II. Vivre à
l’abri du besoin
25. Ces 25 dernières années, le
monde a assisté au recul le plus spectaculaire de la
misère qu’il ait jamais connu. Grâce aux
progrès accomplis dans ce domaine par la Chine et l’Inde,
des centaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants
pris au piège de la misère dans le monde entier
ont réussi à s’en échapper et commencé
à jouir d’un accès amélioré
à l’alimentation, aux soins de santé, à
l’éducation et au logement.
26. Pendant ce temps, malheureusement des dizaines
de pays se sont aussi appauvris, des crises économiques
dévastatrices ont réduit des millions de familles
à la pauvreté et les inégalités
croissantes dans de nombreuses régions du monde font
que les bienfaits de la croissance économique ne sont
pas équitablement répartis. Aujourd’hui,
plus d’un milliard de personnes – soit un habitant
sur six de la planète – a moins d’un
dollar par jour pour vivre et lutte en permanence contre la
faim, la maladie et la dégradation de l’environnement
pour survivre. En d’autres termes, il s’agit d’une
pauvreté qui tue. Une simple piqûre de moustique
vecteur du paludisme suffit à mettre fin à la
vie d’un enfant, faute d’une moustiquaire ou d’un
traitement à 1 dollar. Survient une sécheresse
ou un ravageur qui détruit une récolte, et la
survie fait place à la famine. Un monde où chaque
année, 11 millions d’enfants meurent avant l’âge
de 5 ans et où 3 millions de personnes meurent du sida
n’est pas un monde de plus grande liberté.
27. Pendant des siècles, on a considéré
cette misère comme un aspect certes désolant mais
inévitable de la condition humaine. Mais aujourd’hui,
une telle position est intenable pour des raisons intellectuelles
et morales. La magnitude et l’ampleur des progrès
faits par certains pays dans toutes les régions du monde
a montré que, dans un laps de temps très court,
la pauvreté et la mortalité maternelle et infantile
pouvaient être réduites de façon spectaculaire
et que d’énormes avancées pouvaient être
obtenues au niveau de l’éducation, de l’égalité
entre les sexes et d’autres domaines du développement.
La multitude sans précédent de ressources et de
technologies actuellement à notre disposition fait de
nous la première génération qui a réellement
les moyens, les connaissances et les ressources nécessaires
pour tenir l’engagement pris par tous les États
dans la Déclaration du Millénaire, à savoir
« faire du droit au développement une réalité
pour tous et mettre l’humanité entière à
l’abri du besoin ».
A. Une même
vision du développement
28. Les multiples défis liés au
développement touchent à toutes sortes de questions
interdépendantes qui vont de l’égalité
des sexes à l’environnement en passant par la santé
et l’éducation. Les grandes conférences
et réunions au sommet des Nations Unies des années
90 ont pour la première fois contribué à
la mise en place d’un vaste cadre normatif s’articulant
sur ces questions en dégageant une même vision
des priorités communes en matière de développement.
Elles ont préparé la voie au Sommet du Millénaire
lors duquel a été définie une série
d’objectifs assortis d’échéances dans
tous ces domaines – allant de la réduction
de moitié de la misère à la scolarisation
de tous les enfants d’âge primaire d’ici à
2015 – qui ont par la suite été regroupés
sous le nom d’objectifs du Millénaire pour le développement
(OMD) (voir encadré 1).
Encadré 1
Les objectifs du Millénaire
pour le développement
Objectif 1
Éliminer l’extrême pauvreté
et la faim
Cible 1
Réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la
proportion de la population dont le revenu est inférieur
à 1 dollar par jour
Cible 2
Réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la
proportion de la population qui souffre de la faim
Objectif 2
Assurer l’éducation primaire pour
tous
Cible 3
D’ici à 2015, donner à tous les enfants,
garçons et filles, partout dans le monde, les moyens
d’achever un cycle complet d’études
primaires
Objectif 3
Promouvoir l’égalité des sexes et
l’autonomisation des femmes
Cible 4
Éliminer les disparités entre les sexes
dans l’enseignements primaire et secondaire, d’ici
à 2005, si possible, et à tous les niveaux
de l’enseignement en 2015 au plus tard
Objectif 4
Réduire la mortalité infantile
Cible 5
Réduire des deux tiers, entre 1990 et 2015, le
taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans
Objectif 5
Améliorer la santé maternelle
Cible 6
Réduire des trois quarts, entre 1990 et 2015, le
taux de mortalité maternelle
Objectif 6
Combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres
maladies
Cible 7
D’ici à 2015, avoir enrayé la propagation
du VIH/sida et commencé à inverser la tendance
actuelle
Cible 8
D’ici à 2015, avoir enrayé le paludisme
et d’autres maladies graves et commencé à
inverser la tendance actuelle
Objectif 7
Assurer un environnement durable
Cible 9
Intégrer les principes du développement
durable dans les politiques et programmes nationaux et
inverser la tendance actuelle à la déperdition
des ressources environnementales
Cible 10
Réduire de moitié, d’ici à
2015, le pourcentage de la population qui n’a pas
accès de façon durable à l’eau
potable et à des services d’assainissement
de base
Cible 11
Réussir, d’ici à 2020, à améliorer
sensiblement la vie d’au moins 100 millions d’habitants
de taudis
Objectif 8
Mettre en place un partenariat mondial pour le développement
Cible 12
Poursuivre la mise en place d’un système
commercial et financier multilatéral ouvert, réglementé,
prévisible et non discriminatoire comprenant un
engagement en faveur d’une bonne gouvernance, du
développement et de la lutte contre la pauvreté
aux niveaux tant national qu’international
Cible 13
Répondre aux besoins particuliers des pays les
moins avancés, par l’admission en franchise
et hors quota de leurs exportations, l’application
du programme renforcé d’allégement
de la dette des pays pauvres très endettés,
l’annulation des dettes publiques bilatérales
et l’octroi d’une aide publique au développement
plus généreuse aux pays qui démontrent
leur volonté de lutter contre la pauvreté
Cible 14
Répondre aux besoins particuliers des États
sans littoral et des petits États insulaires en
développement (en appliquant le Programme d’action
pour le développement durable des petits États
insulaires en développement et les conclusions
de la vingt-deuxième session extraordinaire de
l’Assemblée générale)
Cible 15
Traiter globalement le problème de la dette des
pays en développement par des mesures nationales
et internationales propres à rendre leur endettement
viable à long terme
Cible 16
En coopération avec les pays en développement,
formuler et appliquer des stratégies permettant
aux jeunes de trouver un travail décent et productif
Cible 17
En coopération avec l’industrie pharmaceutique,
rendre les médicaments essentiels disponibles et
abordables dans les pays en développement
Cible 18
En coopération avec le secteur privé, faire
en sorte que les avantages des nouvelles technologies,
en particulier dans le domaine de l’information
et de la communication, soient accordés à
tous. |
29. Les objectifs du Millénaire pour le
développement ont suscité une mobilisation sans
précédent en vue de répondre aux besoins
des plus démunis de la planète, devenant des indicateurs
mondialement reconnus des progrès d’ensemble à
accomplir, qui ont été adoptés aussi bien
par les donateurs que par les pays en développement,
la société civile et les grands organismes de
développement. En tant que tels, ils sont le reflet d’un
ensemble de priorités urgentes, partagées et acceptées
à l’échelle mondiale, que nous devons examiner
à l’occasion du sommet de septembre 2005. Grâce
au Projet objectifs du Millénaire, dont le rapport « Investir
dans le développement : Plan pratique pour réaliser
les objectifs du Millénaire pour le développement »
m’a été remis en janvier 2005, nous disposons
d’un plan d’action en vue de leur réalisation.
Fait également encourageant, la volonté politique
indispensable à notre action est en train de naître.
Cela dit, un pas en avant n’aura réellement été
fait que si les mesures de grande envergure prises par les pays
aussi bien développés qu’en développement
pour appliquer ce plan d’action s’accompagnent au
cours des prochaines années de l’augmentation par
deux au moins de l’aide globale au développement
qui sera nécessaire pour atteindre les objectifs du Millénaire
pour le développement.
30. Parallèlement, nous devons voir dans
les objectifs du Millénaire pour le développement
un élément d’une action plus large en faveur
du développement. Les objectifs font l’objet d’une
énorme quantité de mesures visant à leur
donner suite tant au sein qu’en dehors des Nations Unies
mais, à l’évidence, ils ne constituent pas
à eux seuls un programme de développement complet.
Ils ne portent pas directement sur certaines des questions plus
générales couvertes par les conférences
des années 90, les besoins particuliers des pays en développement
à revenu intermédiaire, ou les inégalités
croissantes ou encore les aspects plus larges du développement
humain et de la bonne conduite des affaires publiques, qui supposent
tous une application effective des décisions prises lors
des conférences.
31. Cela étant, on ne saurait trop insister
sur le caractère urgent de la réalisation des
objectifs du Millénaire pour le développement.
En dépit des progrès accomplis dans de nombreux
domaines, l’humanité dans son ensemble est loin
d’avoir fait ce qu’il fallait faire, surtout dans
les pays les plus pauvres (voir encadré 2). Comme
le dit clairement le rapport du Projet objectifs du Millénaire,
notre programme d’action reste réalisable à
l’échelle planétaire et dans la plupart,
voire la totalité, des pays du monde mais à condition
de s’écarter des pratiques habituelles et d’accélérer
et d’intensifier de façon spectaculaire l’application
des mesures adoptées jusqu’à 2015 et à
commencer par les 12 prochains mois. Pour réussir, il
ne faudra pas relâcher notre effort jusqu’à
ce que l’échéance fixée arrive dans
10 ans. En effet, les réalisations dans le domaine du
développement ne s’obtiennent pas du jour au lendemain
et beaucoup de pays manquent cruellement de moyens. Il faut
du temps pour former des enseignants, des infirmières
et des ingénieurs, pour construire des routes, des écoles
et des hôpitaux et pour faire naître des grandes
et petites entreprises capables de créer les emplois
et les revenus qui font défaut.
Encadré 2
Progrès accomplis dans la
réalisation des objectifs du Millénaire
pour le développement
La réalisation des objectifs du Millénaire
pour le développement a été loin
de progresser de façon uniforme selon les pays.
Les progrès les plus importants ont été
faits en Asie de l’Est et du Sud où plus
de 200 millions de personnes ont échappé
à la pauvreté depuis seulement 1990. Près
de 700 millions de personnes survivent toutefois encore
avec moins d’un dollar par jour – soit
près des deux tiers des plus démunis de
la planète – alors même que, dans
certains des pays où la croissance est la plus
rapide, les objectifs non monétaires – protection
de l’environnement et réduction de la mortalité
maternelle –sont très loin d’avoir
été atteints. L’Afrique subsaharienne
est l’épicentre de la crise puisque la plupart
des objectifs sont très loin d’y être
atteints : l’insécurité alimentaire
y persiste, les taux de mortalité infantile et
maternelle demeurent extrêmement élevés
et le nombre des personnes vivant dans des taudis ne cesse
d’y augmenter tandis que la misère continue
de se généraliser en dépit des avancées
importantes obtenues par certains pays. Les résultats
sont plus contrastés, car souvent compromis par
les inégalités persistantes, en Amérique
latine, dans les pays en transition, au Moyen-Orient et
en Afrique du Nord où les progrès sont très
divers mais généralement insuffisants pour
atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement
d’ici à 2015.
Les progrès varient également
en fonction des objectifs. Certes, l’Afrique subsaharienne
et l’Océanie sont en retard dans presque
tous les domaines, mais ailleurs, des progrès majeurs
ont été faits dans l’élimination
de la faim, l’amélioration de l’accès
à l’eau potable et la scolarisation des enfants
d’âge primaire. Les taux de mortalité
infantile ont diminué dans leur ensemble mais les
progrès ont ralenti dans beaucoup de régions
du monde et une régression a même été
constatée dans certaines parties de l’Asie
centrale. Par ailleurs, en dépit d’avancées
spectaculaires dans certains pays, l’accès
aux services d’assainissement en général
n’a pas suffisamment progressé, en particulier
en Afrique et en Asie où le nombre des personnes
vivant dans des taudis est lui aussi en hausse rapide.
Les taux de mortalité maternelle demeurent inacceptables
dans toutes les régions en développement,
de même que l’incidence et la prévalence
du VIH/sida, de la tuberculose et du paludisme. L’égalité
des sexes demeurent un objectif à atteindre et
la parité dans l’enseignement ne sera pas
obtenue en 2005 dans beaucoup de pays. La dégradation
de l’environnement demeure extrêmement préoccupante
dans toutes les régions en développement. |
32. En 2005, le partenariat mondial entre pays
riches et pays pauvres – huitième des objectifs
du Millénaire pour le développement qui a été
réaffirmé et précisé il y a trois
ans à la Conférence internationale sur le financement
du développement tenue à Monterrey (Mexique) et
au Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg
(Afrique du Sud) – doit devenir une réalité.
Les dispositions de cette déclaration historique méritent
d’être rappelées. Chaque pays en
développement est responsable au premier chef de son
propre développement– ce qu’il doit
faire en renforçant la gouvernance, en luttant contre
la corruption, en adoptant des politiques et réalisant
des investissements propres à favoriser une croissance
pilotée par le secteur privé et en mobilisant
pleinement les ressources nationales disponibles pour financer
les stratégies nationales de développement. Les
pays développés de leur côté s’engagent
à faire en sorte que les pays en développement
qui adoptent des stratégies de développement transparentes,
crédibles et correctement chiffrées reçoivent
tout le soutien dont ils ont besoin sous forme d’une aide
au développement accrue, d’un système commercial
plus axé sur le développement et d’un allégement
de la dette élargi et renforcé. Toutes
ces promesses ont été faites mais n’ont
pas été tenues. Ce manque de parole a des conséquences
qui se mesurent au nombre de morts qu’il entraîne,
des morts qui se chiffrent par millions chaque année.
B. Stratégies
nationales
33. La misère a de nombreuses origines,
qui vont du handicap géographique aux ravages dus aux
conflits et à leurs séquelles en passant par la
corruption et une mauvaise conduite des affaires publiques (se
traduisant notamment par un manque d’intérêt
pour les communautés défavorisées), dont
les pires sont les pièges de la pauvreté qui laissent
beaucoup des pays les plus pauvres prisonniers d’un cercle
vicieux du dénuement alors même qu’ils ont
la chance d’avoir des gouvernements honnêtes et
motivés. Faute de disposer de l’infrastructure
de base, du capital humain et de l’administration nécessaires
et aux prises avec la maladie, la détérioration
de l’environnement et l’insuffisance de leurs ressources
naturelles, ces pays n’ont pas les moyens de financer
les investissements essentiels dont ils ont besoin pour s’engager
sur la voie qui mène à la prospérité,
à moins de bénéficier d’une aide
extérieure durable et ciblée.
34. Pour s’attaquer aux problèmes
que rencontrent ces pays, il faut commencer par adopter des
cadres d’action audacieux et ciblés, étalés
sur 10 ans, visant à accroître les investissements
pour atteindre au moins les cibles quantitatives des objectifs
du Millénaire pour le développement. Pour
ce faire, chaque pays en développement en proie à
la misère devrait d’ici à 2006 adopter et
commencer d’appliquer une stratégie nationale de
développement suffisamment ambitieuse pour que les cibles
à atteindre en vue de la réalisation des objectifs
du Millénaire pour le développement le soient
d’ici à 2015. Cette stratégie devrait
s’inscrire dans le cadre de mesures pratiques telles que
l’augmentation des investissements publics, le renforcement
des capacités, la mobilisation des ressources intérieures
et le cas échéant de l’aide publique au
développement. Une telle recommandation peut sembler
loin d’être révolutionnaire mais, en ciblant
directement les interventions sur les besoins découlant
de la fixation d’objectifs ambitieux et mesurables, son
application pourrait marquer un tournant décisif dans
l’adoption d’une démarche plus audacieuse
et rigoureuse dans la lutte contre la pauvreté.
35. Il est important de souligner qu’une
telle solution ne repose sur la création d’aucun
instrument nouveau. Tout ce qu’elle suppose est une nouvelle
façon de concevoir et de mettre en œuvre les instruments
existants. Les pays qui ont déjà des documents
de stratégie pour la réduction de la pauvreté
– cadres de financement sur trois ans conçus
et exécutés par les pays en accord avec la Banque
mondiale et les autres partenaires internationaux de développement –
devraient les aligner sur le cadre d’action et d’investissement
échelonné sur 10 ans qu’exige la réalisation
des objectifs du Millénaire pour le développement.
Dans les pays à revenu intermédiaire et les autres
pays où les objectifs du Millénaire pour le développement
sont déjà presque atteints, les gouvernements
devraient adopter une stratégie OMD-plus comportant des
objectifs plus ambitieux.
Un cadre d’action
36. Même si elles font bon effet sur le
papier, les stratégies d’investissement en vue
de la réalisation des objectifs du Millénaire
pour le développement ne donneront pas de résultats
dans la pratique si les États ne les associent pas à
des systèmes transparents et rigoureux de gouvernance,
se fondant sur l’état de droit, protégeant
les droits civils et politiques ainsi qu’économiques
et sociaux et reposant sur une administration publique comptable
de son action et efficace. Beaucoup des pays les plus démunis
auront besoin d’investir considérablement dans
le renforcement de leurs capacités pour mettre en place
et faire fonctionner l’infrastructure nécessaire
et former et recruter le personnel qualifié requis. Mais,
sans une bonne conduite des affaires publiques, des institutions
solides et une volonté ferme d’éliminer
la corruption et la mauvaise gestion où qu’elles
existent, il restera impossible de faire de plus grands progrès.
37. De même, sans des politiques économiques
dynamiques et favorables à l’expansion qui soutiennent
un secteur privé sain capable de créer des emplois,
des revenus et des recettes fiscales pérennes, il n’est
pas possible d’obtenir une croissance économique
durable. Il faut donc investir beaucoup plus dans le capital
humain et les infrastructures axées sur le développement
telles que l’énergie, les transports et les télécommunications.
Par ailleurs, les petites et moyennes entreprises ont besoin
d’un cadre juridique et réglementaire favorable
et notamment de lois commerciales efficaces qui définissent
et protègent les droits en matière de contrats
et de propriété, une administration publique qui
empêche et combatte la corruption et un accès élargi
aux capitaux financiers, notamment à la microfinance.
Comme me l’ont déclaré l’année
passée dans leur rapport respectif deux commissions importantes
– la Commission mondiale sur la dimension sociale
de la mondialisation et la Commission du secteur privé
et du développement –, c’est là
la clef de la création d’emplois corrects qui assurent
un revenu mais aussi donnent un pouvoir aux pauvres, notamment
aux femmes et aux jeunes.
38. Les organisations de la société
civile ont un rôle crucial à jouer dans les initiatives
à prendre pour faire avancer ce processus et en finir
une fois pour toutes avec la pauvreté. La société
civile est non seulement un partenaire indispensable en vue
de la fourniture de tous les services destinés aux pauvres
envisagés dans les objectifs du Millénaire pour
le développement mais elle peut aussi avoir une effet
de catalyseur au sein de chaque pays en faisant campagne pour
le développement, en mobilisant de larges mouvements
d’opinion et en exerçant une pression populaire
sur les dirigeants pour les amener à respecter leurs
propres engagements. Sur le plan international, certaines organisations
de la société civile peuvent aider à instaurer
des partenariats mondiaux autour de thèmes précis,
ou renforcer ceux existant, ou encore appeler l’attention
sur le sort des peuples autochtones et autres groupes marginalisés,
tandis que d’autres peuvent contribuer à la diffusion
des pratiques optimales dans différents pays par le biais
d’échanges entre communautés et de la fourniture
d’une assistance technique et de conseils aux gouvernements.
Priorités nationales au niveau
des investissements et des politiques
39. Chaque stratégie nationale doit tenir
compte de sept grands types d’investissements et de politiques
publics qui ont directement trait aux objectifs du Millénaire
pour le développement et sur lesquels se fonde la croissance
pilotée par le secteur privé. Comme le prévoit
le Projet objectifs du Millénaire, tous sont cruciaux
pour la réalisation des objectifs du Millénaire
pour le développement et de façon plus large pour
le développement.
Égalité des sexes : éliminer
des préjugés sexistes trop répandus
40. Les femmes, lorsqu’elles ont les moyens
d’agir, peuvent être les agents les plus efficaces
du développement. Les interventions spéciales
visant à assurer l’égalité des sexes
consistent entre autres à assurer une augmentation du
nombre des filles terminant leurs études primaires et
accédant à l’enseignement secondaire, le
respect des droits de propriété des femmes, l’accès
des femmes aux services de santé en matière de
sexualité et de procréation, l’égalité
d’accès aux marchés du travail, une plus
grande représentation féminine au sein des instances
de décision gouvernementales et la protection des femmes
contre la violence.
Environnement : investir dans une meilleure
gestion des ressources
41. Les pays devraient se fixer des objectifs
assortis d’échéances en matière d’environnement
et en particulier des priorités en ce qui concerne le
reboisement, la gestion intégrée des ressources
en eau, la protection des écosystèmes et la lutte
antipollution. Pour atteindre ces objectifs, l’augmentation
des investissements dans la gestion environnementale doit s’accompagner
de vastes réformes des politiques en place. Les progrès
accomplis dépendront aussi des stratégies sectorielles
qui seront adoptées notamment celles concernant l’agriculture,
l’infrastructure, les forêts, les pêcheries,
l’énergie et les transports qui doivent s’accompagner
de garanties suffisantes. Par ailleurs, il est indispensable
d’améliorer l’accès à des services
énergétiques modernes aussi bien pour réduire
la pauvreté que pour protéger l’environnement.
Il faut également veiller à ce que l’élargissement
de l’accès aux moyens d’alimentation en eau
potable salubre et d’assainissement fasse partie des stratégies
de développement.
Développement rural : accroître
la production vivrière et les revenus
42. Les petits exploitants agricoles et les autres
habitants des zones rurales défavorisées ont besoin
d’engrais, de meilleures variétés de plantes,
d’une gestion améliorée des ressources en
eau et d’une formation aux pratiques agricoles modernes
et écologiques ainsi que d’un accès aux
moyens de transport, à l’eau, à l’assainissement
et à des services énergétiques modernes.
En Afrique subsaharienne, tous ces éléments doivent
contribuer à une révolution verte africaine
pour le XXIe siècle à partir de 2005.
Développement urbain : promouvoir
l’emploi, améliorer les taudiset mettre au point
des solutions excluant la formation de nouveaux bidonvilles
43. Pour un nombre important et croissant de citadins
pauvres, l’accès aux services infrastructurels
de base tels que l’énergie, les transports, la
lutte antipollution et l’élimination des déchets
doit être assuré, de même que l’amélioration
de la sécurité d’occupation des résidents
et la participation de la communauté à la construction
de logements adéquats et à l’urbanisme.
Pour ce faire, les collectivités locales doivent être
renforcées et travailler en étroite collaboration
avec les organisations représentant les citadins pauvres.
Systèmes de santé : assurer
un accès universel aux services essentiels
44. De solides systèmes de santé
sont nécessaires pour assurer l’accès universel
aux services de santé de base, notamment ceux de promotion
de la santé infantile et maternelle, de santé
en matière de procréation et de lutte contre les
maladies qui font des ravages comme le sida, la tuberculose
et le paludisme (voir encadré 3). Pour cela, il
faut des investissements suffisants, un personnel de santé
nombreux, motivé et bien rémunéré,
une infrastructure renforcée et des approvisionnements
améliorés, de solides systèmes de gestion
et des services gratuits.
Éducation : assurer l’universalité
de l’enseignement primaire, élargirl’enseignement
secondaire et développer l’enseignement supérieur
45. Pour que des progrès soient faits dans
le domaine de l’éducation à tous les niveaux,
les parents et les communautés devraient pouvoir demander
des comptes aux établissements d’enseignement et
les gouvernements devraient améliorer le contenu et la
qualité de l’enseignement et la façon dont
il est dispensé, renforcer les capacités en termes
de ressources humaines et d’infrastructure là où
cela est nécessaire, instituer des incitations spéciales
en vue de la scolarisation des enfants vulnérables, notamment
en prévoyant la gratuité de l’enseignement.
La science, la technologie et l’innovation :
créer un potentiel national
46. Pour développer le potentiel endogène
des pays dans les domaines de la science et de la technologie,
notamment ceux de l’information et de la communication,
les gouvernements doivent créer des organes consultatifs
scientifiques, promouvoir l’utilisation du développement
infrastructurel comme moyen d’acquérir des connaissances
technologiques, développer les facultés de sciences
et écoles d’ingénieurs et favoriser l’application
au développement et à l’industrie de l’enseignement
scientifique et technologique.
Encadré 3
La tragédie du VIH/sida
La pandémie de VIH/sida tue aujourd’hui
plus de 3 millions de personnes chaque année et
constitue une menace sans précédent pour
le développement et la sécurité de
l’humanité. La maladie frappe de plein fouet
des millions de familles et laisse derrière elle
des millions d’orphelins. Plus qu’une simple
crise de santé publique, le sida sape la stabilité
économique et sociale, faisant des ravages au niveau
de la santé, de l’éducation, de l’agriculture
et des systèmes de protection sociale. Outre qu’il
pèse d’un poids énorme sur la croissance
économique, il nuit aussi à la gouvernance
et à la sécurité, créant une
menace supplémentaire.
L’épidémie exige une
réaction exceptionnelle. Faute de traitement curatif,
seule une mobilisation massive de tous les secteurs de
la société – sans précédent
dans l’histoire de la santé publique –
peut commencer à inverser la tendance actuelle.
Pour ce faire, il faut de vastes programmes de prévention,
d’éducation, de traitement et de limitation
des effets de la maladie qui ne peuvent eux-mêmes
être couronnés de succès que s’ils
font l’objet d’un engagement personnel de
la part des chefs d’État et de gouvernement
qui doivent être prêts à soutenir et
lancer des initiatives antisida véritablement multisectorielles.
Depuis 2000, le monde commence à
remporter des succès dans la lutte contre le sida.
Davantage de gouvernements ont fait de cette lutte une
priorité stratégique et mis en place des
structures administratives intégrées pour
la diriger et la coordonner. Le Fonds mondial de lutte
contre le sida, la tuberculose et le paludisme, dont j’avais
demandé la création en 2001, joue désormais
un rôle de premier plan dans cette action mondiale
tout en s’intéressant et contribuant à
la lutte contre d’autres pandémies mortelles.
Au total, en décembre 2004, 700 000 malades
suivaient un traitement à base d’antirétroviraux
dans le monde en développement – un
chiffre en augmentation de 60 % par rapport à
cinq mois auparavant. Tout ceci montre la priorité
désormais accordée par la communauté
internationale à l’expansion rapide des moyens
de traitement et l’impact réel qu’une
telle initiative peut avoir en si peu de temps.
Cela dit, il reste encore beaucoup à
faire si l’on veut avoir une chance réelle
de réduire l’incidence du VIH et proposer
un traitement efficace à base d’antirétroviraux
à tous ceux qui en ont besoin au cours de la décennie
à venir. Nombreux sont les gouvernements qui ne
se sont pas encore attaqués publiquement à
la maladie et à l’opprobre qu’elle
suscite ou ne sont pas suffisamment engagés en
faveur du dialogue franc et des initiatives favorisant
l’égalité des sexes qui sont nécessaires.
Ainsi, les ressources consacrées à la lutte
antisida demeurent très insuffisantes par rapport
aux montants requis pour mener une offensive sur tous
les fronts contre la maladie. Les gouvernements, mais
aussi les donateurs multilatéraux et bilatéraux,
doivent prendre dès maintenant les mesures qui
s’imposent pour financer ces coûts.
Il y a quatre ans, j’avais appelé
la communauté internationale à consacrer
7 à 10 milliards de dollars par an à la
lutte contre le VIH/sida dans les pays en développement.
Ce montant n’a pas été atteint. Dans
l’intervalle, la maladie a gagné du terrain.
De ce fait, l’écart entre les besoins existants
et les moyens fournis pour les satisfaire continue de
se creuser. Il faut que cela cesse. Nous devons adopter
une stratégie plus ambitieuse et équilibrée
en matière de traitement aussi bien préventif
que curatif. J’en appelle par conséquent
à la communauté internationale pour qu’elle
fournisse d’urgence les ressources nécessaires
afin de financer une lutte renforcée sur tous les
fronts contre le VIH/sida, comme le prévoient le
Programme commun coparrainé des Nations Unies sur
le VIH et le sida (ONUSIDA) et ses partenaires, et pour
verser un maximum de contributions au Fonds mondial de
lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. |
C. Permettre la
réalisation de l’objectif 8 : commerce et
financement du développement
47. Pour bon nombre de pays à revenu intermédiaire
et pour certains pays plus pauvres, la majeure partie des ressources
requises pour financer les stratégies susmentionnées
peut et doit être mobilisée sur le plan interne
par une redistribution des recettes de l’État,
des contributions des ménages et des investissements
du secteur privé, ces ressources étant ensuite
complétées par des emprunts. Mais dans la plupart
des pays à faible revenu, et dans la quasi-totalité
des pays les moins avancés, le maximum que l’on
peut obtenir par une telle démarche sera encore très
insuffisant au regard de ce qui est nécessaire pour atteindre
les objectifs du Millénaire pour le développement.
D’après les prévisions établies dans
le cadre du Projet objectifs du Millénaire, le coût
des investissements à réaliser dans un pays à
faible revenu typique pour ces seuls objectifs sera de l’ordre
de 75 dollars par habitant en 2006 et grimpera jusqu’à
140 dollars environ en 2015 (en dollars constants). Ces sommes
modestes, qui représentent l’équivalent
du tiers ou de la moitié de leur revenu annuel par habitant,
sont largement supérieures aux ressources de la plupart
des pays à faible revenu. Dans le cas de ces pays, il
est nécessaire de donner une forte impulsion à
l’aide au développement afin de créer des
conditions propices pour des investissements privés plus
importants et une « stratégie d’émancipation »
à long terme vis-à-vis de l’assistance.
Aide
48. Le redressement de l’aide publique au
développement (APD), qui avait régulièrement
diminué au cours des années 90, est l’une
des tendances les plus encourageantes de ces dernières
années. Exprimé en pourcentage, le volume global
de l’APD représente actuellement 0,25 % du
revenu national brut des pays développés –
ce qui reste très en deçà du chiffre atteint
à la fin des années 80 (0,33 %), et a fortiori
de l’objectif à long terme de 0,7 % qui a
été réaffirmé dans le Consensus
de Monterrey en 2002. Au vu des engagements pris récemment
par plusieurs donateurs quant à des augmentations futures,
les flux annuels d’APD devraient dorénavant progresser
pour atteindre environ 100 milliards de dollars d’ici
à 2010 – soit un montant près de deux
fois supérieur à celui qui avait été
enregistré lors de la Conférence de Monterrey.
Mais une fraction importante de cette somme correspond à
des annulations de dettes et à une dépréciation
du dollar plutôt qu’à des apports nets de
fonds à long terme et, au demeurant, le total serait
encore inférieur de près de 50 milliards de dollars
au montant qui, selon les calculs effectués dans le cadre
du Projet objectifs du Millénaire, serait requis simplement
pour réaliser les objectifs, sans parler des autres priorités
fixées pour le développement dans un contexte
plus général.
49. Heureusement, certains signes laissent entrevoir
des progrès supplémentaires. Un nouveau groupe
de donateurs s’est constitué, comprenant de nouveaux
membres de l’Union européenne et certains des pays
en développement les plus riches comme le Brésil,
la Chine et l’Inde, qui offrent tous des concours spécialisés
à d’autres pays en développement dans le
cadre d’une coopération technique qui ne cesse
de se développer. Cinq pays donateurs ont déjà
atteint l’objectif de 0,7 % et six autres ont fixé
récemment des échéances pour sa réalisation.
Les pays développés qui ne l’ont
pas encore fait devraient établir des calendriers pour
réaliser l’objectif consistant à consacrer
0,7 % du revenu national brut à l’aide publique
au développement en 2015 au plus tard, en augmentant
sensiblement les apports à compter de 2006 au plus tard,
et en atteignant 0,5 % d’ici à 2009.
50. S’il y a manifestement des insuffisances
au niveau des capacités dans nombre de pays en développement,
nous devons veiller à ce que, pour les pays qui sont
préparés, le volume de l’assistance soit
immédiatement augmenté. À partir
de 2005, il faudrait accorder aux pays en développement
qui présentent des stratégies nationales bien
conçues, transparentes et contrôlables et qui nécessitent
une aide renforcée aux fins du développement,
une assistance complémentaire en quantité et de
qualité suffisantes et avec une rapidité suffisante
afin qu’ils puissent atteindre les objectifs du Millénaire
pour le développement.
51. Le moyen le plus direct qui s’offre
pour accroître le volume de l’APD est de majorer
la part affectée à l’aide dans les budgets
nationaux des pays donateurs. Néanmoins, comme la réalisation
des objectifs du Millénaire pour le développement
suppose que les dépenses globales consacrées à
l’APD augmenteront radicalement au cours des prochaines
années, les nouvelles modalités qui permettraient
de financer une forte hausse à court et à moyen
terme valent certainement la peine d’être explorées.
Plusieurs idées sur des sources novatrices de financement
qui viendraient compléter l’APD ont été
avancées pour l’avenir et certaines d’entre
elles sont étudiées en ce moment dans le cadre
d’une importante initiative animée par l’Allemagne,
le Brésil, le Chili, l’Espagne et la France. Mais
à présent, il faut concevoir un mécanisme
pour assurer immédiatement un financement à plus
grande échelle. Le Mécanisme international de
financement proposé offre une solution possible à
cet égard en concentrant les apports d’APD programmés
pour une période déterminée au début
de cette période tout en continuant à utiliser
les circuits de décaissement existants. La communauté
internationale devrait créer en 2005 un mécanisme
international de financement qui permettrait de concentrer les
apports d’APD dans un avenir immédiat et reposerait
sur des engagements majorés dans une proportion appropriée
pour atteindre l’objectif de 0,7 % en 2015 au plus
tard. À plus long terme, il faudrait aussi examiner d’autres
sources novatrices de financement du développement, qui
viendront s’ajouter à ce mécanisme.
52. Les dispositions susmentionnées peuvent
et doivent être complétées par des
mesures immédiates destinées à encourager
la réalisation de « gains rapides »
dans divers domaines, à savoir des initiatives
relativement peu onéreuses et extrêmement efficaces
qui sont susceptibles de produire des gains immenses à
court terme et de sauver des millions de vies humaines. Elles
consistent par exemple à distribuer gratuitement et à
grande échelle des moustiquaires traitées à
l’insecticide et des médicaments antipaludiques
efficaces, à développer les programmes de repas
scolaires dans lesquels on utilise des aliments produits localement,
ou encore à éliminer les droits payés par
les usagers pour l’enseignement primaire et les services
de santé. Ces dispositions rapides joueraient un rôle
essentiel en étayant les stratégies nationales
axées sur la réalisation des objectifs du Millénaire
pour le développement. Elles engendreraient une dynamique
et des réussites rapides qui susciteraient une plus large
adhésion à ces objectifs, même si elles
ne peuvent pas se substituer à des investissements étalés
sur une longue période.
53. Parallèlement, il est nécessaire
de prendre des mesures urgentes pour accroître la qualité
et la transparence de l’APD et pour mieux contrôler
l’utilisation qui en est faite. L’aide devrait être
rattachée aux besoins locaux définis dans les
stratégies nationales et à la réalisation
des objectifs du Millénaire pour le développement,
et non pas subordonnée aux intérêts des
fournisseurs dans les pays donateurs. Cela est évidemment
bénéfique pour les pays en développement,
mais les pays développés eux-mêmes ont tout
intérêt à être en mesure de prouver
à leurs contribuables que l’aide est efficace.
Dans le prolongement du Forum de haut niveau qui a été
organisé à Paris en mars 2005 sur la question
de l’efficacité de l’aide au développement,
les pays donateurs devraient fixer, d’ici à septembre
2005, des échéances et des objectifs contrôlables
pour harmoniser leurs mécanismes d’aide avec les
stratégies des pays partenaires reposant sur les objectifs
du Millénaire pour le développement.
Dans ce contexte, ils devraient notamment s’engager à
respecter des plans d’investissement fondés sur
les objectifs, fixer une échéance à l’horizon
2015, assurer un financement prévisible étalé
sur plusieurs années, simplifier radicalement les procédures
et fournir un soutien budgétaire direct aux pays dotés
de mécanismes appropriés.
Dette
54. La question de la dette extérieure
est étroitement liée à celle de l’APD.
Dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres
très endettés (PPTE), un montant de 54 milliards
de dollars a déjà été engagé
pour des allégements accordés à 27 pays
qui ont atteint les points de décision ou d’achèvement.
Mais même s’il est établi de façon
concluante que des ressources précieuses ont ainsi été
libérées pour être mises au service des
objectifs du Millénaire pour le développement,
les sommes en jeu restent très en deçà
des besoins. Pour aller de l’avant, nous devrions
redéfinir l’endettement tolérable comme
étant le niveau d’endettement qui permet à
un pays d’atteindre les objectifs du Millénaire
pour le développement avec l’assurance que les
ratios d’endettement n’auront pas augmenté
en 2015. Pour la plupart des pays bénéficiant
de l’Initiative PPTE, cela suppose que les financements
seront assurés exclusivement sur la base de dons et que
les dettes seront annulées en totalité, et pour
bon nombre de pays très endettés qui ne bénéficient
pas de cette initiative et de pays à revenu intermédiaire,
cela nécessitera des réductions beaucoup plus
importantes que celles qui ont été consenties
jusqu’ici. Il faudrait parvenir à accorder des
remises supplémentaires de dettes sans réduire
les ressources disponibles pour les autres pays en développement
et sans compromettre la viabilité financière à
long terme des institutions financières internationales.
Commerce
55. Si le commerce n’améliore pas
la nécessité d’investissements de grande
ampleur étayés par l’APD aux fins du développement,
un système commercial ouvert et équitable peut
être un moteur puissant pour la croissance économique
et la réduction de la pauvreté, surtout s’il
est associé à une aide adéquate. Aussi,
le développement occupe-t-il à juste titre une
place centrale dans le cycle de négociations commerciales
multilatérales de Doha de l’Organisation mondiale
du commerce (OMC). À l’heure actuelle, bien souvent
les pays en développement n’ont pas la possibilité
de rivaliser à armes égales sur les marchés
mondiaux car les pays riches utilisent une multitude de droits
de douane, de quotas et de subventions pour restreindre l’accès
à leurs propres marchés et protéger leurs
propres producteurs. La réunion ministérielle
que l’OMC tiendra en décembre 2005 offre une occasion,
qu’il ne faut pas laisser passer, de dégager un
accord sur des modalités d’action pour corriger
ces anomalies. L’établissement d’un calendrier
destiné aux pays développés pour planifier
le démantèlement des barrières qui entravent
l’accès aux marchés et l’élimination
progressive des subventions internes qui faussent les échanges
commerciaux, en particulier dans le secteur de l’agriculture,
est une priorité absolue. Pour cela, le cycle
de négociations commerciales multilatérales de
Doha devrait tenir ses promesses en matière de développement
et être mené à bonne fin en 2006 au plus
tard. Dans un premier temps, les États Membres devraient
accorder à toutes les exportations des pays les moins
avancés l’accès aux marchés en franchise
de droits et hors quotas.
56. Dans le Consensus de Monterrey, on a souligné
que pour nombre de pays en développement, en particulier
les pays les plus pauvres qui sont tributaires d’un petit
nombre de produits de base, il existe des contraintes au niveau
de l’offre, qui se manifestent par une aptitude insuffisante
à diversifier les exportations, une vulnérabilité
face aux fluctuations de prix et une détérioration
progressive des termes de l’échange. Afin de renforcer
la compétitivité commerciale, les stratégies
nationales axées sur la réalisation des objectifs
du Millénaire pour le développement doivent mettre
l’accent sur les investissements dans la productivité
agricole, l’infrastructure du commerce et les industries
d’exportation compétitives, notamment pour les
pays les moins avancés, les pays en développement
sans littoral et les petits États insulaires en développement.
Un certain nombre d’initiatives ont été
prises en vue d’alléger les contraintes qui pèsent
sur l’offre, d’encourager la diversification et
de réduire la vulnérabilité face aux fluctuations
des cours des produits de base, mais elles sont loin d’avoir
recueilli l’appui nécessaire.
D. Assurer la viabilité
écologique
57. Nous sommes fondamentalement tributaires des
systèmes et des ressources naturelles pour notre existence
et notre développement. Les efforts que nous déployons
pour vaincre la pauvreté et réaliser un développement
durable seront vains si la détérioration de l’environnement
et la destruction des ressources naturelles se poursuivent au
même rythme. Les stratégies nationales doivent
prévoir des investissements en vue d’améliorer
la gestion de l’environnement et programmer les réformes
structurelles qui sont nécessaires pour assurer la viabilité
écologique. Dans maints domaines d’action prioritaires
liés à l’environnement, par exemple ceux
qui ont trait aux cours d’eau alimentant plusieurs pays,
aux forêts, à la pêche en mer et à
la diversité biologique, les efforts déployés
aux niveaux régional et mondial doivent être intensifiés.
On peut d’ores et déjà citer un exemple
encourageant illustrant une démarche qui a abouti à
une solution à l’échelle mondiale. Grâce
au Protocole de Montréal relatif à des substances
qui appauvrissent la couche d’ozone, le risque d’exposition
à des rayonnements dangereux semble diminuer –
preuve manifeste qu’il est possible de gérer les
problèmes environnementaux mondiaux lorsque tous les
pays font des efforts résolus pour appliquer les orientations
générales arrêtées au niveau international.
Aujourd’hui, trois défis majeurs doivent retenir
l’attention immédiate de la communauté internationale,
comme indiqué ci-après.
Désertification
58. La dégradation de plus d’un milliard
d’hectares de terres a eu des conséquences catastrophiques
pour le développement dans de nombreuses régions
du monde. Des millions de personnes ont été contraintes
d’abandonner leurs terres car les modes de vie fondés
sur l’agriculture et le nomadisme n’étaient
plus viables. Des centaines de millions d’autres risquent
de devenir des réfugiés écologiques. Pour
lutter conte la désertification, la communauté
internationale doit appuyer et appliquer la Convention des Nations
Unies sur la lutte contre la désertification dans les
pays gravement touchés par la sécheresse et/ou
la désertification, en particulier en Afrique.
Diversité biologique
59. L’appauvrissement de la diversité
biologique, qui se poursuit à un rythme sans précédent
à l’intérieur des pays et au niveau international,
est un autre sujet de vive préoccupation. Inquiétant
en lui-même, ce phénomène a également
de graves répercussions sur la santé, les modes
de subsistance, la production vivrière et la qualité
de l’eau, et rend les populations plus vulnérables
face aux catastrophes naturelles et aux changements climatiques.
Pour inverser la tendance, tous les gouvernements devraient
prendre, individuellement et collectivement, des dispositions
en vue d’appliquer la Convention sur la diversité
biologique (8) et de réaliser d’ici à 2010
l’objectif d’une réduction importante du
rythme d’appauvrissement de la diversité biologique
conformément à l’engagement souscrit à
Johannesburg (9).
Changements climatiques
60. L’un des plus grands défis qui
se posera au XXIe siècle dans les domaines de l’environnement
et du développement sera de lutter contre les changements
climatiques et de s’y adapter. L’immense majorité
des scientifiques s’accorde maintenant à reconnaître
que les activités humaines ont une incidence notable
sur le climat. Depuis l’avènement de l’ère
industrielle au milieu du XVIIIe siècle, les concentrations
de gaz à effet de serre dans l’atmosphère
ont fortement augmenté, la terre s’est considérablement
réchauffée et le niveau des mers s’est élevé
de façon mesurable. Les années 90 ont été
la décennie la plus chaude jamais enregistrée
et ce réchauffement a entraîné un recul
des glaciers et de la banquise arctique. Étant donné
que, d’après les projections, la concentration
de gaz à effet de serre devrait continuer d’augmenter
au cours du siècle à venir, l’accroissement
concomitant de la température moyenne à la surface
du globe entraînera probablement une plus grande variabilité
du climat et une aggravation des phénomènes climatiques
extrêmes comme les ouragans et les sécheresses,
qui seront plus fréquents et plus intenses. Les pays
les plus vulnérables – petits États insulaires
en développement, pays côtiers comptant des populations
importantes résidant dans des régions de faible
altitude, pays situés dans les régions tropicales
et sous-tropicales arides et semi-arides – sont le
moins à même de se protéger. Ce sont eux
également qui contribuent le moins aux émissions
mondiales de gaz à effet de serre. S’ils ne réagissent
pas, ils paieront un lourd tribut pour les actions des autres
pays.
61. L’entrée en vigueur en février
2005 du Protocole de Kyoto de 1997 à la Convention-cadre
des Nations Unies sur les changements climatiques constitue
un jalon important dans l’action menée contre le
réchauffement de la planète, mais ses effets ne
s’exerceront que jusqu’en 2012. La communauté
internationale doit s’entendre sur des objectifs de stabilisation
pour les concentrations de gaz à effet de serre au-delà
de cette date. Les progrès scientifiques et les innovations
techniques ont un rôle important à jouer en atténuant
les changements climatiques et en facilitant l’adaptation
aux nouvelles conditions. Ils doivent être exploités
dès maintenant si nous voulons mettre au point les outils
requis en temps voulu. En particulier, il convient d’augmenter
sensiblement les budgets de recherche-développement consacrés
aux sources d’énergie renouvelables, à la
gestion du carbone et à l’amélioration des
rendements énergétiques. Il faudrait également
développer les mécanismes de régulation
tels que les marchés des droits d’émission
de carbone. Comme il a été convenu à Johannesburg,
c’est aux pays qui contribuent le plus à causer
des problèmes écologiques qu’il incombe
au premier chef d’atténuer les changements climatiques
et de réfréner les modes de production et de consommation
non viables. Nous devons élaborer un cadre international
plus ouvert, qui permette une large participation de tous les
principaux émetteurs et des pays tant développés
qu’en développement pour la période postérieure
à 2012, afin d’assurer une action concertée
à l’échelle mondiale, fondée notamment
sur le recours à des innovations technologiques, pour
atténuer les changements climatiques, en tenant compte
du principe des responsabilités communes mais différenciées.
E. Autres priorités
pour une action au niveau mondial
62. Pour répondre aux besoins de développement
dans une optique plus générale, il faut également
agir dans plusieurs autres domaines, comme indiqué ci-dessous.
Surveillance et suivi des maladies infectieuses
63. Dans l’ensemble, la réaction
internationale face à la pandémie en cours a été
terriblement lente et les moyens mobilisés sont toujours
insuffisants, ce qui est scandaleux. Le paludisme continue de
sévir dans toutes les régions tropicales, alors
que l’on dispose de moyens prophylactiques et thérapeutiques
très efficaces pour lutter contre ce fléau. De
nombreuses maladies infectieuses qui font des ravages à
l’heure actuelle dans les pays en développement,
notamment l’infection à VIH/sida et la tuberculose,
posent de graves dangers pour le monde entier, en particulier
compte tenu de l’apparition d’une résistance
aux médicaments. Qu’il s’agisse de maladies
bien connues ou de maladies nouvelles, elles exigent une action
concertée au niveau international. L’épidémie
du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) survenue
en 2003 a attiré l’attention sur le fait que la
durée des vols est plus courte que les périodes
d’incubation pour nombre de maladies infectieuses même
s’il s’agit de vols long courrier, de sorte que
chacun des 700 millions de passagers qui voyagent chaque année
sur des vols internationaux peut être, à son insu,
porteur d’un agent pathogène.
64. La mobilisation rapide face au SRAS a également
montré que la propagation d’une maladie infectieuse
pouvait être endiguée lorsque des institutions
universelles efficaces comme l’Organisation mondiale de
la santé (OMS) travaillaient en étroite collaboration
avec des services de santé nationaux performants et des
établissements techniques spécialisés.
Aucun État n’aurait pu parvenir à juguler
cette maladie de façon aussi efficace en agissant seul.
Pour renforcer les mécanismes existants visant
à assurer une coopération internationale rapide
et efficace, j’engage les États Membres à
s’entendre sur la version révisée du Règlement
sanitaire international lors de la session que l’Assemblée
mondiale de la santé tiendra en mai 2005. Pour
limiter les risques d’épidémies dans l’avenir,
il faudrait également allouer davantage de moyens au
Réseau mondial OMS d’alerte et d’action en
cas d’épidémie afin qu’il puisse coordonner
l’action menée à l’appui des systèmes
nationaux de surveillance et d’action sanitaires dans
le cadre d’un vaste partenariat international.
Catastrophes naturelles
65. Les ravages causés par le tsunami de
l’océan Indien nous ont rappelé à
tous à quel point l’être humain est désarmé
devant les catastrophes naturelles et, d’autre part, que
les populations pauvres sont touchées de façon
disproportionnée par ces catastrophes. Si l’on
ne s’applique pas avec plus de détermination à
remédier aux problèmes des pertes en vies humaines
et de la destruction des moyens de subsistance et des infrastructures,
les catastrophes deviendront un obstacle de plus en plus important
qui s’opposera à la réalisation des objectifs
du Millénaire pour le développement. La Conférence
mondiale sur la prévention des catastrophes qui a eu
lieu au début de 2005 a adopté le Cadre d’action
de Hyogo pour 2005-2015 qui définit des objectifs stratégiques
et des priorités pour réduire les risques de catastrophes
dans les 10 prochaines années. Nous devons à présent
passer au stade de la mise en œuvre.
66. Agissant avec le concours de l’Organisation
des Nations Unies et d’autres entités, les pays
de la région de l’océan Indien prennent
actuellement des dispositions en vue de créer un système
régional d’alerte rapide aux tsunamis. Mais nous
ne devons pas oublier pour autant que les populations de toutes
les régions du monde sont exposées à d’autres
dangers tels que les orages, les inondations, les sécheresses,
les glissements de terrain, les vagues de chaleur et les éruptions
volcaniques. Afin de compléter les initiatives
de portée plus générale qui ont trait à
la planification préalable aux catastrophes et à
l’atténuation de leurs effets, je préconise
la mise en place d’un système mondial d’alerte
rapide pour tous les risques naturels, qui s’appuierait
sur les dispositifs existant aux niveaux national et régional.
Pour faciliter cette entreprise, je demanderai au secrétariat
de la Stratégie internationale de prévention des
catastrophes de coordonner la réalisation d’un
inventaire des capacités et des lacunes existantes, en
coopération avec tous les membres concernés du
système des Nations Unies, et je suis sûr que ses
conclusions et recommandations présenteront un grand
intérêt. Lorsque des catastrophes surviennent,
nous avons également besoin de dispositifs d’intervention
rapide plus performants pour fournir une aide humanitaire immédiate;
ces dispositifs sont examinés dans la section V ci-dessous.
Science et technique au service du développement
67. En vue de contribuer à stimuler
le développement économique et de permettre aux
pays en développement d’élaborer des solutions
à leurs propres problèmes, il est nécessaire
d’intensifier considérablement les efforts consacrés
à la promotion de la recherche-développement à
l’échelle mondiale pour répondre aux besoins
particuliers des populations démunies dans les domaines
de la santé, de l’agriculture, de la gestion des
ressources naturelles et de l’environnement, de l’énergie
et du climat. En particulier, il faudrait donner la
priorité au lancement d’un vaste projet mondial
de recherche sur les maladies tropicales et à la fourniture
d’un appui supplémentaire au Groupe consultatif
de la recherche agricole internationale pour les travaux de
recherche sur l’agriculture tropicale.
68. Les technologies de l’information et
des communications (TIC) peuvent contribuer grandement à
la réalisation des objectifs du Millénaire pour
le développement. Afin de tirer pleinement parti des
possibilités qu’elles offrent, nous devons réduire
le clivage numérique, notamment au moyen de mécanismes
de financement volontaire tels que le Fonds de solidarité
numérique qui a été récemment mis
sur pied.
Infrastructures et institutions régionales
69. Les infrastructures et la coopération
régionales sont essentielles pour la promotion du développement
économique. C’est vrai en particulier dans le cas
des pays en développement enclavés et des petits
États insulaires en développement qui ont besoin
d’une assistance spéciale. Mais d’autres
pays qui, par exemple, ont simplement des populations peu nombreuses
ou sont tributaires de leurs voisins pour les transports et
les approvisionnements en nourriture, en eau ou en énergie
ont aussi besoin d’être aidés. Les donateurs
internationaux devraient encourager la coopération régionale
pour le traitement de ces questions, et les pays en développement
devraient inscrire cette forme de coopération dans leurs
stratégies nationales. Dans ce contexte, il faudrait
inclure non seulement la coopération économique
mais aussi les mécanismes établis au niveau régional
pour la concertation politique et la recherche de consensus,
comme le Mécanisme d’évaluation intra-africaine
et le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique.
Institutions mondiales
70. Les institutions financières internationales
ont un rôle essentiel à jouer pour assurer le développement
de tous les pays et la bonne mise en œuvre des objectifs
du Millénaire pour le développement. Je les encourage
à veiller à ce que les programmes de pays qu’elles
appuient soient suffisamment ambitieux pour permettre la réalisation
de ces objectifs. En outre, ces institutions et leurs actionnaires
devraient mener une réflexion sur les réformes
qu’ils pourraient opérer pour mieux tenir compte
des mutations qui se sont produites dans l’économie
politique mondiale depuis 1945. Cela devrait se faire dans le
cadre du Consensus de Monterrey de manière à élargir
et à renforcer la participation des pays en développement
et des pays en transition aux processus de prise de décisions
et d’établissement de normes concernant l’économie
internationale. Les institutions de Bretton Woods ont déjà
pris certaines dispositions pour renforcer le rôle et
la participation des pays en développement. Mais il faut
faire des progrès encore plus importants si l’on
veut dissiper le sentiment largement répandu parmi les
pays en développement qu’ils sont sous-représentés
au sein des deux organismes, sentiment qui, inversement, tend
à jeter le doute sur leur légitimité.
Migrations
71. De nos jours, le nombre de personnes qui vivent
en dehors de leur pays d’origine est plus élevé
qu’à n’importe quelle autre époque
et ce nombre devrait encore augmenter dans l’avenir. Les
migrations offrent de nombreuses chances – aux migrants
eux-mêmes, aux pays qui accueillent une main-d’œuvre
plus jeune, mais aussi, notamment grâce aux envois de
fonds qui ont progressé de façon spectaculaire
ces dernières années, pour leur pays d’origine.
D’un autre côté, elles créent une
multitude de problèmes complexes. Elles peuvent simultanément
contribuer à provoquer un chômage dans une région
ou un secteur déterminé et une « fuite
des cerveaux » dans d’autres. Si elles ne sont
pas soigneusement gérées, elles peuvent aussi
causer des tensions sociales et politiques aiguës. Les
répercussions de ces tendances ne sont pas encore bien
appréhendées, mais je pense que le rapport de
la Commission mondiale sur les migrations internationales, que
je recevrai dans le courant de l’année 2005, fournira
quelques points de repère utiles. Le dialogue de haut
niveau que l’Assemblée générale tiendra
sur le sujet des migrations en 2006 offrira une excellente occasion
de se pencher sur les questions difficiles qu’il recouvre.
F. Le défi
de la mise en œuvre
72. En 2005, il faudra s’attacher en priorité
à réaliser intégralement les engagements
déjà pris et à mettre réellement
en œuvre les grandes orientations définies. Les
principes du partage des responsabilités et de la responsabilité
à double sens qui sous-tendaient le Consensus de Monterrey
sont judicieux et il convient de les appliquer concrètement.
Le sommet de septembre doit produire un pacte d’action
qui recueillera l’adhésion de tous les pays et
au regard duquel ils pourront tous être jugés.
Les objectifs du Millénaire pour le développement
ne doivent plus être des objectifs fluctuants auxquels
on se réfère de temps à autre pour mesurer
les progrès accomplis. Ils doivent inspirer quotidiennement
autant les stratégies nationales que l’aide internationale.
Si nous ne faisons pas une avancée radicale en 2005 en
posant les fondements qui permettront des progrès rapides
dans les années à venir, nous n’atteindrons
pas les objectifs. Nous devons être bien conscients du
prix qu’il faudra payer si nous laissons passer cette
occasion. Des millions de personnes qui auraient pu être
sauvées périront; maintes libertés qui
auraient pu être garanties seront déniées
et nous vivrons dans un monde plus dangereux et plus instable.
73. De même, le développement serait
au mieux entravé et au pire en régression dans
un monde déchiré par des conflits violents ou
hanté par le spectre du terrorisme et des armes de destruction
massive, ou dans un monde où les droits de l’homme
seraient bafoués, l’état de droit méprisé
et les opinions et les besoins des citoyens négligés
par des gouvernements apathiques et non représentatifs.
Les progrès à accomplir sur les questions abordées
dans les sections III et IV ci-dessous sont donc essentiels
pour la réalisation des objectifs énoncés
plus haut, tout comme le développement est lui-même
un fondement indispensable pour la sécurité, les
droits de l’homme et l’état de droit à
long terme.
Encadré 4
Les besoins particuliers de l’Afrique
Les problèmes évoqués
dans le présent rapport ont une dimension mondiale
et les solutions doivent aussi avoir une dimension mondiale.
Or l’Afrique est généralement touchée
de façon disproportionnée par tous ces problèmes.
Si nous voulons trouver des solutions véritablement
applicables à l’échelle mondiale,
nous devons prendre acte des besoins particuliers de l’Afrique,
comme les dirigeants mondiaux l’ont fait dans la
Déclaration du Millénaire. Qu’il s’agisse
des actions centrées sur la réalisation
des objectifs du Millénaire pour le développement
ou de celles qui visent à améliorer les
capacités collectives pour consolider la paix et
renforcer les États, les besoins particuliers de
l’Afrique occupent une place centrale dans chacune
des parties du présent rapport.
Un certain nombre de progrès ont
été enregistrés en Afrique au cours
des cinq dernières années. Aujourd’hui,
les États qui ont des gouvernements démocratiquement
élus sont plus nombreux que jamais sur ce continent
et le nombre de coups d’État militaires qui
y sont observés a sensiblement diminué.
Certains conflits tenaces, tels ceux qui ont déchiré
l’Angola et la Sierra Leone, ont été
réglés. Nombre de pays – allant
de l’Ouganda au Mozambique – enregistrent
un redressement rapide et continu sur les plans économique
et social. Par ailleurs, les citoyens ordinaires s’organisent
et font entendre leur voix sur l’ensemble du continent.
Et pourtant, une bonne partie de l’Afrique
– en particulier au sud du Sahara –
continue de subir les conséquences tragiques de
conflits violents, de la misère et des maladies
qui perdurent. Quelque 2,8 millions de réfugiés
et une bonne moitié des 24,6 millions de personnes
déplacées que l’on recense dans le
monde sont victimes de conflits et de bouleversements
en Afrique. Le continent africain est toujours à
la traîne par rapport aux autres régions
en développement dans la réalisation des
objectifs du Millénaire pour le développement.
Environ les trois quarts des décès imputables
au sida enregistrés chaque année dans le
monde surviennent en Afrique, les femmes étant
les plus touchées. La forte prévalence du
VIH/sida dans nombre de pays d’Afrique constitue
à la fois une tragédie humaine et un obstacle
majeur au développement. Sur 1 million de
personnes, ou plus, qui meurent du paludisme chaque année
dans le monde, environ 90 % se trouvent en Afrique
subsaharienne, la plupart d’entre elles étant
des enfants de moins de 5 ans. Une grande partie
de l’Afrique subsaharienne continue de se heurter
à une multitude de problèmes : coût
élevé des transports et exiguïté
des marchés, faible productivité agricole,
maladies dévastatrices et lenteurs dans la diffusion
des techniques importées de l’étranger.
En raison de toutes ces difficultés elle est particulièrement
exposée au risque d’une pauvreté chronique.
Aujourd’hui, les États africains
s’attaquent à ces problèmes avec une
énergie et une détermination renouvelées.
Ils adoptent des stratégies de développement
plus robustes en vue d’atteindre les objectifs du
Millénaire pour le développement d’ici
à 2015. L’Afrique édifie une nouvelle
architecture institutionnelle, qui comprend notamment
l’Union africaine et le Nouveau Partenariat pour
le développement de l’Afrique, et qui lui
donnera les moyens de prévenir, gérer et
régler les conflits violents, de promouvoir la
bonne gouvernance et la démocratie et de créer
des conditions propices pour que ses économies
puissent croître et prospérer durablement.
Comme la Commission que le Royaume-Uni
a créée tout particulièrement pour
l’Afrique l’a indiqué en mars 2005,
les dirigeants et les peuples africains auront besoin
d’une assistance spéciale de la part des
autres régions du monde pour réussir dans
cette entreprise progressiste. La communauté internationale
doit répondre à ce besoin. Elle doit apporter
un appui tangible et constant aux pays africains et aux
organisations régionales et sous-régionales
africaines dans un esprit de partenariat et de solidarité.
Cela suppose que l’on assure le suivi des engagements
déjà pris et de ceux qui devront l’être
au sujet de l’allégement de la dette, de
l’ouverture des marchés et de l’octroi
d’une aide publique au développement considérablement
accrue. Cela implique également que l’on
doit fournir des contingents pour les opérations
de maintien de la paix et renforcer les moyens dont les
États africains disposent pour assurer la sécurité
de leurs citoyens et pourvoir à leurs besoins. |