Le Conseil de sécurité affiche ses divisions sur l’évaluation de la crise humanitaire en Syrie

CS/13826
28 mai 2019
8535e séance – matin

Le Conseil de sécurité affiche ses divisions sur l’évaluation de la crise humanitaire en Syrie

Onze jours après la dernière séance sur la Syrie, le Conseil de sécurité s’est à nouveau réuni, ce matin, pour se pencher sur la situation humanitaire, avec un exposé de la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires, Mme Ursula Mueller. 

« Vous connaissez tous les statistiques de ce conflit.  Vous savez tous que la moitié de la population syrienne soit a fui le pays, soit est contrainte aux déplacements répétés.  Vous savez tous que des centaines de milliers de Syriens ont été tués et des millions blessés.  Et vous savez tous que, actuellement, environ trois millions de personnes à Edleb sont piégées par des échanges de tirs, certains s’abritant sous des arbres ou des bâches en plastique », a résumé Mme Mueller, qui est également la Vice-Coordonnatrice des secours d’urgence à l’ONU.

Dans cette province, il n’y a plus d’écoles ou d’hôpitaux sûrs, et aucun moyen de gagner sa vie, a-t-elle poursuivi.  « Huit ans de frappes aériennes, de tirs d’artillerie et d’attaques terroristes, passés dans la peur constante d’envoyer son enfant dans une école qui pourrait être bombardée un jour », a déploré la haut fonctionnaire, en avertissant que les opérations militaires à venir des forces progouvernementales contre les organisations terroristes retranchées à Edleb, allaient dépasser la capacité de la communauté humanitaire à répondre aux besoins.

La Belgique, qui a également pris la parole au nom des autres délégations porte-plumes sur le dossier humanitaire en Syrie, à savoir l’Allemagne et le Koweït, a adressé cinq requêtes aux parties, la première étant d’assumer leurs obligations internationales humanitaires, dont la protection des civils et des infrastructures civiles.  Elle leur a également demandé de se réengager à respecter le cessez-le-feu signé le 17 septembre 2018 à Sotchi sous les auspices russo-turques.

Une autre requête de ces trois délégations est de garantir à l’ONU et à ses partenaires un accès humanitaire sûr, sans entrave et durable pour toucher les populations dans le besoin à Edleb, Hol ou Roukban et partout ailleurs, notamment par l’utilisation d’un mécanisme transfrontalier comme prévu par la résolution 2449 (2018).  Ces délégations ont aussi exigé le retour « sûr, volontaire, digne et continu » des réfugiés, ainsi que les poursuites en justice de tous ceux qui ont violé le droit international humanitaire et les droits de l’homme.

Alors que les États-Unis ont affirmé que « le régime d’Assad », avec l’aide de ses alliés militaires, avait mené au cours des huit dernières années « une campagne punitive contre le peuple syrien », la République arabe syrienne a rétorqué que les souffrances de la population étaient le fait des « crimes de guerre » commis par les forces de la coalition conduite par Washington.  Aucun doute pour le représentant syrien: depuis le début, le dossier humanitaire a été instrumentalisé.

Le Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, M. Sergey Vershinin, a estimé que « 99% » de la province d’Edleb est actuellement sous le contrôle du groupe terroriste Hay’at Tahrir el-Cham (HTS).  En avril 2019, la Russie a recensé plus de 378 violations du cessez-le-feu par les membres de ce groupe, ce qui a causé la mort de 19 civils et fait 42 blessés, a-t-il assuré.  M. Vershinin a également déploré la poursuite d’attaques à l’explosif et au drone contre des sites russes en Syrie, citant le cas du 19 mai, où une base russe a été visée par six frappes terroristes.  Il a aussi dénoncé le fait que les terroristes mènent des actions agressives depuis le sud d’Edleb, en accusant les combattants de HTS de terroriser la population locale et d’utiliser les civils comme boucliers humains, des accusations corroborées par le délégué syrien.

Pour la France au contraire, la nouvelle offensive du « régime » syrien et de ses alliés s’inscrit dans une volonté de reconquête par la force des zones qui échappent encore à leur contrôle, « comme ce fut le cas pour Alep et la Ghouta ».  « Avec plus d’une quarantaine d’infrastructures civiles frappées, les cibles et les objectifs de cette offensive ne laissent pas de doute. »  Toutefois, le représentant de la France a estimé que la lutte contre le terrorisme ne justifierait jamais de telles actions, tandis que le Vice-Ministre russe a assuré de son côté que les forces russo-syriennes ne s’en prenaient qu’aux terroristes.

Autre motif de désaccord aujourd’hui au Conseil: le camp de Roukban, à la frontière avec la Jordanie et l’Iraq.  Selon les États-Unis, les conditions humanitaires y sont déplorables du fait du « refus du régime de permettre à l’ONU de fournir une aide régulière aux milliers de personnes qui y vivent », 111 jours après l’arrivée du dernier convoi sur place.  « J’aimerais corriger cette information », a lancé le représentant syrien: « le Conseil sait que le Gouvernement syrien a approuvé ce convoi alors que les États-Unis l’ont refusé pendant deux mois.  Les forces occupantes sont responsables du bien-être de la population en vertu des Conventions de Genève, a-t-il rappelé.

Pour la Secrétaire générale adjointe, la question qui se pose aujourd’hui est de savoir ce que le Conseil de sécurité peut faire pour protéger les civils à Edleb.  « Le Conseil ne peut-il pas prendre de mesures concrètes lorsque les attaques contre les écoles et les hôpitaux sont devenues une tactique de guerre qui ne suscite plus l’indignation?  N’y a-t-il rien à faire lorsque des barils d’explosifs sont largués aveuglément dans des zones civiles?  Des millions d’enfants, de femmes et d’hommes battus et assiégés ne peuvent attendre le prochain tour de négociations de Genève.  Ils ont besoin de protection et de votre intervention – maintenant. »

LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT

Déclarations

« Vous connaissez tous les statistiques de ce conflit.  Vous savez tous que la moitié de la population syrienne soit a fui le pays, soit est contrainte aux déplacements répétés.  Vous savez tous que des centaines de milliers de Syriens ont été tués et des millions blessés.  Et vous savez tous que, actuellement, environ trois millions de personnes à Edleb sont piégées par des échanges de tirs, certains s’abritant sous des arbres ou des bâches en plastique.  Il n’y a pas d’écoles ou d’hôpitaux sûrs, pas de moyen de gagner sa vie.  Huit années de frappes aériennes, de tirs d’artillerie et d’attaques terroristes, passées dans la peur constante d’envoyer son enfant dans une école qui pourrait être bombardée un jour ».  Tels sont les mots par lesquels Mme URSULA MUELLER, Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Vice-Coordonnatrice des secours d’urgence, a commencé son intervention.  Les combats à Edleb ont repris au cours des derniers jours, en dépit de l’annonce d’un cessez-le-feu temporaire le 17 mai, a-t-elle indiqué.  Jusqu’à présent, ce mois-ci, les tirs d’obus soutenus et les bombardements aériens se sont traduits par la mort confirmée de 160 civils et le déplacement de 270 000 personnes, a-t-elle ajouté.  Selon Mme Mueller, les forces progouvernementales et les groupes armés non étatiques ont échoué à respecter les principes de distinction et de proportionnalité du droit international humanitaire. 

Dans ce contexte d’escalade, la communauté humanitaire réagit conformément à ses plans d’urgence et de préparation.  « Par exemple, au mois de mai jusqu’à ce jour, plus de 170 000 repas prêts à consommer ont été distribués à ceux qui ont fui cette dernière vague de violence.  Un soutien en matière d’hébergement a été fourni à 25 000 personnes nouvellement déplacées, tandis que 60 000 autres civils en bénéficieront dans les jours et les semaines à venir.  Ces civils viennent s’ajouter aux 1,2 million de personnes que nous aidons déjà chaque mois », a précisé la Sous-Secrétaire générale.  Cependant, malgré tous ces efforts, la réponse est insuffisante, a-t-elle reconnu.  Les opérations militaires à venir vont excéder toute capacité d’intervention, a-t-elle prévenu, en soulignant que beaucoup de partenaires humanitaires font partie de la population touchée et ont eux-mêmes été déplacés.  En conséquence, dans de nombreuses zones d’hostilités actives, les opérations humanitaires ont été suspendues. 

Les combats à Edleb sont peut-être le front le plus difficile du conflit à l’heure actuelle, mais ce n’est pas le seul endroit où les besoins humanitaires augmentent, a poursuivi la haut fonctionnaire en se disant gravement préoccupée, par exemple, par la situation à Roukban qui semble se détériorer et qui a conduit plus de 13 100 personnes à fuir au cours des deux derniers mois.  Une assistance soutenue aux 29 000 personnes restées à Roukban est nécessaire, a ainsi déclaré Mme Mueller, en soulignant que ce sont peut-être les plus vulnérables de toutes les personnes dans le besoin.  Les vivres, médicaments de base et autres articles de première nécessité livrés en février sont en effet épuisés, tandis que le carburant est rare et les prix montent en flèche.  « Les gens sont à bout. »  Mme Mueller a donc préconisé le déploiement d’un troisième convoi humanitaire à destination de Roukban pour éviter de nouvelles souffrances, exhortant les autorités syriennes à revenir sur leur refus et à faciliter l’accès d’un troisième convoi, comme demandé en mars et le 9 mai derniers.

La Vice-Coordonnatrice des secours d’urgence a également fait état de la situation critique dans laquelle se trouvent environ 74 000 civils dans le camp el-Hol, dont 92% sont des femmes et des enfants.  Elle a expliqué que la plupart ont été exposés à une violence extrême et à des traumatismes sous le joug de Daech, ces gens vivant maintenant dans des conditions extrêmement difficiles: ils sont confrontés à toute une gamme de problèmes de protection et à un destin incertain et déconcertant.  « Beaucoup d’entre eux sont des étrangers et font face au risque de se voir refuser le rapatriement, la réhabilitation, la réintégration, un procès équitable.  Certains pourraient même devenir apatrides », s’est alarmée la Sous-Secrétaire générale.  C’est la raison pour laquelle elle a appelé une nouvelle fois les États Membres à prendre toutes les mesures nécessaires pour que leurs ressortissants soient rapatriés afin d’être réadaptés et réintégrés ou alors poursuivis en justice.  « Nous comprenons que d’autres personnes risquent d’arriver au camp el-Hol au cours de la prochaine période », a ajouté Mme Mueller, s’inquiétant des conditions déjà difficiles avec la population actuelle.  Les mois d’été et le risque de nouveaux arrivants peuvent compliquer encore la situation, a-t-elle craint.  Elle a appelé à trouver d’urgence des solutions pour les résidents du camp, comme le retour volontaire dans la région d’origine ou le rapatriement.

Mme Mueller a rappelé que le Conseil de sécurité avait été informé, mois après mois, de l’ampleur des souffrances subies par le peuple syrien, en dénombrant 61 rapports soumis par le Secrétaire général et des centaines de séances du Conseil.  « Il n’est pas question aujourd’hui de savoir si vous, membres du Conseil, êtes au courant de la situation humanitaire tragique en Syrie, vous l’êtes.  La question qui se pose aujourd’hui est de savoir ce que vous ferez pour protéger les civils à Edleb.  Le Conseil ne peut-il pas prendre de mesures concrètes lorsque les attaques contre les écoles et les hôpitaux sont devenues une tactique de guerre qui ne suscite plus l’indignation?  N’y a-t-il rien à faire lorsque des barils d’explosifs sont largués aveuglément dans des zones civiles, une violation flagrante du droit international humanitaire et de la résolution 2139 (2014) du Conseil?  Des millions d’enfants, de femmes et d’hommes battus et assiégés ne peuvent attendre le prochain tour de négociations de Genève pour réussir.  Ils ont besoin de protection et de votre intervention – maintenant. »

M. MARC PECSTEEN DE BUYTSWERE s’est exprimé au nom de son pays la Belgique, ainsi que de l’Allemagne et du Koweït, les trois délégations porte-plumes sur le dossier humanitaire en Syrie.  Il a adressé cinq requêtes aux parties, la première étant d’assumer leurs obligations internationales humanitaires y compris la protection des civils et des infrastructures civiles.  Il leur a aussi demandé de se réengager à respecter le cessez-le-feu signé le 17 septembre 2018 sous les auspices russo-turques.  Une autre requête est de garantir un accès humanitaire sûr, sans entrave et durable de l’ONU et ses partenaires aux populations dans le besoin à Edleb, el-Hol ou Roukban et partout ailleurs, notamment par l’utilisation d’un mécanisme transfrontalier comme prévu par la résolution 2449 (2018).  Le représentant a enfin exigé le retour « sûr, volontaire, digne et continu » des réfugiés pour assurer leur protection, ainsi que les poursuites en justice de tous ceux qui ont violé le droit international humanitaire et les droits de l’homme.

Le représentant a ensuite exprimé sa profonde préoccupation quant à la situation dans le nord-est de la Syrie où la campagne militaire se poursuit.  Il a cité les bombardements aériens aveugles qui se déroulent sans relâche, y compris l’utilisation de barils d’explosifs.  « Cette utilisation de la force est cruelle et complètement inacceptable. »  La lutte contre le terrorisme ne peut justifier les attaques aveugles contre les civils et les infrastructures civiles, a-t-il lancé.  Les opérations contre le terrorisme ne soustraient pas les parties à leur responsabilité de protéger les civils, à leurs obligations découlant du droit international humanitaire ni aux résolutions 2286 (2016) et 2427 (2018) du Conseil de sécurité, a-t-il insisté.  Le représentant s’est aussi inquiété des abus commis contre des journalistes et professionnels des médias, demandant aux parties de cesser ces pratiques, ainsi que des situations dans les camps d’el-Hol et Roukban.

Le Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, M. SERGEY VASILYEVICH VERSHININ, a espéré que cet échange de vue permettrait de mieux comprendre la situation en Syrie et a partagé les préoccupations exprimées par Mme Mueller en ce qui concerne la situation à Edleb et ses alentours.  Il a affirmé que 99% du territoire de cette zone est sous contrôle du groupe terroriste Hay’at Tahrir el-Cham (HTS), ce qui constitue une menace pour la population civile.  En avril 2019, la Russie a recensé plus de 378 violations du cessez-le-feu par les terroristes qui se trouvent dans cette zone, ce qui a causé la mort de 19 civils et fait 42 blessés, a dit le Vice-Ministre.  M. Vershinin a également déploré la poursuite d’attaques à l’explosif et au drone contre des sites russes en Syrie, citant le cas du 19 mai, où une base russe a été visée par six frappes terroristes.  Il a aussi dénoncé le fait que les terroristes mènent des actions agressives depuis le sud d’Edleb, en accusant les combattants d’HTS de terroriser la population locale et d’utiliser les civils comme boucliers humains.

En réponse à ces actions agressives, a poursuivi le Vice-Ministre, les forces aériennes russes fournissent un appui indispensable aux forces nationales syriennes qui tentent d’éradiquer les foyers terroristes dans la zone d’Edleb et de mettre fin aux attaques de leurs sites.  Les frappes syriennes et russes concernent uniquement des cibles terroristes, a-t-il affirmé.  Il s’est dit préoccupé par la détermination des groupes terroristes de « fabriquer des preuves pour insinuer des attaques chimiques ».  Un membre du groupe Al-Qaida est impliqué dans « l’aile chimique » qui cherche à transmettre de fausses informations à l’Occident, a-t-il affirmé avant de déclarer que « la Fédération de Russie se tourne vers l’ONU pour véritablement vérifier toutes ces informations ».

Le Vice-Ministre a ensuite mentionné la montée des tensions à l’est de l’Euphrate « qui n’est pas sous contrôle syrien » et a appelé les membres de la coalition à réagir en travaillant avec le Gouvernement syrien.  Il a également évoqué la situation difficile dans le camp surpeuplé d’el-Hol, où l’hygiène de base des 73 000 personnes qui y vivent ne peut être assurée, ce qui provoque des épidémies.

La Fédération de Russie appelle en outre à faire pression sur les groupes terroristes qui se trouvent dans le camp de Roukban.  Pour le Vice-Ministre, la communauté internationale doit continuer d’appuyer le processus de stabilisation en Syrie et, ce faisant, faire avancer le processus politique.  Pour cela, il faut éviter de politiser la question humanitaire, a mis en garde le Vice-Ministre, avant de passer en revue les nombreuses actions et mesures prises par son pays, à la fois sur le plan humanitaire et en termes de reconstruction.  Il a appelé toutes les parties à unir leurs efforts et à travailler de concert pour éradiquer les foyers terroristes en Syrie.

Revenant à l’exposé de Mme Mueller, il a appelé les membres du Conseil à répondre à la question de savoir ce qu’il faut faire pour que des millions de Syriens ne soient plus pris en otage par des terroristes.  Réagissant aussi à l’intervention de la Belgique, il a voulu savoir « qui sont les parties qui doivent respecter le droit international humanitaire et les droits de l’homme », en demandant si « les terroristes en font partie ». 

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a affirmé que « le régime d’Assad », avec l’aide de ses alliés militaires, avait mené au cours des huit dernières années « une campagne punitive contre le peuple syrien ».  Les attaques du régime ont provoqué l’une des plus graves crises humanitaires depuis la Seconde Guerre mondiale, entraînant la fuite de millions de personnes à cause des attaques aux armes chimiques, des frappes aériennes, des tirs d’artillerie lourde, des arrestations arbitraires et de la famine.  À l’est d’Alep, dans la Ghouta orientale, à Madaya, à Mouaddamiyé et à Homs, la population devait choisir entre se rendre aux forces du régime ou mourir de faim.  Cette tactique de siège fait partie intégrante de « la stratégie d’Assad » qui cherche à régler le conflit par une solution militaire plutôt que de négocier une solution politique grâce aux bons offices de l’ONU, a regretté le représentant.

Citant le cas du camp Roukban où les conditions humanitaires sont déplorables du fait du « refus du régime de permettre à l’ONU de fournir une aide régulière aux milliers de personnes qui y vivent », il a rappelé que 111 jours s’étaient écoulés depuis la dernière livraison d’aide humanitaire.  Le 22 avril, le « régime d’Assad » a rejeté la demande de l’ONU de faire passer un troisième convoi d’assistance humanitaire, s’est indigné le représentant en remarquant que ce régime pourrait facilement approuver ce convoi demain et que les États-Unis étaient prêts à faciliter toutes les livraisons.  Cette situation déplorable pousse les gens à quitter le camp à cause de la menace de famine, a-t-il observé, avant de réitérer son appel à la Syrie pour qu’elle approuve immédiatement ce troisième convoi.

S’attendant à ce que les défenseurs du régime citent la lutte contre les terroristes comme justification de ses mesures sévères, le représentant américain a souligné que le Conseil était uni par rapport à la nécessité de lutter contre le terrorisme, mais que « ce n’est pas l’autorisation d’affamer des civils ».  

S’agissant de l’escalade militaire récente menée par le régime et les forces russes à Edleb et dans le nord de Hama, les États-Unis soulignent une fois de plus que la mise en œuvre intégrale de l’Accord de Sotchi de septembre 2018 est essentielle pour protéger la vie des civils et empêcher de nouveaux déplacements forcés.  La Fédération de Russie et le régime syrien doivent s’engager de nouveau à appliquer le cessez-le-feu de Sotchi et à une désescalade des combats, a exigé le représentant.  En outre, les parties sur le terrain doivent veiller à ce que les livraisons d’aide humanitaire transfrontalière de l’ONU arrivent jusqu’à Edleb, y compris la zone démilitarisée.

Toujours alarmés par la poursuite des frappes aériennes contre les établissements et les personnels de santé dans le nord-ouest de la Syrie, les États-Unis exigent que les forces et les dirigeants qui ont planifié et dirigé ces attaques soient tenus pour responsables.  Également préoccupés par les conséquences de l’utilisation future d’armes chimiques, notamment de gaz chloré, sur la situation humanitaire dans le nord-ouest de la Syrie, le représentant a mis en garde que « les États-Unis et ses alliés surveillent de près la situation dans le nord-ouest de la Syrie et réagiront rapidement et de manière appropriée à toute nouvelle utilisation d’armes chimiques par le régime d’Assad ».

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a appelé à faire de la préservation du cessez-le-feu à Edleb une priorité absolue, voulant « éviter qu’Edleb ne devienne un nouvel Alep ».  Outre les vies de plus trois millions de civils qui sont en jeu, une offensive de plus grande ampleur aurait des conséquences humanitaires dramatiques, et représenterait aussi une menace sécuritaire et un risque migratoire « pour nous tous », a-t-il prévenu.  Il a donc appelé les signataires de l’Accord de cessez-le-feu à tenir leurs engagements sur son maintien, demandant en particulier à la Fédération de Russie d’exercer les pressions nécessaires sur le régime.  Il a aussi demandé à l’Iran de traduire en actes, en Syrie, l’engagement dont il a fait part au Conseil de sécurité, dans un courrier récent, de contribuer à la stabilité régionale.  Pour la France, la nouvelle offensive du régime et de ses alliés s’inscrit dans une volonté de reconquérir par la force des zones qui échappent encore à leur contrôle, « comme ce fut le cas pour Alep et la Ghouta ».  « Avec plus d’une quarantaine d’infrastructures civiles frappées, les cibles et les objectifs de cette offensive ne laissent pas de doute. »   Le représentant a, toutefois, estimé que la lutte contre le terrorisme ne justifiera jamais de telles actions.

M. Delattre a ensuite insisté sur l’impératif de protection des civils, jugeant inacceptable que les hôpitaux, y compris ceux qui ont fait l’objet d’une « déconfliction », ainsi que les écoles, continuent à être la cible d’attaques dans le nord-ouest.  Il a également appelé à garantir un accès humanitaire sûr, complet, durable et sans entrave, insistant notamment sur l’urgence du déploiement d’un nouveau convoi d’aide dans le camp de Roukban.  Le représentant a appelé « ceux qui en ont les moyens » à exercer les pressions nécessaires sur le régime pour qu’il autorise ledit convoi et garantisse plus largement un accès humanitaire sans entrave dans l’ensemble des zones sous son contrôle, en particulier dans les territoires qu’il a récemment reconquis, au sud-ouest et dans le Ghouta orientale.  Par ailleurs, il a souligné que seule une solution politique durable permettra de mettre fin à la tragédie syrienne.  « Il est impensable d’envisager le financement de la reconstruction du pays, la normalisation des relations avec le régime de Damas ou encore la levée des sanctions tant que des avancées irréversibles et crédibles vers une solution politique n’auront pas été enregistrées », a-t-il dit.

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) s’est déclaré extrêmement préoccupé de la situation dans les provinces d’Edleb et de Hama.  En dépit de l’annonce d’un nouveau cessez-le-feu unilatéral de 72 heures à Edleb, de nombreuses informations font état du lancement imminent d’une attaque des forces syriennes contre les positions du Front el-Nosra, a-t-il déclaré, en appelant à la modération, au respect du droit international humanitaire et du droit des droits de l’homme, et en espérant que la coopération russo-turque permette d’atténuer les tensions conformément à l’accord de Sotchi.

Le représentant a ensuite évoqué la série télévisée « Le Trône de fer », dans laquelle la « mère des Dragons » utilise le feu ardent de ces créatures pour conquérir Port-Réal, la capitale des Sept Couronnes, une victoire obtenue au prix du massacre de milliers d’innocents, et de la destruction des structures sociales et économiques locales.  « Mais en Syrie, nul besoin de dragons pour détruire une ville! » s’est-il exclamé, notant que dans bien des villes syriennes, les bombardements aériens et les attaques terrestres ont causé des morts et des dégâts bien réels.  Cette métaphore, a-t-il expliqué, doit servir de rappel aux pays qui ont de l’influence sur les parties au conflit pour éviter que de nouvelles victimes ne viennent alourdir le bilan actuel de 400 000 morts.

M. ZHAOXU MA (Chine) a appuyé les efforts inlassables de l’ONU pour améliorer la situation en Syrie.  Le problème d’Edleb qui demeure est, selon lui, imputable aux forces terroristes qui contrôlent cette région.  Les groupes terroristes locaux s’en prennent non seulement aux civils et aux infrastructures civiles mais également aux bases militaires russes, a-t-il constaté avant d’affirmer que « à moins d’éradiquer la présence terroriste, il sera impossible de vivre dans la paix ».  La Chine appuie les efforts de l’ONU et des autres acteurs pertinents pour améliorer la situation humanitaire dans le nord-ouest de la Syrie.  S’agissant de la situation « complexe » dans le camp d’el-Hol, le représentant a appelé à prendre des modalités spécifiques pour la relocalisation des 73 000 personnes qui s’y trouvent.

En ce qui concerne les zones où la situation sécuritaire est relativement stable, le représentant a exhorté la communauté internationale à venir en aide au Gouvernement syrien dans ses efforts de reconstruction pour permettre aux populations civiles de se relever des ruines de la guerre.  Il a aussi appelé à poursuivre les efforts dans la recherche d’une solution politique en Syrie, sous les auspices des Nations Unies et conformément à la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité.  Depuis les débuts de la crise syrienne, la Chine fournit une assistance d’urgence et des équipements médicaux, a enfin rappelé le représentant, qui a donné l’assurance que cette aide continuerait.

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a appelé les parties au conflit à respecter l’obligation de protection des civils, du droit international et du droit international humanitaire.  Cela comprend notamment la levée de toutes les entrave à la fourniture de l’aide humanitaire aux réfugiés et personnes déplacées, y compris les femmes et les enfants, ainsi que la protection du personnel humanitaire.  Le représentant s’est dit préoccupé du fait que chaque épisode de confrontations armées constitue, en sus des conséquences humanitaires, un coup porté aux efforts déployés par la communauté internationale en vue d’un règlement pacifique durable de la crise en Syrie. 

La détermination de la communauté internationale à obtenir la cessation immédiate des hostilités sur toute l’étendue du territoire syrien doit être aussi forte que son appel à privilégier le dialogue, afin de donner des chances de succès au processus de paix en souffrance, a plaidé M. Adom.  Il a, en particulier, appelé au respect de l’Accord russo-turc sur la « zone démilitarisée », conclu en septembre 2018, qui doit permettre la séparation des territoires insurgés des zones gouvernementales et garantir un arrêt des hostilités dans cette région. 

M. MARIUSZ LEWICKI (Pologne) a dénoncé, entre autres, les frappes aériennes qui ont endommagé 23 centres de soins dans le nord-ouest de la Syrie et a appelé les parties à faire de la protection des civils leur priorité.  Toute opération militaire doit se dérouler dans le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme afin d’éviter de nuire aux centaines de milliers de civils pris au piège par les combats, a-t-elle exigé en rappelant que la protection des civils et l’accès sans entrave de l’aide humanitaire est une obligation juridique qui incombe à toutes les parties au conflit.  Et ceux qui ne le respectent pas doivent être tenus pour responsables, a-t-elle averti.

Le représentante s’est également inquiété de l’état « dramatique » des installations de santé en Syrie, notant le manque d’équipements et soulignant le risque de transformer certaines blessures en handicaps à vie.  Elle a appelé le Conseil à plaider résolument en faveur de la santé et la protection des civils.  Des mécanismes appropriés doivent également être mis sur pied pour tenir les auteurs responsables, notamment ceux qui commettent de graves violations contre les enfants, en particulier dans la région de Hol où les enfants représentent la majorité de la population.  Le délégué s’est aussi préoccupé de l’accès humanitaire, notamment dans le camp de Roukban où la situation est de plus en plus précaire en raison d’un accès pratiquement inexistant.  Après l’arrivée d’un deuxième convoi humanitaire début février, il s’est inquiété du manque de progrès réalisé pour y dépêcher un troisième, avant d’appeler les autorités syriennes à promptement autoriser le prochain convoi interagences.

Mme GOOLAB (Afrique du Sud) a demandé aux parties de ne pas bombarder les infrastructures à Edleb, comme ailleurs, et de s’assurer que les civils de la région ne sont pas utilisés comme boucliers humains par les acteurs non étatiques.  Préoccupée de voir un certain nombre d’agences humanitaires suspendre leurs opérations dans le nord-ouest du pays à cause de la montée de la violence, elle a invité les parties à cesser les hostilités.  Les parties doivent aussi s’engager pleinement dans le processus politique, a dit la représentante qui a ensuite demandé que les signataires du mémorandum de cessez-le-feu de septembre dernier en respectent les dispositions.  Elle s’est aussi inquiétée des attaques ciblant les infrastructures de santé et d’éducation.  Reconnaissant la nécessité de tenir compte de la menace et de la violence commise par les organisations terroristes, Mme Goolab a aussi souligné que les actions prises pour y faire face ne peuvent l’être aux dépens des vies de civils innocents, et que ces actions doivent respecter le droit international.

L’Afrique du Sud appelle, en outre, à aider les 73 000 personnes vivant dans le camp d’el-Hol, dont 50 000 sont des enfants.  Elle souhaite aussi que tous les efforts soient entrepris pour permettre à ceux voulant retourner chez eux de le faire, qu’ils soient Syriens, Iraquiens ou autres.  L’Afrique du Sud salue les rapports qui notent que de plus en plus de gens quittent le camp de Roukban, aidés par le Gouvernement syrien et sous l’observation de l’ONU, dans le respect du principe d’un retour volontaire, sûr, digne et informé.  La délégation souhaite que les accords nécessaires soient signés afin de permettre que l’aide humanitaire soit livrée dans le camp.

La représentant a indiqué, par ailleurs, que la présence de toute force militaire étrangère en Syrie sans l’accord préalable du Gouvernement sape et viole la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.  Mme Goolab a invité les pays à identifier leurs ressortissants par le biais des agences pertinentes de l’ONU, et à les ramener dans leur pays d’origine pour les juger en accord avec les lois locales.  De même, l’Afrique du Sud souhaite que les membres d’Al-Qaida et de Daech soient détenus avant qu’ils n’incitent à plus de violence, notamment dans un contexte où des rapports font état de l’expansion des filiales de ces groupes terroristes de la Syrie et d’Iraq vers le continent africain.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) s’est dit préoccupée par le fait que le cessez-le-feu unilatéral décrété par les « forces prorégimes » ait été suivi, dès le lendemain, d’une escalade de violence.  Elle a appelé toutes les parties à respecter l’Accord de Sotchi, en jugeant « inexcusable » que les hôpitaux soient pris pour cible malgré l’existence d’un mécanisme de désescalade.  La représentante a insisté sur le fait que la lutte antiterroriste ne peut servir de prétexte pour lancer des attaques contre des cibles civiles.  Aussi sa délégation a-t-elle demandé à la République arabe syrienne de prendre quatre engagements aujourd’hui.  Tout d’abord, ne pas prendre les journalistes pour cible.  Ensuite, respecter le droit international humanitaire et s’engager en faveur de mesures de protection des civils, telles que prévues par le Haut-Commissariat pour les réfugiés.  Enfin, prévoir l’arrivée d’un convoi humanitaire à Roukban.  « Ce ne sont pas des engagements difficiles à tenir pour un gouvernement soucieux du bien-être de sa propre population », a estimé Mme Pierce.

M. JOSUÉ ANTINOE FIALLO BILLINI PORTORREAL (République dominicaine) a déclaré que le Conseil de sécurité avait, plus que jamais, une responsabilité importante dans les efforts visant à mettre fin à la crise en Syrie.  Il a souligné que le pays est en proie à une escalade militaire dans le nord-ouest.  Nombre de réfugiés n’ont d’autre choix que de rallier des camps de personnes déplacées surpeuplés, a-t-il relevé, en se faisant aussi l’écho de certaines informations selon lesquelles des attaques répétées sont commises contre des centres de soins et des écoles.  On estime que 250 000 enfants en âge d’aller à l’école ne peuvent s’y rendre, a rappelé le représentant.  « Si ceci n’est pas une catastrophe, alors nous devons revoir nos critères », a-t-il conclu.

M. GUATAVO MEZA-CUADRA (Pérou), qui suit avec préoccupation la situation humanitaire en Syrie, s’est dit alarmé par la persistance de la violence dans le nord-ouest du pays et son impact sur la population, en particulier, en termes de destruction des infrastructures civiles, des centres médicaux et des écoles.  Il a regretté les nouvelles victimes civiles à Edleb, avant de dénoncer les violations répétées du droit international humanitaire et des droits de l’homme de même que les violations des mandats du Conseil.  « Il faut que cela cesse pour que la confiance nécessaire à la consolidation d’une paix durable puisse revenir », a-t-il exigé.

Il a également mis l’accent sur le nombre croissant de personnes déplacées à cause de l’escalade des tensions.  Beaucoup d’entre-elles ont besoin d’une assistance d’urgence pour pouvoir survivre, a poursuivi le représentant, en saluant au passage le professionnalisme et le dévouement du personnel humanitaire et des Nations Unies en Syrie.  Il en a profité pour insister sur l’impératif moral et juridique pour les parties de garantir leur sécurité et de leur permettre un accès nécessaire.  Il a estimé que l’ONU devait venir en aide aux populations du camp de Roukban, comme une mesure palliative en attendant que les pays directement concernés par cette problématique parviennent à une solution définitive qui permette un retour en toute sécurité de ces personnes dans leurs foyers.  S’agissant du camp d’el-Hol, il a appelé la communauté internationale à mobiliser les moyens nécessaires pour subvenir aux besoins aux 73 000 personnes qui y ont trouvé refuge.

Il faut également faire des progrès en termes d’identification des personnes disparues, de remise des dépouilles mortelles et de libération des détenus et des disparus, a estimé le représentant.  Face à l’intensification des violences ces dernières semaines, « je ne cesserai pas de rappeler l’urgence de parvenir à une solution politique en Syrie sur la base de la résolution 2254 et du Communiqué de Genève », a-t-il conclu.

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie) a insisté sur l’importance, pour le Conseil de sécurité, de se montrer uni face à la situation humanitaire en Syrie. Il s’est inquiété de la situation dans le nord-ouest du pays, relevant notamment que la majorité des trois millions de personnes qui se trouvent dans la zone de désescalade d’Edleb ont déjà été déplacées à plusieurs reprises.  M. Djani s’est également soucié de la situation dans le camp de Roukban où près de 28 500 personnes vivent toujours dans des conditions catastrophiques, ainsi que de la situation dans le camp d’el-Hol, dont les femmes et les enfants représentent 92% de la population, notant les informations faisant état de « tensions » au sein du camp.  De plus, 11 000 ressortissants étrangers sont isolés dans une « annexe » du camp, avec un accès limité aux services de base, a-t-il relevé.

Le représentant a appelé à une action concrète pour répondre aux besoins humanitaires.  Il a aussi recommandé de veiller à la durabilité des opérations humanitaires.  Il a jugé urgent d’élaborer un plan préparatoire et d’ajuster les besoins en fonction des priorités, de nombreux partenaires humanitaire ayant dû suspendre leurs opérations en raison de l’intensité des combats dans le nord-ouest.

Reprenant la parole à la fin des échanges de ce matin, le Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie a réagi à ce qui a été dit.  « Je ne peux pas poursuivre la discussion, notamment les parallèles faits avec la série télévisée « Le Trône de fer (Game of Thrones) », que je n’ai pas vue, parce que ce qui se passe en Syrie n’est pas un jeu », a-t-il dit.  Il s’agit là d’un pays souverain et de sa population qui souhaite construire son propre avenir, a-t-il rappelé avant de réaffirmer à nouveau que 99% de la zone de désescalade d’Edleb est aux mains du groupe terroriste Hay’at Tahrir el-Cham (HTS), un groupe que le Conseil a reconnu comme étant une organisation terroriste.  Il s’attendait à ce que quelqu’un réagisse à ces chiffres, « mais cela n’a pas été le cas ».

S’agissant des appels au respect du cessez-le-feu, le Vice-Ministre a souligné qu’HTS n’est pas une partie soumise à l’Accord de cessez-le-feu, tout comme le Front el-Nosra et Al-Qaida.  Pour la Russie, ces organisations terroristes doivent impérativement faire l’objet d’une action de la communauté internationale en vue de leur éradication.   Le Ministre a espéré « qu’Edleb ne sera pas le deuxième Raqqa, une ville rayée de la carte par les États-Unis et les membres de la coalition ». 

La Fédération de Russie a respecté tous les engagements pris au titre du mémorandum d’Accord de la Turquie, a martelé le Ministre avant de lancer à la salle la question suivante: « Si on ne reconnaît pas les faits sur le terrain, quel est le message que nous envoyons aujourd’hui aux trois millions d’habitants d’Edleb qui sont pris en otage par les groupes terroristes, si ce n’est que cela va continuer? »  Pour ce qui est des menaces de réaction rapide en cas d’utilisation d’armes chimiques, le Vice-Ministre a répondu qu’il ne s’agit pas tant d’agir rapidement que d’agir de façon intelligente et sur la base de données vérifiées pour éviter de prendre des mesures qui auraient des effets dévastateurs.

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a dit que « les actes ne mentent pas ».  Or, la vérité, nous la connaissons tous, a-t-il affirmé.  « Les souffrances qu’endure le peuple syrien résultent des crimes de guerre commis par les forces de la coalition conduite par les États-Unis », a accusé le représentant, pour qui le dossier humanitaire a été instrumentalisé depuis le début pour prendre son pays pour cible et ternir la réputation des institutions syriennes, dans l’espoir de liguer l’opinion publique contre Damas.  « Certains collègues » ont évoqué la situation à Edleb, où se terre le Front el-Nosra, lequel fait partie d’Al-Qaida au Levant.  Quels que soient les noms qu’on donne à ces terroristes, on parle d’une organisation classée comme telle par ce Conseil de sécurité, a-t-il rappelé.  « Quel serait votre réaction si un groupe terroriste prenait le contrôle d’une de vos villes pour en menacer d’autres? », a lancé M. Ja’afari à l’adresse des membres du Conseil.  « Moi je n’ai qu’une question », a-t-il dit en faisant référence aux cinq questions posées par la Belgique, au nom des délégations porte-plumes des projets de résolution. 

Le représentant syrien a dénoncé « l’ampleur des mensonges et de l’hypocrisie » au sujet de la situation en Syrie, avant d’accuser les États-Unis de s’opposer au démantèlement du camp de Roukban.  Répondant à Mme Mueller qui a exhorté Damas à laisser un convoi humanitaire se rendre à Roukban, il a voulu « corriger cette information ».  Selon lui en effet, « le Conseil sait que le Gouvernement syrien a approuvé ce convoi alors que les États-Unis l’ont refusé pendant deux mois ».  Or, les forces occupantes sont responsables du bien-être de la population en vertu des Conventions de Genève, a tenu à rappeler le délégué.  « Que font les États-Unis sur le territoire de mon pays? », s’est encore demandé M. Ja’afari.  Selon lui, la situation à Hol est aussi préoccupante qu’à Roukban, dans la mesure où ce camp est placé sous le contrôle de milices qui sont appuyées par la coalition américaine.   « Les États-Unis trafiquent du pétrole, des objets historiques et créent une crise de toutes pièces », a encore affirmé le représentant. 

Il a également appelé le Conseil de sécurité à prendre des mesures pour mettre fin aux « pratiques du régime turc visant à rétablir le royaume ottoman ».  La Syrie a rappelé que la présence de forces étrangères sur son territoire serait suivie de réactions appropriées, a-t-il déclaré.  Il a aussi rappelé que le Secrétariat de l’ONU, en partenariat avec 38 institutions spécialisées dans le terrorisme, n’avait pas été mesure d’identifier les organisations terroristes qui sévissent en Syrie.  « Ce n’est pourtant pas comme s’il s’agissait de déterminer le sexe des anges », a-t-il ironisé.  Il a appelé le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à honorer son obligation de venir en aide aux populations subissant les attaques des forces de la coalition et à cesser de relayer des informations « fabriquées de toutes pièces par des entités du Secrétariat de l’ONU ».

Se disant « frappée par l’intervention de la Syrie », la représentante du Royaume-Uni a redit n’avoir pas reçu de réponse à ses questions de la part du Gouvernement syrien.  S’agissant de l’équipe de journalistes de Sky News, elle a dénoncé toute attaque à son encontre en demandant au représentant syrien de faire passer ce message à son Gouvernement.  Pour ce qui est des « allégations inacceptables contre les Casques blancs », elle les a réfutées en martelant qu’il s’agit bien d’une organisation humanitaire.

Elle a par ailleurs martelé que l’OCHA ne joue le jeu ni des États-Unis ni du Royaume-Uni, « contrairement à ce qu’a laissé entendre le représentant syrien ».  L’OCHA met tout en œuvre pour venir en aide à la population syrienne et le Gouvernement syrien devrait l’y aider, a-t-elle recommandé.

Au lieu de parler des provocations d’HTS, que le Conseil ne met pas en cause du reste, elle a expliqué ce qui préoccupe ses membres: c’est la manière avec laquelle la Fédération de Russie et le régime syrien y répondent.  « Des frappes aériennes de grande ampleur qui prennent pour cible des infrastructures civiles ne sont pas nécessaires et il ne s’agit pas là d’une réponse proportionnelle », a-t-elle tranché en expliquant la préoccupation du Conseil de sécurité à ce sujet.

Se ralliant à cette explication, le représentant de l’Allemagne, qui s’exprimait aussi au nom des autres porte-plumes de la résolution Belgique et Koweït, a répondu au Vice-Ministre russe des affaires étrangères.  Il a souligné que le Conseil de sécurité cherchait à faire passer le message de son attachement au droit international humanitaire, notamment pour ce qui est du recours aux armes chimiques et aux bombardements d’infrastructures civiles.

Reprenant la parole, le représentant de la République arabe syrienne a rappelé que l’OCHA travaillait dans son pays conformément à la résolution 2139 (2014), résolution reconduite périodiquement avec l’accord de son Gouvernement.  Donc l’OCHA n’agit pas « de son propre chef » en Syrie, a-t-il rappelé.  Quant aux Casques blancs, de nombreuses informations existent, y compris en Occident, pour dire qu’il s’agit d’une organisation dirigée par un officier britannique, a affirmé le représentant.  Si elle était à vocation humanitaire, des centaines de ses membres ne seraient pas passés par le Golan syrien, puis Israël, pour rejoindre des pays occidentaux, a-t-il soutenu.  Après avoir accusé le Qatar d’avoir « payé des rançons » à des organisations terroristes dans son pays, la délégation a demandé à tous les États Membres de respecter, avant même le droit international humanitaire, la Charte des Nations Unies, qui interdit l’ingérence dans les affaires internes d’un pays.  Il a par ailleurs fait valoir que son gouvernement mettait en péril ses propres forces de sécurité pour protéger les personnels de l’ONU et la presse accréditée en Syrie.  « Mais ceux qui veulent agir à la manière d’Hollywood, qu’ils en paient les répercussions », a-t-il lancé.

La Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires, Mme Ursula Mueller, a précisé les choses en ce qui concerne les convois humanitaires interinstitutions, en expliquant que la demande de faire passer un troisième convoi pour le camp de Roukban faite en mars dernier avait été refusée en mai.  Répondant à la question du Royaume-Uni, elle a précisé que les attaques contre les centres médicaux faisaient l’objet d’une vérification par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).  Elle a dit qu’elle se renseignerait pour dire si oui ou non ces attaques peuvent également être confirmées par l’ONU.  Elle a à nouveau appelé à protéger les civils et les infrastructures civiles.

Pour ce qui est du plan de réponse humanitaire pour 2019, elle a indiqué qu’il fallait réunir 3,3 milliards de dollars pour venir en aide à 1,7 million de personnes dans le besoin en Syrie.  À ce jour, ce plan n’est financé qu’à hauteur de 16%.  Il est quasiment finalisé et sera publié sous peu, a précisé Mme Mueller qui a appelé à le soutenir.

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