À Zémio, dans le sud-est de la République centrafricaine, l'accès humanitaire repose autant sur la confiance que sur la sécurité. Freddy Steephen Sodea Ben Gbowe, du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), est au cœur de cette démarche : il tisse des liens avec les communautés, les autorités et les acteurs armés afin de garantir que l'aide parvienne aux personnes dans le besoin.

Zémio représente l'un des contextes humanitaires les plus difficiles en République centrafricaine. À quoi ressemble la réalité opérationnelle sur place ?

Il est difficile d'opérer à Zémio. La situation sécuritaire y est instable, marquée par des affrontements récurrents dans la ville et ses environs. Les déplacements sont très limités en raison du mauvais état des routes et des ponts endommagés ; par ailleurs, durant la saison des pluies, il peut falloir jusqu'à trois mois pour que des camions arrivent de Bangui, une distance de 1 000 km.

Et il y a quelques mois, des camions transportant de l'aide ont été incendiés, laissant Zémio sans assistance pendant une assez longue période.

OCHA est actuellement la seule entité humanitaire de l'ONU physiquement présente dans la zone. Cela nous confère une lourde responsabilité : non seulement coordonner les efforts, mais aussi contribuer à créer les conditions permettant à d'autres acteurs d'intervenir, ainsi qu'à assurer la protection et l'assistance des communautés.

La situation évolue constamment. C’est pourquoi un dialogue permanent – ​​avec les autorités locales, les communautés et les acteurs armés – est crucial si nous voulons atteindre les familles déplacées et les autres personnes ayant un besoin urgent d’aide.

À quoi ressemble l'accès humanitaire dans un environnement aussi sensible ?

Tout repose en grande partie sur le dialogue et la compréhension du contexte. Je consacre beaucoup de temps à échanger avec différents interlocuteurs pour expliquer qui nous sommes et ce que nous défendons en tant qu'acteurs humanitaires – en particulier nos principes de neutralité, d'impartialité et d'indépendance.

Ma compréhension des dynamiques locales, des langues et des réalités sociales permet d'éviter les malentendus. Dans cette région, les communautés peuvent être étroitement liées à l'une ou l'autre des parties au conflit. Les sensibilités religieuses jouent également un rôle. Par conséquent, si l'on ne prend pas tout cela en compte, il est très facile de perdre la confiance d'autrui.

Mon rôle consiste souvent à rassembler les acteurs — partenaires humanitaires, autorités et communautés — et à maintenir cet engagement dans la durée. C’est ce qui permet d’assurer l’accès, même lorsque la situation sécuritaire est très difficile.


Lire l’intégralité de l’entretien [en anglais] sur la page LinkedIn d’OCHA.