29 avril 2026

Une crise de la protection qui s'aggrave, alimentée par des restrictions systémiques, des retours forcés et des chocs climatiques

L'une des crises de protection les plus aiguës et les plus complexes au monde se déroule actuellement en Afghanistan, où des facteurs interdépendants aggravent l’ampleur et la gravité des besoins humanitaires. Au cœur de cette situation se trouve un système de restrictions fondées sur le genre qui limite considérablement l’accès des femmes et des filles à l’éducation, à l’emploi, à la participation à la vie publique et aux services essentiels. Ces restrictions ont érodé les capacités de résilience de la moitié de la population et ont fortement entravé la capacité des acteurs humanitaires à fournir une aide inclusive et conforme aux principes humanitaires. L’interdiction de l’enseignement secondaire et supérieur pour les filles, l’interdiction faite aux femmes de travailler dans des secteurs clés et les limitations persistantes imposées aux travailleuses humanitaires ont toutes contribué à accroître les risques en matière de protection. Dans ce contexte déjà fragile, les tensions géopolitiques et l’instabilité régionale viennent alourdir encore davantage la situation.

Parallèlement, l’Afghanistan connaît l’une des plus importantes vagues de retours de l’histoire récente. Au cours des deux dernières années, environ 5 millions d’Afghans sont rentrés des pays voisins, ce qui représente une augmentation de la population d’environ 10 %. Rien qu’en 2025, 2,8 millions d’Afghans sont revenus, soit le chiffre annuel le plus élevé de ces dernières années. Beaucoup sont arrivés sous la contrainte, sans papiers, sans ressources ni réseaux établis, accentuant ainsi la pression sur des services déjà saturés, en particulier dans les provinces frontalières et les grands centres urbains.

L’Afghanistan est également confronté à une accumulation de catastrophes liées au climat. Des années de sécheresse ont épuisé les nappes phréatiques, dévasté les zones de pâturage et fragilisé les systèmes agricoles, tandis que des inondations, glissements de terrain et séismes récurrents continuent de détruire des habitations, des moyens de subsistance et des infrastructures essentielles. Ces chocs environnementaux se conjuguent à des fragilités socio-économiques : plus de 70 % des ménages signalent une consommation alimentaire insuffisante, et nombre d’entre eux ont recours à des stratégies d’adaptation extrêmes, telles que la vente d’actifs productifs, le mariage précoce ou la réduction de l’accès aux soins de santé et à l’éducation.

Ensemble, ces facteurs engendrent une crise de protection multidimensionnelle qui expose des millions de personnes à une privation extrême. Si la communauté humanitaire continue de fournir une aide vitale — touchant plus de 17 millions de personnes rien qu'en 2025 —, l'ampleur des besoins dépasse les ressources disponibles ; par ailleurs, la nature interconnectée de la crise exige une approche stratégique pluriannuelle, alliant réponse humanitaire, renforcement de la prestation de services et renforcement de la résilience.

Une transition stratégique de l'aide humanitaire d'urgence vers l'aide répondant aux besoins humains fondamentaux, afin de renforcer la résilience

Conscientes de la nature prolongée de la crise en Afghanistan, les Nations Unies ont adopté une approche qui concilie interventions humanitaires urgentes et fourniture soutenue d'une aide répondant aux besoins humains fondamentaux. Cette approche reflète une transition stratégique : il s'agit de dépasser la réponse d'urgence à court terme pour s'orienter vers la stabilisation des services essentiels et la création d'opportunités de moyens de subsistance.

Dans le cadre du Cadre stratégique des Nations Unies pour l’Afghanistan (UNSFA, 2023-2027), les programmes axés sur les besoins humains fondamentaux visent à maintenir le fonctionnement des services essentiels pour des millions d’Afghans tributaires d’un soutien extérieur pour accéder aux soins de santé, à l’éducation, à l’eau et à l’assainissement, aux services de protection ainsi qu’à la protection sociale. Mis en œuvre grâce à des partenariats avec des entités des Nations Unies, des organisations non gouvernementales (ONG) et des institutions financières internationales, l’approche fondée sur les besoins humains fondamentaux garantit le maintien en activité des cliniques, la poursuite de l’éducation communautaire pour les filles et les garçons, l’entretien des systèmes d’approvisionnement en eau potable et l’accès des ménages vulnérables à des filets de sécurité prévisibles ainsi qu’à des moyens de subsistance.

Alors que l’aide humanitaire répond aux besoins immédiats de survie, les programmes axés sur les besoins humains fondamentaux renforcent la capacité des communautés à résister aux chocs récurrents en stabilisant les systèmes qui soutiennent la vie quotidienne. Par exemple, en 2025, des investissements soutenus dans les soins de santé primaires ont permis à plus de 34 millions de personnes d’accéder à des services essentiels, tandis que des programmes éducatifs communautaires ont favorisé l’apprentissage de 4,6 millions d’enfants, dont beaucoup auraient autrement été exclus du système scolaire formel.

L’intégration d’une approche fondée sur des solutions durables — allant au-delà de l’aide d’urgence pour viser une réintégration pérenne, des moyens de subsistance et la cohésion sociale — en est une parfaite illustration. Cette démarche revêt une importance croissante, alors que les retours massifs depuis l’Iran et le Pakistan exercent une pression sans précédent sur des communautés et des services essentiels déjà fragilisés.

Grâce à l’approche fondée sur des solutions durables, les Nations Unies et leurs partenaires ONG ont apporté leur aide aux populations touchées par le déplacement dans 33 des 34 provinces en 2025, soutenant les personnes de retour, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et les communautés d’accueil vulnérables par le biais d’interventions aussi bien ciblées qu’à l’échelle de la communauté.

La réduction de l'aide mondiale et la multiplication des situations d'urgence font reculer l'Afghanistan dans l'ordre des priorités des bailleurs de fonds, renforçant ainsi la nécessité d'une coordination inter-piliers plus étroite

Le paysage humanitaire mondial évolue rapidement. Face à de multiples crises de grande ampleur qui se disputent l'attention limitée des donateurs, l'Afghanistan rétrograde progressivement dans la liste des contextes prioritaires. Le Plan de réponse et de besoins humanitaires pour 2025 n'a obtenu que 42 % des fonds nécessaires, contraignant les partenaires humanitaires à réduire leur couverture géographique, à limiter leurs programmes et à restreindre le ciblage aux besoins les plus critiques.

Dans un contexte de financement aussi contraint, ni l’aide humanitaire ni les systèmes axés sur les besoins humains fondamentaux ne peuvent, à eux seuls, répondre à l’ampleur des besoins. Par conséquent, les Nations Unies et leurs partenaires intensifient leurs efforts pour renforcer la coordination entre les différents piliers. Un examen approfondi de l’architecture de coordination est en cours depuis le début de l’année 2025 ; il vise à accroître l’efficacité, la responsabilité et l’impact, tout en renforçant la collaboration inter-piliers avec les partenaires et structures humanitaires et ceux œuvrant pour les besoins humains fondamentaux, ainsi qu’à optimiser le rapport coût-efficacité.

La nouvelle architecture vise à renforcer les interfaces entre les partenaires humanitaires et ceux du volet besoins humains fondamentaux afin de créer une compréhension commune, d'améliorer la complémentarité et de soutenir l'analyse et la planification conjointes, tout en préservant le caractère distinct de leurs interventions fondées sur des mandats différents.

À cet égard, l'architecture est conçue pour évoluer en s'appuyant sur les structures, capacités et ressources existantes, en renforçant l'inclusion des ONG — y compris dans les rôles de coordination et de direction — et en privilégiant une adaptation fondée sur des examens réguliers et l'apprentissage. Elle renforce également la coordination territoriale afin de maximiser l'impact et de réduire les doubles emplois.

La coordination à l'échelle territoriale s'est révélée particulièrement efficace dans les districts confrontés à un nombre élevé de personnes de retour ou à de graves chocs climatiques, là où les besoins sont multidimensionnels et où les communautés ont besoin d'un soutien à la fois immédiat et systémique. En privilégiant la convergence géographique et la collaboration intersectorielle, ces approches permettent de s'attaquer aux causes de la vulnérabilité chronique plus efficacement que des interventions isolées.

Toutefois, une solidarité internationale soutenue demeure indispensable. Même avec une coordination améliorée et une programmation plus efficace, la capacité des Nations Unies et de leurs partenaires à fournir une aide humanitaire vitale et à maintenir des services essentiels liés aux besoins humains fondamentaux dépend d'un financement prévisible et pluriannuel. Sans cela, des centres de santé risquent de fermer, le soutien à l'éducation pourrait diminuer, les systèmes d'approvisionnement en eau pourraient faillir et les ménages vulnérables pourraient perdre l'accès à un soutien au revenu de base, aggravant ainsi la fragilité et compromettant des acquis durement obtenus.

Conclusion

L’Afghanistan se trouve à la croisée d’une grave crise en matière de protection, de besoins humanitaires persistants et d’un désintérêt croissant de la communauté internationale. Pourtant, l’engagement des acteurs de l’humanitaire et du développement sur le terrain demeure inébranlable. Grâce à une transition stratégique articulant aide humanitaire et prestation continue de services essentiels, ainsi qu’à une coordination renforcée entre les différents piliers de l’intervention, les Nations Unies et leurs partenaires œuvrent pour préserver la dignité humaine, protéger les plus vulnérables et soutenir la résilience des communautés face à l’accumulation de chocs.

La poursuite de l’engagement mondial et le renouvellement de l’engagement des donateurs détermineront si les systèmes essentiels dont dépendent chaque jour des millions de personnes pourront être pérennisés en Afghanistan. Dans un contexte marqué par une augmentation des retours, des perturbations aux frontières régionales et des tensions géopolitiques plus larges, ce soutien ne constitue pas seulement une bouée de sauvetage ; il est le fondement d’un avenir plus stable et porteur d’espoir.
 

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