Les 30 juin et 1er juillet 2026, l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et ses partenaires ont organisé, à Dakar, une retraite régionale réunissant 17 créateurs de contenu et journalistes venus de sept pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre (Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Tchad, Sénégal), ainsi qu’un influenceur originaire du Congo-Brazzaville. Cette activité inédite s'est tenue au Centre d'information des Nations Unies (CINU) de Dakar qui a contribué à la formation sur le plan technique.
Mieux comprendre les risques liés au numérique
Face à l'exploitation qui se propage aussi en ligne, des créateurs de contenu d'Afrique de l'Ouest et du Centre se sont mobilisés pour faire des réseaux sociaux un outil de prévention plutôt que de recrutement des trafiquants.
Pendant deux jours, ils ont renforcé leurs connaissances sur les cadres juridiques internationaux relatifs à la traite des personnes et au trafic illicite de migrants, tout en explorant les liens croissants entre ces crimes, la cybercriminalité et les plateformes numériques.

Vue d’ensemble participants à la formation ONUDC – © Cheikh Seye, CINU Dakar
Les experts de l'ONUDC ont présenté les principaux instruments internationaux ainsi que les modes opératoires des réseaux criminels. Les représentants de la Police nationale et de la Gendarmerie du Sénégal ont partagé leur expérience opérationnelle, notamment sur les techniques de recrutement utilisées par les trafiquants et les passeurs, ainsi que sur les réponses déployées par les forces de défense et de sécurité sur les axes terrestres, maritimes, aériens et fluviaux.
Le CINU Dakar a animé le volet consacré à la communication numérique, portant sur les techniques d'interview, la lutte contre la désinformation, l'identification des arnaques en ligne, la vérification des images et des contenus numériques, ainsi que des exercices pratiques de production audiovisuelle.

Mohamed Sylla dit Moh Sylla, influenceur – © Cheikh Seye, CINU Dakar
« Les plateformes numériques, les applications de messagerie et les réseaux sociaux sont devenus des espaces où se jouent parfois les premières étapes du recrutement, de la manipulation et de l'exploitation », a rappelé Sylvie Bertrand, Représentante régionale de l'ONUDC pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre.
Une mobilisation régionale des créateurs de contenu
Les échanges ont mis en évidence la valeur ajoutée d'un dialogue entre journalistes, influenceurs et créateurs de contenu issus de plusieurs pays confrontés à des défis communs.
Pour Halimatou Salissou, activiste nigérienne engagée pour l’autonomisation des jeunes, des femmes et la défense des plus vulnérables, les arnaques sentimentales en ligne sont fréquentes : « Les femmes se font appâter par des promesses de mariage qui se révèlent être des pièges, lorsqu'elles se retrouvent en situation d'exploitation à l'étranger. »

Halimatou Salissou, activiste engagée pour l’autonomisation des jeunes, des femmes et la défense des plus vulnérables – © Cheikh Seye, CINU Dakar
Du côté des médias, la présentatrice de la Radio Télévision sénégalaise (RTS), Ramata Dème, dit avoir changé de regard sur les influenceurs : « Ils ont plus de liberté que nous, mais nous pouvons collaborer en leur apportant nos techniques. »Beaucoup de participants ont salué l'occasion, rare, de réunir des créateurs de contenu venus de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre autour d'une même cause.
Des ambassadeurs de la prévention
À l'issue de la retraite, les participants - parmi lesquels les influenceurs Fatou Jupiter Touré et Macdi, intervenus lors d'une masterclass, se sont engagés à produire des contenus de sensibilisation à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains 2026 et au-delà. Ils repartent avec une meilleure compréhension des liens entre cybercriminalité, traite des personnes et trafic illicite de migrants, mais également avec de nouveaux outils en matière d'éthique numérique, de droit à l'image, de vérification de l'information et de lutte contre la désinformation.
Cette activité s'inscrit dans le cadre du projet PROMIS (Protection des migrants), mis en œuvre conjointement par le Bureau régional pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et le Bureau régional pour l'Afrique de l’Ouest du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), avec le soutien financier du Royaume des Pays-Bas. L'activité a également bénéficié de l'appui de la Déclaration de Niamey, financée par l'Union européenne et du projet « Améliorer l'éducation et la protection des enfants au Burkina Faso et Niger », financé par la République d’Italie. La formation à Dakar a été menée sous l’égide de la Cellule nationale de lutte contre la traite des personnes (CNLTP) rattachée au Ministère de la Justice du Sénégal.



