E. Coordination efficace de l'aide humanitaire
95. S’attaquer aux conséquences des problèmes
humanitaires tenant aux catastrophes et aux situations d’urgence
d’aujourd’hui demeure une priorité pour
l’Organisation des Nations Unies. La gravité
et l’ampleur des situations d’urgence et des catastrophes
récentes – au Darfour, dans l’océan
Indien et en Asie du Sud – démontrent clairement
la nécessité d’une intervention humanitaire
coordonnée venant à point nommé. Étant
donné la complexité de l’action humanitaire
des Nations Unies, les mandats dans le domaine de l’aide
humanitaire recoupent la quasi-totalité des types d’activités
et de fonctions des organismes du système, et, en conséquence,
les catégories de mandats touchant à l’action
de l’Organisation dans ce domaine varient considérablement.
Si les mandats des organismes d’exécution se
chevauchent quelque peu, on retiendra que les principaux organes
conçoivent l’aide humanitaire d’une façon
fragmentée, ce qui peut entraîner des insuffisances
dans la mise en œuvre.
Chevauchement entre les organes
96. Il est nécessaire d’améliorer la
façon dont le mécanisme intergouvernemental
des Nations Unies traite des affaires humanitaires. Si des
aspects de ce problème sont en train d’être
examinés dans le contexte de la revitalisation de l’Assemblée
générale, la question mérite une place
particulière ici en raison de ses importantes conséquences
pour la façon dont les mandats sont énoncés.
Au sein de l’Assemblée générale,
les questions ayant trait aux domaines humanitaires sont dispersées
et réparties entre la plénière et les
Deuxième et Troisième Commissions. La plénière
traite de la coordination, de la sécurité du
personnel et des catastrophes naturelles; la Deuxième
Commission examine l’aide humanitaire à des pays
et régions spécifiques, les catastrophes, les
vulnérabilités et la réduction des risques;
l’aide aux personnes déplacées et aux
réfugiés ainsi que le nouvel ordre humanitaire
international ressortissent à la Troisième Commission.
97. Résultat, il y a chevauchement fréquent
d’activités entre les mandats prescrits. Les
États Membres pourraient prendre des mesures pratiques
pour résoudre ce problème. Dans les mois à
venir et dans le cadre de l’entreprise tendant à
revitaliser l’Assemblée générale,
ils pourraient sans doute envisager de regrouper les débats
sur les questions humanitaires au sein de l’Assemblée,
et de regrouper les questions
humanitaires au titre d’un point général
de l’ordre du jour au sein de l’Assemblée,
et de parvenir ainsi à mieux circonscrire et recentrer
ces débats. À long terme, ils pourraient également
envisager d’entreprendre de nouveau d’améliorer
encore la coordination institutionnelle et l’examen
des questions dans ce domaine.
Rapports à présenter
98. Les États Membres pourraient également
rapidement prendre des mesures pour recentrer la procédure
de présentation des rapports destinés aux organes
intergouvernementaux. Les débats au sein des organes
intergouvernementaux sur l’aide humanitaire et la coordination
de cette aide auraient tout à gagner à l’examen
de ce domaine et d’autres, en ce sens que les rapports
seraient moins nombreux et plus circonscrits.
99. Pour commencer, il serait mieux que la présentation
des rapports par pays soit limitée à la première
année suivant la crise humanitaire survenue dans le
pays considéré, et que, par la suite, la question
soit traitée dans des rapports plus thématiques,
où elle serait enrichie par les débats des organes
intergouvernementaux et les efforts tendant à l’action
humanitaire dans son ensemble. À long terme, si les
rapports étaient plus circonscrits et liés à
des points subsidiaires thématiques spécifiques
relevant du point général sur les questions
humanitaires évoqué plus
haut, les rapports sur les questions humanitaires faciliteraient
davantage la prise de décisions par les États
Membres et le suivi par le système des Nations Unies.
À titre d’exemple, le rapport et l’examen
de la résolution sur les « Casques blancs »
pourraient s’insérer dans le point subsidiaire
sur la coordination afin de contribuer au débat thématique
sur le renforcement des moyens des pays pour appuyer les activités
(Demandé dans la résolution 49/139
B, puis redemandé la dernière fois dans la résolution
58/118).
De même, le rapport et la résolution sur le nouvel
ordre humanitaire international pourraient s’insérer
dans le point subsidiaire relatif à la coordination
dans le cadre des débats sur la réforme humanitaire
(Demandé dans la résolution 36/136,
puis redemandé la dernière fois dans la résolution
59/171).
Mécanisme d’exécution
100. La division du travail en rapport avec le cycle de
gestion des catastrophes gagnerait à être revue.
Le Coordonnateur des secours d’urgence et le Bureau
de la coordination des affaires humanitaires ont un mandat
bien défini pour les interventions en cas de catastrophe
(notamment la coordination et la planification des secours
d’urgence), tandis que la responsabilité de l’atténuation
des effets des catastrophes naturelles, de la prévention
de ces catastrophes naturelles et de la planification préalable
des secours (à l’exclusion de la planification
préalable aux catastrophes) incombe au PNUD (Voir le
paragraphe 16 de la résolution 52/12
B). Or, les catastrophes récentes ont montré
on ne peut plus clairement qu’il n’y a aucune
institution agréée en tant que chef de file
chargé des premières dispositions pour le relèvement
après une catastrophe. Afin de répondre aux
besoins immédiats en matière de gestion des
catastrophes et conformément à l’appel
lancé dans le Document final à l’effet
de rendre les pays mieux à même d’entreprendre
des activités de planification et d’intervenir
rapidement en cas de catastrophes (Voir le paragraphe 169
de la résolution 60/1),
les États Membres devraient préciser et renforcer
le rôle de chef de file de l’Organisation des
Nations Unies à toutes les phases de la gestion des
catastrophes tant aux divers sièges que partout sur
le terrain, y compris en envisageant de mettre en place un
dispositif cohérent pour l’aide en cas de catastrophe
et en prenant en compte les propositions que ferait le Groupe
de haut niveau sur la cohérence à l’échelle
du système. En outre, le Secrétariat interinstitutions
de la Stratégie internationale de prévention
des catastrophes (Au paragraphe 4 de la résolution
54/219,
l’Assemblée générale a mis en place
le Secrétariat
interinstitutions de la Stratégie internationale de
prévention des catastrophes pour qu’il soit l’organe
chargé de coordonner la promotion de la réduction
des effets des catastrophes) devrait être renforcé
en tant que moyen de donner plus de relief et d’accorder
une plus grande attention à la réduction des
risques associés aux catastrophes ainsi que des conséquences
économiques et sociales des catastrophes naturelles.
101. En matière d’aide et de protection en
faveur des personnes déplacées dans leur propre
pays, la multiplicité des mandats a créé
un système complexe qui, s’il traduit la préoccupation
que le problème inspire aux États Membres, n’a
pas nécessairement servi cette population. Le Coordonnateur
des secours d’urgence a reçu mandat de jouer
le rôle central dans la coordination au sein du système
de l’aide et de la protection en faveur des personnes
déplacées dans leur propre pays. Le Coordonnateur
est soutenu dans cette tâche par la Division de l’action
interinstitutions en faveur des personnes déplacées
relevant du Bureau de la coordination des affaires humanitaires
(Voir le paragraphe 186 du document A/51/950
à lire en parallèle avec la résolution
46/182.
Voir également le paragraphe 12 de la résolution
56/164).
La Commission des droits de l’homme a également
chargé le Représentant du Secrétaire
général de la responsabilité en ce qui
concerne les droits de l’homme des personnes déplacées
dans leur propre pays (Voir E/CN.4/1992/23).
Des mandats supplémentaires demandent au Haut Commissaire
des Nations Unies pour les réfugiés de s’occuper
de questions liées aux personnes déplacées
dans leur propre pays (Voir par exemple le paragraphe 14 de
la résolution 48/116).
102. Dans le contexte de la réforme humanitaire en
cours, il a été demandé au Haut Commissariat
des Nations Unies pour les réfugiés –
qui a accepté avec l’approbation de l’ensemble
des organismes humanitaires au sein du Comité permanent
interorganisations – d’être l’organisme
des Nations Unies devant assumer la responsabilité
des interventions opérationnelles en faveur des personnes
déplacées dans leur propre pays dans des situations
d’urgence complexes pour les domaines liés à
la protection, aux abris d’urgence ainsi qu’à
la coordination de la gestion des camps, et être comptable
de l’action en la matière. Si cette initiative
a permis de clarifier davantage les dispositifs de coordination
dans ces domaines opérationnels spécifiques,
il règne toujours une confusion et une incohérence
générales résultant des mandats, en particulier
en ce qui concerne l’aide et la protection à
offrir aux personnes déplacées au niveau des
pays. Afin d’améliorer encore la réforme
actuelle et de réduire les risques de chevauchement
et de fragmentation, il serait prudent que les États
Membres réexaminent les mandats concernant les personnes
déplacées à l’intérieur
de leur propre pays, l’objectif étant de déterminer
clairement la responsabilité de l’assistance
à cette population, y compris de renforcer le rôle
du Coordonnateur des secours d’urgence dans la coordination
de l’assistance et de la protection au niveau des pays.
103. Il y a également à redire sur la façon
dont on répond aux besoins des rapatriés, ainsi
que sur leur rapatriement et leur réinsertion, principalement
au lendemain d’un conflit. Plusieurs mandats ont été
énoncés, qui reconnaissent le rôle que
les organismes des Nations Unies peuvent jouer dans la facilitation
de l’aide aux rapatriés et de leur rapatriement
et qui prient le HCR et les autres organismes de poursuivre
leurs efforts afin de promouvoir des solutions durables rapides
(Voir par exemple le paragraphe 16 de la résolution
55/74).
Toutefois, pour ce qui est du rapatriement durable librement
consenti, les besoins des réfugiés qui regagnent
leur pays sont bien souvent laissés pour compte dans
les plans de développement des équipes de pays
des Nations Unies. De récentes initiatives dans le
cadre du GNUD qui tentent de résoudre ce problème
méritent d’être soutenues. La création
de la Commission de consolidation de la paix peut également
contribuer à centrer l’attention sur les besoins
en période de transition dans les pays sortant d’un
conflit, et le sort des réfugiés de retour dans
leur pays devrait s’en trouver amélioré.
À mesure que la Commission de consolidation de la paix
prend corps et que les décisions sont prises sur les
situations nationales qui la concerneront, les États
Membres souhaiteront peut-être – afin de combler
les lacunes dans la satisfaction des besoins des rapatriés
– réexaminer les mandats concernant ces pays,
en vue d’assurer la cohérence entre l’action
de la Commission de consolidation de la paix et celle du HCR
et des organismes concernés.
Mandats et ressources
104. Dans certains domaines, si l’on a arrêté
des mandats tendant à renforcer l’action humanitaire,
certains des engagements correspondants n’ont ni été
suivis d’effet ni soutenus par un financement suffisant
et prévisible. C’est ainsi que si le renforcement
de l’efficacité de l’action humanitaire
des Nations Unies est un objectif déclaré du
Document final du Sommet de 2005 (Voir le paragraphe 169 de
la résolution 60/1),
le Bureau de la coordination des affaires humanitaires ne
peut toujours pas compter sur des ressources prévisibles
pour certaines de ses activités, et le Secrétariat
interinstitutions de la Stratégie internationale de
prévention des catastrophes s’appuie uniquement
sur des contributions volontaires. La transformation récente
du Fonds central autorenouvelable d’urgence en Fonds
central d’intervention pour les urgences humanitaires
(Voir le paragraphe 134 a) de la résolution 60/1) est
un pas dans la bonne direction, en ce sens qu’elle devrait
permettre de mobiliser des ressources lors des phases initiales
d’une crise humanitaire, dès que la catastrophe
frappe. Toutefois, de tels fonds ne sauraient tenir lieu d’appui
suffisant et prévisible qui s’avère nécessaire
dans tous les domaines de la gestion des catastrophes. Il
importera donc que les États Membres envisagent d’assurer
des moyens plus prévisibles afin de renforcer les activités
de réduction des risques associés aux catastrophes.
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