Le Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) fait état d’une dégradation inquiétante de la sécurité dans le pays

CS/12882
21 juin 2017
7980e séance – matin 

Le Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) fait état d’une dégradation inquiétante de la sécurité dans le pays

La première réunion du « Processus de Kaboul » est saluée comme une importante initiative pour la stabilité de l’Afghanistan

Face à une nouvelle dégradation de la sécurité en Afghanistan, le Gouvernement doit éviter toute mesure qui risquerait de diviser le pays, notamment sur des bases ethniques, et veiller à maintenir la cohésion nationale, y compris en luttant contre la corruption généralisée et les violations des droits de l’homme, a expliqué ce matin devant le Conseil de sécurité M. Tadamichi Yamamoto, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).  Point plus positif: la première réunion du Processus de Kaboul sur la paix et la réconciliation a été considérée comme une importante initiative pour la stabilité dans le pays et toute la région.

M. Yamamoto présentait au Conseil le dernier rapport trimestriel* sur l’Afghanistan du Secrétaire général, lequel s’est rendu la semaine dernière à Kaboul.  Le Chef de la MANUA, puis l’ensemble des intervenants lors du débat, se sont montrés très préoccupés de l’aggravation de l’état de la sécurité, illustrée par le terrible attentat au camion piégé commis le 31 mai à Kaboul.  Cet attentat avait été suivi de manifestations de mécontentement elles-mêmes à l’origine de nouveaux morts, et de nouveaux attentats lors des funérailles des victimes.  Dans son rapport, le Secrétaire général rappelle que cet attentat « et l’escalade de violence qui a suivi ont encore démontré combien les civils étaient vulnérables face au conflit ».

Dans ce contexte, il est important que les dirigeants et le peuple afghans manifestent une unité nationale, a fait valoir le Chef de la MANUA, appuyé là aussi par les représentants des 27 délégations qui ont pris part au débat.  M. Yamamoto a jugé particulièrement inquiétant que, depuis plusieurs mois, apparaissent des divisions politiques fondées sur des divisions ethniques.  « S’il n’y a pas de changements dans les méthodes de gouvernance, nous nous heurterons sans doute à des difficultés plus graves, qu’il sera plus difficile de gérer », a-t-il averti.

Le Représentant spécial a en revanche salué la tenue, le 6 juin, de la première réunion du « Processus de Kaboul sur la paix et la réconciliation, piloté par les autorités afghanes ».  Plusieurs des intervenants ont insisté sur l’importance d’une telle appropriation nationale.  Le représentant de l’Afghanistan, M. Mahmoud Saikal, a estimé que cette réunion avait marqué la reprise d’une importante initiative pour la stabilité dans le pays.

Mais si de nombreux orateurs ont mis l’accent sur la nécessité de la coopération régionale tant pour la sécurité que pour le développement économique de l’Afghanistan et de toute la région, la réunion a également été marquée par la mise en cause du Pakistan par le représentant afghan.  Ce dernier a affirmé qu’il avait été « clairement établi » que l’attaque commise le 10 janvier à Kandahar avait été planifiée à Quetta, au Pakistan, ajoutant que les enquêtes sur l’attaque du 31 mai mettaient en évidence des liens avec le réseau Haqqani, basé lui aussi au Pakistan.  M. Saikal a accusé ce pays de s’être montré « déterminé depuis toujours » à utiliser tous les moyens à sa disposition pour déstabiliser l’Afghanistan.

La représentante du Pakistan a rejeté ces accusations, affirmant que la résurgence de l’insurrection en Afghanistan ne pouvait être expliquée par une « référence commode » à des « centres de soutien » situés à l’étranger.  De larges parties du territoire afghan sont aujourd’hui sous le contrôle des Taliban et leurs « refuges » se trouvent en Afghanistan, a-t-elle ajouté.

Mais la représentante du Pakistan a aussi fait une distinction entre l’insurrection des « Taliban afghans » et les « groupes terroristes » -notamment l’État islamique- implantés dans le pays, estimant que ces derniers représentent une « menace commune » pour les Taliban et le Gouvernement.  Elle a souhaité que ces deux parties reprennent les pourparlers de paix, ce qui correspond à la position dominante de la communauté internationale et à celle du Secrétaire général.

De fait, le Représentant spécial a encouragé le peuple afghan à engager « un véritable dialogue interne » avec les Taliban, afin de définir ce que doit signifier le « vivre ensemble ».  À cet égard, plusieurs délégations ont considéré comme un bon exemple les discussions entre le Gouvernement et le mouvement Hezb-i Islami Gulbuddin, le représentant de l’Égypte se félicitant d’ailleurs qu’elles aient permis au chef du mouvement, M. Gulbuddin Hekmatyar, de rentrer en Afghanistan.

Parmi les nombreux représentants qui ont appelé de leurs vœux une réconciliation nationale en précisant qu’il ne saurait y avoir de solution militaire, celui de la Fédération de Russie a suggéré un assouplissement du régime des sanctions imposées par le Conseil de sécurité.  Mais le représentant de l’Afghanistan a, au contraire, demandé que les Taliban soient reconnus comme groupe terroriste par les Nations Unies, estimant que ces derniers sont incapables de se lancer dans de véritables négociations.

Ce à quoi le représentant de l’Inde a ajouté qu’il ne fallait pas distinguer entre « bons terroristes » et « mauvais terroristes ».  Pour lui, les Taliban, comme Daech, Al-Qaida ou d’autres, sont toutes des organisations terroristes, beaucoup d’entre elles étant interdites à ce titre par les Nations Unies.  Il a donc invité à les traiter comme telles.

Par ailleurs, les différents intervenants sont salué le rôle de la MANUA, en attendant avec intérêt les conclusions de l’examen stratégique de la Mission, dont le rapport est attendu le mois prochain.  Certains pays, comme la Suède, ont demandé notamment un mandat politique plus fort pour le Représentant spécial, y compris sur les questions régionales relatives aux efforts de paix, et ont mis en avant la nécessité d’une meilleure coordination des donateurs et la participation des femmes à la vie politique, économique et sociale afghane.  La France a souhaité une « rationalisation » de la MANUA, estimant qu’elle devait se concentrer sur l’essentiel. 

* S/2017/189

LA SITUATION EN AFGHANISTAN

Rapport du Secrétaire général sur la situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales (S/2017/508)

Déclarations

M. TADAMICHI YAMAMOTO, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), qui a présenté le dernier rapport de la Mission (S/2017/508) en date du 15 juin 2017, a fait état d’une aggravation des tensions dans le pays depuis le mois de mars.  S’il a ajouté que le Gouvernement avait démontré sa volonté de prendre des mesures en faveur de la paix, il a souhaité que celles-ci aillent plus loin.  Il s’est aussi inquiété de la réaction des forces de l’ordre après les manifestations de mécontentement qui ont suivi l’attentat terroriste du 31 mai.

M. Yamamoto a jugé particulièrement inquiétant que les divisions politiques qui ont émergé dans la direction du pays se fondent sur des divisions ethniques, alors même que les Taliban tentent de semer la dissension dans le pays.  Il a rappelé le rôle modérateur joué par la MANUA à la suite de l’attentat du 31 mai et des événements qui ont suivi.  « S’il n’y a pas de changements dans les méthodes de gouvernance, nous nous heurterons sans doute à des difficultés plus graves, qu’il sera plus difficile de gérer », a averti le Chef de la MANUA.

M. Yamamoto s’est appesanti sur les divisions qui apparaissent dans le pays depuis plusieurs mois.  Il a noté que des forces nouvelles se plaignent que le Gouvernement ne soit pas assez inclusif alors que ce dernier leur reproche de diviser le pays.  « Si l’opposition est naturelle sur toute scène politique, la méfiance ne cesse de croître et les déclarations de plus en plus inflexibles qui se multiplient rendent la situation plus difficile », a encore averti le Chef de la MANUA.

M. Yamamoto a rappelé que l’attentat de Kaboul n’avait pas fait de victimes internationales mais avait endommagé plusieurs ambassades, qui ont dû évacuer du personnel et n’ont pas toutes repris pleinement leurs activités.  « La communauté internationale ne doit pas se laisser intimider », a-t-il affirmé.

Parmi les autres défis auxquels l’Afghanistan est confronté, M. Yamamoto a cité non seulement les difficultés économiques et la difficulté à intégrer les nombreux réfugiés qui rentrent chaque jour, mais aussi une corruption endémique et un manque de confiance des investisseurs dans le secteur privé.  « La croissance économique est plus lente que celle de la population et la corruption met en péril la légitimité de l’État », a ajouté le Chef de la MANUA.

Insistant sur cette dernière, M. Yamamoto a rappelé que la corruption « est au cœur du problème de l’impunité, qui est elle-même au cœur de la question des droits de l’homme ».  Il a rappelé que la MANUA avait publié en avril son premier rapport sur la corruption dans le pays et a dit se réjouir des « réactions fortes » de la population.  Le Gouvernement d’union nationale s’est attelé à la tâche et a commencé à entreprendre des réformes dans divers ministères, a observé M. Yamamoto, qui a en outre estimé que le nouveau centre national de lutte contre la corruption se révèle efficace.   Pour le Représentant spécial, les efforts de lutte contre les violations des droits de l’homme et notamment la torture et les mauvais traitements des détenus doivent eux aussi être renforcés.

Pour M. Yamamoto, la récente crise a montré qu’il était dangereux de promouvoir des intérêts particuliers, que ce soit au plan national ou international.  « Le contexte afghan est très fragile », a-t-il rappelé, avant de lancer un appel pour mieux préparer les futures élections parlementaires.  « L’absence de clarté sur ces questions est un facteur de méfiance politique croissante », a-t-il ajouté, estimant que l’annonce prévue demain de la date du scrutin pourrait avoir un effet positif.

M. Yamamoto a par ailleurs encouragé le peuple afghan à engager « un véritable dialogue interne »  avec les Taliban, afin de définir ce que doit signifier le « vivre ensemble ».  La MANUA fait tout son possible pour réduire les tensions politiques, a réaffirmé le Chef de la Mission, qui a dit attendre « avec intérêt et confiance » les résultats de l’examen stratégique demandé par le Conseil.  Il a conclu son discours en lançant une nouvelle fois un appel à la retenue, afin que la population afghane puisse fêter dans la paix la fin du ramadan.

M. MAHMOUD SAIKAL (Afghanistan) a rappelé que son pays restait constamment attaqué et qu’il connaissait actuellement une période décisive face à l’adversité.  Grâce à des mesures efficaces des forces armées nationales, l’offensive de printemps des Taliban a pu être retardée et ces derniers ont subi de lourdes défaites dans le pays.  Mais les « orchestrateurs de l’insécurité » ont alors eu recours à des attaques terroristes dans les villes, visant des cibles faciles, d’où des attaques sans précédent dans les rues et contre des hôpitaux, des cimetières, des mosquées, des missions diplomatiques ou encore les institutions politiques.

Le représentant a rappelé que, depuis le début de l’année, ces attaques terroristes urbaines avaient fait plus de 500 morts et 1 100 blessés.  M. Saikal a notamment insisté sur l’ampleur inégalée de l’attaque au camion piégé du 31 mars, « crime contre l’humanité et les valeurs islamiques » commis durant le mois saint du ramadan, et qui a fait à elle seule 150 morts.  Cette attaque, a-t-il rappelé, a provoqué des manifestations de colère de la population, qui ont elles-mêmes fait de nouvelles victimes, y compris lors d’une triple attaque terroriste lors des funérailles.

M. Saikal a ensuite énuméré les pays récemment victimes d’attaques terroristes, y voyant la preuve que le terrorisme n’a pas de frontières et continue de menacer les populations partout dans le monde.  Le représentant a donc insisté sur la nécessité d’éliminer des centres de soutien qui, au-delà des frontières, permettent aux terroristes d’opérer en Afghanistan.  Il a affirmé qu’il avait été « clairement établi » par des enquêtes conjointes que l’attaque commise le 10 janvier à Kandahar avait été planifiée à Quetta, au Pakistan, ajoutant que les enquêtes sur l’attaque du 31 mai mettaient en évidence des liens avec le réseau Haqqani, basé lui aussi au Pakistan. 

M. Saikal a également dénoncé les violations de la frontière, qui ont selon lui quadruplé depuis mars, et qui aggravent la situation.  Il a dénoncé le « pays voisin bien connu » qui avait accusé devant le Conseil de sécurité le Gouvernement afghan de chercher à « externaliser ses problèmes internes et blâmer les autres pour ses propres échecs ».  Il s’agit, a ajouté le représentant, du « même État qui se montre déterminé depuis toujours à utiliser tous les moyens à sa disposition pour déstabiliser notre pays tout en l’accusant de faiblesse ».

Pour faire face à la situation actuelle, l’Afghanistan a adopté une stratégie à trois volets, a expliqué M. Saikal.  Il faut renforcer le consensus sur la lutte contre le terrorisme en incitant le Pakistan à réellement coopérer, à cesser ses violations de la frontière afghane et à faciliter le processus de paix.  Il faut aussi renforcer les capacités de défense de l’Afghanistan, a-t-il ajouté avant de parler aussi du renforcement nécessaire de l’unité nationale, de la gouvernance et des services apportés à la population.

M. Saikal a estimé que la conférence internationale tenue le 6 juin à Kaboul avait marqué la reprise d’une importante initiative pour la stabilité dans le pays.  Pour le représentant, le Pakistan a naturellement un rôle important à jouer pour mettre fin à l’extrémisme violent et promouvoir la paix.  Il a donc souhaité qu’il saisisse l’occasion, dans l’intérêt de ses propres concitoyens et de toute la région.

Le représentant a en outre mis en avant le professionnalisme et le dévouement des forces de sécurité afghanes, notamment la police, malgré leur manque de moyens.  Le Gouvernement ne laissera pas ses ennemis infiltrer ses forces de sécurité, a encore affirmé M. Saikal avant d’assurer que son pays continuerait de lutter contre la corruption et en faveur du développement économique et de l’assistance à la population. 

Pour sa part, l’ONU doit jouer son rôle, a poursuivi M. Saikal.  Le représentant a exprimé sa reconnaissance au Secrétaire général pour sa récente visite à Kaboul et s’est félicité de la création du nouveau Bureau des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme.  Il a toutefois demandé que soient prises des mesures pour mieux lutter contre les violations de la frontière et contre le terrorisme dans la région.  Il a aussi demandé que les Taliban soient reconnus comme groupe terroriste, estimant que ces derniers sont incapables de se lancer dans de véritables négociations.  M. Saikal s’est enfin félicité de l’examen stratégique de la MANUA.

Insistant en conclusion sur les énormes sacrifices consentis par le peuple afghan, M. Saikal a rappelé le rôle essentiel que les Nations Unies doivent jouer, y compris le Conseil de sécurité.  L’Afghanistan se tourne vers lui pour être aidé à surmonter ses difficultés et enfin vivre en paix à l’abri du terrorisme et de la destruction.

M. KORO BESSHO (Japon) a regretté qu’en dépit du soutien de la communauté internationale, il y ait encore peu de changement en matière de sécurité en Afghanistan.  Il s’est inquiété encore plus de voir l’unité s’effriter au sein du Gouvernement d’union nationale, soulignant la nécessité de prendre des mesures visant à inclure les communautés ethniques, qui sont sous-représentées dans le Gouvernement.  Celui-ci, a-t-il ajouté, doit revenir à ses engagements de 2014 qui visaient notamment une représentation équitable de la population afghane.

Parmi les engagements non tenus, il a également cité les élections parlementaires, qui auraient dû avoir lieu en 2015, demandant au Gouvernement d’annoncer un calendrier électoral pour ces élections ainsi que pour celles des conseils de districts.  Il l’a encouragé à utiliser la vaste expérience de l’ONU dans ce domaine pour s’assurer que les voix des Afghans soient entendues lors de ces élections et lors de l’élection présidentielle prévue en 2019.

Le représentant japonais s’est félicité de la réunion tenue dans le cadre du Processus de Kaboul le 6 juin, l’occasion pour l’Afghanistan de montrer son ferme engagement à faire avancer le processus de paix, avec le soutien de ses partenaires internationaux et régionaux.  Le Gouvernement, a-t-il souhaité, doit non seulement faire preuve de volonté mais aussi arriver à des résultats concrets au bénéfice du peuple afghan.  Concernant les déplacements de population, il a salué les efforts du Gouvernement pour mieux protéger les civils.  Enfin, il a dit attendre avec intérêt les résultats de l’examen stratégique, le mois prochain, tel que prévu par la résolution 2344 (2016).

M. OMIRTAI BITIMOV (Kazakhstan) a salué l’amélioration des relations bilatérales entre l’Afghanistan et le Kazakhstan.  Il a estimé que malgré le refus des Taliban de négocier avec les autorités afghanes, il fallait continuer à œuvrer pour la paix.  Il a déploré la dégradation de la situation sécuritaire dans le pays, et il s’est dit inquiet de la création de nouveaux groupes terroristes dans le nord de l’Afghanistan.  Il s’est aussi inquiété de l’intensification de la culture du pavot et a plaidé pour une lutte acharnée contre le trafic de drogues qui finance le terrorisme. 

Selon le représentant, la récession économique que vit l’Afghanistan s’explique par la dégradation de la situation sécuritaire.  À cet égard, il a fait valoir l’appui financier et multiforme que le Kazakhstan apporte à son voisin.  Il a invité la communauté internationale, notamment le Conseil de sécurité, à revoir la manière dont est traitée la question afghane.  Il a ainsi invité le Conseil à renforcer les liens avec les voisins de l’Afghanistan et à tenir compte de leurs intérêts divers. 

En ce qui concerne la MANUA, le représentant a plaidé en faveur du renforcement de son rôle politique.  Il a aussi émis le vœu de voir l’Afghanistan intégrer les structures économiques d’Asie centrale.  S’agissant enfin de la lutte contre le terrorisme, il a insisté sur la nécessité de s’attaquer sérieusement au le trafic de stupéfiants.

Mme MICHELE J. SISON (États-Unis) a rappelé le très lourd tribut que les Afghans innocents continuent de payer à cause du terrorisme.  « L’attentat du 31 mai avait pour but de diviser le Gouvernement afghan, la population et les diplomates », a-t-elle affirmé avant d’assurer que « le soutien des États-Unis à l’Afghanistan demeure inchangé ».  Les États-Unis, a-t-elle précisé, soutiennent en particulier le développement des organes de sécurité, notamment par le biais de la mission pilotée par l’OTAN.  Ils soutiennent aussi les efforts régionaux.

La représentante s’est félicitée que la première réunion du Processus de Kaboul, tenue le 6 juin, ait permis de renforcer le soutien régional et international en faveur d’un processus piloté par les Afghans.  Elle a rappelé que son pays s’était joint à l’appel lancé aux groupes extrémistes pour qu’ils participent au processus.  Elle a estimé que les progrès dans les discussions avec le Hezb-i Islami étaient synonymes d’espoir pour le pays, où il n’y a pas de solution militaire.  « L’avenir de l’Afghanistan dépend aussi beaucoup du rôle de ses voisins, qui doivent cesser tout soutien aux groupes terroristes et extrémistes », a poursuivi la représentante.

Mme Sison a pris note des nombreux défis, y compris économiques, auxquels se heurte l’Afghanistan.  Le soutien international à ce pays doit être le plus efficace possible, a-t-elle recommandé, avant de rendre hommage au rôle essentiel de coordination de la MANUA dans de nombreux domaines.  Elle a aussi dit attendre avec intérêt les conclusions de l’examen stratégique de la Mission.

M. CARL SKAU (Suède) a condamné les dernières attaques terroristes perpétrées à Kaboul.  Il a appelé à mettre fin à la violence et a souhaité que les responsables soient tenus responsables.  « La paix doit être obtenue par des négociations et non sur le champ de bataille », a dit le représentant en paraphrasant le Secrétaire général.  « Nous tous, mais particulièrement les pays de la région, avons intérêt à voir un Afghanistan en paix et stable », a-t-il ajouté en soulignant que l’engagement constructif et durable de la région serait essentiel pour atteindre cet objectif.  Il s’est aussi inquiété que les tensions régionales continuent de saper la stabilité à long terme et la croissance économique de ce pays.

Le représentant a estimé que la MANUA continuait de jouer un rôle important de par le soutien qu’elle apporte au Gouvernement et au peuple afghans, au moment où ces derniers construisent une société démocratique, prospère et pacifique.  Face aux défis qui demeurent, la présence efficiente, efficace et convenablement configurée de l’ONU demeure vitale pour soutenir les efforts en vue d’une paix durable.  Il a recommandé cinq priorités pour le soutien de l’ONU à l’Afghanistan: suivre une approche globale qui inclue le développement, les droits de l’homme, l’état de droit et l’aide humanitaire; être présent à tous les niveaux; prévoir un mandat politique plus fort pour le Représentant spécial du Secrétaire général, y compris sur les questions régionales relatives aux efforts de paix; mieux coordonner les donateurs; et favoriser la participation et l’intégration des femmes afghanes à la vie politique, économique et sociale.

M. GORGUI CISS (Sénégal) a fermement condamné les attentats commis ces derniers temps, qui ont coûté tant de vies au sein de la population afghane.  Il s’est félicité que le Président Ashraf Ghani et le Chef de l’exécutif Abdullah Abdullah aient engagé un dialogue afin d’harmoniser leurs relations et faire baisser les tensions sociales.  Il a en revanche déploré l’absence de perspectives de paix avec les Taliban.  Le délégué s’est félicité de la mobilisation des voisins de l’Afghanistan pour œuvrer en faveur de la paix, et il a salué le travail que mène la MANUA.

M. VLADIMIR K. SAFRONKOV (Fédération de Russie) a dit partager les vues du Secrétaire général sur la situation en Afghanistan et a estimé que le représentant du Kazakhstan avait fait une « brillante analyse » de la situation.  La récente vague terroriste qui a déferlé sur le pays a beaucoup attristé la Fédération de Russie, « amie de longue date » de l’Afghanistan, a-t-il ajouté.

Mais ce qui préoccupe le plus la Fédération de Russie aujourd’hui, c’est l’aggravation des tensions politiques.  Elle insiste donc sur l’importance du processus de réconciliation nationale, qui doit être dirigé par les Afghans eux-mêmes.  La Fédération de Russie est prête à apporter son aide, a ajouté le représentant, qui a suggéré un éventuel assouplissement du régime des sanctions imposées par le Conseil de sécurité.  Le représentant a également rappelé le Processus de Moscou pour faciliter le dialogue, qu’il a jugé « prometteur », tout en se disant « perplexe » face au refus de certains États d’y participer.

Pour la Fédération de Russie, la force internationale en Afghanistan n’a pas réussi à rétablir la paix et à lutter efficacement contre le terrorisme.  « Il faut aujourd’hui mettre l’accent sur l’unité nationale et la coopération régionale », a poursuivi le représentant, qui a regretté la « rhétorique antirusse » de certains pays.  Pourtant, a-t-il ajouté, la Fédération de Russie a apporté une importante contribution à la lutte contre le terrorisme en Afghanistan, y compris en coopération avec les États-Unis.  Mais elle est aujourd’hui inquiète de la présence croissance de l’État islamique en Afghanistan et s’interroge sur le survol du pays par des avions non identifiés et sans immatriculation.  La MANUA devrait se pencher sur la question, a estimé M. Safronkov.  Enfin, le représentant a expliqué que la Fédération de Russie était également inquiète de la reprise du narcotrafic, qui fournit des ressources au terrorisme, sachant que la culture du pavot s’étend de nouveau dans le pays.

M. STEPHEN HICKEY (Royaume-Uni) s’est dit choqué du fait que les femmes et les enfants soient les premiers à payer le prix des attentats terroristes en Afghanistan.  « Que ce soit dans les rues de Manchester, de Londres ou encore de Kaboul, le message à l’endroit des terroristes doit être le même: trop c’est trop », a-t-il déclaré.  Il a estimé que la lutte contre le terrorisme et en faveur du développement et de la paix en Afghanistan passait par un travail concerté des Afghans.

« Le pays a plus que jamais besoin de s’unir et de regarder vers l’avenir avec espoir », a-t-il indiqué, arguant que la tenue d’élections législatives ouvertes pourrait œuvrer à cette fin.  Mais pour cela, il faudrait déjà arrêter une date définitive pour cette échéance.  Le délégué a plaidé pour le renforcement du dialogue national dans ce pays composé de nombreux groupes ethniques.  Ce dialogue national doit intégrer les jeunes et les femmes, a-t-il plaidé.  Par ailleurs, il a appelé à reconfigurer la MANUA dans le cadre de la recherche d’une paix durable dans le pays et pour le respect des droits de tous les Afghans.

M. LIU JIEYI (Chine) a déclaré que le rétablissement de la paix et de la stabilité en Afghanistan était dans l’intérêt tant du peuple afghan que de toute la région.  La Chine se félicite donc des efforts du Gouvernement afghan et de l’aide qu’apportent les pays de la région en ce sens.  Mais la Chine constate aussi la dégradation des conditions de sécurité en Afghanistan.  De l’avis du représentant, la communauté internationale doit s’unir pour renforcer la coordination dans la lutte contre le terrorisme en Afghanistan et faire en sorte que l’idéologie terroriste cesse de se propager.

La communauté internationale doit aussi promouvoir le processus de réconciliation nationale, a plaidé le représentant en soutenant que les parties afghanes devaient y participer activement dans l’intérêt de l’avenir du pays.  « L’accord de paix conclu entre le Gouvernement afghan et différents groupes armés devrait être mis en œuvre et la communauté internationale devrait l’appuyer », a-t-il insisté. 

Il est aussi très important, à son avis, de renforcer les capacités du Gouvernement car c’est avant tout ce dernier qui devrait résoudre les problèmes du pays.  S’il a appelé la communauté internationale à respecter la volonté du peuple afghan qui doit pouvoir choisir son mode de gouvernance et son système de développement, il lui a demandé d’apporter au Gouvernement une assistance ciblée pour renforcer ses capacités de gouvernance.

« La Chine salue le travail effectué par la MANUA et espère que l’examen stratégique en cours lui permettra de cibler davantage ses efforts sur la promotion de la réconciliation, de la paix et du développement. »  Le représentant a assuré que son pays, qui a toujours respecté la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de l’Afghanistan, soutient aussi son intégration régionale dans le cadre de l’initiative dite des « Nouvelles routes de la soie ».

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a affirmé que la sécurité et le développement de l’Afghanistan sur le long terme dépendent de la pleine implication des Afghans eux-mêmes.  Il a souhaité que les conditions de dialogue avec les Taliban soient favorisées au niveau régional, se félicitant à cet égard de la dernière rencontre entre le Président Afghan et le Premier Ministre pakistanais.

M. Alemu a salué les efforts déployés par le Gouvernement d’union nationale dans la lutte contre la corruption, affirmant qu’il est important d’assurer la cohérence et l’unité au sein du pays.  Il a invité la communauté internationale à appuyer les efforts du Gouvernement afghan afin qu’il réalise ses objectifs de développement, insistant à cet effet sur le respect des engagements pris à la Conférence de Bruxelles sur l’Afghanistan d’octobre dernier. 

M. INIGO LAMBERTINI (Italie) a condamné les derniers attentats terroristes et rappelé le soutien de son pays au peuple afghan.  L’Italie considère comme un signe important envoyé à la communauté internationale la visite, la semaine dernière, du Secrétaire général à Kaboul.  Elle se félicite aussi de la première réunion du Processus de Kaboul, qui doit être la propriété des Afghans et qui montre l’importance de la dimension régionale de la question afghane.  Ainsi, le terrorisme et l’extrémisme violent ne pourront être combattus que dans le cadre d’une coopération régionale renforcée, que l’Italie appuie.

« Il n’y a pas de solution militaire au conflit afghan », a rappelé le représentant, qui a insisté sur la nécessité d’un large consensus pour que le processus de réconciliation soit couronné de succès.  Il est important de garantir la participation des femmes à ce processus, a ajouté M. Lambertini.  Le représentant a également insisté sur la nécessité de renforcer les institutions afghanes, et notamment les capacités des forces de défense.  Mais il faut aussi lutter contre toutes les formes de corruption,  a-t-il ajouté.

« Les défis auxquels est confronté l’Afghanistan sont multiples et complexes et ne pourront être surmontés que dans l’union nationale », a poursuivi le représentant.  Il en est de même pour assurer le succès des nécessaires réformes.  À cet égard, l’Italie espère que le programme de réforme électorale sera bientôt mené à terme et qu’un calendrier électoral sera publié  en vue d’un processus honnête et transparent.  Enfin, l’Italie soutient la MANUA et attend avec intérêt le rapport sur son examen stratégique.

M. AMR ABDELLATIF ABOULATTA (Égypte) a salué la récente visite du Secrétaire général de l’ONU en Afghanistan, soulignant que cela témoigne de l’intérêt de la communauté internationale pour l’avenir du pays.  Il a déploré la recrudescence d’attentats terroristes dans le pays, avant de saluer le retour en Afghanistan de M. Gulbuddin Hekmatyar, chef de la faction Hezb-i Islami Gulbuddin, invitant d’autres groupes radicaux à dialoguer avec le Gouvernement afghan.

Le représentant a ensuite dénoncé toute approche en douceur face au trafic de stupéfiants, et notamment d’opium.  Rappelant que ce trafic constitue une source de financement du terrorisme dans le pays, il a appelé au renforcement de la collaboration internationale dans la lutte pour s’y opposer.  Il a déclaré que l’Égypte allait continuer de jouer un rôle actif dans le soutien du Processus d’Istanbul sur la sécurité et la coopération régionales pour la paix et la stabilité en Afghanistan.

Mme ANNE GUEGUEN (France) a dit que la détérioration de la situation sécuritaire en Afghanistan est, pour la France, une source de préoccupation majeure.  Elle a estimé que la prolifération des groupes armés et terroristes devait être prise particulièrement au sérieux, avant de souligner combien la dégradation de la sécurité aggrave une situation humanitaire déjà fragile marquée dernièrement par un retour massif de réfugiés en provenance du Pakistan et de l’Iran.  Pour Mme Gueguen, ce contexte sécuritaire extrêmement volatile rend l’unité du Gouvernement afghan plus que jamais essentielle pour la démocratie afghane.

Sur le plan des droits de l’homme, la représentante s’est inquiétée de la précarité de la situation des femmes et des enfants.  Au-delà des réformes à mener à court et à moyen terme, elle a estimé que la stabilisation durable de l’Afghanistan ne pourrait passer que par la réconciliation nationale.  Dans ce contexte, elle a salué la décision du Président Ghani de rassembler, le 6 juin dernier, le « Processus de Kaboul pour la paix et la sécurité ».  À son avis, l’accompagnement et le soutien de la communauté internationale en général, des Nations Unies en particulier, n’a jamais été aussi important.

« Nous attendons avec beaucoup d’intérêt la remise des conclusions de la revue stratégique de la MANUA le mois prochain », a-t-elle dit avant de souhaiter que cet exercice permette de rationaliser les missions de la MANUA et de se concentrer sur l’essentiel.  En outre, elle a estimé qu’une simplification des mécanismes de coordination sur place pourrait sans doute permettre d’améliorer l’efficacité et la visibilité de l’assistance apportée par les Nations Unies.  

M. OLEH HERASYMENKO (Ukraine) a regretté que les acquis en matière de politique, de réforme de la justice, de protection des droits de l’homme, de lutte contre le trafic de drogues aient été assombris par l’accroissement des tensions entre les partis politiques à l’approche de la prochaine saison électorale.  Le représentant a souligné qu’il était absolument impératif de préserver ces réalisations et qu’il appartenait aux parties prenantes afghanes de faire preuve de maturité, en laissant de côté leurs différences et en recherchant plutôt la réalisation d’une paix durable et totale et de l’entente nationale.  Il a ajouté que le terrorisme restait une menace grave pour ce pays, qui affecte directement la paix et la stabilité de la région, sachant que les Taliban ont annoncé leurs offensives annuelles.

« Nous sommes aussi préoccupés par la souffrance des civils, en particulier les pertes élevées de femmes et d’enfants comme conséquences des affrontements entre les Forces nationales de sécurité afghanes et les Taliban ou des mines et restes explosifs de guerre.  Le nombre croissant de personnes déplacées et de réfugiés rapatriés en Afghanistan constitue un autre point de préoccupation.  Avant de terminer, le représentant a souligné l’importance de la coopération régionale pour la stabilisation de la situation en Afghanistan.  Afin de parvenir à la paix et la prospérité en Afghanistan, les acteurs clefs ne doivent épargner aucun effort pour faire face aux principales menaces régionales posées par le terrorisme.  « Nous sommes du même avis que le Secrétaire général selon lequel cet objectif peut être atteint avec l’amélioration des relations bilatérales entre l’Afghanistan et le Pakistan, par le biais d’un dialogue constructif », a réitéré le délégué ukrainien.

Mme CRISTINA CARRIÓN (Uruguay) a jugé fondamentale la consolidation des institutions démocratiques de l’Afghanistan pour arriver à la stabilité du pays, saluant les progrès accomplis en ce sens grâce aux programmes de réformes prioritaires sur la corruption, les élections et la reddition de comptes des hauts fonctionnaires.  Le manque de dialogue et de progrès vers un accord de paix entre le Gouvernement et les Taliban cause toujours des grandes souffrances à la population, a-t-elle noté en s’inquiétant aussi des incidents en matière de sécurité qui font de nombreuses victimes.

Autres sujets de préoccupation pour la représentante: la situation des droits de l’homme et les conséquences humanitaires des déplacements de plus en plus nombreux.  Elle a lancé un appel à appuyer l’Afghanistan aux pays de la région, la communauté internationale, les Nations Unies et en particulier le Conseil de sécurité. 

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a déclaré qu’il fallait déployer un effort concerté pour lutter contre le terrorisme en Afghanistan.  Il a invité la communauté internationale à continuer de faciliter le retour volontaire des déplacés dans le pays.  Mais il faut d’abord procéder au déminage afin que les populations qui retournent chez elles le fassent en toute sécurité, a—t-il préconisé.

Le représentant a salué les efforts menés par le Gouvernement qui a établi une feuille de route pour la paix en avril dernier.  Il a également salué les diverses initiatives multilatérales, bilatérales et régionales qui entrent dans la droite ligne du Processus de Kaboul.  Il a enfin appelé à des négociations directes entre le Gouvernement afghan et les groupes armés.

Mme MALEEHA LODHI (Pakistan) a estimé que le rapport du Secrétaire général ne faisait que confirmer l’inquiétude croissante face à la dégradation de la sécurité et de la situation économique en Afghanistan.  La représentante a condamné les différents attentats commis en Afghanistan, rappelant que son pays était lui aussi victime du terrorisme et était donc désireux de travailler avec l’Afghanistan pour y faire face.  Elle a souhaité que les divergences politiques entre les deux pays, « qui se sont récemment accentuées », puissent être résolues.

La paix ne pourra être rétablie que par le biais d’un dialogue entre Kaboul et les Taliban afghans, a poursuivi la représentante, qui a rappelé que c’était aussi la position dominante au sein de la communauté internationale et celle du Secrétaire général.  Elle a regretté que les pourparlers aient été « sabotés » en 2015 « dans des conditions bien connues », avant de rappeler les multiples enceintes et processus destinés à faciliter la réconciliation, y compris le récent Processus de Kaboul.

« Un processus politique est nécessaire pour cette réconciliation car il n’existe pas de solution militaire », a insisté Mme Lodhi.  Pour le Pakistan, la résurgence de l’insurrection ne peut pas être expliquée par une référence commode à des « centres de soutien » et autres « refuges » situés à l’étranger.  De larges parties du territoire afghan sont aujourd’hui sous le contrôle des Taliban dont les « refuges » se trouvent en Afghanistan, a-t-elle fait valoir.  « Le Pakistan, qui accueille plus de deux millions de réfugiés, attend de la reconnaissance pour son assistance plutôt que ce qu’on a pu entendre aujourd’hui de la part du représentant afghan », a ajouté la représentante.

Rappelant ensuite que le Président afghan et le Premier Ministre pakistanais étaient convenus à Astana de revitaliser les discussions pour promouvoir la réconciliation, Mme Lodhi s’est dite convaincue que ces deux pays pouvaient coopérer ensemble et que les liens culturels, religieux et géographiques qui les unissent finiraient par s’imposer.  « Il faudra toutefois pour réussir que les parties afghanes le souhaitent et renoncent à toute solution militaire », a-t-elle ajouté.  Mme Lodhi a estimé que cela était possible car, selon elle, le Gouvernement afghan et les Taliban font face à une « menace commune », qui est celle des groupes terroristes tels que ceux liés à l’État islamique.  Victime du terrorisme depuis plus de 35 ans, le Pakistan est le pays de la région qui a le plus à gagner de la paix en Afghanistan, a-t-elle conclu.

M. FERIDUN H. SINIRLIOĞLU (Turquie) a salué la détermination des Forces nationales de sécurité afghanes dans leur lutte contre le terrorisme.  Il a estimé que la présence de Daech dans le pays constituait une raison supplémentaire de continuer à soutenir l’Afghanistan.  Il a jugé indispensable que les réalisations de ces 15 dernières années soient consolidées.  Dans ce contexte, a-t-il indiqué, la Turquie a décidé de consacrer 150 millions de dollars d’aide au développement à l’Afghanistan sur la période 2018-2020.  Il a aussi cité une aide de 60 millions de dollars pour appuyer l’armée nationale afghane durant cette même période en accord avec les décisions prises par l’OTAN lors de son sommet de Varsovie.  Il a indiqué que la Turquie continuerait d’accueillir la mission de l’OTAN pour la formation des femmes policières afghanes. 

Le représentant a par ailleurs salué les efforts du Gouvernement afghan en matière de lutte contre la corruption.  Il a estimé que la tenue, le 6 juin dernier, de la première réunion du « Processus de Kaboul pour la paix et la sécurité » représentait un développement positif des efforts de paix et de réconciliation menés sous l’égide des Afghans.  Il a espéré que l’accord intervenu entre le Gouvernement afghan et le groupe Hezb-i Islami servirait de modèle pour les autres groupes.  La Turquie, a-t-il assuré, continuera d’appuyer l’Afghanistan par le biais des plateformes multilatérales, notamment par le biais de « Cœur d’Asie/Processus d’Istanbul ».

M. HARALD BRAUN (Allemagne) a salué la détermination du Gouvernement d’union nationale à laisser les portes ouvertes à la négociation de paix avec les Taliban.  À son avis, un processus de paix et de réconciliation complet reste la seule solution pour parvenir à une stabilité à long terme en Afghanistan et dans la région.  Il a estimé que seul un processus conduit par les Afghans eux-mêmes permettrait de parvenir à des solutions durables.

M. Braun s’est par ailleurs inquiété que le nombre de victimes parmi les femmes et les enfants ait augmenté respectivement de 24% et 17%.  Dans ce contexte, il a particulièrement salué l’adoption par le Gouvernement d’une stratégie nationale de prévention et d’atténuation des victimes civiles.

En outre, il a estimé que la ratification imminente du Protocole V de la Convention de 1980 sur les armes classique serait de nature à réduire le nombre de victimes civiles.  L’Allemagne, en tant que vice-présidente du Groupe de contact sur l’Afghanistan, salue les efforts de la MANUA pour renforcer la cohésion entre les acteurs internationaux et régionaux présents en Afghanistan.  Enfin, le représentant a dit attendre avec impatience la remise des conclusions de l’examen stratégique de la MANUA le mois prochain. 

Mme HEDDA SAMSON (Pays-Bas) a mis l’accent sur trois questions importantes pour l’Afghanistan que sont la situation sécuritaire et la stabilité politique; la réconciliation et la participation des femmes à la société; et l’examen des missions de la MANUA.  S’agissant de la situation sécuritaire, elle a jugé indispensable de garantir l’unité du Gouvernement.  Elle a rappelé que les institutions européennes s’étaient engagées à hauteur de 230 millions de dollars lors de la Conférence de Bruxelles d’octobre 2016 pour appuyer les efforts du Gouvernement afghan.  Les Pays-Bas, a-t-elle précisé, ont consacré une somme de 4,5 millions pour aider les groupes les plus vulnérables. 

Pour ce qui est de la réconciliation nationale et la participation des femmes, la représentante a exhorté les parties à collaborer avec le processus de paix et de réconciliation conduit par l’Afghanistan.  Elle a salué la décision du Président Ghani de tenir une réunion, le 6 juin dernier, dans le cadre du « Processus de Kaboul pour la paix et la sécurité », soulignant ses efforts pour faciliter la participation des femmes.  La représentante a d’ailleurs prévenu qu’il n’y aurait pas de paix en Afghanistan sans participation active des femmes.  Dans ce contexte, elle a particulièrement applaudi la tenue du quatrième Symposium des femmes afghanes, qui s’est tenu le 15 mai 2017.

Par ailleurs, elle a dit l’importance de l’examen stratégique en cours de la MANUA, avant de souligner l’importance du rôle de la Mission dans le domaine de la coopération politique régionale.

M. JUAN MANUEL GONZÁLEZ DE LINARES PALOU (Espagne) a rappelé les différents défis auxquels l’Afghanistan devait faire face et a estimé que, malgré les progrès accomplis, la situation était loin d’être positive.  Mais il a aussi noté, comme l’a fait le Secrétaire général durant sa récente visite, la volonté du peuple afghan d’aller de l’avant.  Il a donc appelé les dirigeants du pays à donner la priorité au bien-être de leur population.  Enfin, il a réitéré l’appui ferme de l’Espagne à la MANUA et à toutes les agences des Nations Unies qui travaillent au bien-être des Afghans.

M. SYED AKBARUDDIN (Inde) a indiqué que la communauté internationale était confrontée, en Afghanistan, à « un adversaire qui n’a pas peur de violer le droit international humanitaire et le droit international ».  « Cet adversaire est également inondé de ressources, d’armes et de soutien opérationnel, et il a accès à des sanctuaires hors du pays. »  Le représentant a affirmé que la communauté internationale ne pouvait pas changer la situation du pays si elle se refusait de voir ces réalités en face.

Il a aussi reproché au Conseil de sécurité de se réunir sur la question de l’Afghanistan tous les trois mois, alors que la situation sur le terrain inviterait à des réunions plus régulières.  Il a déploré cette « tendance à traiter de la violence en Afghanistan comme de la routine ».  « Où est-ce que ces éléments antigouvernementaux en Afghanistan prennent-ils leurs armes, leurs explosifs, où se forment-ils et d’où viennent leurs fonds? » a-t-il lancé.  « Comment se fait-il que l’augmentation spectaculaire de la production d’opium, accompagnée de la hausse des prix des stupéfiants, n’a jamais attiré l’attention du Comité des sanctions 1988 portant sur l’Afghanistan? » a-t-il ajouté.

Le délégué a rappelé que l’Inde venait d’établir un corridor aérien avec l’Afghanistan.  Il y a quelques jours, les premiers cargos de marchandises sont arrivés dans les deux pays, mettant ainsi fin aux obstacles commerciaux auxquels les deux pays faisaient face.  Il a salué le futur examen des activités de la MANUA, mais souligné l’importance pour l’ONU d’avoir également des discussions informelles avec toutes les parties prenantes importantes pour l’Afghanistan.  Il a terminé son propos en déclarant qu’il ne fallait pas faire de distinction entre bons et mauvais terroristes, et il a cité les groupes en activité en Afghanistan, expliquant qu’aucune justification ne saurait être donnée à leurs actes.

M. GHOLAMALI KHOSHROO (République islamique d’Iran) a vivement condamné les actes terroristes commis en Afghanistan et a rappelé que la paix était une condition essentielle au développement durable du pays.  C’est pourquoi la dégradation de la sécurité est inquiétante pour le pays et pour le monde.  On ne peut y remédier uniquement par des moyens militaires, a affirmé le représentant, pour qui la prolifération des groupes terroristes sur le territoire afghan nécessite une réaction internationale concertée.  La communauté internationale, a-t-il plaidé, doit plus que jamais apporter son soutien au Gouvernement d’union nationale afghan.

« Le soutien que lui apporte la République islamique d’Iran est quant à lui indéfectible », a assuré le représentant, pour qui les progrès accomplis dans l’accord de paix conclu avec le Hezb-i Islami attestent de la volonté de paix du Gouvernement afghan.  Pays voisin de l’Afghanistan, la République islamique d’Iran est directement intéressée à la paix dans ce pays, a encore déclaré le représentant.  En outre, « la République islamique d’Iran soutient la MANUA et les institutions des Nations Unies qui appuient le Gouvernement afghan dans la mise en œuvre de ses priorités nationales ».

Mme JOANNE ADAMSOM, de l’Union Européenne, a jugé indispensable que le processus de paix conduit par les Afghans inclue tous les hommes et femmes, en tenant compte de leurs intérêts légitimes à préserver l’unité et la souveraineté, l’intégrité territoriale, ainsi que l’égalité des droits de tous les Afghans conformément à la Constitution afghane.  Elle a salué le lancement de la nouvelle initiative de paix régionale, appelé Processus de Kaboul pour la paix et la coopération en matière de sécurité.  Elle s’est félicitée de la volonté du Gouvernement d’engager un processus politique avec les Taliban et d’autres groupes de l’opposition afin de parvenir à un règlement politique durable.  Elle a aussi souligné les efforts déployés par le Gouvernement dans la mise en œuvre de ses engagements en matière de lutte contre la corruption, dans la préparation des élections, ainsi que dans les domaines fiscal et budgétaire.  Elle a espéré que l’Afghanistan pourrait ratifier rapidement l’accord de coopération en matière de partenariat et développement signé avec l’Union européenne le 18 février.   

S’agissant des droits de l’homme, la représentante de l’Union européenne a particulièrement applaudi la tenue du quatrième Symposium des femmes afghanes qui s’est tenu le 15 mai 2017.  Elle a félicité le Gouvernement pour son engagement à régler le problème du report des élections parlementaires et provinciales.  Pour ce qui est de la lutte contre la corruption, elle a noté que l’événement de haut niveau organisé à Kaboul, le 8 mai, par les institutions européennes avait permis de mettre en évidence le haut niveau de convergence avec les autorités afghanes sur la nécessité de mener de réels efforts pour lutter contre ce fléau.  

Par ailleurs, la représentante de l’Union européenne a estimé que la coopération régionale restait une des clefs pour parvenir à une paix et une stabilité durables en Afghanistan et dans la région, ainsi que pour le développement durable.  C’est pourquoi, a-t-elle dit, l’Union européenne soutient des cadres régionaux comme le « Cœur d’Asie/Processus d’Istanbul » ou la Conférence sur la coopération économique régionale concernant l’Afghanistan.  Enfin, elle a exhorté la MANUA à intensifier ses travaux avec le Gouvernement afghan pour permettre la meilleure intégration des personnes déplacées et des réfugiés de retour dans le pays. 

M. MATHIAS BOGAERT (Belgique) a souligné l’importance d’une action durable contre les mines en Afghanistan qui reste l’un des pays les plus touchés au monde par ce fléau.  Plus de 80% des victimes de munitions non explosées sont des enfants, a rappelé le représentant qui a souligné le défi considérable auquel l’Afghanistan fait face pour atteindre ses obligations de déminage en vertu de la Convention d’Ottawa en 2023.  La Belgique a décidé de soutenir un nouveau projet du Service de la lutte antimines de l’ONU pour renforcer la capacité de l’autorité nationale afghane chargée de cette lutte en vue de coordonner et de gérer la qualité de toutes les activités menées dans ce cadre dans le pays. 

Puis il s’est profondément préoccupé de l’impact accru du conflit sur les enfants.  Il a appelé le Secrétaire général à maintenir une capacité spéciale de protection de l’enfance au sein de la MANUA et a réitéré son appel à toutes les parties au conflit afin qu’elles respectent pleinement leurs obligations internationales en vertu du droit international humanitaire.

Le représentant a enfin réaffirmé l’importance d’un plan d’action national global contre l’extrémisme violent en vue de lutter efficacement contre le terrorisme.  Pour cela, il a jugé crucial d’avoir une bonne compréhension sur le terrain des facteurs de radicalisation et de recrutement, ainsi qu’une bonne connaissance des réseaux de financement du terrorisme.  La Belgique félicite le Gouvernement afghan pour les efforts importants entrepris jusqu’ici concernant, par exemple, la mise en œuvre du plan d’action de lutte contre le terrorisme.  Il a encouragé celui-ci à continuer à travailler à un plan d’action national dans ce domaine en tirant parti du soutien et de l’expertise des Nations Unies.

Mme GILLIAN BIRD (Australie) a condamné l’attaque terroriste du 31 mai à Kaboul tout en réaffirmant l’engagement de son gouvernement à soutenir l’Afghanistan dans sa lutte contre le terrorisme et ses efforts pour le développement et la sécurité.  La représentante a exhorté le peuple afghan à maintenir sa solidarité en dépit de la frustration et de la souffrance.  Elle a salué le travail de la MANUA qui encourage le dialogue politique grâce à ses bons offices à Kaboul.  Les événements de ce dernier trimestre soulignent la nécessité pour la communauté internationale d’être avec l’Afghanistan au moment où il s’emploie à mettre un terme au cycle de la violence.  À cet égard, l’Australie a annoncé l’augmentation de son engagement militaire de près de 300 hommes pour soutenir le développement des capacités à long terme des Forces nationales de sécurité afghanes. 

Saluant le démarrage de l’initiative de Kaboul, la représentante a indiqué que l’appropriation par l’Afghanistan de la discussion régionale sur la paix durable démontrait son engagement à trouver des idées nouvelles, intelligentes et pratiques sur la manière de parvenir à la stabilité.  Mme Bird a encouragé les voisins et les partenaires du pays à se joindre aux efforts du Gouvernement d’union nationale et a salué l’engagement constructif entre le Premier Ministre Nawaz Sharif et le Président Ghani.

La communauté internationale se tient aux côtés de l’Afghanistan et est prête à soutenir Kaboul au moment où elle cherche des solutions aux défis afghans, a assuré la déléguée australienne, en soulignant que, de son côté, l’Afghanistan reste à la pointe des efforts mondiaux contre le terrorisme.  Les récents événements à Londres, Manchester, Téhéran, en Égypte et en Afghanistan même soulignent les conséquences potentielles de l’échec. 

Après avoir réitéré l’engagement de son pays auprès de l’Afghanistan sur son parcours vers le développement, Mme CATHERINE BOUCHER (Canada) a exprimé sa profonde préoccupation à l’égard de la détérioration constante de la sécurité dans ce pays, particulièrement en ce qui a trait au nombre de victimes signalées jusqu’à maintenant en 2017 chez les civils et les travailleurs humanitaires.  « Nous sommes consternés par le nombre de victimes chez les civils.  Leur déplacement, leur vulnérabilité accrue et leurs pertes sont inacceptables.  Nous sommes consternés de voir les répercussions qu’ont l’instabilité et l’insécurité sur les femmes et les enfants. »

La représentante a appelé toutes les parties au conflit à prendre des mesures urgentes pour mettre fin au meurtre et à la mutilation des civils.  « Nous demandons aux voisins et aux partenaires de l’Afghanistan de continuer à travailler avec le Gouvernement de l’Afghanistan afin d’accroître la stabilité de la région et réduire la violence dans le pays », a déclaré la représentante canadienne. 

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