Dakar, 18 et 19 juillet -La célébration de la Journée Nelson Mandela s'est tenue à l'Institut Supérieur de Management de Dakar (ISM), sur le thème : « Renouveler la promesse de l'Afrique ». L'événement a été marqué par la remise du titre de Docteur Honoris Causa au Dr Mathews Phosa, ancienne figure de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, dans une volonté commune d'unifier les peuples et d'œuvrer pour la paix. Le public était majoritairement composé d'étudiants et d'enseignants d'universités et de centres de recherche.
La chorale de l'ISM a ouvert la célébration en interprétant des chants très populaires à l'époque de Nelson Mandela, plongeant d'emblée l'assistance dans l'atmosphère des luttes anti-apartheid, menées par des hommes et des femmes assoiffés de justice.
Le dialogue de Dakar
Dans son intervention, le Dr Mathews Phosa est revenu sur le dialogue tenu à Dakar en 1987 entre des représentants de l'ANC et des personnalités sud-africaines, un épisode fondateur du processus qui allait, quelques années plus tard, ouvrir la voie aux négociations mettant fin à l'apartheid. Il a également établi un parallèle entre Nelson Mandela et le premier Président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, soulignant que les deux hommes avaient volontairement renoncé au pouvoir : Senghor en 1980, Mandela en 1999, à une époque où beaucoup de leurs contemporains ailleurs sur le continent, s'enracinaient indéfiniment au pouvoir.

A partir de la gauche Kabiné Koroma, Dr Matthew Phosa, Ndiakhat Ngom (ITCSS), Abdou Diouf, Directeur de l'ISM - Credit photo Trust Africa
La Guinée Conakry, terre de solidarité panafricaine
L’ancien Premier ministre Guinéen, Kabiné Komara a rappelé que la Guinée avait été l'un des tous premiers États africains indépendants à soutenir activement les mouvements de libération d'Afrique australe. Il est revenu sur l'accueil et le soutien apportés, dès les premières années de l'indépendance guinéenne, aux militants de l'ANC et à d'autres figures de la lutte anti-apartheid, une page de l'histoire des relations entre la Guinée et l'Afrique du Sud qui reste peu connue de la jeunesse actuelle.
Cet engagement ne s'est pas arrêté avec la fin de l'apartheid : aujourd'hui encore, Kabiné Komara œuvre aux côtés d'anciens responsables sud-africains, notamment Mathews Phosa, dans une démarche de diplomatie de paix.
Les Madibaristes, les idéaux de Mandela portés par les étudiants du Sénégal
Partenaires du Centre d'Information des Nations Unies de Dakar (CINU) pour la célébration de la Journée Nelson Mandela depuis l’édition du 18 juillet 2014, les Madibaristes sont nés dans les universités de Dakar, dans un contexte de tensions au sein de la communauté estudiantine. Pour les promoteurs du mouvement, le moment était opportun pour promouvoir les idéaux de Mandela, dont la culture de la paix, et l'engagement à travers la campagne qui invite, chaque 18 juillet, chacun à consacrer 67 minutes de son temps à une action solidaire. Le chiffre 67 faisant référence aux 67 années que Nelson Mandela a consacrées à la lutte pour la justice sociale, les droits humains, l’égalité et la démocratie.
Cheikh Ibra Faye, premier coordonnateur du mouvement, dont le flambeau a depuis été transmis à quatre reprises à de nouvelles générations d'étudiants, est revenu sur les actions menées au fil des ans : chaque année, avec constance, les Madibaristes célèbrent la Journée Nelson Mandela à travers des dons de sang, des dons à des institutions telles que des orphelinats et des lieux de détention, le nettoyage d'espaces publics et des plantations d'arbres. L’action la plus emblématique selon Cheikh Ibra Faye est celle de Gorée : « nous avons planté l'arbre sur la place Nelson Mandela de Gorée, l’ île symbole de la traite transatlantique des esclaves, aujourd'hui classée patrimoine de l'UNESCO ».

Photo de famille des conférenciers - Crédit photo : Madibaristes
Souté Badji, membre du mouvement des Madibaristes, originaire de Casamance, raconte comment les campagnes soutenues par le CINU lors des Journées Nelson Mandela ont forgé chez lui une conscience environnementale. Il partage son plaidoyer dans les villages : « chaque fois que je reviens chez moi, je sensibilise les populations pour qu'elles arrêtent la coupe du bois, responsable de la dégradation de l'environnement, de la salinisation des terres et du réchauffement climatique ».
Malal Talla, rappeur, connu sous le nom de Fou Malade et membre du mouvement Y'en a Marre, a évoqué l'impact de Nelson Mandela sur les jeunes de sa génération dans les années 80. Il se souvient ainsi de ses vertes années : « Dès que que j'entrais dans ma salle de classe, je lisais cette phrase inscrite sur le tableau noir : l'apartheid est un crime contre l'humanité ».
Une mémoire transmise
À l'ISM, deux hommes qui ont vécu, chacun à leur façon, les décennies de lutte panafricaine, ont choisi de s'adresser directement à une jeunesse universitaire, celle qui n'a connu ni l'apartheid, ni les années de la guerre froide sur le continent, ni les risques pris par certains gouvernements africains pour soutenir des mouvements de libération.
En ce sens, la célébration a servi de relai générationnel : les récits de Matthew Phosa sur le dialogue de 1987 et ceux de Kabiné Komara sur la solidarité guinéenne envers les mouvements de libération sont des transmissions directes. Ce relai ne s'arrête pas aux anciens : du côté de Y'en a Marre, des personnalités comme Malal Talla et d'autres de sa génération ont été marquées par la figure de Mandela et continuent, depuis la naissance du mouvement, de revendiquer plus de justice et de démocratie. Chez les Madibaristes, ce sont aussi les générations suivantes de la jeunesse africaine qui reprennent le flambeau, portant à leur tour mémoire, valeurs et idéaux de paix.
L'événement de l'ISM a proposé autre chose : la preuve que l'histoire panafricaine reste vivante tant qu'elle continue d'être racontée, à voix haute, par ceux qui l'ont traversée, devant ceux qui l'écriront demain.
MANDELA DAY 2026 À L'ISM, CAMPUS BAOBAB
TrustAfrica, l'Institut TransAtlantic sur les Coopérations Sud-Sud (ITCSS), l'Institut Supérieur de Management (ISM), le Centre d'Information des Nations Unies (CINU), les Madibaristes, l'Inclusive Society Institute du Cap, Gorée Institut, Forum du Justiciable et la Fondation Rosa Luxemburg ont organisé, les 18 et 19 juillet 2026, le Mandela Day dans les locaux de l'ISM, Campus Baobab, à Dakar. Cette rencontre de deux jours a rendu hommage à l'héritage de Nelson Mandela à travers conférences, tables rondes et panels consacrés à la paix, au leadership, à l'éducation, à la justice, à la coopération Sud-Sud, à l'héritage post-apartheid et aux défis contemporains du continent africain.



