Libye: le Conseil de sécurité est « capable d’en faire plus », selon Le Représentant spécial de l’ONU à Tripoli

CS/13938
4 septembre 2019
8611e séance – matin

Libye: le Conseil de sécurité est « capable d’en faire plus », selon Le Représentant spécial de l’ONU à Tripoli

Lors d’une réunion sur la Libye, au cours de laquelle seuls huit des 15 membres du Conseil de sécurité se sont exprimés, le haut responsable de l’ONU dans le pays a exhorté le Conseil à surmonter ses divisions pour éviter que le conflit libyen ne dégénère en guerre « fratricide », en soutenant davantage les perspectives de cessez—le-feu prolongé ouvertes par la trêve humanitaire du mois d’août.

« Je suis convaincu que cet auguste Conseil est capable d’en faire plus », a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye, M. Ghassan Salamé, qui s’exprimait par visioconférence de Tripoli.  Depuis maintenant cinq mois, la capitale libyenne, siège du Gouvernement d’entente nationale de M. Faiez al-Serraj, subit une offensive des forces de l’Armée nationale libyenne (ANL) du général Khalifa Belqasim Haftar.  À ce jour, les combats ont fait plus de 100 morts et 300 blessés parmi les civils, tandis que 120 000 civils ont été contraints de quitter leur foyer, a précisé M. Salamé, déplorant les attaques contre des infrastructures civiles, à l’image du bombardement de l’aéroport de Mitiga, dimanche dernier.  Ce conflit local risque de prendre une dimension nationale, car chaque partie mobilise les acteurs nationaux qui la soutiennent, a-t-il mis en garde, citant l’aggravation des affrontements entre communautés ahali et toubous à Mourzouq, dans le sud du pays, où plus d’une centaine de personnes ont péri depuis avril dernier. 

Le Représentant spécial a toutefois noté que les parties avaient, dans l’ensemble, bien respecté la trêve humanitaire instaurée le 10 août dernier, à l’occasion de la fête de l’Eïd al-Adha.  Malgré la reprise des combats, la porte demeure ouverte pour que les parties négocient une trêve encore plus longue, a-t-il affirmé.  Dans cette perspective, M. Salamé a encouragé le Conseil à rajouter dans le mandat de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), dont il est le Chef, une disposition sur l’appui de toute forme de trêve ou de cessation des hostilités convenue entre les parties.  Il a en outre dénoncé les violations répétées de l’embargo sur les armes imposé par le Conseil en Libye, ainsi que l’arrivée récente de milliers de mercenaires dans le pays, au risque d’intensifier les combats.  Pour inverser la tendance, le Représentant spécial a dit s’atteler à promouvoir des mesures de confiance entre les parties, telles que l’échange de prisonniers et de dépouilles mortelles ou l’autorisation aux familles de prisonniers de leur rendre visite, voire de leur parler au téléphone.

Tout comme la trêve, ces mesures de confiance constituent le premier volet du plan proposé par M. Salamé, le 29 juillet dernier, pour sortir la Libye de l’impasse actuelle, en plus des deux volets suivants: l’organisation d’une réunion internationale sur le conflit, puis la tenue d’une réunion interlibyenne dans le pays.  Le Chef de la MANUL a indiqué avoir entamé une « campagne intensive » auprès des parties prenantes afin de parvenir à un consensus sur le second volet, condition selon lui sine qua non pour une reprise du processus politique.  En l’absence d’un appui « sans équivoque » du Conseil et de la communauté internationale à ce processus, M. Salamé a estimé que la Libye risquait de sombrer dans un conflit « fratricide » prolongé capable de faire sombrer toute la région dans le chaos. 

Les parties devraient impérativement adopter les deux autres points du plan proposé par le Représentant spécial, a estimé le Koweït.  Parallèlement, le Conseil doit rappeler aux parties la nécessité de respecter les mesures qu’il préconise, a poursuivi le pays, estimant que les atteintes à l’embargo sur les armes et l’afflux de combattants étrangers favorisaient l’influence des groupes terroristes tels que Daech en Libye.  Le respect de l’embargo pourrait en effet constituer un « facteur déterminant » dans la conclusion d’un cessez-le-feu durable, ont estimé la Côte d’Ivoire et l’Allemagne.  Le Président du Comité des sanctions concernant la Libye, poste occupé par l’Allemagne, a pour sa part rappelé que tous les États doivent coopérer avec le Comité et le Groupe d’experts, en vertu de la résolution 2441 (2018). 

Il faudrait également que l’ONU, l’Union africaine (UA) et la Ligue des États arabes coopèrent davantage sur le dossier libyen, a insisté l’Afrique du Sud, appelant la communauté internationale à pousser les parties à mettre en œuvre une stratégie globale de sécurité et à conclure un accord sur le partage des ressources nationales.  Il est aussi nécessaire que le processus politique qu’appuie M. Salamé soit mené par les Libyens eux-mêmes, a insisté la Chine, invitant les pays qui jouissent d’une influence sur les parties à tout faire pour les aider à renouer les fils du dialogue. 

Aucune action efficace ne sera en effet possible sans une initiative internationale unifiée, a tranché la Libye, tout en suggérant qu’une réunion nationale ait lieu avant la tenue d’une conférence internationale, « comme cela était prévu avant l’attaque contre la capitale ».  L’objectif serait de parvenir à une « position unifiée » afin de faire cesser non seulement les combats, mais également les ingérences extérieures, a précisé la Libye, appelant également à discuter, lors de cette conférence nationale, de la tenue d’élections libres et transparentes. 

Revenant sur le sort des 5 000 migrants et réfugiés détenus arbitrairement, la Guinée équatoriale a quant à elle salué la fermeture de trois centres de rétention par les autorités libyennes.  La situation dans ces centres est d’autant plus difficile pour les femmes, qui subissent les fouilles corporelles et violences sexuelles de gardes exclusivement masculins, a déploré Mme Marwa Mohamed, membre de Lawyers for Justice in Libya, une ONG basée au Royaume-Uni.  De plus, l’immense majorité de ces migrantes et réfugiées, a-t-elle ajouté, ont été victimes ou témoins de viols collectifs perpétrés par des trafiquants. 

Dans un témoignage poignant, Mme Mohamed a déploré la violence de genre, les menaces, les attaques physiques, les enlèvements et les violences sexuelles dont sont constamment victimes les défenseuses des droits des femmes en Libye depuis 2014, à l’instar du sort réservé à une élue parlementaire, Mme Seham Sergewa, enlevée à son domicile à Benghazi, le 17 juillet.  Mme Mohamed s’est jointe à plusieurs délégations pour demander sa libération, avant d’inviter M. Salamé à inclure davantage les femmes au processus de paix.

LA SITUATION EN LIBYE

Rapport du Secrétaire général sur la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (S/2019/682)

Déclarations

M. GHASSAN SALAMÉ, Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye, a d’abord rendu hommage aux membres du personnel de l’ONU et aux civils libyens blessés et victimes des dernières attaques.  Évoquant l’enquête interne sur cet incident menée à l’ONU, M. Salamé a demandé aux autorités libyennes de coopérer dans le cadre de ces investigations et de traduire rapidement devant la justice les auteurs.  Il a aussi appelé l’ensemble des États Membres à donner à l’ONU toutes les informations en leur possession sur cette attaque horrible.  « L’ONU restera en Libye », a poursuivi le Représentant spécial, qui a annoncé l’intention de l’Organisation de prendre des mesures pour réduire les risques qui pèsent sur le personnel et les opérations.  Plus la situation empire sur le terrain, plus notre présence, notre aide humanitaire et nos efforts de médiation sont nécessaires, a-t-il relevé.  Le Centre d’activité de Benghazi reste ouvert et un nombre réduit de personnes continuent d’y travailler, a-t-il dit, en précisant qu’une décision à plus long terme concernant le Centre ne serait prise qu’après une évaluation plus complète de la situation en matière de sécurité.

M. Salamé a rappelé que l’offensive lancée par le général Haftar pour capturer Tripoli, qui en est aujourd’hui à son cinquième mois, marque ainsi un arrêt dans le processus politique et fait revenir le conflit dans le pays.  Depuis le 4 avril, le conflit s’est répandu géographiquement et a provoqué de lourdes pertes contre les civils et les combattants.  À ce jour, plus de 100 civils ont été tués, tandis qu’on dénombre plus de 300 blessés et 120 000 civils déplacés.  Le nombre total de combattants tués n’est pas confirmé mais il pourrait s’élever à des milliers, a encore précisé M. Salamé.  Une autre génération de jeunes Libyens répand son sang sur les champs de bataille au moment même où leurs talents auraient pu être utilisés pour reconstruire le pays, a-t-il déploré. 

M. Salamé a aussi indiqué que l’ONU avait répondu à une demande du Gouvernement d’inspecter l’aéroport de Mitiga et celui de Zuwara, ainsi que d’autres sites civils, dont un centre de détention, qui ont été attaqués par des bombardements à l’aveugle.  Il a cité celui qui a eu lieu dimanche dernier, à l’arrivée d’un vol transportant des pèlerins qui ont miraculeusement échappé aux tirs.  Le rapport de ces visites a été donné au Groupe d’experts, a-t-il dit. 

La situation à Mourzouq, dans le sud, s’aggrave, a poursuivi M. Salamé, en indiquant que plus d’une centaine de personnes ont été tuées et de nombreuses autres blessées durant les affrontements entre les communautés ahali et toubous, dont les raids aériens du 4 août ciblant des représentants des Toubous et tuant 40 d’entre eux.  Ce conflit local risque de prendre une dimension nationale car chaque partie mobilise les acteurs nationaux qui sont derrière eux, a-t-il relevé.  « J’ai réuni séparément les représentants de ces communautés pour mettre fin à la violence, favoriser le retour des déplacés et entamer une discussion sur la manière dont les sources de griefs peuvent être traitées pour éviter que les tensions futures ne se transforment à nouveau en conflit graves. »  Il a ajouté qu’environ 1 500 familles victimes de la violence ont reçu une aide des agences humanitaires.  Rétablir la paix civile est une part intégrante de notre mission, a rappelé le Représentant spécial, en notant que cela est particulièrement vrai dans le sud du pays, où les événements de Mourzouq pourraient se répandre dans d’autres villes actuellement en paix malgré la présence de différents groupes ethniques.  La paix locale doit également pouvoir s’appuyer sur des autorités locales stables, a-t-il souligné, avant d’indiquer que les efforts du gouvernement intérimaire d’organiser des élections municipales parallèles ou de créer des comités municipaux, y compris dans des municipalités où des conseils élus sont déjà en place, aggravent les conflits locaux et fragmentent les structures de gouvernance locales.  Il a jugé cette situation regrettable étant donné que les gouvernements locaux sont les institutions les plus résilientes et sont capables de jouer un rôle crucial dans la réconciliation, la fourniture de services et la reconstruction.  D’ailleurs, les Libyens s’accordent généralement sur la nécessité d’une décentralisation accrue, a fait observer le Représentant spécial. 

Il s’est aussi dit déçu de l’absence d’informations sur le sort de la députée Seham Sergewa depuis son enlèvement dans sa maison à Benghazi le 17 juillet.  Il a réitéré son appel aux autorités dans l’est du pays pour qu’elles enquêtent sur cette disparition forcée et transmettent les résultats de leurs investigations.  La voix des représentants élus de la Libye ne peut pas être réprimée par l’intimidation ou par des disparitions forcées, a lancé M. Salamé, qui a, par la suite, annoncé la fermeture de trois des centres des détention de migrants et des réfugiés après son appel du 1er août pour leur fermeture.  L’ONU a présenté au Gouvernement un plan présentant des options alternatives de détention, a-t-il ajouté, en regrettant que, en dépit des appels et des annonces du Gouvernement d’avoir fermé le centre de détention de Tajoura, les migrants y sont toujours envoyés.  Les migrants et les réfugiés sont détenus dans des camps contrôlés par des groupes armés les plaçant ainsi dans un danger extrême. 

Des centaines de migrants et de demandeurs d’asile ont été arrêtés par la garde côtière libyenne ces dernières semaines, a poursuivi M. Salamé, en précisant que quelques-uns ont été libérés tandis que d’autres sont envoyés dans les centres de détention.  La Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) reçoit toujours des informations faisant état de détention arbitraire illimitée de migrants et de réfugiés, d’extorsion de fonds, ainsi que de sévices, de trafic et de conditions de détention inhumaines, notamment de graves problèmes de surpopulation et de pénurie de nourriture et d’eau.  Un financement urgent du Plan d’aide humanitaire de 2019 est nécessaire pour nous permettre de continuer à répondre aux besoins des plus vulnérables en Libye, y compris les migrants, a prévenu le Représentant spécial.

« Il convient de noter qu’en réponse à mon appel du 29 juillet en faveur d’une trêve, le Gouvernement d’entente nationale a réagi de manière explicite et positive, de même qu’il y a eu une réponse positive, bien qu’unilatérale et conditionnée, du général Haftar », a déclaré M. Salamé.  La trêve a entraîné une réduction substantielle de la violence dans de nombreux fronts dans le sud et partout en Libye.  Il y a eu certaines violations mais de manière générale, la trêve a été respectée pendant les fêtes de l’Eïd.  En dépit du retour de la violence, le principe a été établi que les deux parties pouvaient s’engager pour une longue trêve et que l’appui public et élargi de la communauté internationale avait joué un rôle important dans l’accalmie des affrontements, a dit M. Salamé. 

Nous nous appuyons sur l’exemple de la trêve de l’Eïd al-Adha pour instaurer des mesures de confiance afin de parvenir à un cessez-le-feu plus profond et plus durable, a-t-il dit, en espérant que celui-ci soit suffisamment solide pour permettre la stabilité et le retour au processus politique dans l’intérêt des Libyens.  À cet égard, il a encouragé le Conseil à envisager l’ajout d’une disposition dans le mandat de la Mission afin de permettre un appui modulable en faveur du cessez-le-feu pour toute forme de trêve ou de cessation des hostilités qui serait convenue entre les parties.

M. Salamé a également dénoncé les violations de l’embargo sur les armes par les deux parties au conflit et par les États Membres qui soutiennent celles-ci.  Le Groupe d’experts a dit avoir ouvert des enquêtes sur plus de 40 affaires d’ampleur variable, malgré le manque de coopération de la plupart des États Membres responsables de ces actes.  M. Salamé a déploré que, depuis le 4 avril 2019, l’embargo sur les armes ne soit plus effectif et qu’il n’y ait plus de mesures d’interdiction ou de fouille en mer, bien que de telles activités aient été autorisées par la résolution 2473 (2019).  L’arrivée récente de milliers de mercenaires dans le pays risque de prolonger et d’intensifier le conflit, a-t-il ajouté.

M. Salamé a dit que l’ONU continue de mobiliser un appui national et international pour la cessation des hostilités et un dialogue renouvelé.  Après un long périple dans l’est du pays, le Représentant spécial adjoint aux affaires politiques s’est rendu à Misrata pour poursuivre l’engagement de l’ONU avec les communautés libyennes, a-t-il indiqué, en précisant travailler à renforcer la confiance entre les parties.  En dépit des discours guerriers et une forte division dans le pays, l’objectif de la fin de la violence suscite un soutien populaire, y compris de la part des combattants.  Les mesures de confiance entre les différents groupes au conflit comprennent l’échange de prisonniers et des dépouilles mortelles, les visites des familles des prisonniers et dans certains cas des appels téléphoniques pour établir des preuves de vie.

En parallèle, le Représentant spécial a dit avoir commencé une campagne intensive auprès des parties prenantes afin de parvenir à un consensus pour une réunion internationale des parties concernées, à travers un message sans équivoque pour mettre fin au conflit et reprendre le processus politique.  Il est clairement établi que sans l’engagement des acteurs clefs extérieurs engagés en Libye, le conflit continuera.  Cette conférence internationale est la deuxième étape d’une initiative en trois points que la communauté internationale devrait utiliser pour envoyer un message fort sur la nécessité de respecter l’embargo sur les armes, s’engager à ne pas intervenir dans les affaires internes de la Libye, résoudre les principales causes du conflit et assurer d’un appui clair à toute solution à laquelle seraient parvenus les Libyens.  Une conférence internationale reste, selon M. Salamé, la condition sine qua non pour obtenir l’engagement nécessaire des principales parties prenantes extérieures pour arrêter le conflit et reprendre le processus politique. 

M. Salamé a prévenu qu’à défaut d’appui sans équivoque de la part du Conseil de sécurité et de la communauté internationale pour la fin immédiate du conflit libyen, il y avait « deux terribles scénarios ».  Le premier est un conflit long et persistant, de basse intensité, fratricide, avec l’appauvrissement de la population, l’exposition de la communauté vulnérable de migrants et de réfugiés à de nouveaux déplacements, la destruction accrue d’infrastructures déjà endommagées du pays et une menace terroriste transnationale croissante.  L’autre scenario, tout aussi insatisfaisant, serait le renforcement du soutien militaire à une partie ou à une autre, de la part de leurs soutiens externes, ce qui entraînerait une forte escalade qui plongerait assurément toute la région dans le chaos.  Cette idée qu’il faut donner une chance à la guerre et qu’une solution militaire est possible est tout simplement une chimère, selon le Représentant spécial.  « Je suis convaincu que cet auguste Conseil est capable d’en faire plus.  Et je crois aussi que les Libyens méritent mieux », a terminé M. Salamé. 

M. JUERGEN SCHULZ, Président du Comité créé en vertu de la résolution 1970 (2011), portant embargo sur les armes, interdiction de voyager et gel des avoirs, a rappelé que lors de la réunion du 30 août dernier, qui visait à permettre le suivi d’une recommandation contenue dans le rapport provisoire du Groupe d’experts, le Comité avait discuté avec 22 États Membres invités de la mise en œuvre des sanctions et des mesures à prendre dans ce cadre.  Il a indiqué qu’il comptait proposer des actions aux membres de son Comité en s’appuyant sur certaines des propositions avancées le 30 août.

S’agissant de l’embargo sur les armes, a-t-il dit, le Comité a répondu à une demande de directive de la République de Corée.  Il a aussi reçu une actualisation du Groupe d’experts contenant une étude de cas sur les frappes aériennes à Mourzouq, le 5 août 2019. 

Pour ce qui est du gel des avoirs, a poursuivi M. Schulz, le Comité a reçu une notification d’exemption soumise par le Royaume-Uni en lien avec les frais de justice de Mme Aisha Gadhadi, personnalité figurant sur la Liste du Comité.  Aucune décision négative n’a été prise, a-t-il précisé.  Le Comité a par ailleurs reçu une demande d’exemption de la part de la Suisse destinée à permettre à une filiale de la société Libyan Africa Investment Portfolio, entité figurant sur la Liste, de couvrir les frais découlant d’une décision de justice.  Le Comité souhaite obtenir de plus amples informations de la Libye à propos de cette demande.  Il a également répondu à l’Arabie saoudite sur l’applicabilité des mesures de gel d’avoirs imposées à une entité particulière, a indiqué son Président. 

Évoquant les interdictions de voyager, M. Schulz a déclaré que son Comité avait approuvé, avec des dates de voyage modifiées, une demande d’exemption pour Mme Aisha Qadhafi.  Il a par la suite été informé par Oman, État de résidence de Mme Qadhafi, que celle-ci n’effectuerait pas de déplacement.  Le Comité, a poursuivi M. Schulz, a d’autre part reçu une réponse de l’Égypte à propos des circonstances entourant le voyage de M. Abu Zayd Umar Dorda, personnalité figurant sur la Liste, entre la Libye et l’Égypte via la Tunisie, le 17 février dernier. 

M. Schulz a également écrit à la Libye au sujet des mesures visant à empêcher les exportations illicites de pétrole, y compris de pétrole brut et de produits pétroliers raffinés, depuis la Libye.  Ce courrier constituait le suivi d’une recommandation contenue dans le rapport provisoire du Groupe d’experts, a-t-il précisé, ajoutant qu’il avait demandé l’activation du point focal sur ce dossier et fourni ses coordonnées afin que le Comité puisse correspondre directement avec lui. 

Au cours de la période considérée, a encore indiqué M. Schulz, le Comité a reçu un rapport d’application des Pays-Bas.  Plus récemment, le 5 août, le Comité a été informé par le Secrétariat que les autorités tunisiennes n’avaient pas encore levé leurs poursuites judiciaires à l’encontre de M. Moncef Kartas, un membre du Groupe d’experts, et que ses biens, notamment son téléphone, son ordinateur portable et des documents, ne lui avaient pas été rendus.  Le Comité, a souligné son Président avant de conclure, continue de suivre cette affaire, tout en rappelant que, dans son paragraphe 16, la résolution 2441 (2018) « exhorte tous les États […] à coopérer pleinement avec le Comité et le Groupe d’experts ». 

Mme MARWA MOHAMED, membre de Lawyers for Justice in Libya, une ONG de promotion des droits de l’homme basée au Royaume-Uni et présente en Libye, a indiqué que le soulèvement de 2011 avait donné pour la première fois aux citoyens libyens le sentiment d’être maîtres de leur destin.  « La société civile a prospéré et a commencé à prendre de nombreuses formes », s’est-elle remémorée.  Cependant, cette tendance a été interrompue par des violences et intimidations croissantes, a déploré Mme Mohamed, estimant que l’assassinat de la défenseuses des droits des femmes Salwa Bugaighis, en 2014, avait constitué un tournant.  À partir de ce drame, a-t-elle poursuivi, la société civile a commencé à se retirer de l’espace public et politique.  De ce point de vue, elle a estimé que l’enlèvement récent de l’élue parlementaire, Mme Seham Sergewa, illustrait l’impunité dans laquelle les attaques contre les femmes activistes se perpétuent en Libye.

En tant que citoyenne libyenne et membre de la société civile du pays, Mme Mohamed a dénoncé la violence de genre, les menaces, les attaques physiques, les enlèvements et les violences sexuelles dont sont victimes les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes en Libye depuis 2014.

La prolifération des armes dans le pays, en dépit de l’embargo, l’effondrement des institutions étatiques et « l’anarchie généralisée » dans laquelle est plongée la Libye ont également eu des conséquences « disproportionnées » sur la sécurité et la liberté de mouvement de l’ensemble des femmes libyennes, a poursuivi Mme Mohamed.  Ces dernières sont également victimes de violences sexuelles et de viols, a-t-elle déploré, précisant que l’immense majorité des migrantes et des réfugiées avaient été victimes ou témoins de viols collectifs perpétrés par des trafiquants.  Quant aux migrantes et réfugiées détenues dans des centres, elles sont placées sous la garde de personnels exclusivement masculins, qui les soumettent à des fouilles corporelles et à des violences sexuelles, a dénoncé la représentante de la société civile.

Face à cette situation, Mme Mohamed a regretté l’incapacité des autorités à exercer le moindre contrôle sur les groupes armés et milices sévissant dans le pays.  En l’absence de respect de l’autorité de l’État, a-t-elle expliqué, les femmes ont été contraintes de se protéger elles-mêmes, en adoptant un code vestimentaire très strict, en voyageant systématiquement avec un homme et en ne sortant que pendant la journée.  Étant donné les effets de la guerre en Libye sur la situation des femmes du pays, Mme Mohamed a appelé à faire en sorte que ces dernières soient incluses dans tout processus politique visant à établir la paix dans le pays.

Mme Mohamed a également dénoncé les nombreux enlèvements de femmes à leur domicile, dans la rue ou sur leur lieu de travail, à l’image du sort réservé à Mme Sergewa, qui a été enlevée à Benghazi, le 17 juillet dernier, après avoir critiqué l’offensive des forces de l’Armée nationale libyenne (ANL) contre Tripoli.  Depuis cette offensive, les attaques prenant pour cible des civils et des infrastructures civiles se sont en outre multipliées, a déploré Mme Mohamed, rappelant que 106 civils avaient été tués, 294 blessés et plus de 10 000 déplacés depuis le mois d’avril 2019.

Pour mettre fin à cette situation, Mme Mohamed a appelé le Conseil de sécurité à: exiger l’instauration d’un cessez-le-feu immédiat en Libye; mettre fin au transfert d’armes vers le pays; demander à la Cour pénale internationale (CPI) d’entamer des enquêtes sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité potentiellement commis dans le pays; faire en sorte de protéger les défenseuses des droits de l’homme; exiger l’inclusion des femmes à toutes les phases de négociation de paix; et enjoindre les autorités du pays à protéger les femmes et les filles, y compris les migrantes, réfugiées et demandeuses d’asile.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) s’est dit préoccupé par l’évolution de la situation en Libye, sur les plans politique et humanitaire.  S’agissant de la situation sur le terrain, il a indiqué que sa délégation accueillait favorablement la trêve humanitaire observée à l’occasion de l’Eïd al-Adha.  Le représentant a espéré qu’il sera possible de mettre à profit cette trêve pour parvenir à un cessez-le-feu total sur l’ensemble du territoire.  À ses yeux, les protagonistes du conflit devraient impérativement adopter les trois points du plan proposé par le Représentant spécial Ghassan Salamé, et notamment organiser des réunions menant à l’unification des parties libyennes et au lancement d’un processus politique ouvert.  Afin de parvenir à cet objectif, a souligné le délégué, le Conseil de sécurité doit rappeler aux parties la nécessité de respecter les mesures qu’il préconise.  À cet égard, a rappelé M. Alotaibi, il existe un régime de sanctions visant à appuyer un processus de règlement politique.  Or ce régime n’a pas été efficace jusqu’alors, a déploré le représentant, avertissant que le non-respect des résolutions et décisions du Conseil de sécurité entraînerait de « graves conséquences » en Libye. 

Le pays a besoin de renforcer son secteur sécuritaire et il est urgent de mettre fin aux ingérences dans les affaires du pays, a poursuivi le représentant, avant de dénoncer l’afflux de combattants étrangers, lequel tend à faire durer le conflit et favorise l’influence des groupes terroristes, à commencer par Daech.  Évoquant ensuite la situation humanitaire, il a constaté que les Libyens vivent au quotidien un « véritable calvaire » et que les actes de violence continuent de progresser, en raison notamment de la présence de miliciens.  Enfin, il a jugé nécessaire de libérer les migrants présents dans des centres de rétention et a appelé les parties au conflit à permettre aux agences de l’ONU d’accéder aux personnes dans le besoin. 

M. JERRY MATTHEWS MATJILA (Afrique du Sud) a salué le plan en trois phases proposé aux parties par le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye, M. Ghassan Salamé, le 29 juillet dernier.  Le représentant a ainsi souligné la nécessité de trouver une solution « pacifique et consensuelle » à la crise libyenne, qui continue selon lui de déstabiliser les pays voisins.  « Il ne saurait y avoir de solution militaire au conflit en Libye », a-t-il insisté.  En outre, le représentant a appelé les Nations Unies, l’Union africaine (UA) et la Ligue des États arabes à coopérer plus étroitement pour mettre fin au conflit.  Il a également appelé le Conseil et la communauté internationale à veiller au plein respect de l’embargo sur les armes qui frappe le pays.

Pour rétablir l’état de droit en Libye, le représentant a estimé qu’il convenait, au préalable, de développer et de mettre en œuvre une stratégie globale de sécurité à l’échelle nationale, ainsi que de conclure un accord entre les parties sur le partage des ressources du pays.  Enfin, le représentant a appelé M. Salamé à inclure davantage les femmes dans le processus politique en cours.

M. WU HAITAO (Chine) a constaté que, si la trêve de l’Eïd al-Adha a permis une relative accalmie dans les combats, la situation économique et humanitaire se dégrade en Libye.  Dans ce contexte alarmant, il importe que la communauté internationale prenne des mesures efficaces pour aider la Libye à sortir de ce conflit et à entamer un processus politique, a-t-il dit.  Pour cela, il est nécessaire que le processus politique qu’appuie le Représentant spécial soit conduit par les Libyens eux-mêmes, a plaidé le représentant, saluant à cet égard les parties qui ont respecté la trêve durant l’Eïd.  Selon lui, les parties au conflit doivent garder à l’esprit les intérêts de la population libyenne.  De son côté, a-t-il poursuivi, la communauté internationale doit jouer un rôle constructif en cherchant une solution à la crise, et ce, en faisant respecter les buts et principes de la Charte et la souveraineté de la Libye. 

La Chine appelle d’autre part la communauté internationale à lutter contre l’entrée illicite et la prolifération d’armes en Libye.  En outre, les pays qui jouissent d’une influence sur les parties devraient tout faire pour les aider à renouer les fils du dialogue.  Réaffirmant l’appui de la Chine à la MANUL, le délégué a souhaité que cette dernière profite du rôle crucial joué par les organisations régionales, notamment la Ligue des États arabes.  Il a par ailleurs rappelé que l’objectif des sanctions à l’encontre de la Libye était de favoriser un règlement politique, tout en jugeant nécessaire d’éviter que ce régime ait des conséquences sur les civils.  Il a conclu son propos en assurant que la Chine appuie en toute impartialité le peuple libyen dans sa quête de paix et de stabilité. 

M. GBOLIÉ DÉSIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire) a observé qu’après six mois d’hostilités pour le contrôle de Tripoli, la crise libyenne s’enlise, tandis que les perspectives de règlement s’éloignent.  Devant cette impasse, il a exprimé ses vives inquiétudes quant aux conséquences dramatiques, aux niveaux sécuritaire et humanitaire, de ces combats.  Le représentant s’est aussi dit préoccupé par le sort des migrants subsahariens, victimes de toutes sortes d’abus et de violations des droits de l’homme dans les centres de détention.  Réitérant sa condamnation du bombardement, le 3 juillet dernier, du centre de Tajoura, qui a coûté la vie à 53 migrants, il a appelé à la mise en œuvre sans délai d’une enquête indépendante afin d’identifier les auteurs de l’attaque et les faire répondre de leurs actes.  Il a, d’autre part, souhaité que les migrants repêchés au large des côtes libyennes soient traités avec humanité et dignité et que leur rapatriement, s’il est consenti, se déroule en lien avec les agences spécialisées des Nations Unies. 

Le délégué a d’autre part dénoncé les livraisons d’armes aux parties, en violation de l’embargo, appelant à la mise en œuvre effective de la résolution 2473 (2019).  Selon lui, l’embargo sur les armes pourrait constituer un « facteur déterminant » dans la conclusion d’un cessez-le-feu durable, « indispensable à l’instauration d’un environnement favorable à la relance du processus politique ».  Convaincu que seul un dialogue politique inclusif et crédible permettra de rétablir la paix et la stabilité, M. Ipo a exhorté la communauté internationale, à commencer par le Conseil de sécurité, à « multiplier les initiatives de médiation et de bons offices » auprès du maréchal Khalifa Haftar et du Premier Ministre Faiez al-Serraj.  Il s’est félicité, à cet égard, que le G7, appuyé par l’Union africaine, ait appelé, lors du récent sommet de Biarritz, à une trêve et à la tenue d’une conférence interlibyenne. 

M. JUAN DE DIOS EDJO MEMBA (Guinée équatoriale) a salué les efforts incommensurables du Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye ainsi que son message selon lequel il n’y a pas de place pour une solution militaire dans ce pays.  Il a exhorté les parties à établir immédiatement un cessez-le-feu définitif et à reprendre le processus politique par un dialogue « direct, franc et inclusif ».  Se préoccupant du sort des 5 000 migrants et réfugiés détenus arbitrairement dans des centres de rétention, et de ceux qui ont péri au large des côtes libyennes, il a salué les mesures présentées par M. Salamé le 29 juillet dernier, et notamment son appel à la fermeture de ces centres.  Inquiet également des violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire, le représentant a condamné les attaques menées contre des civils, comme celles touchant les aéroports, ainsi que les attaques contre le personnel de santé, les installations médicales et les installations de services de base comme l’eau et l’électricité. 

S’agissant de la situation en matière de sécurité, le représentant a déploré la recrudescence du conflit qui empire avec la présence de combattants étrangers et terroristes, ainsi que les violations de l’embargo sur les armes par les principales parties en conflit et par des États Membres de l’ONU.  Le Conseil, a-t-il demandé, doit être plus sévère et s’exprimer clairement sur cette question, en adoptant des mesures efficaces.  Le représentant a ensuite abordé la question de l’ingérence étrangère en Libye en appelant à la faire cesser et en demandant au Conseil de sécurité et à l’ONU de la condamner haut et clair.  Si le Conseil de sécurité ne fait rien en ce sens, il légitime cette ingérence, en a-t-il déduit.  « Ce n’est pas l’image que cet organe respecté veut donner au monde. »  Enfin, concernant les sanctions, la Guinée équatoriale estime qu’elles ne sont pas une fin en soi et qu’il faut éviter leur politisation, a indiqué le représentant.  Il a donc appelé le Conseil et la communauté internationale à redoubler d’efforts pour rechercher une solution politique à la crise. 

M. MUHSIN SYIHAB (Indonésie) a appelé à la cessation immédiate des opérations militaires et exhorté toutes les parties à désamorcer la situation sur le terrain et à revenir aux négociations politiques.  Le représentant a appuyé la convocation du dialogue libyen pour discuter « pacifiquement » de l’avenir du pays et de ses citoyens.  Il a salué le plan en trois étapes que le Représentant spécial du Secrétaire général a présenté en juillet dernier au Conseil de sécurité, dont la première étape a été la trêve de l’Eïd al-Adha.  Cette trêve, a -t-il insisté, est une mesure importante qui non seulement marque le début du plan mais représente aussi un rayon d’espoir pour la Libye et la communauté internationale.  La prochaine étape, qui implique la communauté internationale, est tout aussi importante pour appuyer le dialogue national.  Le représentant a donc appelé tous les partenaires et les organisations régionales, dont l’Union africaine et la Ligue des États arabes, à maintenir leur appui « sincèrement » pour trouver la voie de la paix en Libye. 

Il a dit espérer la même unité du Conseil autour de la prorogation du mandat de la mission de l’ONU.  Le représentant a conclu en insistant sur la protection des civils et en appelant à une pause humanitaire.  Le Plan d’aide humanitaire, a-t-il rappelé, n’a été financé jusqu’ici qu’à moins de 29%.  Prenant note de la violence communautaire et des frappes aériennes à Mourzouq, qui, le mois dernier, ont causé la mort d’au moins 90 civils, le représentant a commenté: la situation est en effet horrible, elle empire de jour en jour et elle doit cesser. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a réitéré son appel aux parties pour qu’elles retournent à la table des négociations afin de trouver une solution politique, la seule qui soit viable selon lui dans le contexte actuel.  Cela exige un cessez-le-feu immédiat et sans conditions, suivi de mécanismes d’instauration de la confiance et de processus d’unification institutionnelle, en particulier en ce qui concerne les forces de sécurité, a précisé le représentant.  Il a exprimé son soutien au plan présenté par le Représentant spécial du Secrétaire général et salué les efforts de la MANUL pour maintenir à flots le processus politique par le biais de deux réunions diplomatiques en dehors du processus officiel.  Il s’est d’ailleurs réjoui de la participation de femmes à ces réunions, tout en saluant les activités menées par des jeunes Libyens pour appuyer la mise en place de trêves humanitaires. 

Le représentant s’est inquiété toutefois des violations de droits de l’homme dans le cadre du conflit libyen, qui sont attribuées à toutes les parties, appelant à poursuivre en justice les responsables.  Le représentant s’est aussi préoccupé de la situation humanitaire pour les déplacés et les migrants, qui confirme l’affirmation du Secrétaire général que le pays n’est pas actuellement un port de débarquement sûr.  Dans tous ces aspects, le représentant a demandé un accompagnement de la communauté internationale, en particulier pour que la crise actuelle puisse prendre fin. 

Évoquant l’embargo sur les armes, M. JUERGEN SCHULZ (Allemagne) a dénoncé l’afflux permanent d’armes vers le pays, qui envenime les combats sur le terrain et nuit aux tentatives visant à faire avancer le processus de paix.  Le représentant a donc appelé le Conseil de sécurité à tout faire pour que l’embargo soit respecté.  Il a également exhorté tous les États Membres à cesser immédiatement les livraisons d’armes vers la Libye.  Le représentant a en outre appelé tous les pays bénéficiant d’une influence sur les parties à en user de façon à appuyer le processus de paix.  Il a salué le plan en trois phases proposé par M. Salamé aux parties libyennes, ainsi que l’engagement de ces dernières en faveur de la trêve humanitaire, à l’occasion de la fête musulmane de l’Eïd al-Adha.  Il convient maintenant de faire avancer les deux autres volets du plan du Représentant spécial, a-t-il estimé.

Le représentant a ensuite abordé la question de la « catastrophe humanitaire » en cours en Libye et la nécessité de protéger davantage les civils du pays.  Il a appelé les parties à respecter le droit international humanitaire, y compris en mettant fin aux attaques contre des civils et infrastructures civiles.  Dans ce contexte, le représentant a salué la décision des autorités libyennes de fermer trois centres de détention de migrants et réfugiés.  Soulignant, enfin, l’importance de la société civile en Libye, il a salué la présentation de Mme Marwa Mohamed.  Il a appelé à mettre fin aux violences sexuelles et aux enlèvements dont sont victimes les défenseuses des droits des femmes, les migrantes et réfugiées enfermées dans des centres de détention, ainsi que les femmes politiques libyennes, à l’image de la députée du pays, Mme Seham Sergewa, enlevée le 17 juillet dernier à son domicile à Benghazi et dont le sort demeure à ce jour inconnu.

M. ELMAHDI S. ELMAJERBI (Libye) a d’emblée rappelé que ce jour marque le cinquième mois depuis « l’agression » contre la capitale Tripoli, qui a mené à la mort de centaines de Libyens.  En outre, des attaques aveugles ont entraîné le déplacement forcé de milliers de personnes et la destruction d’infrastructures civiles, parmi lesquelles le seul aéroport opérationnel à Tripoli.  « La guerre se poursuit malheureusement », a résumé le représentant, remerciant « sincèrement » les Nations Unies, l’Union africaine et la Ligue des États arabes pour leurs efforts visant à mettre fin à l’offensive des forces de l’Armée nationale libyenne.  Toutefois, a-t-il averti, aucune action efficace ne sera possible sans une initiative internationale unifiée.  Toute hésitation ferait obstacle à un possible accord et risquerait de déstabiliser la Libye et l’unité de ses institutions, a encore mis en garde le délégué. 

Tout en félicitant M. Salamé pour sa proposition d’organisation d’une conférence internationale sur la Libye, il a jugé préférable de tenir une réunion nationale préalablement, « comme cela était prévu avant l’attaque contre la capitale ».  L’objectif, a-t-il rappelé, serait d’arriver à une « position unifiée » afin de faire cesser non seulement les combats mais également les ingérences extérieures.  Il a aussi plaidé pour qu’à l’occasion d’une conférence nationale, soit trouvé un accord institutionnel et juridique permettant notamment d’envisager la tenue d’élections libres et transparentes.  Prenant acte du fait que la « guerre lancée contre Tripoli » est la principale raison de l’arrêt du processus de paix en Libye, le représentant a exhorté le Conseil de sécurité à s’opposer fermement à cette agression et à mettre en œuvre ses résolutions pertinentes.  Or, a-t-il déploré, « nous avons vu que l’on traînait les pieds au Conseil, alors même qu’en agissant, nous aurions pu sauver des centaines de vies emportées par des pilonnages aveugles ». 

En tant qu’État Membre de l’ONU, la Libye continue d’espérer que le Conseil de sécurité prendra des mesures d’urgence afin de l’aider à reprendre le processus politique, a poursuivi M. Elmajerbi.  Il s’agit, selon lui, de la « seule option satisfaisante pour le peuple libyen ».  Pour cela, le Conseil doit prêter assistance au Gouvernement de ce pays devenu un terrain fertile pour les organisations terroristes, a souligné le délégué.  Condamnant au nom de son gouvernement les derniers attentats terroristes commis sur le territoire libyen, il a averti que les activités de ces organisations menacent la paix et la sécurité dans le pays et « dans le monde entier ».  Il a ajouté que la lutte contre le terrorisme est une « guerre internationale » à laquelle la Libye participe, en coopération notamment avec les États-Unis. 

Le représentant a d’autre part insisté sur le fait que le Conseil de sécurité doit constituer une « équipe d’enquête » pour élucider les crimes et délits commis contre des civils, des centres de migrants et des infrastructures civiles.  Il s’agit, a-t-il dit, de déterminer les coupables de ces actes et d’obtenir qu’ils en répondent devant la justice.  Ces violations doivent donc faire l’objet d’une enquête immédiate, a-t-il réaffirmé, souhaitant également qu’une assistance soit portée aux Libyens qui se trouvent aujourd’hui hors de leur pays.  En conclusion, il a réitéré sa demande de soutien international afin de parvenir à un cessez-le-feu durable, réunir les conditions d’un dialogue et protéger les droits de l’homme en Libye. 

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