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AG/EF/3541
19 octobre 2020
Soixante-quinzième session, Dialogues virtuels, Après-midi

Deuxième Commission: Israël, priée de dédommager le peuple palestinien et la population arabe du Golan syrien occupé pour l’exploitation des ressources naturelles dans les territoires occupés

L’examen, cet après-midi, par la Deuxième Commission chargée des questions économiques et financières, de la note* du Secrétaire général sur les « répercussions économiques et sociales de l’occupation israélienne sur les conditions de vie du peuple palestinien dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et de la population arabe du Golan syrien occupé », a conduit une douzaine de délégations à réclamer des dédommagements à Israël pour l’exploitation des ressources naturelles dans ces territoires.  Présenté par M. Tarik Alami, Directeur de la Division des questions émergentes et liées aux conflits de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), ce rapport détaille les mesures prises par Israël pour consolider son contrôle notamment sur le Territoire palestinien occupé et leurs répercussions sur la population palestinienne.

M. Alami a énuméré les politiques et pratiques israéliennes discriminatoires qui empêchent les constructions palestiniennes dans la zone C et Jérusalem-Est.  Il a aussi fait état du recours excessif à la force et à la violence par les colons, ainsi que des incarcérations et détentions arbitraires de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants palestiniens.  Ces mesures entraînent une fragmentation territoriale accrue et freinent systématiquement le développement, a-t-il expliqué, en regrettant que la plupart de ces politiques aient persisté malgré la pandémie.

L’année 2019, a ajouté le Directeur, a été marquée par le plus grand nombre de démolitions et de déplacements depuis 2016.  Le blocus israélien qui affecte deux millions de Palestiniens à Gaza équivaut à une punition collective, a-t-il dénoncé.  Les restrictions imposées aux importations entravent la reconstruction, le développement et les efforts de lutte contre la pandémie de COVID-19, a encore constaté M. Alami avant de citer l’Organisation mondiale de la Santé (OMS): les malades palestiniens dont les permis de sortie de la zone C ont été refusés ou retardés entre 2015 et 2017, étaient 1,45 fois moins susceptibles de survivre.

À Gaza, a-t-il poursuivi, 96% des ressources en eau sont impropres à la consommation humaine.  Seulement 1% de la population a accès à l’eau potable améliorée.  En outre, les Palestiniens ne peuvent utiliser qu’un peu plus de la moitié de la zone agricole de Cisjordanie et 35% des terres agricoles de Gaza, des terres qui sont, de plus, endommagées par la pulvérisation aérienne d’herbicides par Israël.  Chaque jour, 179 millions de litres d’eaux usées non traitées sont déversées en Méditerranée.

Dans les interventions faites au débat sur cette question à l’ordre du jour de la Commission, des délégations -le Bangladesh et l’Iraq- ont demandé à la communauté internationale d’exiger d’Israël des dédommagements pour l’exploitation des terres palestiniennes et des ressources du Golan syrien occupé.  Les Émirats arabes unis ont demandé la levée des obstacles à l’exploitation par le peuple palestinien de ressources naturelles des terres palestiniennes.

M. Alami a également présenté les chiffres relatifs au chômage dans le Territoire palestinien occupé, qui était de 24% au quatrième trimestre 2019, et de 45% à Gaza.  Il a aussi mentionné qu’un tiers de la population souffre d’insécurité alimentaire, et même 62% des ménages à Gaza.  S’agissant de la santé, les cas de COVID-19 ont augmenté de 40 % dans l’ensemble du Territoire palestinien occupé et de 84% dans la bande de Gaza.

Pour ce qui est de l’éducation, les écoliers palestiniens ainsi que les enseignants souffrent du manque de salles de classe et d’écoles, ainsi que de la violence israélienne, du harcèlement et de l’intimidation, parfois même à l’intérieur des écoles.  Au fur et à mesure que la pandémie se propage et qu’Israël continue et intensifie ses politiques et ses pratiques, la situation et l’avenir immédiat sont sombres, a averti M. Alami.

Ce fut l’occasion pour les délégations de réaffirmer leur appui au travail de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) et de plaider, comme l’a fait la Malaisie, pour que la communauté internationale continue de soutenir l’Office.  L’Arabie saoudite a rappelé à cet égard avoir versé à l’UNRWA 10 millions de rials pour l’aider dans la lutte contre la pandémie de COVID-19 dans les territoires occupés.  De même, les Émirats arabes unis ont rappelé avoir donné, entre 2013 et 2020, 837 millions de dollars pour l’UNRWA pour qu’il puisse apporter l’aide essentielle à plus de cinq millions de réfugiés palestiniens.

Le Bangladesh a exhorté la communauté internationale à tout faire pour éviter la crise financière à l’UNRWA qui serait fatale pour le peuple palestinien.  L’État de Palestine a confirmé qu’une éventuelle baisse de l’aide humanitaire aurait des conséquences catastrophiques sur les personnes les plus vulnérables dans le Territoire palestinien occupé.

M. Alami a aussi annoncé que la Banque mondiale avait prévu une contraction de 7,6% et de 13,6% respectivement du PIB réel et du PIB par habitant en 2020.  Il a signalé que 12% des travailleurs avaient perdu leur emploi entre janvier et juin.  Les Syriens du Golan souffrent de politiques discriminatoires destinées à bénéficier aux colons israéliens à leurs dépens, en particulier dans l’attribution des terres et de l’eau, la planification et le zonage, et les efforts de déminage.  Le rapport, a insisté le Directeur, affirme que l’occupation israélienne prolongée nuit aux conditions de vie des Palestiniens et des Syriens.  Les tendances actuelles et les politiques israéliennes persistantes rendent presque impossible l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) et la crise de COVID-19 accroît la vulnérabilité des Palestiniens, en particulier de la population de Gaza, a affirmé le Directeur.

Pour l’observateur de l’État de Palestine, le rapport apporte des preuves qui montrent qu’Israël empêche le peuple palestinien d’atteindre les ODD.  Mais, a-t-il regretté, le rapport a omis le manque d’accès des Palestiniens aux zones riches en minéraux et aux gisements de gaz naturel palestiniens en Méditerranée, qui sont exploités par Israël.  Les rapports futurs parleront de ces questions, a promis M. Alami.

La Ligue des États arabes a regretté la poursuite de la colonisation israélienne et ses répercussions, qui sont aggravées par la pandémie de COVID-19.  La réalisation des ODD en pâtit, a déploré le représentant en rejetant la responsabilité sur « Israël qui continue de violer le droit international ».  La communauté internationale doit faire respecter le droit international, a plaidé le délégué, insistant pour qu’elle exige d’Israël le respect de ses obligations internationales, y compris la résolution 2334 (2016) selon laquelle la colonisation n’a aucune base juridique.  Nombre de délégations se sont jointes à cet appel à faire jouer la responsabilité d’Israël, pays qui n’est pas au-dessus du droit.

Le Groupe des 77 et de la Chine a dénoncé la poursuite des destructions perpétrées par Israël et leurs retombées économiques catastrophiques sur les conditions de vie des Palestinien et Syriens.  Elles nuisent à l’avenir de ces populations, a dit le représentant.  Les progrès restent néanmoins possibles mais sur la base du respect des principes de la Charte et des résolutions des Nations Unies par Israël, a estimé la Palestine.

L’Égypte a réitéré l’importance du cessez-le-feu du Secrétaire général, y compris dans les Territoires palestiniens occupés, et l’Iraq a promis de défendre le peuple palestinien par tous les moyens.  L’Arabie saoudite a insisté sur le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et s’est dite attachée à l’initiative de paix arabe réaffirmant le droit du peuple palestinien à un État indépendant dans les frontières de 1967.  Il faut parvenir à une solution juste pour les deux parties, a réitéré l’Arabie saoudite.  Les Maldives ont dit soutenir la convocation d’une conférence internationale sur la question de Palestine afin de trouver une solution pacifique définitive au conflit et faire respecter la solution des deux États.

S’agissant de la population arabe du Golan syrien occupé, Cuba et la Malaisie ont réclamé le retour du Golan syrien occupé à la Syrie.  Celle-ci a demandé aux États Membres de traiter les causes de l’occupation et de l’échec de l’ONU à trouver une solution au conflit israélo-palestinien qui est une menace à la paix, la sécurité et au développement international.  Les Émirats arabes unis ont souhaité que soit trouvée une solution juste et durable au conflit israélo-palestinien et au Golan syrien occupé.

L’Afrique du Sud a regretté que la Palestine reste sous occupation en dépit des idéaux défendus par les États Membres durant la célébration du soixante-quinzième anniversaire de l’ONU.  « La crédibilité des Nations Unies est mise en cause, car ses résolutions sont foulées au pied par Israël. »  L’ONU doit agir pour y remédier, a exhorté l’Afrique du Sud qui a apporté son appui au plan du Secrétaire général en vue de négociations directes sans conditions entre Israël et la Palestine.

Israël, de son côté, a montré du doigt le rôle de l’Autorité palestinienne dans la situation actuelle.  Les autorités palestiniennes, a accusé la représentante israélienne, ne sont pas en mesure, contrairement aux autres pays de la région, de comprendre qu’Israël est là pour rester, pour longtemps.  « Il faut tourner la page sur les vieux discours et embrasser le nouveau siècle », a clos la déléguée.

* A/75/86-E/2020/62 

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