23 september 2026

Le Président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, s’exprimant également en sa qualité de Président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a appelé, le 22 septembre, à une réforme de l’architecture financière mondiale et à une meilleure représentativité de l’Afrique dans les instances internationales de décision, alors que des dirigeants africains et de hauts responsables des Nations Unies se réunissaient au Siège de l’ONU à New York pour faire le point sur les progrès accomplis deux ans après l’adoption du Pacte pour l’avenir.

S’exprimant lors de la réunion de haut niveau intitulée « Deux ans après le Pacte pour l’avenir : progrès dans la mise en œuvre, défis et opportunités pour l’Afrique », le Président Faye a souligné que les États africains restent confrontés à des obstacles structurels qui freinent leur développement économique, notamment le manque d’infrastructures, la sous-industrialisation, les difficultés de mobilisation et de financement à la hauteur de leurs besoins, le fardeau de la dette ainsi que le chômage.

« La majeure partie des ressources financières est consacrée au service de la dette », a déclaré le Président Faye, soulignant les conséquences de cette situation sur les investissements essentiels dans des secteurs clés tels que l’éducation, la santé et les infrastructures.

Il a appelé l’Afrique à œuvrer avec ses partenaires du Sud global et d’ailleurs à la concrétisation de la réforme de l’architecture financière mondiale, en vue d’une meilleure représentativité des pays du continent dans les organisations internationales, y compris au sein des instances de décision.

Le Président Faye a également souligné l’importance d’un système fiscal international plus juste et plus équitable pour mobiliser davantage de ressources en faveur du développement, mettant en avant les négociations en cours sur la Convention-cadre des Nations Unies sur la coopération internationale en matière fiscale. Il a par ailleurs exprimé l’espoir que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) joue un rôle catalyseur majeur dans l’intégration et le développement de l’Afrique, en stimulant les échanges et en réduisant la fragmentation des marchés.

Dans le cadre de sa présidence en exercice de la CEDEAO, le Président Faye a réaffirmé l’engagement du Sénégal à contribuer à la mise en œuvre du Pacte sur le continent africain, au bénéfice de ses populations et de sa jeunesse.

Le Président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, lors de la réunion de haut niveau sur la mise en œuvre du Pacte pour l’avenir.

L’Afrique fait le point deux ans après l’adoption du Pacte

La réunion s’est tenue deux ans jour pour jour après l’adoption, par les dirigeants mondiaux, du Pacte pour l’avenir, accompagné du Pacte numérique mondial et de la Déclaration sur les générations futures. Ses 56 actions couvrent notamment le développement durable et son financement, la paix et la sécurité, la science, la technologie, l’innovation et la coopération numérique, la jeunesse et les générations futures, ainsi que la réforme de la gouvernance mondiale.

La Présidente de la Namibie, Netumbo Nandi-Ndaitwah, dont le pays a cofacilité les négociations du Pacte et qui présidait la réunion, a rappelé que l’Afrique avait joué un rôle majeur dans son élaboration et devait désormais s’approprier pleinement sa mise en œuvre.

« L’Afrique ne demande pas de l’argent gratuit. L’Afrique veut l’équité. Nous voulons la justice pour pouvoir nous développer », a-t-elle déclaré.

La Présidente Nandi-Ndaitwah a souligné la convergence entre le Pacte et l’Agenda 2063 de l’Union africaine, tout en appelant à renforcer la mobilisation des ressources nationales parallèlement à la réforme de l’architecture financière internationale.

Guy Ryder, Secrétaire général adjoint des Nations Unies chargé des politiques, a indiqué que le rôle de l’Afrique avait été déterminant dans l’adoption du Pacte et qu’il le resterait dans sa mise en œuvre.

« L’Afrique a joué un rôle décisif dans l’adoption du Pacte, et son leadership continu sera décisif pour sa mise en œuvre », a-t-il déclaré.

M. Ryder a évoqué plusieurs avancées, notamment l’examen des opérations de paix des Nations Unies, le Groupe scientifique international indépendant sur l’intelligence artificielle, le Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA et les travaux engagés à la suite de l’Engagement de Séville sur le financement du développement. Il a également mentionné la première réunion spéciale de l’ECOSOC sur les notations de crédit et le lancement, en octobre, du premier cycle annuel de la Plateforme des emprunteurs.

Guy Ryder, Secrétaire général adjoint des Nations Unies chargé des politiques, lors de la réunion.

Mesurer les progrès en vue de 2028

Le Président du Kenya, William Ruto, s’exprimant au nom du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), a proposé que l’Union africaine et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique préparent conjointement un rapport consolidé sur la mise en œuvre en Afrique, afin que les progrès puissent être évalués sur la base de données communes.

Il a également appelé à la conclusion, en 2027, de la Convention-cadre des Nations Unies sur la coopération internationale en matière fiscale et souhaité que l’examen de 2028 aborde la réforme de l’architecture financière internationale, notamment l’accès aux ressources, les instruments de partage des risques, les garanties et le financement concessionnel.

« Notre tâche consiste à transformer ses promesses en résultats. Des résultats pour nos jeunes, des résultats dans le financement de notre développement et des résultats que les Africains peuvent voir et ressentir dans leur propre vie », a déclaré le Président Ruto.

Claver Gatete, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), a également appelé à mettre davantage l’accent sur des résultats mesurables. La CEA propose la création d’un tableau de bord annuel consacré à l’Afrique, reliant le Pacte à l’Agenda 2063, aux Objectifs de développement durable et aux priorités nationales, afin de suivre les progrès, les lacunes et les besoins de financement.

« En fin de compte, le succès ne sera pas mesuré au nombre de réunions que nous tenons, mais à la création d’emplois, à la baisse du coût des activités économiques, à l’amélioration de la connectivité et aux progrès dans la vie des populations », a déclaré M. Gatete.

Il a également estimé que l’Afrique devait renforcer la mobilisation de ses ressources nationales et « venir à la table avec des programmes susceptibles d’attirer des investissements, et non simplement avec une liste de besoins ». Il a relevé que le ratio moyen impôts-PIB en Afrique se situe autour de 16 %.

La jeunesse et la transformation numérique au cœur des priorités

L’autonomisation des jeunes s’est imposée, aux côtés du financement, comme l’autre grande priorité de la réunion. Les intervenants ont souligné la nécessité d’élargir l’accès des jeunes Africains à l’éducation, aux compétences, à l’emploi, à l’entrepreneuriat et aux technologies numériques, tout en assurant leur participation effective aux décisions qui concernent leur avenir.

L’inclusion numérique a également été présentée comme essentielle pour permettre à l’Afrique de contribuer à façonner, plutôt que de simplement consommer, les technologies émergentes telles que l’intelligence artificielle.

Ahunna Eziakonwa, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Conseillère spéciale pour l’Afrique, lors de la réunion.

Ahunna Eziakonwa, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Conseillère spéciale pour l’Afrique.

Des engagements aux résultats

S’exprimant vers la fin de la réunion, Ahunna Eziakonwa, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Conseillère spéciale pour l’Afrique, a souligné que la mise en œuvre du Pacte dépendrait en définitive des décisions prises par les gouvernements et les institutions internationales.

« Le Pacte ne se met pas en œuvre tout seul. Sa mise en œuvre dépend des choix politiques qui seront faits dans les capitales nationales, dans cette enceinte et dans les conseils d’administration des institutions financières internationales », a-t-elle déclaré.

Mme Eziakonwa a décrit l’Afrique comme co-auteure du Pacte et comme un acteur de plus en plus moteur dans des domaines tels que la coopération fiscale internationale et la souveraineté numérique.

Elle a estimé que la mise en œuvre devait être jugée à l’aune de sa capacité à atteindre les personnes confrontées à des défis concrets, citant une jeune femme à Kano à la tête d’une coopérative solaire, le maire d’une ville côtière au Mozambique se préparant à la prochaine tempête et un ministre des finances consacrant davantage de ressources au service de la dette qu’à la construction d’écoles.

À l’approche de l’examen de 2028, un message commun s’est dégagé des discussions : il faut désormais passer des engagements à des résultats mesurables, tout en veillant à ce que la mise en œuvre reste ancrée dans les priorités africaines, l’Agenda 2063 et les plans nationaux de développement.