Dans un amphithéâtre comble de l’École nationale d’administration du Sénégal, connue sous le nom d’ENA, l’histoire d’Hiroshima a servi de point de départ à une discussion concrète sur le leadership, le relèvement et ce qu’il faut pour préserver la paix sur plusieurs décennies.

Le séminaire, tenu à Dakar le 16 février, a réuni des étudiants de l’ENA, des hauts fonctionnaires, des diplomates et des partenaires internationaux afin de réfléchir à la manière dont les sociétés se reconstruisent après des traumatismes profonds et à la façon dont les institutions publiques peuvent prévenir de futures crises.

Le professeur Hideaki Shinoda, chercheur invité venu de Tokyo et spécialiste japonais de premier plan de la consolidation de la paix à l’Université des études étrangères de Tokyo, a structuré son intervention autour d’une idée centrale : les enseignements les plus utiles en matière de consolidation de la paix se trouvent dans les choix que font les communautés lorsque l’avenir est incertain et que les progrès sont lents.

L’ambassadeur Fodé Seck, ancien Représentant permanent du Sénégal auprès des Nations Unies, modère les échanges avec les élèves et les invités.

« Ce sont les êtres humains, en particulier les dirigeants, qui créent la paix. Des dirigeants avec une vision. Des dirigeants dotés de capacités d’analyse. Avec le courage politique de mettre en œuvre leurs plans », a-t-il déclaré.

Ancien Président du Hiroshima Peace Center, il a pris Hiroshima comme étude de cas principale, rappelant que la ville a été dévastée par le bombardement atomique du 6 août 1945, et soutenant que son relèvement comporte des leçons qui dépassent la seule reconstruction matérielle.

Il a également souligné que la trajectoire d’Hiroshima a été marquée par plus d’une rupture. Selon son analyse, la ville a traversé deux grands cycles de bouleversements et de reconstruction, d’abord à travers les transformations profondes de la modernisation du Japon au 19e siècle, puis à travers la destruction de 1945 et le long processus de reconstruction qui a suivi.

Pour le professeur Shinoda, le relèvement implique de reconstruire l’identité, de restaurer la confiance sociale et de créer une direction civique que la population peut soutenir dans la durée. Il a mis en avant un leadership à la fois ambitieux et ancré dans la réalité, et a insisté sur le fait que les progrès dépendent de la discipline et de la redevabilité.

S’appuyant sur l’expérience du Japon, il a décrit la consolidation de la paix comme un cycle : identifier le problème, l’analyser avec lucidité, élaborer un plan, le mettre en œuvre, évaluer ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné, puis ajuster et poursuivre. Il a également souligné que, si l’apprentissage à partir d’autres contextes peut être utile, la responsabilité demeure locale et nationale.

« Nous devons être responsables de notre propre paix », a-t-il déclaré, reliant l’histoire d’Hiroshima aux responsabilités des futurs dirigeants publics au Sénégal et dans la région.

L’ambassadeur Takeshi Akamatsu, Ambassadeur du Japon au Sénégal, prononce l’allocution d’ouverture du séminaire à l’ENA Dakar.

Transformer l’histoire en enseignements pour le leadership public

Modérant les échanges, l’Ambassadeur Fodé Seck, ancien Représentant permanent du Sénégal auprès des Nations Unies, a encouragé les participants à considérer le séminaire comme plus qu’une réflexion historique. Il a orienté la discussion vers ce qu’exige le leadership public dans la pratique : comprendre les risques à long terme, renforcer les institutions et assurer le suivi au-delà d’un seul événement.

L’Ambassadeur Seck a également souligné le lien étroit entre le niveau local et le niveau international, rappelant que les réalités sur le terrain sont façonnées par des dynamiques mondiales plus larges.

« Pensez global, mais agissez local », a-t-il déclaré, invitant les étudiants de l’ENA à relier la réflexion stratégique à l’action concrète dans leurs futures affectations.

Partenariat et coopération dans un monde en évolution

Dans ses remarques, l’Ambassadeur Takeshi Akamatsu, Ambassadeur du Japon au Sénégal, a présenté le séminaire comme s’inscrivant dans un engagement plus large en faveur d’une coopération qui soutient la stabilité et la résilience à long terme.

Il a également mis en avant des domaines concrets de coopération avec le Sénégal, notamment un appui lié à la paix et à la stabilité en Casamance, ainsi qu’une assistance combinant équipements, formation et développement sur le long terme. Il a présenté ces efforts comme relevant d’une approche qui privilégie le développement des capacités et un engagement durable.

L’événement, organisé en partenariat avec l’Ambassade du Japon au Sénégal, a réuni des étudiants de l’ENA, des hauts responsables, des diplomates et des partenaires internationaux, dont l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, afin d’échanger sur ce que signifie concrètement la consolidation de la paix sur le long terme et sur les éléments qui peuvent être transposés d’un contexte à l’autre.

Vue d’ensemble de l’auditorium de l’ENA Dakar lors du séminaire consacré à la consolidation de la paix.

La consolidation de la paix comme priorité pour le Sénégal et la région

Dans son mot de bienvenue, Mor Fall, Directeur général de l’ENA, a souligné que la consolidation de la paix demeure essentielle pour protéger la cohésion sociale et renforcer les institutions avant que les crises ne s’aggravent.

Le séminaire a mêlé histoire et enseignements pratiques sur le leadership, en s’appuyant sur Hiroshima pour susciter une réflexion sur la manière dont les sociétés maintiennent une direction dans la durée et sur la façon dont les dirigeants gagnent la confiance du public par le réalisme, la redevabilité et la persévérance.