des changements positifs dans certaines missions, rappelé que des mandats avaient été modifiés et que la Mission au Libéria s’achevait dans le succès.  Mais elle a noté les difficultés de certaines missions, en citant en premier lieu la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), la « mission la plus dangereuse du monde ».  Lorsqu’un gouvernement empêche ou entrave une opération de maintien de la paix, il faut exercer sur lui des pressions, a plaidé la représentante.  « De même, quand une mission ne marche plus, il faut s’interroger sur son utilité ou son mandat. »

Mme Haley a demandé que soient appliquées aux missions des normes solides d’exécution, plaidant pour une « culture de la performance bien ancrée ».  Les États-Unis engagent ainsi le Secrétariat à mettre en place des normes de performance globale et aussi au niveau du personnel.  Les populations auprès desquelles sont envoyées ces missions doivent savoir qu’elles sont bien équipées et qu’elles sont là pour les protéger, a argué la représentante.  Mme Haley a d’ailleurs salué les mesures prises par le Secrétaire général pour lutter contre les atteintes sexuelles, tout en jugeant qu’il fallait aller plus loin. 

Les ressources sont bien un élément essentiel du succès des missions, a reconnu Mme Haley, qui a rappelé que les États-Unis sont « depuis longtemps, et de loin », les contributeurs les plus importants au budget des opérations de maintien de la paix.  Ils le resteront, a ajouté Mme Haley, tout en avertissant que le maintien de la paix suppose aussi un partage du fardeau.  Elle a rappelé que les États-Unis ne voulaient plus payer plus de 25% du financement de ces opérations, insistant sur le fait que c’était là une décision du Congrès des États-Unis.  Enfin, Mme Haley a appelé à s’interroger sur les raisons de l’envoi d’opérations de maintien de la paix dans un pays.  Si on garde à l’esprit comme une priorité le fait qu’elles sont destinées à protéger les populations civiles, alors nous les rendrons plus efficaces, a-t-elle conclu. 

M. MAREK MAGIEROWSKI, Ministre adjoint des affaires étrangères de la Pologne, a appelé à œuvrer de concert pour créer des missions plus cohérentes et efficaces.  Face aux défis actuels en matière de sécurité, il a appelé à utiliser tous les outils à disposition. 

Face au bouleversement de l’architecture mondiale, il devrait être évident que les opérations de maintien de la paix doivent évoluer et être dotées de mandats radicalement différents.  Ces mandats, a-t-il précisé, doivent être spécifiques et réalistes et fondés sur une analyse complète de la situation sur le terrain, et mettre notamment l’accent sur les droits de l’homme.  Ils doivent aussi orienter la stratégie de sortie des missions.

Le Ministre adjoint a ensuite insisté sur le rôle des Casques bleus en matière de protection des civils, déplorant que trop de prétextes aient été invoqués dans le passé pour justifier l’inaction.  Il a aussi appelé au plein respect du droit international et à combattre l’impunité, faisant notamment part de son ferme appui à la politique de tolérance zéro.

S’agissant de la protection des Casques bleus, le Ministre adjoint a appelé à appuyer les recommandations du rapport du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz, ancien commandant des forces des Nations Unies.

Il sera impossible d’avoir une réaction appropriée, sans préparation digne de ce nom, a-t-il notamment fait observer, et les Casques bleus doivent disposer des outils nécessaires pour comprendre l’objectif de leur mission, et être dotés de moyens et de formation adéquats. 

M. Magierowski a aussi jugé nécessaire d’établir plus de partenariats avec les acteurs locaux et régionaux afin de comprendre au mieux la situation sur le terrain.

M. TALGAT MUKHTAROV, Ministre adjoint de la défense du Kazakhstan, a fait remarquer que les activités des missions de maintien de la paix sont menées dans des conditions qui ne permettent pas aux pouvoirs locaux d’assurer pleinement la sécurité, à cause de menaces asymétriques croissantes, tandis que les Casques bleus sont devenus des cibles des attaques.  À cet égard, le représentant a fait plusieurs observations et recommandations.  Pour lui, la solution aux problèmes contemporains de sécurité et de développement exige une approche complète à trois volets dont les principaux éléments sont la relation entre la sécurité et le développement, une approche régionale pour faire face aux menaces et défis frontaliers, ainsi que des coordinations, organisations et efficacités plus grandes entre le Siège et le terrain. 

Le délégué a ajouté que le développement de la culture de paix devrait être la priorité pour toutes les opérations de maintien de la paix, pour le système des Nations Unies et les équipes de pays sur le terrain, les partenaires internationaux, les médias locaux et la société civile.  La participation des femmes à toutes les étapes et à tous les niveaux des activités de maintien de la paix accroîtra leur efficacité, a-t-il ajouté, avant de souligner aussi l’importance du rôle des femmes et des jeunes dans le processus politique.  « Nous avons besoin d’utiliser la technologie numérique et les médias sociaux créatifs et innovants pour un leadership plus efficace ainsi que pour combattre l’extrémisme violent et la violence sexiste », a suggéré le représentant. 

M. JEAN-BAPTISTE LEMOYNE, Secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Europe et des affaires étrangères de la France, a tout d’abord rendu hommage aux Casques bleus tombés sous le drapeau de l’ONU, déplorant aussi la mort du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui s’était substitué à un civil lors d’une prise d’otage en France.

Il a réaffirmé le « principe cardinal » qui veut que le maintien de la paix soit un outil au service d’un objectif politique et a insisté pour que les opérations de maintien de la paix s’inscrivent dans un horizon politique.  Il a appelé à mieux « prioriser et séquencer » les mandats, « pour éviter les sapins de Noël », jugeant cela particulièrement important pour les mandats multidimensionnels qui font le lien avec la consolidation de la paix. 

Il a aussi estimé que les opérations doivent être conduites dans des conditions optimales, ce qui implique de poursuivre les efforts pour améliorer la performance des opérations.  Il a aussi appelé le Secrétariat à développer ses outils d’analyse et d’action, estimant que les pays contributeurs de troupes et de police doivent participer pleinement à cet effort.

M. Lemoyne a ensuite affirmé que l’amélioration de la performance passe par trois composante clefs, à commencer par la formation, « avant, pendant et après le déploiement », aussi bien dans les domaines opérationnels militaires de base que sur le plan linguistique. 

Sans interaction avec les populations locales, les Casques bleus ne pourront être pleinement efficaces, a-t-il notamment fait observer.  À ce titre, la France forme plus de 29 000 soldats africains francophones et elle entend, au cours des trois prochaines années, accroître ses offres de formation à l’enseignement du français dans les académies militaires et de police, notamment en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie.

Le Secrétaire d’État a également plaidé pour une meilleure génération de forces, reconnaissant qu’il s’agit là d’un défi de taille et qu’il importe aussi de faire plus pour augmenter la présence des femmes au sein des opérations.  Il a ensuite souligné que les opérations de maintien de la paix doivent disposer des ressources nécessaires pour la mise en œuvre de toutes les composantes de leur mandat. 

Il a appelé à réfléchir, avec les pays contributeurs de troupes, aux difficultés que rencontrent les opérations de maintien de la paix sur le terrain.  En la matière, la France consulte systématiquement les pays contributeurs de troupes en amont des renouvellements de mandat dont elle a la charge et s’engage à le faire encore plus régulièrement, tout au long de l’année. 

En outre, l’ambition pour le maintien de la paix doit pleinement se refléter dans les relations avec les organisations régionales, a-t-il indiqué, citant notamment l’Union européenne et l’Union africaine, ainsi que la Force conjointe du G5 Sahel.

Il a ensuite annoncé la tenue, le 11 novembre prochain, pour marquer le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, du Forum de Paris sur la paix, voué à devenir un rendez-vous annuel pour faire avancer la gouvernance mondiale en mettant en valeur des projets « au plus proche des réalités locales ».

M. TARIQ AHMAD, Ministre d’État pour le Commonwealth du Royaume-Uni, a appelé à se souvenir des millions de personnes qui vivent aujourd’hui dans des régions stabilisées au fil des ans grâce aux opérations de maintien de la paix mais a admis que trop souvent, la contribution collective avait été insuffisante.  Il a noté des progrès dans le domaine notamment de la planification et des contributions en matière de contingents, et s’est félicité du discours et des recommandations du Secrétaire général. 

Pour renforcer les opérations de maintien de la paix, le Conseil de sécurité doit assumer sérieusement ses responsabilités et doit avoir à cette fin les informations nécessaires à ses décisions, a poursuivi le Ministre.  Il faut aux missions des mandats plus stratégiques avec une vision à long terme, ce qui suppose une coopération des États et des institutions. 

Les missions doivent avoir tous les outils modernes et des ressources suffisantes.  Là encore, le Royaume-Uni est favorable aux orientions du Secrétaire général.  Il faut encore renforcer la responsabilisation et donc la formation des forces et l’évaluation des résultats. 

Les États Membres doivent aussi apporter les capacités qu’ils se sont engagés à fournir.  Il faut renforcer la part des femmes dans les différentes composantes des missions et surtout lutter contre les atteintes sexuelles commis par ceux qui sont envoyés pour protéger les populations, a encore déclaré le Ministre.

Après avoir noté que le Pérou est actuellement impliqué dans des opérations de maintien de la paix dans six pays, M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a estimé que les Casques bleus sont essentiels pour assurer la protection des civils et la transition vers une paix durable.  « Le coût des opérations de maintien de la paix est minime en comparaison des coûts associés à la guerre et à la destruction », a déclaré le représentant, avant d’appeler au renforcement « concret » des capacités opérationnelles des missions, notamment au moyen de stratégies cohérentes et de ressources financières et logistiques adéquates. 

À cette fin, il est nécessaire que les fonctions et les objectifs des pays contributeurs de contingents soient clairement définis.  En second lieu, il faut adapter les missions de maintien de la paix aux contextes dans lesquels elles opèrent, notamment par la collecte de renseignements, tout en assurant l’existence d’un processus politique viable, a fait valoir le délégué. 

Estimant que les pertes subies des Casques bleus sont « inacceptables », il a demandé au Secrétariat des Nations Unies de faire de la mise en œuvre d’un plan d’action sur cette question une priorité.  Les opérations de maintien de la paix doivent accompagner les efforts de consolidation de la paix afin de parvenir à une paix durable, a-t-il conclu. 

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a constaté que le débat sur la réforme du maintien de la paix dure depuis plus de deux ans et que l’heure est maintenant venue, après l’échange d’idées, de mettre l’accent sur la mise en œuvre et sur l’adoption de mesures pratiques pour faire avancer le processus. 

Il faut éviter de s’enliser dans des débats dont certains durent depuis la présentation du Rapport du Groupe d’étude sur les opérations de paix de l’Organisation des Nations Unies, ou rapport Brahimi, a-t-il indiqué. 

Partisan d’une évolution des esprits, il a salué la proposition d’un partage des responsabilités entre l’ensemble des acteurs, à commencer par les pays hôtes, les organisations régionales, le Conseil de sécurité, les pays contributeurs de troupes et de personnel de police, et le Secrétariat.  Il a aussi plaidé pour un processus de réforme à l’échelle du système qui prenne en compte la réforme de la gestion et du développement.

Le délégué a privilégié l’adoption d’une approche différentielle pour obtenir les résultats escomptés.  S’appuyant sur les recommandations du rapport du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix, il a aussi appelé le Secrétariat à être davantage concentré sur le terrain. 

Il a également indiqué qu’on ne pourra répondre aux questions de performance et de responsabilité de manière complète qu’en dotant les Casques bleus des ressources et des capacités nécessaires, lesquelles doivent également répondre aux exigences du terrain.

Un travail en partenariat rapproché avec les pays contributeurs de troupes et les autres parties prenantes s’impose également.  Comptant parmi les principaux pays contributeurs de troupes, l’Éthiopie attache une grande importance au renforcement de tous les aspects des opérations de maintien de la paix de l’ONU.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a indiqué que son pays avait contribué grandement au budget du maintien de la paix et a appelé à renforcer l’efficacité des opérations, moyennant notamment une meilleure coordination entre l’ONU et le terrain.  Il a estimé nécessaire de consulter les pays hôtes à toutes les étapes des mandats, « y compris au début et lors de leur renouvellement ». 

Il a constaté que le débat engagé l’an dernier sur la réforme du maintien de la paix avait permis de formuler de nombreuses idées, à commencer par la question des informations qui doivent être transmises aux missions pour leur permettre de mieux cerner l’étendue d’une menace éventuelle. 

Il a appelé à renforcer les capacités des missions, et à remédier aux difficultés qui entravent la pleine mise en œuvre des mandats.  Il a aussi salué le rapport intitulé « Improving the Security of UN Peacekeepers » du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz, ancien commandant des forces des Nations Unies, se préoccupant notamment de la mention qui y est faite de l’augmentation du nombre de victimes au sein des missions.

Le représentant a ensuite appelé à s’adapter aux menaces, « qui ne respectent plus la bannière de l’ONU », ainsi qu’à l’impact des changements climatiques, entre autres.  À ses yeux, le Conseil de sécurité doit savoir s’adapter aux changements que les États Membres ne peuvent contrôler. 

Il a aussi insisté sur l’importance de la coopération régionale notant qu’outre le déploiement de forces, celle-ci favorise la participation d’autres parties et la prévention de l’escalade des violences.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a dit appuyer la volonté du Secrétaire général d’améliorer les opérations de maintien de la paix et l’importance mise sur le règlement politique des conflits.  En effet, « notre mission principale doit être d’aider les pays à trouver des accords politiques pour régler leurs différends et d’aider à l’application de tels accords, sans quoi les missions peuvent durer des années ». 

Le représentant a également reconnu que les missions travaillaient dans des environnements de plus en plus complexes et dangereux, et aussi de plus en plus souvent dans des situations de conflits internes, sans oublier la présence croissante d’organisations criminelles. 

M. Nebenzia a ensuite insisté sur le « strict respect » des principes qui président aux opérations de maintien de la paix: le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force, sauf en cas de légitime défense ou de défense du mandat. 

La Fédération de Russie estime qu’il « n’est pas nécessaire » de réviser ces principes ni d’en avoir une interprétation plus laxiste.  Elle s’oppose aux notions de mandats plus robustes, plus actifs ou donnant le droit aux Casques bleus d’utiliser la force en premier. 

Si la neutralité des Casques bleus est compromise, cela fera d’eux des participants actifs aux conflits et augmentera le risque de faire des victimes parmi eux, a fait valoir le représentant, qui a aussi dénoncé l’application de certains principes « qui n’ont rien d’onusiens » et qui autoriseraient par exemple le recours à la force contre le pays hôte. 

Pour M. Nebenzia, ces « mandats robustes » ne peuvent devenir une routine.  Ils doivent être adaptés à chaque action.  Le représentant a estimé qu’au vu des résultats obtenus sur le terrain, au Mali ou en République démocratique du Congo (RDC), de tels mandats robustes n’étaient « pas concluants ».  À ses yeux, il vaut mieux renforcer la préparation des Casques bleus et des policiers de l’ONU et mieux les équiper, et il a rappelé que son pays jouait un rôle dans la formation notamment de policiers. 

M. Nebenzia a aussi plaidé pour une bonne articulation entre les différents acteurs des opérations de maintien de la paix: Secrétariat, Conseil de sécurité, pays hôtes, pays fournisseurs de contingents.  Les nouvelles missions exigent encore et toujours de mener des consultations suffisantes avec le Secrétariat et l’État hôte pour mettre en place des mandats adaptés. 

Il a ensuite demandé le respect le plus strict des décisions prises par les États Membres, dénonçant des « interprétations arbitraires », et illustrant son propos par ce qui s’est passé en matière de renseignement.  Les informations collectées dans le cadre d’opérations de maintien de la paix ne peuvent être utilisées que pour assurer la sécurité des Casques bleus et protéger les civils, et non à des fins politiques, a ainsi affirmé le représentant, pour qui toute autre attitude risque d’avoir des « effets négatifs ». 

Le représentant a rappelé la nécessité d’une bonne coopération des Nations Unies avec le pays hôte.  La coopération internationale vise à apporter une aide aux autorités locales et non à les remplacer, a-t-il fait observer. 

Enfin, M. Nebenzia a appelé à « ne pas surcharger » les mandats des opérations de maintien de la paix et a insisté sur les partenariats entre pays concernés. 

Il a conclu en rappelant le rôle important des organisations régionales et sous-régionales, affirmant que les crises africaines ne pourraient être résolues sans les efforts des pays africains.  C’est pourquoi, a-t-il expliqué, la Fédération de Russie soutient le principe « à problèmes africains, solutions africaines ».

M. MA ZHAOXU (Chine) s’est inquiété de l’augmentation des risques qu’affrontent les Casques bleus et des ressources limitées qui sont octroyées aux missions.  Il a appelé à pleinement respecter la souveraineté des pays hôtes et à répondre à leurs besoins réels en matière de paix et de sécurité.  Il a réclamé l’octroi de mandats explicites, jugeant également nécessaire de prendre en compte la capacité des pays fournisseurs de contingents.  Si les conditions le permettent, des stratégies de sortie viables doivent être formulées en temps voulu, a-t-il ajouté, estimant par ailleurs que les pays fournisseurs de contingents doivent participer aux débats les concernant.

Le délégué a aussi appelé à optimiser les soutiens logistiques en mettant l’accent sur la sûreté et la sécurité des Casques bleus, moyennant notamment l’amélioration des systèmes d’alerte précoce et le partage d’informations sur la présence de risques.  Il a aussi soulevé la question des évacuations médicales. 

Le représentant a également jugé nécessaire de renforcer la coordination avec les organisations régionales et de mieux tenir compte des capacités des pays contributeurs de troupes lorsqu’ils sont des États en développement.  Une assistance doit aussi être apportée à l’Union africaine (UA) pour mettre en place des forces de réaction rapide, a-t-il recommandé.  Alors que 2 500 Casques bleus chinois sont déployés dans 10 missions, la Chine apporte également une assistance militaire à l’UA et se tient prête à coopérer avec les États Membres pour améliorer encore les missions de maintien de la paix, a fait savoir le délégué.

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a estimé qu’il était désormais temps de lancer des réformes qui impliquent un nouveau dynamisme de l’architecture de paix et de sécurité.  La Guinée équatoriale estime que la réforme proposée présente une orientation et des visions plus concrètes, plus complètes et plus crédibles, adaptables à l’évolution des événements et à la nature des conflits. 

Membre du Comité spécial des opérations de maintien de la paix, elle rappelle la responsabilité primordiale des Nations Unies dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales et reconnaît aussi que ces opérations représentent un outil fondamental des Nations Unies à cette fin. 

Elle rappelle aussi que les différents acteurs doivent assumer leurs responsabilités, tout en faisant observer que les pratiques culturelles et coutumes africaines mettent en avant certains acteurs spécifiques comme les conseils des anciens ou les dirigeants des confessions religieuses, entre autres.

Étant donné que la plupart des opérations de maintien de la paix se déroulent sur le sol africain et que les pays africains sont aussi les principaux contributeurs à ces opérations, la voix de l’Afrique doit être écoutée et prise en compte, a ensuite plaidé le représentant, qui a souhaité une amélioration de la communication et de la coordination avec les pays africains, tout en se félicitant de l’excellente coopération actuelle entre le Secrétaire général et l’Union africaine. 

De même, l’Union africaine et les organisations sous-régionales africaines doivent être associées comme acteurs à part entière à la définition des missions en Afrique. 

En outre, les opérations de maintien de la paix ne doivent pas être considérées comme une fin en soi, mais comme le moyen de parvenir à une solution politique qui ouvre la voie à une mission de consolidation de la paix puis au développement durable.  Elles doivent donc aider le pays hôte à se doter de capacités de sécurité autonomes. 

Enfin, le représentant s’est dit préoccupé face aux attaques terroristes ou criminelles constantes qui visent le personnel des opérations de maintien de la paix, auquel il a rendu hommage. 

Après avoir salué le dévouement des Casques bleus et des pays fournisseurs de contingents, M. PEDRO LUIS INCHAUSTE JORDÁN (Bolivie) a estimé que la persistance des menaces asymétriques à la paix et à la sécurité internationales rendait « impérative » la mise en place de « réformes structurelles » des opérations de maintien de la paix.  Il a rappelé qu’il y avait eu de nombreuses études et recommandations visant l’amélioration de l’efficacité des missions des Nations Unies, notamment le rapport du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz, avant de déclarer qu’il était nécessaire de revoir le leadership, l’équipement et la formation des troupes déployées sur le terrain. 

En outre, il faut disposer de mandats clairs, spécifiques et réalistes adaptés aux conditions sur le terrain, a fait valoir le représentant.  Pour y parvenir, il a prôné d’utiliser le dialogue politique, un « outil essentiel », en soulignant aussi l’importance d’adopter une approche préventive.  Pour lui, les attaques constamment menées contre les Casques bleus sont preuves de la nécessité de renforcer les mesures défensives et la coordination des opérations de maintien de la paix, notamment avec le pays hôte, tout en assurant un financement « durable, prévisible et flexible ». 

Mme RETNO LESTARI PRIANSARI MARSUDI, Ministre des affaires étrangères de l’Indonésie, intervenant au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), a estimé que le programme de réforme doit privilégier l’amélioration de la performance et des capacités des missions, ainsi que les processus de prise de décisions.  Les ressources et les budgets doivent correspondre aux mandats des missions et chaque partie prenante se doit par ailleurs de veiller à la sûreté et à la sécurité des Casques bleus.

Poursuivant en sa capacité nationale, la Ministre a précisé que l’Indonésie est l’un des 10 principaux contributeurs de troupes aux opérations de l’ONU.  Elle a estimé nécessaire d’examiner de nouvelles idées en ce qui concerne la protection des civils en situation de conflit.  Il faut sortir des sentiers battus et veiller à ce que les missions et les Casques bleus soient bien formés, bien équipés, dotés des ressources nécessaires et prêts à « gagner le cœur et l’esprit des communautés locales », par le biais de la fourniture de services de santé et d’éducation, entre autres, a plaidé la Ministre. 

Mme Marsudi a parlé du centre de formation de Casques bleus établi par l’Indonésie en 2007, appelant à de nouvelles stratégies en matière d’efficacité des coûts et d’approvisionnements novateurs sur le plan de l’équipement, notamment en favorisant la participation d’industries stratégiques de pays en développement.

Partisane d’un partenariat fort et d’une approche coordonnée, la Ministre a aussi estimé que les pays contributeurs de contingents et les pays hôtes doivent pouvoir se faire entendre lors de la phase de conception des mandats.  Pour sa part, le Conseil de sécurité doit veiller à la création de mandats clairs et réalistes, comprenant une stratégie de sortie « réalisable », et qui mettent l’accent sur l’appui au processus politique.  Elle a aussi appelé le Secrétariat à formuler des politiques moins bureaucratiques et plus souples.  Enfin, elle a jugé nécessaire de renforcer la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales.  Elle a aussi réclamé un nombre plus important de femmes Casques bleus.

M. HEIKO MAAS, Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, a déclaré que l’action collective était cruciale pour le maintien de la paix.  « Nous avons besoin d’institutions multinationales robustes, et au cœur de notre ordre fondé sur l’état de droit, nous avons besoin des Nations Unies », a plaidé le Ministre, qui a demandé: « Où mieux qu’ici pour souligner que nous avons besoin d’un Conseil de sécurité uni à la fois par son objectif et sa responsabilité? » 

M. Maas a poursuivi que « le retour de conflits violents a causé d’immenses souffrances humaines avec d’énormes conséquences sociales et économiques ».  Pour ne citer qu’un exemple flagrant: la Syrie, où trop souvent le Conseil n’a pas été en mesure de prendre des décisions ou ses décisions n’ont pas été mises en œuvre, a dénoncé le Ministre allemand.  La réponse à des situations de crise prolongées ne peut être qu’une approche plus cohérente pour soutenir la paix. 

L’Allemagne est un soutien financier et politique important des opérations de maintien de la paix de l’ONU.  Afin de soutenir la prévention de crise et répondre à l’appel à un saut qualitatif du Secrétaire général dans le financement du maintien de la paix, l’Allemagne a triplé sa contribution dans ces domaines, a indiqué M. Maas.  Elle continuera à s’appuyer sur cet engagement dans les années à venir, en tant que candidate au Conseil de sécurité pour la période 2019-2020.

Avant de terminer, le Ministre a souligné trois points: la nécessité de partenariats plus efficaces et plus forts entre l’ONU et les organisations régionales, la nécessité d’une stratégie politique cohérente, des objectifs clairs et des attentes réalistes dès le départ, et des missions qui ont les moyens nécessaires pour s’acquitter de leur mandat.

M. JÜRI LUIK, Ministre de la défense de l’Estonie, a souhaité que les mandats donnés par le Conseil de sécurité pour les opérations de maintien de la paix soient plus réalistes et robustes, plus spécifiques et adaptés au contexte.  Une coordination plus étroite avec les commandants des missions pourrait aussi aider à mettre en place des tâches réalisables pour l’accomplissement réussi des mandats, a suggéré le Ministre.  Il a ensuite recommandé un processus de prise de décisions amélioré, pour permettre à l’ONU de devenir plus rapide et plus souple lorsqu’elle fait face aux dynamiques en présence dans les régions en crise. 

Le Ministre a aussi souligné la responsabilité des États Membres de fournir des troupes et des capacités adéquates aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, avec une formation et un équipement appropriés pour les forces.  Comme autre recommandation, il a prôné une mise en œuvre plus rigoureuse des mesures de reddition de comptes et des mesures correctives.  Enfin, M. Luik a souligné que la sécurité et la stabilité exigent la coopération et la coordination avec d’autres acteurs sur le terrain qui partagent le même objectif. 

M. HARJIT SINGH SAJJAN, Ministre de la défense nationale du Canada, a pris la parole au nom du Groupe des amis des femmes, de la paix et de la sécurité, un réseau informel de 53 États Membres intéressés, présidé par le Canada.  Comme le reconnaît la résolution 2378 (2017), les femmes jouent un rôle essentiel dans les opérations de maintien de la paix, a souligné le Ministre, en disant que « leur participation ainsi que leur prise de décisions à tous les échelons sont cruciales pour l’efficacité opérationnelle des missions ». 

Il a étayé sa thèse en se basant sur l’expérience qui « démontre que les femmes apportent des points de vue intéressants, prennent mieux connaissance de la situation des missions en accédant à une plus grande diversité de renseignements au sujet des menaces et de la dynamique des conflits et établissent une relation de confiance avec les communautés locales ».

Le Ministre a donc appuyé les appels visant à accroître le nombre de femmes civiles et militaires dans les opérations de maintien de la paix.  Il faut, a-t-il plaidé, redoubler d’efforts pour éliminer les écarts persistants et surmonter les obstacles structurels à la participation et au leadership des femmes, ce qui nécessite une volonté politique et un changement d’attitude et de ressources. 

« Nous incitons le Département des opérations de maintien de la paix et le Département de l’appui aux missions à mettre la dernière main à une stratégie en matière d’égalité entre les sexes », a-t-il dit en parlant du Siège, voulant aussi que des cibles soient fixées à cet égard pour les missions sur le terrain.

Le Ministre a aussi demandé que les opérations de maintien de la paix soient dotées de mécanismes appropriés d’analyse des conflits axée sur le genre et d’une expertise à tous les niveaux et à toutes les étapes, y compris lors de la définition des mandats.  Il a notamment souhaité que les experts et les conseillers en matière d’égalité et de protection des femmes disposent de suffisamment de ressources.

M. Sajjan a poursuivi en condamnant les cas d’exploitation et d’atteintes sexuelles dans le cadre des opérations de maintien de la paix et des missions d’aide internationale.  Il s’est félicité des initiatives récentes annoncées par le Secrétaire général, tout en prévenant qu’il restait encore beaucoup à faire pour lutter contre l’impunité.

Intervenant ensuite en sa capacité nationale, le Ministre du Canada a mis l’accent sur la participation essentielle des femmes à tous les aspects du maintien de la paix.  « L’heure du changement a sonné et il nous faut faire preuve d’audace », a-t-il dit.  Il a mentionné, entre autres, l’initiative Elsie lancée par le Canada qui vise à concevoir, mettre en œuvre et évaluer un ensemble de mesures permettant d’atteindre les objectifs fixés pour le déploiement de femmes. 

Il a ensuite rappelé que le Canada avait lancé une initiative, en novembre dernier, consistant à élaborer les Principes de Vancouver sur le maintien de la paix et la prévention du recrutement et de l’utilisation d’enfants soldats, qui ont été promulgués il y a cinq mois et adoptés par 62 États Membres. 

Revenant aux mandats des opérations de maintien de la paix, le Ministre a noté que, depuis 25 ans, « les mandats se complexifient et exigent toujours davantage de notre personnel et de nos systèmes d’intervention ».  Il a appelé à se baser sur les analyses et les rapports pour « assurer le maintien de la paix autrement, et mieux, ensemble ».  Comme autre exemple de son engagement, il a dit que le Canada était fier de présider le Groupe de travail du Comité spécial sur les opérations de maintien de la paix à l’ONU, le « C34 », qui a terminé cette année « l’une de ses négociations les plus convaincantes ». 

Le Ministre a également parlé de ce que fait son pays pour renforcer les capacités militaires des missions, notamment en matière de transport aérien.

Au nom du Mouvement des pays non alignés, M. SAMUEL MONCADA (Venezuela), a rappelé que 88% du personnel des opérations de maintien de la paix déployé sur le terrain provient d’États membres du Mouvement.  Il a appelé à revoir l’évaluation des mandats par le biais d’une alliance « renouvelée » entre le Conseil de sécurité, les pays fournisseurs de contingents et le Secrétariat des Nations Unies. 

Il a estimé que le rapport du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz constitue une base permettant de faire face conjointement aux défis actuels des opérations de maintien de la paix. 

Après avoir rappelé l’engagement du Mouvement en faveur du règlement pacifique des conflits, il a déclaré que la mise en œuvre des mandats des opérations de maintien de la paix doit être accompagnée d’un dialogue politique inclusif.  Toutefois, M. Moncada a estimé que les opérations de maintien de la paix ne peuvent se substituer à la nécessité de s’attaquer aux causes profondes des conflits, dans le respect de l’intégrité territoriale et du principe de souveraineté des États. 

Enfin, il a demandé que les responsables des nombreuses attaques perpétrées en 2017 contre des Casques bleus soient traduits en justice. 

Mme AMAL MUDALLALI (Liban) a souligné le statut de « partenaires stratégiques » de l’ONU et de son pays, incarné par la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).  Mais « cette période intérimaire dure depuis plus 40 ans », a souligné le représentant.  Que doivent faire les pays hôtes pour assumer plus efficacement leur responsabilité d’améliorer les opérations de maintien de la paix?  Le Gouvernement libanais, a répondu la représentante a, depuis l’adoption de la résolution 2373, commencé à travailler sur le modèle de régiment à déployer dans le sud.  La Conférence de Rome a été l’exemple concret de l’engagement du Gouvernement à renforcer ses forces militaires et de sécurité pour assumer la responsabilité de la sécurité dans le pays et alléger le fardeau des Casques bleus.  Après avoir rappelé les multiples marques de soutien de son pays à la FINUL, la représentante a poursuivi en disant que la communication et les bonnes relations avec les populations locales sont tout aussi importantes pour le succès d’une opération de maintien de la paix.  Elle a salué les nombreux projets à impact rapide mis en place par la FINUL.  L’un des rôles les plus « stratégiquement vitaux » d’une force de maintien de la paix est la prévention, a souligné la représentante, se félicitant ainsi que les Libanais et l’ONU, par le biais du Comité tripartite au Sud-Liban, aient pu atténuer les tensions, résoudre les problèmes, désamorcer les situations et éviter les conflits « presque tous les jours ».

Douze ans après la résolution 1701, nous ne voyons toujours aucun signe de progrès ni de cessez-le-feu permanent et encore moins de règlement des problèmes politiques sous-jacents, comme la présence d’Israël dans les territoires libanais ou les violations quotidiennes de la souveraineté du Liban.  Si elle s’est félicitée des propositions de réforme du Secrétaire général, la représentante a souligné que ce qu’il faut, c’est une action du Conseil de sécurité contre les problèmes politiques.  Les opérations de maintien de la paix « à durée illimitée » ne mettront pas fin aux conflits, a-t-elle prévenu.  Seule la mise en œuvre des résolutions le fera.  Le Conseil de sécurité doit assumer ses responsabilités et mettre fin à l’impasse qui le caractérise depuis quelques années.  Des efforts de consolidation de la paix et de prévention autour d’un Conseil de sécurité qui travaille réellement à des solutions permanentes et non à des « pansements » sont ce qui fera de la paix durable une réalité dans le monde, en particulier au Moyen-Orient, a martelé la représentante. 

Pour M. MAURO VIEIRA (Brésil), le changement est nécessaire dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies.  Il a souhaité que les réformes du pilier paix et sécurité, proposées par le Secrétaire général, permettraient de renforcer l’intégration cohérente des opérations de maintien de la paix avec d’autres instruments, tout en préservant leurs spécificités.  Ce changement que nous appelons de nos vœux requiert, a-t-il noté, des actions non seulement de la part du Conseil de sécurité, mais également d’autres organes tels que l’Assemblée générale à travers sa Cinquième Commission et le Comité spécial des opérations de maintien de la paix.  Il a expliqué que ce dernier offre l’opportunité inestimable aux États Membres de renforcer les opérations de maintien de la paix d’une manière démocratique, et par le biais du fondamental consensus politique qui soutient le partenariat pour les opérations de maintien de la paix. 

Le Brésil salue les efforts du Secrétaire général visant à diminuer les pertes en vies humaines au sein des missions de maintien de la paix, saluant en outre les recommandations du rapport Cruz sur la question, notamment le besoin critique de fournir des ressources, des équipements et une formation adéquate aux soldats de la paix, une formation adaptée aux menaces du terrain.  Le Brésil estime que les dirigeants et le personnel civil des missions devraient jouer un plus grand rôle pour empêcher qu’il y ait des victimes, y compris par la promotion des analyses de situation, par exemple en garantissant que les décisions d’approvisionnement en matériel soient guidées par les besoins.  Le Brésil avertit ensuite que la réduction du nombre de victimes ne doit pas conduire au renforcement de la militarisation des opérations de maintien de la paix, rappelant en effet que le succès des opérations dépend davantage de la capacité des missions à protéger et assurer une paix durable, et à créer un environnement favorable à des solutions politiques de long terme.  Ce succès dépend également, a-t-il ajouté, de l’existence de mandats réalisables, et plus important, de la volonté politique des acteurs régionaux et de la communauté internationale.

M. VIRACHAI PLASAI (Thaïlande) a insisté sur l’importance de la planification de la transition et du soutien post-mission.  Les parties prenantes doivent également privilégier l’échange d’informations, celles-ci devant être fondées sur une évaluation claire et honnête de la situation.  Il a fait observer que la réalisation des mandats dépend en grande partie des « qualités et des capacités » des Casques bleus, ce qui lui a fait dire que la formation avant déploiement et sur le terrain doit être gérée selon une approche systématique.  À cet égard, la Thaïlande s’engage à veiller à ce que ses Casques bleus qui rejoindront prochainement la Mission au Soudan du Sud reçoivent une formation et des équipements adéquats.

Partisan d’une compréhension commune de la part de tous les acteurs du maintien de la paix, le représentant a par ailleurs souligné l’importance de mener des consultations étroites entre le Conseil de sécurité, les pays hôtes, les pays contributeurs de contingents et autres agences pertinentes.  Les mandats des missions doivent également appuyer les priorités nationales, a-t-il dit avant de souligner l’importance de renforcer les capacités des organisations régionales et sous-régionales.

M. MASAKI NOKE, Directeur général d’« International peace cooperation », une agence gouvernementale du Japon, a plaidé pour des opérations de maintien de la paix qui mettent en œuvre leur mandat d’une manière plus efficace.  Le Japon souligne que les efforts politiques sont de la plus grande importance pour résoudre les conflits, comme cela a du reste été noté dans la résolution 2406 (2018) du Conseil de sécurité relative au renouvellement du mandat de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS). 

Afin de veiller à l’accomplissement des mandats des opérations de maintien de la paix tout en assurant la sécurité des personnels, des actions collectives sont nécessaires de la part du Conseil de sécurité, du Secrétariat, des pays contributeurs de contingents et de personnel de police, les pays hôtes et d’autres États Membres, ainsi que des organisations régionales. 

Dans l’environnement complexe dans lequel se déroulent les opérations de maintien de la paix, les soldats de la paix doivent recevoir la formation et les équipements adéquats.  M. Noke a rappelé que les pays africains constituent près de la moitié des soldats de la paix, et le Japon supporte l’amélioration des capacités de 13 centres de formation au maintien de la paix en Afrique. 

Dans le cadre d’une coopération triangulaire avec le Brésil et la Suisse, le Japon a établi un programme en soutien au renforcement des capacités des soldats de la paix des Nations Unies.  Le pays apporte également son soutien pour la formation à l’utilisation et la maintenance d’engins lourds au Kenya depuis 2015.  Pas moins de 130 futurs ingénieurs soldats de la paix d’Afrique ont déjà bénéficié d’un tel programme, et ce projet triangulaire entend s’étendre à d’autres régions et va couvrir d’autres capacités.  Le Japon invite d’autres États Membres à s’impliquer dans ce partenariat afin d’en faire une méthode durable de partage des capacités et des expériences. 

Le délégué a aussi souligné le rôle important des pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police dans le processus de renforcement des capacités des personnels, invitant par ailleurs le Secrétariat de l’ONU à combler les besoins en formation spécifiques pour chaque mission.  Des revues et évaluations stratégiques sont des outils pour établir ces besoins, a-t-il rappelé. 

Au nom du Danemark, de la Finlande, de l’Islande, de la Norvège et de la Suède, Mme MAY-ELIN STENER (Norvège) a plaidé pour que toutes les missions soient guidées par une stratégie politique claire et bénéficient du soutien total du Conseil de sécurité, des pays contributeurs de troupes, des acteurs régionaux et des pays hôtes.  Il est aussi important de consulter les organisations régionales et sous-régionales, en particulier l’Union africaine.  Ensuite, les missions doivent être mandatées, planifiées et conçues en réponse à chaque spécificité du contexte, a-t-elle dit. 

En outre, les missions doivent être adaptées à l’environnement complexe et à haut risque dans lequel elles opèrent.  « Nous devons, collectivement, chercher à mesurer et améliorer la performance à tous les niveaux et pour toutes les catégories de personnel », a ajouté la représentante en appelant à faire pleinement respecter la politique de tolérance zéro contre l’exploitations et les atteintes sexuelles.  Enfin, les pays nordiques, a dit la représentante, soutiennent fermement la volonté du Secrétaire général de doubler le nombre de femmes Casques bleus.  « Nous appuyons l’objectif d’avoir 15% d’officiers de sexe féminin et 20% de femmes officiers de police dans les opérations de maintien de la paix de l’ONU avant 2020 », a réitéré Mme Stener. 

M. CHO TAE-YUL (République de Corée) a déclaré que le rapport du Groupe indépendant de haut niveau présente des solutions viables afin de renforcer les opérations de maintien de la paix.  Il a exprimé son appui au plan présenté par le Secrétaire général sur cette question, tout en mettant l’accent sur le renforcement du soutien aux processus politiques. 

Les missions de maintien de la paix doivent bénéficier de mandats plus réalistes, a-t-il argué, ajoutant qu’ils devraient être conçus en parallèle avec une stratégie politique plus large, à même de guider les efforts visant à partager les tâches entre les organes de l’ONU et les autres acteurs pertinents. 

Après avoir déploré les pertes subies par les Casques bleus, il a déclaré qu’il faut veiller à ce les opérations de maintien de la paix soient plus efficaces.  Pour faire face aux défis multidimensionnels actuels, il a appelé à une plus grande collaboration entre tous les acteurs pertinents, notamment les organisations régionales telles que l’Union africaine. 

Enfin, il faut veiller à ce que les initiatives actuelles se traduisent par une action plus concertée sur le terrain. 

M. BRIAN PATRICK FLYNN (Irlande) a rappelé que 86 soldats irlandais ont perdu la vie au cours des missions de maintien de la paix des Nations Unies, en dépit de nombreux débats du Conseil de sécurité sur la question.  Il a donc appelé à mettre véritablement en œuvre les résultats des délibérations du Conseil sur les opérations de maintien de la paix. 

Il a aussi souhaité que les analyses situationnelles se fassent avant le déploiement des missions et non pas a posteriori, question d’éviter les pertes en vies humaines.  « Il nous faut apprendre de nos erreurs du passé », a insisté le délégué en faisant valoir que la crédibilité du Conseil de sécurité en dépendait. 

Pour l’Irlande, si nous continuons à ne pas être à la hauteur de la tâche, comme le souligne le rapport intitulé « Improving the Security of UN Peacekeepers », du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz, ancien commandant des forces des Nations Unies, alors nous allons continuer de mettre en danger nos personnels sur le terrain. 

Le pays accorde également du prix à une plus grande participation des femmes dans les missions de maintien de la paix.  Il a enfin plaidé pour des mesures politiques afin de maintenir et assurer une paix durable.

Après avoir déploré le nombre élevé de victimes parmi les Casques bleus au cours des deux dernières années, M. JUAN SANDOVAL MENDIOLEA (Mexique) a souligné l’importance de mettre en œuvre les réformes présentées par le Secrétaire général afin d’améliorer l’efficacité des opérations de maintien de la paix.  Il a souhaité à cet effet mettre l’accent sur le dialogue politique et permettre aux contingents sur le terrain de mener des actions de prévention multidimensionnelles. 

Le Conseil de sécurité doit en outre s’engager à revoir de façon régulière les mandats des opérations de maintien de la paix en fonction des réalités sur le terrain. 

Afin d’améliorer l’efficacité des missions, il a appelé au renforcement de la coordination entre le Conseil, les organes des Nations Unies, les pays contributeurs et les pays hôtes. 

Enfin, il a demandé que soient mises en œuvre les recommandations présentées au cours des dernières années et de mettre un terme aux désaccords entre les États Membres sur les questions financières relatives aux opérations de maintien de la paix. 

M. OMAR CASTAÑEDA SOLARES (Guatemala) a salué le rapport du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz qui propose des mesures pour réduire les pertes en vies des personnels des missions.  Il a dit que la réaction militaire plus robuste proposée par le rapport doit intervenir en dernier recours. 

Il est fondamental que le Conseil de sécurité garde à l’esprit que les opérations de maintien de la paix doivent avoir des mandats réalistes, a-t-il relevé, précisant aussi que ces mandats doivent découler d’analyses préalables de la situation du terrain. 

Le délégué a aussi expliqué qu’un Conseil de sécurité plus uni et solide peut permettre d’améliorer l’efficacité des missions de la paix.

M. MARTÍN GARCÍA MORITÁN (Argentine) a salué la dernière session du Comité spécial des opérations de maintien de la paix qui a permis de discuter, entre autres, des conclusions du rapport du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz.  Il a indiqué que le mandat de protection des civils est l’une des évolutions les plus importantes de ces dernières années.  Il a souligné qu’il ne faut pas réduire cette tâche aux activités militaires, mais y adjoindre également un aspect politique. 

L’Argentine salue en outre la politique de tolérance zéro du Secrétaire général en matière d’exploitation et d’atteintes sexuelles, et le pays a signé le pacte volontaire proposé par le Secrétaire général à tous les États Membres pour la prévention et le règlement de la question de l’exploitation et des atteintes sexuelles. 

Au sujet du « Nexus consolidation de la paix, développement et activités humanitaires » que propose le Secrétaire général afin de faire le lien entre ces divers domaines, l’Argentine est d’avis que les missions de maintien de la paix peuvent effectivement apporter une assistance pour un essor économique sur le long terme des pays hôtes.  Il a cité le cas de l’hôpital militaire établi par l’Argentine en Haïti pour étayer sa position. 

Il a terminé son propos en rendant hommage aux personnels des opérations de maintien de la paix ayant perdu la vie en mission.

M. JORGE MORAGAS SÁNCHEZ (Espagne) a déclaré que les crises auxquelles sont confrontées les opérations de maintien de la paix devaient être abordées de façon réaliste, efficace et courageuse.  Il a salué le rapport du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz, qui présente une analyse transparente des problèmes actuels afin de trouver des solutions communes, tout en s’éloignant de la « rhétorique bureaucratique » habituelle. 

Il faut renforcer les systèmes de planification et de gestion des missions, a déclaré le représentant, afin d’assurer une base juridique aux opérations de maintien de la paix.  En second lieu, il a souligné l’importance de renforcer les capacités des opérations de maintien de la paix, notamment en améliorant la formation avant le déploiement et la collecte des renseignements. 

Le délégué a également proposé de renforcer la dimension politique des missions, de façon structurée et continue, en y intégrant notamment une perspective de genre.  Il a réitéré, en terminant, la politique de tolérance zéro face aux cas d’exploitation et d’atteintes sexuelles. 

Notant que 2017 avait représenté l’année la plus meurtrière pour les Casques bleus depuis 1994, M. TANMAYA LAL (Inde) a déploré que la question des limites des opérations de maintien de la paix des Nations Unies montre peu de progrès.  La nature changeante des conflits, le manque de clarté des mandats et des ressources destinées aux Casques bleus, de même que les consultations déficientes entre les pays contributeurs de troupes, sont autant de problèmes qui perdurent, a relevé le représentant, ajoutant que la solution « continue de nous échapper » en raison du manque de volonté politique. 

Le renouvellement des mandats continue de reposer sur les intérêts nationaux et les chiffres plutôt que sur la nécessité d’allouer les ressources nécessaires, a dénoncé le délégué.  Pour y remédier, il a suggéré au Conseil de sécurité de faire appel au Groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix pour débattre des objectifs stratégiques des missions. 

Après avoir noté que 43 des 176 victimes d’actes de violence dénombrées au cours des quatre dernières années ont été causées par des engins explosifs improvisés, il a proposé d’allouer aux contingents les ressources nécessaires pour faire à cette menace. 

Enfin, il a noté que l’Inde est l’un des 26 pays qui ont atteint l’objectif de 15% de femmes observatrices au sein des missions de paix, il a appelé les États Membres à en faire plus pour assurer la parité hommes-femmes. 

M. SEBASTIANO CARDI (Italie), a parlé au nom du Groupe des amis de la responsabilité de protéger, un groupe formé de 50 États membres et de l’Union européenne que coprésident l’Italie et le Qatar.  Pour cette première prise de parole publique du Groupe, M. Cardi a rappelé que la responsabilité de protéger est du ressort premier des gouvernements, mais cela est aussi devenu un élément central des missions de maintien de la paix. 

Pour le Groupe, la menace d’utilisation de la violence contre des civils doit faire partie des éléments à considérer dans l’élaboration des mandats des missions.  Les États Membres et le Secrétariat doivent donner aux opérations de la paix des capacités analytiques et des outils pour identifier les menaces potentielles à l’encontre des civils.  Cela permettrait de pouvoir agir en amont avant que la situation n’escalade, a-t-il expliqué. 

Il a aussi salué le rôle des femmes soldats de la paix dans la prévention d’atrocités.  La bonne mise en œuvre des mandats des missions de la paix dépend aussi de la collaboration avec les arrangements régionaux et de celle entre les entités onusiennes.

En sa capacité nationale, M. Cardi a indiqué que les Principes de Kigali et ceux de Vancouver doivent être pleinement mis en œuvre dans le cadre des opérations de maintien de la paix, notamment en ce qui concerne la protection des enfants. 

Il a salué la coopération régionale mise en œuvre à travers le G5 Sahel, notant que cela vient renforcer le besoin de coopération entre l’ONU et l’Union africaine, précisant que cela permettrait d’assurer une économie des moyens débloqués pour les opérations de maintien de la paix, tout en renforçant les capacités africaines en la matière. 

C’est pourquoi l’Italie est favorable à des contributions onusiennes finançant des opérations de maintien de la paix menées par les Africains, a-t-il plaidé, en précisant que cela doit se faire selon les standards en termes de qualité des troupes, de transparence financière, de respect des droits de l’homme et de discipline et bonne conduite des troupes. 

En tant que l’un des principaux contributeurs financiers des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, l’Italie salue le rapport intitulé « Improving the Security of UN Peacekeepers », du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz, ancien commandant des forces des Nations Unies, et elle a souligné que l’utilisation de la technologie est cruciale pour améliorer la sécurité des soldats de la paix. 

La formation est aussi un élément clef, car les soldats de la paix ont besoin de formation spécifique pour mener à bien leur mission.  Le représentant a également souligné l’importance de la logistique, saluant au passage le rôle de la Base de soutien logistique des Nations Unies de Brindisi. 

M. NABEEL MUNIR (Pakistan) a estimé que la performance des opérations de maintien de la paix ne saurait être évaluée uniquement à l’aune des actions menées sur le terrain.  Il faut s’attaquer à la question de la performance d’un point de vue politique, a-t-il argué. 

Les nécessités opérationnelles doivent dicter les débats sur les opérations logistiques au sein du Conseil de sécurité, a dit le représentant, et non le contraire.  Il revient au Conseil de sécurité de définir avec précision les fonctions des mandats, a-t-il insisté. 

Il a considéré que l’inclusion des partenaires régionaux dans les questions politiques et investir dans la médiation constituent des mesures judicieuses, tout en exprimant l’espoir que les réformes du Secrétaire général seront mises en vigueur. 

Mme JOANNE ADAMSON, de l’Union européenne, a exprimé son soutien vigoureux aux efforts du Secrétaire général visant à renforcer le déploiement des opérations de maintien de la paix sur le terrain.  Elle a noté que les rapports du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix et du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz soulignent le besoin d’apporter des changements afin d’assurer le succès des opérations dans un environnement complexe et changeant.

Depuis 2004, l’Union européenne a contribué à hauteur de 2,6 milliards d’euros aux efforts de maintien de la paix en Afrique, en partenariat avec l’Union africaine et les organisations régionales, a rappelé Mme Adamson.  Elle a cité en exemple la mise en place de la Force conjointe du G5 Sahel, fruit de la collaboration de l’Union européenne avec les organisations régionales, afin de combattre le terrorisme, la traite des personnes et le crime organisé.  Ella a également rappelé l’appui de l’Union européenne à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali et invité les autres États Membres de l’ONU à soutenir financièrement les opérations, conformément à la résolution 2391 (2017).  Mme Adamson a appelé au renforcement du rôle des organisations régionales dans les interventions autorisées des Nations Unies afin d’assurer le déploiement rapide des contingents et de renforcer les capacités.

Le partenariat entre l’ONU et l’Union européenne est plus important que jamais, a continué la représentante, notamment dans le domaine de la réforme du secteur de la sécurité et au sein des missions politiques.  L’Union européenne compte mettre à profit son expertise dans la mise en œuvre du programme pour les femmes et la paix et la sécurité, a ajouté la représentante, pour qui l’augmentation du nombre de femmes dans les opérations de maintien de la paix permettra notamment d’améliorer les relations avec les communautés locales. 

Mme Adamson a plaidé pour que les efforts visant à améliorer l’efficacité des opérations de maintien de la paix soient intégrés dans la réforme des Nations Unies entreprise par le Secrétaire général.  Toutefois, même les missions de maintien de la paix les plus réussies ne peuvent se substituer à la nécessité de parvenir à des solutions politiques aux conflits.  Elle a appelé à revoir la manière utilisée pour adopter des consensus sur les objectifs stratégiques et la gestion de la performance des opérations.  La consolidation de la paix doit être un facteur déterminant des missions avant, pendant et après le déploiement, a conclu la représentante, ajoutant que la protection des civils doit être au cœur de tout mandat de maintien de la paix. 

M. DANNY BEN YOSEF DANON (Israël) a estimé que les opérations de maintien de la paix font face à des défis sans précédent, notamment en Afrique.  La riposte doit être à la hauteur de la menace sur le terrain, notamment d’un point de vue matériel et logistique, a-t-il ajouté. 

Il a salué la publication du rapport intitulé « Improving the Security of UN Peacekeepers », du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz, ancien commandant des forces des Nations Unies, et les initiatives du Secrétariat de l’ONU pour mettre en œuvre ses recommandations, ajoutant qu’Israël apporte un soutien technologique, logistique et médical aux opérations de maintien de la paix.  Il a souhaité l’adoption de mandats clairs des opérations de maintien de la paix, à même d’être mis en œuvre. 

S’agissant de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), M. Danon dit avoir constaté une situation « alarmante » sur le terrain, qui montre que la FINUL n’est pas en mesure de s’acquitter de son mandat.  Le Hezbollah, au nom de la République islamique d’Iran, contrôle les deux tiers des villes chiites du Liban, a-t-il dénoncé, et continue d’utiliser les civils comme boucliers humains. 

Ses combattants « visitent » la Ligne bleue, en violation de résolutions du Conseil de sécurité, et appellent à la destruction d’Israël.  Il a déploré le terrorisme, notamment iranien, ajoutant que la menace s’est accentuée depuis la signature de l’accord sur le nucléaire iranien. 

En terminant, il a appelé à rectifier les erreurs du passé et à changer l’attitude irresponsable de l’Iran. 

L’Observateur permanent du Saint-Siège, Mgr BERNARDITO CLEOPAS AUZA, a déclaré que la protection des civils et des infrastructures civiles cruciales, telles que les écoles, les hôpitaux, les sites religieux et culturels et ceux dévolus à l’approvisionnement en eau, doit rester une dimension importante des opérations de maintien de la paix.  Dans le cas des conflits armés, notamment dans le contexte de nettoyage ethnique donnant lieu à des déplacements massifs de populations, les soldats de la paix devraient contribuer à l’instauration des conditions nécessaires pour un retour sécurisé et dans la dignité des réfugiés et autres déplacés.

Dès le lancement des missions, les instruments de paix et de sécurité des Nations Unies doivent travailler en collaboration avec les acteurs du développement, des droits de l’homme et ceux du domaine humanitaire, a plaidé le Saint-Siège.  Le nonce a rappelé que les violations des droits de l’homme peuvent faire escalader les conflits.  C’est pourquoi, a-t-il souligné, faire respecter les droits de l’homme contribue à résoudre les causes profondes du conflit et à la mise en place d’une paix durable. 

En outre, l’observateur du Saint-Siège a invité le Secrétariat des Nations Unies à toujours consulter les populations et les gouvernements concernés avant de créer une mission de maintien de la paix ou de clôturer ses activités.  Mgr Auza a aussi noté que la lutte contre les cas d’exploitation et d’atteintes sexuelles est cruciale pour la crédibilité des opérations de maintien de la paix.  Il a souligné le rôle que doivent jouer à cet égard les pays fournisseurs de contingents ainsi que le personnel de police et celui des bureaux onusiens en charge de la supervision des missions.

Mme AUDRA PLEPYTĖ (Lituanie) a déclaré qu’en tant que pays contributeur de troupes, son pays a un grand intérêt à rendre les opérations de maintien de la paix plus efficaces.  Afin de renforcer la sécurité des Casques bleus, elle a exprimé son soutien aux efforts du Secrétaire général des Nations Unies pour mettre en œuvre son plan d’action et les recommandations du rapport du général Cruz.  Mme Plepytė a estimé qu’il est vital de mener des évaluations minutieuses avant déploiement, afin d’assurer la sécurité des contingents.

En plus de rendre les missions plus efficaces et d’améliorer la formation et l’équipement des Casques bleus, la représentante a insisté sur l’importance d’augmenter la participation des femmes aux opérations de maintien de la paix.  Enfin, elle a estimé qu’il incombe au Conseil de sécurité de s’assurer que les mandats de missions de maintien de la paix sont clairs et réalisables. 

M. MICHAL MLYNÁR (Slovaquie) s’est inquiété du nombre sans précédent de Casques bleus tués l’an dernier et a jugé impératif de minimiser le risque d’attaques délibérées contre les missions ou le personnel de l’ONU.  Aussi a-t-il appelé à reconcevoir la manière dont la sécurité et la sûreté des Casques bleus sont assurées. 

Il a ensuite indiqué qu’à ce jour, son pays a contribué plus de 7 300 hommes et femmes aux missions de l’ONU, dont une grande majorité est déployée au sein de la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP).

Le représentant a appelé à accorder la priorité aux difficultés rencontrées pour obtenir suffisamment de troupes, de bon équipement et d’appui logistique.  Il a aussi estimé que la réforme du pilier de la paix et de la sécurité doit privilégier la prévention et l’appui à la paix. 

Constatant que plusieurs missions peinent à opérer face à un processus de paix en miettes et à des menaces asymétriques, il a aussi appelé le Secrétaire général à revoir les limites imposées aux missions classiques. 

En outre, l’obtention d’une solution politique est primordiale et les mandats des opérations de maintien de la paix doivent évoluer en fonction du contexte et des besoins sur le terrain, a-t-il indiqué.  Il a par ailleurs annoncé la tenue, le 23 avril, suite à une initiative de la Slovaquie et de l’Afrique du Sud, d’une table ronde de haut niveau sur les objectifs de développement durable et l’appui à la paix.

M. NUNO VAULTIER MATHIAS (Portugal) a jugé impératif de renforcer et de moderniser les opérations de paix, en les adaptant aux enjeux actuels.  Il a notamment estimé qu’elles doivent aller au-delà du binôme maintien de la paix/imposition de la paix et inclure des actions d’alerte précoce afin de prévenir l’éclosion et l’aggravation des conflits. 

Le Portugal préconise une approche globale et, simultanément, une étroite coopération avec les partenaires locaux, régionaux et internationaux, comme celle développée avec l’Union africaine et l’Union européenne.

Le représentant a ensuite souligné que l’équilibre entre les genres est essentiel dans les composantes militaires, policières et civiles des opérations de maintien de la paix.  Il a aussi parlé de la participation de son pays à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), lequel attache une importance particulière à la formation de ses Casques bleus. 

Le Portugal est en outre prêt à assurer la formation des contingents militaires d’autres pays contributeurs de troupes.

M. TEODORO LOPEZ LOCSIN, Jr (Philippines) a rappelé que son pays a dûment signé le pacte volontaire contre les atteintes sexuelles et qu’il a renouvelé sa promesse de déployer davantage d’observations militaires et de femmes Casques bleus.  Le maintien de la paix, a dit le représentant, est un élément clef de la coopération politique et en matière de sécurité de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), comme en témoigne le Plan d’action pour la mise en œuvre du partenariat global entre l’ASEAN et les Nations Unies.  À ce jour, quelque 4 500 policiers, conseillers militaires et soldats de l’ASEAN sont déployés dans 12 opérations de maintien de la paix.  Les Philippines ont réduit leur présence pour des raisons nationales mais après les victoires que le Gouvernement vient de remporter, le pays est déterminé à augmenter une nouvelle fois le nombre de ses Casques bleus et à continuer de le faire. 

Prodiguant ses conseils, le représentant a jugé qu’il faut davantage investir dans les solutions politiques locales aux conflits, que les Casques bleus peuvent soutenir mais en aucun cas remplacer.  Ce sont les gens eux-mêmes qui doivent dessiner les contours de la paix et en définir les approches.  « Personne d’autre », a martelé le représentant.  Il a ajouté que la protection des civils doit être le « critère essentiel » des opérations, dont la protection des enfants et la lutte contre l’exploitation et les atteintes sexuelles.  Le représentant a aussi appuyé les consultations triangulaires entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents.  Il a insisté sur la nécessité de donner la priorité à la prévention, au règlement des causes sous-jacentes des conflits et à l’élaboration de stratégies de consolidation de la paix, avec des ressources financières suffisantes permettant de concrétiser les mesures sur le terrain, mais « sans coloration politique ».  « Quand la politique de maintien de la paix n’est pas nationale, on parle d’ingérence étrangère », a tranché le représentant, à savoir, « le maintien de la paix par des janissaires ».  Le représentant a conclu en manifestant son attachement aux plateformes intergouvernementales où l’on apprend les uns des autres sur la résilience et où l’on encourage un dialogue constructif sur les défis d’une paix durable. 

Mme CARLA ESPERANZA RIVERA SÁNCHEZ (El Salvador) a relevé que son pays contribue à huit missions de maintien de la paix à travers le monde.  Elle a évoqué la sécurité des personnels des missions, insistant sur la nécessité de mettre en application les conclusions du rapport Cruz.  La déléguée a également plaidé pour le renforcement de la collaboration entre le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les pays fournisseurs de contingents ou de personnel de police.  L’avis de ces derniers doit être pris en compte, a-t-elle insisté en souhaitant que cette collaboration puisse conduire à des mandats plus réalistes.

Pour El Salvador, les opérations doivent en outre être dotées de personnels qualifiés et d’équipements et moyens financiers adéquats.  Il faut par ailleurs promouvoir la participation des femmes dans ces opérations, a ajouté la représentante.  Enfin, elle a jugé très utile de garantir un niveau éthique élevé chez le personnel des missions, avant de demander d’appliquer la politique de tolérance zéro en cas d’exploitation et d’atteintes sexuelles. 

M. DURGA PRASAD BHATTARAI (Népal) a rappelé que son pays est l’un des six plus gros contributeurs de troupes, ses Casques bleus étant déployés dans 14 des 15 missions en cours.  Il s’est prévalu de cette expérience ainsi que du processus de paix qu’a connu son pays pour mettre en avant plusieurs points qu’il juge importants dans le cadre de l’action collective pour améliorer les opérations de maintien de la paix de l’ONU.  Il a dit tout d’abord que ces opérations ne devraient être déployées que pour compléter et soutenir les processus politiques internes.  Les mandats, en outre, doivent être conçus à partir d’une analyse large des conflits et des leurs causes, avec l’engagement de tous les partenaires.  Ils doivent être clairs, crédibles, réalisables et financés de manière appropriée, en définissant les responsabilités de chaque acteur.

Sur le terrain, le représentant a prôné une bonne communication pour faire comprendre aux Casques bleus les tâches qu’on attend d’eux, en prévoyant des indicateurs de performance spécifiques à chaque mission.  Il a poursuivi en demandant d’aligner les mandats et les capacités des Casques bleus avec les réalités du terrain qui sont en constante évolution.  Il a aussi souhaité que l’ONU travaille en lien étroit avec les organisations régionales lorsqu’il s’agit de concevoir et de mettre en œuvre les mandats, sans porter atteinte à la souveraineté des pays hôtes.  Les Casques bleus, a-t-il ajouté, doivent gagner la confiance des civils qu’ils protègent, notamment en aidant les communautés locales.  Enfin, ils devraient toujours faire preuve de la plus haute moralité, tout en bénéficiant de la sécurité et de la dignité qu’ils méritent.

M. MOHAMED SIAD DOUALEH (Djibouti) a fait remarquer que l’utilité des missions de maintien de la paix n’avait jamais été remise en cause.  Il a souligné l’importance pour elles d’être dotées de mandats clairs, réalistes et réalisables, élaborés en fonction de la réalité du terrain.  Il a aussi insisté sur la coopération entre les principales parties prenantes, l’allocation de ressources suffisantes et la bonne formation des Casques bleus.

Qualifiant ensuite l’Afrique de « laboratoire géant » du maintien de la paix, il a fait part de l’engagement renouvelé des dirigeants africains lors d’un récent sommet sur ce sujet, organisé les 27 et 28 mars à Djibouti.  Pour le représentant, le concept d’opération de maintien de la paix doit sans cesse être réévalué, tandis que les contingents doivent rester souples pour pouvoir s’adapter.  Il importe par ailleurs de déployer suffisamment de forces pour combler les lacunes locales en termes de capacités, a-t-il ajouté.

Mme SAMAR SAMIR SUKKAR (Jordanie) a présenté son pays comme un « État pionnier » en matière de maintien de la paix dans sa région et dans le monde, rappelant que son pays avait participé à de nombreuses opérations des Nations Unies.  Celles-ci ne doivent jamais constituer un moyen d’éviter une solution politique, a-t-elle précisé: elles doivent aider à résoudre un conflit et consolider une paix pérenne.  La réforme des opérations de maintien de la paix concerne tous les États Membres, a poursuivi la représentante, qui a insisté sur la nécessité de prévoir toutes les étapes et tous les aspects de telles opérations, allant de la définition de mandats clairs et réalistes à la fourniture d’équipements adaptés.  Elle a notamment appuyé le principe de consultations triangulaires entre le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les pays fournisseurs de contingents, ainsi que différentes formes de partenariats. 

Pour la Jordanie, le plan d’action basé sur le rapport Cruz représente « une bonne base de travail ».  La représentante a également insisté sur la qualité de la formation au maintien de la paix dispensée aux troupes de son pays, précisant que plus de 66 000 militaires jordaniens et étrangers en avaient bénéficié dans les centres jordaniens agréés.  La Jordanie appuie en outre les efforts du Secrétariat pour renforcer la participation des femmes aux opérations de maintien de la paix et a elle-même envoyé une trentaine de femmes dans différentes missions, dont trois officiers en République démocratique du Congo.  La Jordanie soutient enfin tout effort visant à renforcer le lien entre les piliers paix et sécurité, développement et droits de l’homme. 

M. FERIDUN HADI SINIRLIOĞLU (Turquie) s’est inquiété de l’environnement de plus en plus dangereux dans lequel sont déployées certaines missions, du fait, notamment, des agissements de certains groupes extrémistes et terroristes.  Considérant les opérations de maintien de la paix comme l’outil le plus efficace pour répondre aux conflits, il a estimé nécessaire d’avoir un cadre politique cohérent pour garantir leur pertinence et diriger au mieux les contingents sur le terrain. 

Le représentant a aussi appelé à doter les missions de mandats proportionnés aux ressources allouées et d’outils de logistique souples.  Constatant par ailleurs que les capacités militaires ne suffisent pas aux missions multidimensionnelles, il a appelé à renforcer les dimensions politiques des missions pour veiller à ce que leurs mandats puissent effectivement être mis en œuvre.  Il a aussi jugé nécessaire de renforcer la coopération entre l’ONU et les organisations régionales.

Mme DARJA BAVDAŽ KURET (Slovénie) a estimé qu’il faudrait procéder à des ajustements dans les différentes opérations de maintien de la paix, celles-ci étant de plus en plus diverses.  La Slovénie estime notamment qu’il faut renforcer la protection et la sécurité aussi bien des Casques bleus que du personnel civil de ces opérations.  Elle soutient les recommandations du rapport Cruz à cette fin.  Chaque opération de maintien de la paix doit être dotée de forces bien entraînées, équipées et motivées, a poursuivi la représentante en invitant les pays fournisseurs de contingents à investir davantage en ce sens.  Les capacités de renseignement et d’analyse de ceux-ci devraient aussi être améliorées, a-t-elle ajouté.

La représentante a ensuite insisté sur l’importance de l’intégration d’une perspective genre à toutes les phases du maintien de la paix, de même que sur la prise en compte du Code de conduite du personnel.  Enfin, elle a assuré que la Slovénie, partenaire fiable de la communauté internationale, continuera de participer aux activités dirigées par les Nations Unies et d’autres organisations internationales, conformément aux principes de la Charte, afin de maintenir la paix et la sécurité internationales. 

M. ELBIO OSCAR ROSSELLI FRIERI (Uruguay) a appelé le Conseil de sécurité à se rendre compte que les solutions politiques sont celles qui doivent orienter les mandats des missions de maintien de la paix.  Ces stratégies politiques doivent bénéficier de l’appui uni du Conseil au risque de mettre à mal le déroulement des missions, a-t-il notamment averti, pour ensuite insister sur la nécessité d’obtenir le plein respect du statut des forces par les pays hôtes.

Le délégué a fait observer qu’il incombe aux pays contributeurs d’assurer la formation de leurs contingents et de faire respecter la politique de tolérance zéro en matière d’abus sexuels.  Face à l’augmentation de la fréquence des attaques délibérées contre l’ONU, il a aussi jugé nécessaire pour le personnel de maintien de la paix de disposer de règles claires pour pouvoir assurer sa défense.

Le représentant a par ailleurs salué les efforts déployés au sein du Comité des 34 qui ont su dégager les éléments d’accord sur le plan de la sécurité et de la coopération triangulaire.  Il a aussi appelé les États à réaffirmer leur attachement au processus de réforme, à l’approche de l’examen prochain du budget de maintien de la paix par la Cinquième Commission.  Il a également parlé de l’utilité de réunions ministérielles sur le maintien de la paix.

Mme KAREN VAN VLIERBERGE (Belgique) a accueilli favorablement le plan d’action du Secrétaire général pour mettre en œuvre les recommandations du rapport Cruz sur la sécurité des Casques bleus, insistant sur le fait que le rapport en question dit « sans ambigüités » que pour atténuer les risques, il faut améliorer la performance des troupes déployées et faire un usage systématique et efficace du renseignement.  Pour mettre en adéquation niveau de performance et besoins de la mission, dont la protection des civils, l’entraînement et la formation des contingents sont devenus « indispensables », a souligné la représentante.  La Belgique se félicite donc de la création d’un « mécanisme de coordination léger » visant à connecter les pays contributeurs de troupes qui expriment des besoins avec ceux qui ont l’expérience nécessaire.  La cartographie et le suivi du personnel formé devraient également être améliorés, a-t-elle prévenu, ajoutant qu’après déploiement, le respect de la chaîne de commandement est une condition sine qua non si l’on veut que la mission soit efficace, crédible et respectée. 

Après avoir énuméré l’action de la Belgique dans le renforcement des capacités des continents des pays francophones, la représentante a annoncé que son pays entend, dans le cadre du rapport Cruz, apporter un appui supplémentaire à la Mission de l’ONU au Mali, tant dans le domaine médical que par la mise à disposition d’une équipe de formation mobile.  Dans un environnement comme le Mali, a-t-elle poursuivi, un recours plus efficace au renseignement est une « exigence essentielle » pour garantir la sécurité, la performance de la mission et, au final, la protection des civils.  Pays contributeur de troupes, la Belgique, a rappelé la représentante, fournit une part substantielle du personnel déployé dans les structures de renseignement de la Mission et prépare un effort supplémentaire pour cette année même.  Améliorer les opérations, c’est aussi utiliser plus efficacement l’instrument des revues stratégiques qui doivent être l’occasion de « conversations franches » sur ce qui est réaliste et réalisable, et sur l’horizon de la mission sans en diminuer l’ambition profonde.  La Belgique, a souligné la représentante, est favorable au maintien des capacités substantielles en matière de protection des enfants et de politique du genre.  La lutte contre l’impunité doit aussi faire partie de la stratégie des missions à plus long terme, a-t-elle ajouté, appelant à la multiplication des patrouilles mixtes associant experts en médiation ou droits de l’homme, policiers et militaires. 

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a rappelé l’importante participation de son pays aux opérations de maintien de la paix depuis 30 ans.  Il a noté les profonds changements opérés au fil des années dans les mandats de ces opérations, estimant que tous les acteurs avaient tenté de s’adapter à divers degrés pour y faire face.  Il n’existe pas de mécanisme institutionnel précis pour diriger les initiatives de réforme de manière cohérente et durable, a noté M. Bin Momen en relevant que « nous sommes tous d’accord pour dire qu’une réforme est nécessaire, mais il existe des divergences sur les moyens d’y parvenir ».  Il a aussi mis en avant la nécessité d’agir pour réduire le nombre de Casques bleus tués.

La primauté politique des opérations de maintien de la paix est, de son avis, une condition sine qua non.  Le représentant a souhaité des analyses et des prévisions à long terme en ce qui concerne la pérennisation de la paix sur le terrain afin de fixer au mieux les priorités et les étapes des mandats, en les adaptant à des contextes spécifiques.  Il a également affirmé que les Casques bleus bangladeshis étaient disposés à recevoir une évaluation objective de leur performance, mais a rappelé que cet exercice ne saurait être isolé de questions fondamentales comme les ressources nécessaires et les facteurs spécifiques au succès de chaque mission. 

M. Bin Momen a demandé que les pays en mesure de fournir des ressources et des équipements spécialisés aux opérations s’engagent sans équivoque à renforcer les capacités des Casques bleus.  Il a insisté sur le rôle de la direction des opérations de maintien de la paix et sur le rôle des pays hôtes, qui ne sauraient être sous-estimés.  En conclusion, M. Bin Momen a estimé que les tendances actuelles n’étaient pas de bon augure et a donc souhaité que le débat de ce jour permette de définir une bonne direction.

M. VOLODYMYR YELCHENKO (Ukraine) a constaté qu’il reste encore beaucoup à faire sur les plans politique et technique pour permettre aux missions de maintien de la paix de faire face à la complexité des défis actuels qui, a-t-il ajouté, appelle l’Organisation à adopter une posture plus proactive et préventive.  Il a appelé à doter les missions de technologies modernes et à renforcer leurs capacités en matière de renseignement.  Il a aussi jugé nécessaire de renforcer leurs capacités policières et de redoubler d’efforts pour combattre la violence sexuelle commise par des Casques bleus.  Autres conseils de la délégation ukrainienne: la participation des femmes doit être augmentée et il faut veiller à ce que l’exécution des mandats ne laisse pas une empreinte environnementale néfaste.  Le représentant a aussi réclamé plus de capacités pour les missions en termes de personnel, de financement et de ressources, des hélicoptères notamment. 

Le représentant a ensuite indiqué que la situation en Ukraine et à ses alentours témoigne du potentiel non exploité du maintien de la paix.  Il a déploré que la requête de son pays pour le déploiement d’une mission dans le Donbass ne soit pas suffisamment prise en considération.  Il a estimé que le déplacement du Secrétaire général en Ukraine au mois de juillet dernier illustrait bien son engagement en faveur de la paix en Europe, « un continent sur lequel plane la menace d’une guerre à part entière en raison des agissements d’un membre permanent du Conseil de sécurité contre mon pays », a-t-il précisé.  Il a réclamé une action urgente, tant du Conseil de sécurité que du Secrétaire général.  Enfin, le délégué a fait savoir que l’Ukraine est prête à participer à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).

M. OMAR HILALE (Maroc) a fait remarquer que son pays fournit des troupes de manière continue depuis les années 1960.  Il a constaté que le maintien de la paix évolue et que les risques s’aggravent pour le personnel onusien sur le terrain.  « Il est donc grand temps que l’Organisation prenne les mesures nécessaires afin de s’y adapter », a-t-il lancé.  Selon le délégué, il faut garder à l’esprit que le but des opérations de maintien de la paix est la sortie de crise, ce qui veut dire que la primauté du politique ne doit donc pas être sacrifiée au profit d’autres éléments du mandat. 

M. Hilale a relevé que cela fait plus de 10 ans que le financement des opérations de l’Union africaine, mandatées par le Conseil de sécurité, est discuté sans, cependant, de progrès notables.  Pour lui, « il est temps à présent que les Nations Unies apportent le soutien nécessaire à l’Union africaine afin de donner les moyens à ce partenariat d’atteindre l’ampleur et l’efficacité escomptées ».  Il a poursuivi en notant que le succès d’une opération de maintien de la paix ne peut être attribué seulement au Secrétariat, au Conseil de sécurité ou aux pays contributeurs de troupes.  Et il en est de même pour les échecs.  Il a donc salué le fait que le présent débat ait mis clairement en lumière cette responsabilité collective. 

Le représentant a plaidé pour que les mandats soient réalistes et adaptés à la situation sur le terrain, insistant sur l’importance de la coopération triangulaire, car « les pays contributeurs de troupes ont acquis une expérience et une expertise qui ne demandent qu’à être partagées ».  Il a dit espérer que le groupe lancé par le Maroc et le Pakistan l’an dernier, qui rassemble les principaux pays contributeurs de troupes et de personnel de police, contribuera de manière positive au renforcement de cette coopération.

Fort de son expérience, le Maroc est engagé, depuis plusieurs décennies, au renforcement des capacités militaires de nombreux partenaires africains.  Le pays est même prêt à offrir ses facilités de premier plan et son expertise dans le cadre d’un partenariat triangulaire afin d’en élargir le nombre de bénéficiaires.  Enfin, le représentant a indiqué qu’il serait plus logique de parler de la performance des missions au lieu de la « performance des troupes », puisque cette dernière dépend de nombreux facteurs au niveau du Siège, de la direction de la mission et des contingents déployés. 

M. MODEST JONATHAN MERO (République-Unie de Tanzanie) a rappelé qui son pays est un des plus grands contributeurs de troupes, avec des personnels militaire, policier et correctionnel déployés dans six opérations de maintien de la paix en République démocratique du Congo, au Darfour, à Abyei, au Soudan du Sud, au Liban et en République centrafricaine.  Nous devons être, a-t-il dit, « une communauté de nations du maintien de la paix » plutôt qu’un ensemble disparate de « contributeurs de troupes et de police », de « contributeurs de personnel », de « contributeurs financiers » ou de « pays contribuant aux ressources ».  Le représentant a jugé important que le Conseil de sécurité, les pays fournisseurs de contingents et les organismes régionaux travaillent ensemble pour réfléchir au but politique ultime d’une opération et assurer une cohérence stratégique.  Le Conseil de sécurité doit émettre des mandats clairs et opposables à tous les acteurs, et le Secrétariat doit veiller à ce que tous les acteurs aient une bonne compréhension des mandats.  À ce propos, le représentant a regretté qu’en élaborant ses recommandations sur la suite à donner au rapport Cruz, le Secrétaire général n’ait pas consulté les pays fournisseurs de contingents.  Après tout, a-t-il estimé, le rapport parle de questions « somme toute élémentaires » qui font déjà partie des normes de formation de la plupart des troupes de combat.  Le représentant a justement exigé le respect de la formation dispensée par les pays à leurs contingents. 

Les Nations Unies, a-t-il poursuivi, doivent travailler étroitement avec ces pays pour assurer leur pleine participation à la formulation des décisions à tous les niveaux.  Le représentant a aussi estimé que la réduction des forces a été décidée sans prendre en compte la situation sur le terrain, mettant en danger la vie des Casques bleus.  Il a appelé le Conseil de sécurité à consulter régulièrement les pays fournisseurs de contingents pour veiller à ce que les mandats correspondent à la situation réelle et soient assortis de la force et des capacités adéquates. 

M. KAHA IMNADZE (Géorgie) a appelé à accorder une attention renforcée aux composantes militaires de missions et à mettre l’accent sur les contextes politiques et les mandats des missions, une mission ne pouvant créer une paix durable sans solution politique, ni appui sur le terrain.  Il a prôné des mandats clairement définis, réalistes, souples et adaptés au contexte.  Le représentant a ensuite rappelé que la Mission d’observation des Nations Unies en Géorgie (MONUG) avait joué un rôle essentiel pour assurer la sécurité dans le pays depuis 1993, mais avait été interrompue en 2009 en raison du veto d’un membre permanent du Conseil de sécurité.  De l’avis du délégué, c’est un précédent « très dangereux » dans l’histoire de l’ONU.  Le retrait de la MONUG, de même que la cessation de la mission de l’OSCE, ont créé un vide total de présence internationale dans les régions occupées de la Géorgie, les transformant en des « trous noirs » pour les droits de l’homme et en « l’une des zones les moins accessibles au monde », a-t-il affirmé.

Les régions de l’Abkhazie et de Tskhinvali, s’est-il alarmé, sont devenues des territoires où les meurtres et la torture sont commis en toute impunité, une situation qui souligne la nécessité urgente, selon le représentant, de créer des dispositifs internationaux de sécurité sur le terrain, en vertu de l’accord de cessez-le-feu du 12 août 2008 entre la Géorgie et la Russie.  Le délégué a déploré l’absence de discussions sur cette question.  Il a constaté que la primauté du politique au sein du Conseil de sécurité ne laisse pas de place à la création de mandats de maintien de la paix dans des territoires affectés par des conflits et où le pays hôte se voit nier sa capacité à faire valoir sa juridiction.

M. FRANCISCO ALBERTO GONZALEZ (Colombie) a déclaré qu’il est nécessaire de s’assurer que les opérations de maintien de la paix répondent de façon efficace aux menaces changeantes auxquelles elles sont confrontées.  Après avoir exprimé son soutien au concept de « paix durable » mis en avant par le Secrétaire général, il a déclaré qu’il s’agit d’une responsabilité partagée par tous les acteurs pertinents, notamment les États contributeurs, les organisations régionales, les États Membres des Nations Unies et le Conseil de sécurité. 

Le rapport du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix nous rappelle que les missions doivent se concentrer sur les personnes vulnérables auxquelles elles viennent en aide, a poursuivi le délégué.  Après avoir décrit la contribution de son pays aux opérations de maintien de la paix en Haïti, au Liban et ailleurs, il a noté que son action se portait en priorité sur la formation des soldats et policiers colombiens destinés à participer aux opérations de maintien de la paix. 

M. WOUTER HOFMEYR ZAAYMAN (Afrique du Sud) a estimé que les opérations de maintien de la paix doivent venir en appui des processus politiques, avant d’appeler à renforcer les outils de lutte contre les conflits, en mettant notamment l’accent sur la prévention et en évitant toute rechute dans un conflit.  Il a aussi souligné qu’une paix durable ne peut voir le jour sans faire le lien entre la sécurité et le développement.  Le représentant a appelé le Conseil à veiller au bon financement des opérations, à les doter de mandats réalistes et à veiller au bon équipement des Casques bleus.  Il a aussi constaté que se sont souvent les organisations régionales, comme l’Union africaine, qui se déploient le plus rapidement lors des situations de crise.  Sur le plan du financement, il a vu dans les quotes-parts des États Membres la source de soutien financier la plus prévisible pour les opérations déployées.

Le représentant a par ailleurs estimé que les mandats des missions doivent être élaborés en consultation avec les pays contributeurs de contingents, et que ces derniers doivent aussi être consultés avant et pendant la mise en œuvre des recommandations contenues dans le rapport Cruz.  En outre, la technologie et les capacités de combat en vol de nuit méritent d’être renforcées, a estimé le délégué qui a par ailleurs déploré le nombre trop élevé de Casques bleus qui contractent des maladies durant leur déploiement.  Il a réclamé des mesures pour remédier à cette situation.

M. OLIVIER MARC ZEHNDER (Suisse) a estimé que le rapport intitulé « Improving the Security of UN Peacekeepers », du général de corps d’armée Carlos Alberto dos Santos Cruz, ancien commandant des forces des Nations Unies, formulait des « recommandations importantes » pour améliorer tant l’efficacité que la sûreté des missions actuelles ou à venir, et a constaté avec satisfaction que le Secrétariat avait déjà commencé à mettre en œuvre certaines d’entre elles. 

La Suisse salue également l’annonce de l’élaboration d’un plan d’action unique pour améliorer les opérations de maintien de la paix.  La Suisse souligne en outre l’importance d’un financement pérenne et prévisible des opérations de paix, y compris dans les contextes où les Nations Unies travaillent avec des partenaires. 

Elle souhaite le renforcement de la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales pour mieux définir les mandats adaptés à chaque contexte.  Elle souligne aussi l’importance de l’équipement dans l’amélioration de la sûreté des Casques bleus, ainsi que l’accès des moyens médicaux modernes. 

Enfin, le représentant a mis l’accent sur le devoir de protection du personnel engagé sur le terrain, dont une partie travaille dans des zones extrêmement dangereuses.  Les États Membres et l’ONU elle-même sont « moralement et juridiquement » tenus de s’assurer que les obligations découlant de ce devoir sont respectées, a averti le représentant.

Mme ANAYANSI RODRÍGUEZ CAMEJO (Cuba) a réitéré le rôle « primordial » joué par l’Assemblée générale dans l’élaboration des concepts, politiques et stratégies relatifs aux opérations de maintien de la paix, en tant que « forum unique » des Nations Unies sur cette question.  Face à l’augmentation des risques associés à ces opérations, elle a déclaré que tout déploiement de troupes devait se faire dans le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États, conformément à la Charte des Nations Unies. 

La représentante a exprimé des doutes sur la pertinence pour le Conseil de sécurité de faire usage de la force, considérant que toute action en ce sens comportait des implications politiques parfois imprévisibles.  À l’heure actuelle, les opérations de maintien de la paix ne sont pas équipées pour combattre le terrorisme, a déclaré la représentante, ajoutant que la protection des civils ne peut que venir en soutien aux actions des autorités nationales.  Enfin, elle a exhorté les acteurs pertinents à renforcer le fonctionnement des consultations triangulaires entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes. 

M. ALI NASEER MOHAMED (Maldives) a recommandé d’élaborer un cadre analytique pour permettre au Conseil de sécurité non seulement d’envisager les modifications à apporter aux mandats des missions, mais aussi pour renforcer la coordination et la cohérence opérationnelle entre les opérations et l’équipe de pays de l’ONU sur le terrain.  Il a aussi souhaité que les circonstances historiques, politiques et économiques d’une situation donnée soient prises en considération lors de la conception des mandats.  Le représentant a estimé qu’une opération déployée dans un contexte de conflit intra-étatique doit viser à renforcer la capacité de l’État à gouverner, puis appuyer un principe de gouvernance basé sur la démocratie et le développement.

Il a aussi appelé à intégrer les aspects pertinents du Programme 2030 lors de la conception des missions et des opérations de maintien de la paix.  Suffisamment de preuves empiriques indiquent que l’atténuation de la pauvreté et un développement socioéconomique inclusif permettent de promouvoir la paix, a-t-il indiqué.  Le délégué a par ailleurs appelé à fournir davantage d’appui politique et financier aux organisations régionales, jugeant par ailleurs important de renforcer et d’institutionnaliser leur coopération avec le Conseil de sécurité.

M. ISSA KONFOUROU (Mali) a souligné que le débat sur les opérations de maintien de la paix revêt une importance particulière pour son pays, qui est à la fois contributeur de troupes et accueille sur son sol la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), une des missions les plus importantes tant en termes d’effectifs que de budget.  Il a rendu un hommage « appuyé » à toutes les victimes de la crise malienne, tant civiles que militaires.  Devant la nature changeante des conflits, il a estimé qu’il incombait au Conseil de sécurité, aux États Membres, aux organisations régionales et aux pays contributeurs de contingents d’assumer la « responsabilité collective » d’entreprendre des réformes. 

M. Konfourou a convenu que la MINUSMA n’opère pas dans un environnement de maintien de la paix « classique » et fait face à des attaques asymétriques perpétrées par des groupes terroristes.  C’est la raison pour laquelle le Gouvernement du Mali a demandé l’octroi d’un « mandat offensif » à la MINUSMA, a poursuivi M. Konfourou, qui a dit espérer que la revue stratégique en cours tiendra compte de cette « recommandation forte » des autorités maliennes.  Il a en outre considéré essentiel de renforcer les capacités opérationnelles des missions de maintien de la paix afin de leur permettre de s’acquitter efficacement de leur mandat.  Enfin, le représentant a salué le rôle joué par les organisations régionales telles que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest(CEDEAO) et le G5 Sahel pour mettre un terme à la crise. 

M. MOHAMED FATHI AHMED EDREES (Égypte) a constaté que certaines missions se sont vu mandater de tâches qui dépassaient leurs capacités, « devenant ainsi un nouveau symbole de l’incapacité de l’ONU » à régler les conflits.  En outre, la protection des civils est souvent la seule base sur laquelle est évaluée l’efficacité d’une mission, a-t-il souligné.  Il a appelé à améliorer le partenariat avec les principales parties prenantes, à commencer par le pays hôte et l’ONU.  Un consensus doit aussi prévaloir en ce qui concerne le règlement politique d’un conflit, a-t-il plaidé en recommandant aussi un renforcement des mécanismes de coordination, notamment au niveau de la prise de décisions.

Le représentant a souhaité que les processus d’examen des missions aboutissent à des résultats tangibles, exhortant dès lors le Conseil de sécurité à mettre en œuvre les recommandations qui en découlent.  La spécificité de chaque mission, de même que les conditions politiques et tactiques qui prévalent, doivent être prises en compte, a-t-il ajouté.  Il faut aussi opérer des changements au sein du système de préparation au maintien de la paix pour le rendre plus souple et pour sélectionner les Casques bleus les mieux formés.  Enfin, le représentant a signalé que la mentalité des forces découle principalement du mandat qui leur a été conféré, d’où l’importance, selon lui, d’impliquer les pays fournisseurs dès le stade de conception des mandats.

M. KORNELIOS KORNELIOU (Chypre) a rendu hommage aux Nations Unies, au Conseil de sécurité, ainsi qu’aux États qui ont fourni des troupes et des ressources à la Force des Nations Unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP).  Il a estimé que les opérations de maintien de la paix doivent avoir des mandats réalistes et forts, ajoutant que ces opérations ont besoin de modernisation et de renouvellement afin de s’ajuster aux besoins et défis contemporains.  Il a plaidé pour que l’examen stratégique des missions se fasse de manière rigoureuse, en s’appuyant sur des faits et en lien avec le pays hôte, comme ce fut le cas pour l’UNFICYP.  M. Korneliou a ensuite souligné que les opérations de maintien de la paix doivent créer les conditions favorables au processus politique, et non servir pour influencer ce processus. 

Mme NGUYEN PHUONG NGA (Viet Nam) a invité à aligner les mandats « clairement définis » des missions avec les réalités qui prévalent sur le terrain, et à améliorer le renforcement des capacités et la formation des Casques bleus avant leur déploiement.  Elle a aussi souhaité la mise en œuvre des recommandations contenues dans le rapport Cruz pour améliorer la sécurité et la sûreté des Casques bleus, tout en insistant sur la nécessité d’éliminer le fléau de l’exploitation sexuelle dans le domaine du maintien de la paix.

Après avoir annoncé que la première femme Casque bleu vietnamienne avait commencé sa mission au Soudan du Sud en début d’année, la représentante a appelé à renforcer les consultations entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de contingents.  Il importe aussi de renforcer la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales, a-t-elle ajouté.  Enfin, la déléguée a souhaité qu’un accent plus important soit placé sur la diplomatie préventive et la médiation afin de trouver des solutions à long terme aux conflits.

Mme AGNESE VILDE (Lettonie) a appelé à redoubler d’efforts pour traduire en justice les auteurs d’attaques contre les missions et les Casques bleus de l’ONU dont le nombre est en augmentation.  Elle a aussi jugé nécessaire de combler les manques de capacités de l’ONU lorsqu’il s’agit d’assurer le déploiement rapide des missions.  À cet égard, elle a salué les efforts lancés pour améliorer la coopération entre l’Union africaine et l’Union européenne.  Une meilleure planification, de bons équipements et une bonne formation sont essentiels pour mettre en œuvre les mandats et assurer la protection des civils et la sécurité des Casques bleus, a-t-elle ajouté.  Elle a aussi appelé l’ensemble des États Membres à opérer les changements nécessaires pour améliorer le leadership, le comportement sur le terrain, l’utilisation de la force et les postures défensives, l’équipement, de même que la sélection et la formation des Casques bleus.

Préoccupée par l’absence de renseignements localisés, dans les contextes marqués par des menaces asymétriques, la représentante a fait part de son plein appui aux efforts visant à mieux intégrer les technologies et capacités de renseignement modernes au maintien de la paix.  Depuis 2006, la Lettonie a d’ailleurs fourni à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) des spécialistes du renseignement.  Elle a aussi augmenté sa contribution à cette mission l’an dernier au vu de ses besoins critiques en termes de capacités d’analyse d’informations et de renseignements.

M. SHAHRUL IKRAM YAAKOB (Malaisie) a estimé que la réforme des opérations de maintien de la paix de l’ONU devrait se focaliser sur le renforcement et l’amélioration des capacités des missions de maintien de la paix.  Il s’agit d’assurer qu’elles restent pertinentes et plus important encore, efficaces. 

Les efforts doivent aussi être orientés vers l’amélioration de toute la performance des Casques bleus par le droit à la formation.  Le représentant a ajouté qu’un module commun de formation avant le déploiement est vital pour la sûreté et la sécurité des Casques bleus. 

M. Yaakob a également déclaré qu’il était important de renforcer la coopération entre les opérations de maintien de la paix et les organisations régionales et sous-régionales ainsi que la participation active du pays hôte. 

Il a ainsi salué la détermination de l’Union africaine à jouer un rôle de leadership plus grand en augmentant et en renforçant les capacités de maintien de la paix de ses membres.  L’Union africaine a une meilleure compréhension de ses propres défis sécuritaires, a indiqué le délégué. 

Mme VALENTINE RUGWABIZA (Rwanda) a prôné une compréhension commune de la protection des civils, avertissant que des interprétations différentes peuvent être dangereuses.  Elle a rappelé au passage l’importance des Principes de Kigali qui font de la protection des civils une priorité des Casques bleus.  Mme Rugwabiza a aussi appelé à renforcer l’appui au mandat de la police dans un contexte de maintien de la paix, citant le rôle de celle-ci pour gagner la confiance de la population.  Le Secrétariat se doit de déployer des pays contributeurs capables de mettre en œuvre les mandats des missions, et en même temps de tenir pour responsables des dirigeants de missions lorsqu’ils échouent à protéger les civils.

La représentante a aussi souhaité voir un nombre plus important de femmes déployées sur le terrain, soulignant leur rôle pour renforcer l’efficacité des mandats de protection de civils, notamment des femmes et des enfants, ainsi que pour intervenir auprès des victimes de violences sexuelles et sexistes.  Outre l’octroi d’un équipement adéquat, Mme Rugwabiza a appelé à doter les missions de données fiables en termes de renseignement.  Le partenariat avec l’Union africaine mérite en outre d’être renforcé et institutionnalisé, a-t-elle estimé, souhaitant voir lever les barrières bureaucratiques qui entravent la souplesse.

M. MILAN MILANOVIĆ (Serbie) a affirmé qu’il est important de réformer les opérations de maintien de la paix.  Il a indiqué qu’il y a actuellement 330 Serbes déployés dans cinq missions de maintien de la paix de l’ONU et quatre missions de l’Union européenne (UE).  Il a indiqué que cet engagement de son pays tient notamment au fait que la Serbie abrite la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) pour laquelle le pays ne cesse de demander des ressources humaines et financières adéquates pour renforcer son efficacité. 

Le représentant a argué que les récents évènements au Kosovo et à Metohija, y compris l’arrestation non justifiée d’un officiel serbe et des actes de violence commis sur des civils du fait de la « soi-disant police du Kosovo » le 26 mars dernier, viennent démontrer la réalité et la complexe situation politique et sécuritaire dans la province.  Il est donc important de rechercher une solution durable de compromis et de renforcer la présence et les activités de la MINUK sur le terrain, a-t-il plaidé. 

M. LUKE DAUNIVALU (Fidji) a plaidé pour que les opérations de maintien de la paix reçoivent des fonds adéquats pour la mise en œuvre efficiente de leur mandat.  Il a souhaité que le manque de fonds ne soit pas utilisé comme élément pour désavantager les pays contributeurs de troupes ou de personnel de police.  Il a mis en avant l’importance des processus politiques pour la réalisation des objectifs de la mission.  C’est essentiel pour résoudre les conflits et mettre un terme à la mission de manière heureuse, a-t-il expliqué. 

En outre, il a apprécié les contacts que le Secrétaire général engage avec les parties en conflit, ainsi que les efforts de dialogue des organisations régionales et sous-régionales, les négociations et la réconciliation nationale, autant de mesures qui viennent en soutien aux opérations de maintien de la paix.  Pour les Fidji, la paix résulte davantage du partenariat et de la coopération entre le pays hôte, les États Membres, les pays contributeurs de troupes et de personnel de police, le Conseil de sécurité et le Secrétariat. 

M. MAGDI AHMED MOFADAL ELNOUR (Soudan) a prôné le renforcement de la coopération de l’ONU avec les organisations régionales dans les opérations de maintien de la paix, notamment dans le cadre de l’Opération hybride de l’Union africaine et des Nations Unies au Darfour (MINUAD).  Il faut, a-t-il recommandé, parvenir à des solutions stratégiques en s’appuyant sur les efforts conjoints qui ont permis de rétablir la paix au Darfour et le retrait progressif de la MINUAD, avec le soutien sans faille de l’Union africaine (UA), de l’ONU et du Qatar. 

Le délégué a souligné le besoin pour la communauté internationale de faire pression sur les parties qui « refusent d’emprunter la voie de la paix et préfèrent les souffrances de la guerre ».  Pour être plus efficaces, les opérations de maintien de la paix doivent faire l’objet d’une révision régulière et il faut assurer aux Casques bleus une formation adéquate, a-t-il recommandé.  En outre, il a souhaité que soient revus de façon régulière les mandats des opérations de maintien de la paix, avec la collaboration du Secrétariat de l’ONU, du Conseil de sécurité et des équipes de pays des Nations Unies, sans oublier les organisations régionales et les pays fournisseurs de contingents.  À la lumière du lien qui existe entre la paix et le développement, il a ajouté qu’il faut consacrer davantage d’efforts aux communautés affectées par les conflits.  Enfin, le délégué a souligné l’importance de promouvoir des partenariats stratégiques entre l’ONU et l’UA dans le domaine des opérations de maintien de la paix. 

 

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