J’ai commencé mon parcours aux Nations Unies comme guide au siège de New York. Je faisais visiter les lieux aux délégations, aux écoliers du monde entier, aux visiteurs, en leur racontant l’histoire de cette institution, les symboles qu’elle abrite, les cadeaux offerts par de nombreux pays — comme la toile de Guernica près du Conseil de sécurité ou la mosaïque de Rockwell. C’est là, dans ces couloirs chargés de mémoire, que la photographie a doucement pris place dans ma vie. Une image après l’autre, j’apprenais à regarder autrement. 

Quand j’ai quitté New York pour ma première mission de paix au Kosovo (UNMIK), tout a pris un autre sens. J’ai présenté ma première exposition, Regards, en noir et blanc, dans une ville marquée par les cicatrices du conflit. L’image n’était plus seulement esthétique : elle devenait témoignage. Il fallait capter la résilience sans trahir la dignité, traduire la complexité sans simplifier la douleur. 

Ce fil rouge m’a conduite en République démocratique du Congo, à la MONUC puis à la MONUSCO. J’ai photographié les premières élections démocratiques après quarante ans, couvert des missions institutionnelles et de terrain avec les sections Droits de l’homme, Protection des civils, Genre, Enfants, DDR. J’ai accompagné des enfants sortis des groupes armés, pris des vols en hélicoptère au-dessus des forêts du Nord-Kivu pour rejoindre des zones inaccessibles. J’ai vécu l’éruption du Nyiragongo, appareil en main, aux côtés de vulcanologues et de populations en fuite. 

Mon travail repose sur une collaboration constante avec les sections des missions, les acteurs locaux et les communautés. Il m’oblige à m’adapter sans cesse à des contextes multiculturels et fragiles. À travers chaque image, je m’efforce de respecter la personne, son histoire, sa parole. Les questions d’éthique, de représentation et de protection sont essentielles. 

Toujours en mission au sein des Nations Unies — au Mali (MINUSMA), aujourd’hui en Centrafrique (MINUSCA) — je cherche à capter l’élan humain derrière chaque action. La photographie est pour moi une manière de servir la paix. Ce que les mots peinent parfois à dire, la lumière le révèle. 

À propos de l'auteure: 

Myriam Asmani est photographe au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA).