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Dans une liberté plus grande >> Développement, sécurité et respect des droits de l'homme pour tous / Rapport

V. Renforcer l’Organisation des Nations Unies

153. J’ai fait valoir dans le présent rapport que les principes et les objectifs de l’Organisation des Nations Unies, tels qu’ils sont énoncés dans la Charte, demeurent aussi valides et pertinents aujourd’hui qu’ils l’étaient en 1945, et que le moment présent est une précieuse occasion de les concrétiser. Cependant, si les objectifs doivent être fermes et les principes constants, la pratique et l’organisation doivent évoluer avec le temps. Si l’ONU veut être utile à ses États Membres, et aux peuples du monde, face aux défis qui sont décrits dans les sections II à IV du présent rapport, elle doit être entièrement à la hauteur des besoins et de la conjoncture du XXIe siècle. Elle doit être ouverte non seulement aux États mais aussi à la société civile qui, au niveau national comme au niveau international, joue un rôle de plus en plus important dans les affaires internationales. Elle doit tirer sa force de la diversité de ses partenariats et de sa capacité de rallier ses partenaires au sein de coalitions efficaces œuvrant pour le changement, dans tous les domaines où il est impératif d’agir pour promouvoir la cause d’une liberté plus grande.

154. Notre Organisation, en tant qu’organisation, fut à l’évidence conçue pour une ère différente. Il est tout aussi évident que nos pratiques actuelles ne sont pas toutes adaptées aux besoins d’aujourd’hui. Pour cette raison, les chefs d’État et de gouvernement ont reconnu, dans la Déclaration du Millénaire, la nécessité de renforcer l’Organisation des Nations Unies, d’en faire un instrument qui leur permette de mieux réaliser leurs objectifs prioritaires.

155. Depuis que j’ai pris mes fonctions en tant que Secrétaire général, en 1997, l’une de mes premières priorités a au demeurant été de réformer les structures et la culture internes de l’Organisation, pour la rendre plus utile à ses États Membres et aux peuples du monde. Les réalisations ont été nombreuses. Aujourd’hui, les structures de l’Organisation sont plus simples, ses méthodes de travail plus efficaces et ses divers programmes mieux coordonnés, et elle a instauré avec la société civile et le secteur privé des partenariats productifs dans de nombreux domaines. Sur le plan économique et social, les objectifs du Millénaire pour le développement servent désormais de cadre directif commun pour l’ensemble du système des Nations Unies, et pour la communauté internationale du développement elle-même. Les missions de maintien de la paix sont aujourd’hui bien mieux conçues qu’elles ne l’étaient auparavant, et reflètent une optique globale des tâches nombreuses et variées liées aux activités visant à prévenir la reprise des combats et à poser les bases d’une paix durable. Et nous avons construit des partenariats stratégiques avec des acteurs non étatiques très divers qui ont une importante contribution à apporter à la sécurité, à la prospérité et à la liberté à l’échelle mondiale.

156. De nombreuses autres réformes sont toutefois nécessaires. Les choses étant ce qu’elles sont actuellement, les différents mécanismes de gestion des nombreuses composantes du système, les mandats redondants et les mandats qui reflètent les priorités d’hier plutôt que celles d’aujourd’hui, concourent à entraver notre efficacité. Il est essentiel de donner aux administrateurs une autorité réelle, afin qu’ils puissent aligner systématiquement les activités du système sur les objectifs approuvés par les États Membres – et dont j’espère qu’ils seront ceux mis en avant dans le présent rapport. Nous devons aussi nous employer davantage à améliorer les compétences professionnelles au sein du Secrétariat et à tenir plus rigoureusement responsables de l’exécution de leurs tâches le personnel et l’administration. Nous devons aussi veiller à assurer une meilleure cohérence – entre les divers représentants des Nations Unies aussi bien qu’entre les différentes activités de l’Organisation dans chaque pays et dans l’ensemble du système, en particulier dans les domaines économique et social.

157. Mais la réforme, pour être efficace, ne peut s’arrêter au pouvoir exécutif. Il est temps de revitaliser les organes intergouvernementaux de l’ONU.

A. L’Assemblée générale

158. Comme cela est affirmé dans la Déclaration du Millénaire, l’Assemblée générale joue un rôle central en tant que principal organe délibérant, directeur et représentatif de l’ONU. L’Assemblée générale est en particulier habilitée à examiner et à approuver le budget et elle élit les membres des autres organes délibérants, y compris le Conseil de sécurité. C’est donc à juste titre que les États Membres s’inquiètent de la perte de prestige dont souffre l’Assemblée générale et de sa participation décroissante aux activités de l’Organisation. Cette tendance doit être inversée, et cela ne sera possible que si l’Assemblée devient plus efficace.

159. Ces dernières années, le nombre de résolutions de l’Assemblée générale adoptées par consensus a régulièrement augmenté. L’on pourrait s’en féliciter si cela reflétait une véritable communauté de vues entre les États Membres face aux problèmes mondiaux, mais le consensus (souvent interprété comme exigeant l’unanimité) est malheureusement devenu une fin en soi. On le recherche d’abord au sein de chaque groupe régional, puis au niveau de l’ensemble des États. Cette méthode ne s’est pas avérée un bon moyen de réconcilier les intérêts des États Membres : au contraire, elle pousse l’Assemblée à se réfugier dans des généralités, en renonçant à tout effort sérieux pour prendre une décision. Les vrais débats qui se tiennent tendent à privilégier le processus plutôt que le fond, et de nombreuses prétendues décisions ne font que refléter le plus petit dénominateur commun à des opinions fortement divergentes.

160. Les États Membres reconnaissent, et cela depuis des années, que l’Assemblée doit harmoniser ses procédures et ses structures, afin d’améliorer le processus des délibérations et de le rendre plus efficace. Bien des mesures de faible portée ont été prises. Aujourd’hui, de nouvelles propositions tendant à « revitaliser » l’Assemblée sont avancées par de très nombreux États. L’Assemblée générale devrait maintenant prendre des mesures audacieuses pour rationaliser ses travaux et accélérer le processus des délibérations, notamment en simplifiant son ordre du jour, la structure de ses commissions et les procédures liées aux débats en plénière et aux demandes d’établissement de rapports, et en renforçant le rôle et l’autorité de son président.

161. L’ordre du jour de l’Assemblée générale est à présent très vaste et couvre des questions très diverses qui se recoupent parfois. L’Assemblée générale devrait privilégier les questions de fond inscrites à son ordre du jour en se concentrant sur les principales questions de fond d’actualité, telles que les migrations internationales et la convention portant sur tous les aspects du terrorisme débattue de longue date.

162. L’Assemblée générale devrait aussi collaborer beaucoup plus activement avec la société civile – compte tenu du fait qu’après une interaction croissante au cours des 10 dernières années, la société civile participe maintenant à la plupart des activités de l’ONU. Les buts de l’Organisation ne peuvent en effet être atteints qu’avec l’entière participation de la société civile et des gouvernements. Le Groupe de personnalités éminentes sur les relations entre l’ONU et la société civile, que j’ai nommé en 2003, a fait de nombreuses recommandations utiles visant à l’amélioration de notre action aux côtés de la société civile, et j’ai loué son rapport à l’Assemblée générale (A/58/817 et Corr.1) lorsque j’ai présenté mes observations. L’Assemblée générale devrait donner suite à ces recommandations et mettre en place des mécanismes qui lui permettent de collaborer pleinement et systématiquement avec la société civile.

163. L’Assemblée générale doit aussi revoir la structure de ses commissions, la manière dont celles-ci fonctionnent, l’encadrement qu’elle leur fournit et les textes qui en sont issus. L’Assemblée générale a besoin d’un mécanisme d’examen des décisions de ses commissions afin d’éviter de surcharger l’Organisation de mandats pour lesquels aucun crédit n’est prévu et de faire perdurer le problème de la microgestion du budget et de l’attribution des postes au sein du Secrétariat. Si l’Assemblée générale ne peut résoudre ces problèmes, elle n’aura ni la concentration ni la souplesse voulues pour servir ses membres efficacement.

164. Il devrait être clair que rien de cela ne se produira si les États Membres ne portent pas un intérêt sérieux à l’Assemblée générale, au plus haut niveau, et s’ils n’insistent pas pour que leurs représentants participent aux débats en ayant pour objectif des résultats concrets et positifs. Sans cela, le fonctionnement de l’Assemblée continuera de les décevoir, et ils ne devront pas s’en étonner.

B. Les Conseils

165. Ses fondateurs ont doté l’ONU de trois conseils, chacun ayant des responsabilités dans son propre domaine : le Conseil de sécurité, le Conseil économique et social et le Conseil de tutelle. Avec le temps, la répartition de leurs responsabilités est devenue de moins en moins équilibrée : le Conseil de sécurité a de plus en plus revendiqué son autorité et, surtout depuis la fin de la guerre froide, a bénéficié de la plus grande unité de vues entre ses membres permanents, mais il a vu cette autorité remise en question au motif que sa composition est anachronique ou insuffisamment représentative; le Conseil économique et social a trop souvent été relégué en marge de la gouvernance économique et sociale mondiale; enfin, le Conseil de tutelle, s’étant acquitté avec succès de son mandat, est maintenant réduit à une existence purement formelle.

166. Je crois que nous devons rétablir l’équilibre, au moyen de trois conseils respectivement chargés a) de la paix et de la sécurité internationales; b) des questions économiques et sociales; et c) des droits de l’homme, dont la promotion est l’un des objectifs de l’Organisation depuis sa création, mais dont il est évident aujourd’hui qu’elle exige des structures opérationnelles plus efficaces. Ensemble, ces conseils devraient avoir pour tâche de promouvoir les questions dégagées à l’issue des sommets et autres conférences des États Membres, et devraient constituer des instances mondiales où les questions de sécurité, de développement et de justice puissent être correctement traitées. Les deux premiers, bien sûr, existent déjà, mais ils doivent être renforcés. Quant au troisième, il nécessite une réforme très approfondie et une amélioration du mécanisme de défense des droits de l’homme actuellement en place.

Le Conseil de sécurité

167. En adhérant à la Charte des Nations Unies, tous les États Membres reconnaissent que le maintien de la paix et de la sécurité internationales est la responsabilité première du Conseil de sécurité, et acceptent d’être liés par les décisions de ce dernier. Il est donc vital, non seulement pour l’Organisation mais encore pour le monde entier, que le Conseil ait les moyens de s’acquitter de cette responsabilité, et que ses décisions inspirent le respect partout dans le monde.

168. Dans la Déclaration du Millénaire, tous les États ont décidé de redoubler d’efforts « pour réformer les procédures du Conseil de sécurité sous tous leurs aspects » (voir résolution 55/2 de l’Assemblée générale, par. 30). C’est là l’expression du point de vue, longtemps défendu par la majorité des États, selon lequel il est nécessaire de modifier la composition du Conseil afin qu’il soit plus largement représentatif de la communauté internationale dans son ensemble et des réalités géopolitiques modernes, et acquière ainsi une plus grande légitimité aux yeux de la communauté internationale. Ses méthodes de travail doivent également être rendues plus efficaces et transparentes. Le Conseil doit non seulement être plus représentatif mais encore être capable de prendre des décisions, et disposé à le faire, lorsqu’il le faut. La réconciliation de ces deux impératifs est le critère absolu que doit respecter toute proposition de réforme.

169. Il y a deux ans, j’ai déclaré que, de mon point de vue, aucune réforme de l’Organisation des Nations Unies ne serait complète sans une réforme du Conseil de sécurité. Cela reste ma conviction. Le Conseil de sécurité doit être largement représentatif de toutes les réalités du pouvoir dans le monde d’aujourd’hui. J’appuie donc la position présentée dans le rapport du Groupe de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement (A/59/565) concernant la réforme du Conseil de sécurité, selon laquelle il faudrait :

a) Conformément à l’Article 23 de la Charte, associer davantage à la prise de décisions ceux qui contribuent le plus à l’Organisation sur les plans financier, militaire et diplomatique – c’est-à-dire sous la forme de quotes-parts des budgets statutaires, de participation aux opérations de maintien de la paix, de contributions aux activités volontaires de l’ONU dans les domaines de la sécurité et du développement et d’activités diplomatiques menées dans le sens des objectifs et des mandats de l’Organisation, les pays développés devant tendre plus sérieusement à consacrer – objectif convenu à l’échelon international – 0,7 % de leur produit national brut à l’aide publique au développement, ce qui devrait entrer dans le calcul de la contribution;

b) Faire une place dans la prise des décisions à des pays qui soient plus représentatifs de l’ensemble des membres et en particulier du monde en développement;

c) Ne pas nuire à l’efficacité du Conseil;

d) Démocratiser et responsabiliser davantage le Conseil.

170. J’engage les États Membres à considérer les deux options (formule A et formule B) proposées dans le présent rapport (voir encadré 5), ou toute autre proposition viable en termes de nombre et d’équilibre inspirée de l’un ou l’autre modèle. Les États Membres devraient convenir de prendre une décision sur cette question importante avant le sommet de septembre 2005. Il serait préférable, et de loin, qu’ils prennent cette décision vitale par consensus; s’ils ne sont pas en mesure de parvenir à un consensus, cela ne devra cependant pas servir de prétexte au report de la prise d’une décision.

Encadré 5 (disponible uniquement dans la version à imprimer)

Le Conseil économique et social

171. La Charte des Nations Unies confère au Conseil économique et social une série de fonctions importantes qui reposent sur la coordination, l’examen des orientations et la concertation quant à l’action à mener. La plupart de ces fonctions semblent plus essentielles que jamais à l’heure de la mondialisation, alors que l’ONU a élaboré, à l’issue des sommets et conférences tenus dans les années 90, un programme global pour le développement. Plus que jamais, l’ONU a besoin d’énoncer et de mettre en œuvre des politiques dans ce domaine, de manière cohérente. Les fonctions du Conseil sont généralement considérées comme exceptionnelles au regard de ces défis, mais elles n’ont pas encore été appréciées à leur juste valeur.

172. En 1945, les auteurs de la Charte n’ont pas donné au Conseil économique et social de pouvoirs coercitifs. Ayant convenu l’année précédente à Bretton Woods de créer des institutions financières internationales puissantes, dont ils pensaient qu’elles seraient appuyées par une organisation commerciale mondiale, en plus des diverses institutions spécialisées, ils comptaient clairement que la prise de décisions économiques de portée internationale serait décentralisée. Mais cela ne contribue qu’à rendre plus important le rôle potentiel du Conseil en tant que coordonnateur, organisateur, lieu de dialogue et bâtisseur de consensus. Il s’agit du seul organe de l’ONU explicitement mandaté par la Charte pour coordonner les activités des institutions spécialisées et consulter les organisations non gouvernementales. Il dispose en outre d’un réseau de commissions techniques et régionales opérant sous son égide, qui privilégient de plus en plus la réalisation des objectifs de développement.

173. Le Conseil économique et social a mis à profit ces avantages au cours des dernières années écoulées – en établissant des liens à l’occasion d’une réunion annuelle spéciale de haut niveau avec les institutions commerciales et financières, par exemple, et en créant un Groupe d’étude des technologies de l’information et des communications unique en son genre. Il a également contribué à rapprocher les questions de sécurité et de développement grâce à la création de groupes consacrés à des pays particuliers.

174. Ces initiatives ont permis de promouvoir une cohérence et une coordination accrues entre divers acteurs, mais des lacunes visibles restent encore à combler.

175. Premièrement, il est de plus en plus nécessaire d’intégrer, de coordonner et d’examiner la mise en œuvre du programme d’action des Nations Unies en matière de développement issu des conférences et sommets mondiaux. À cette fin, le Conseil économique et social devrait organiser des réunions ministérielles annuelles pour évaluer les progrès accomplis vers la réalisation des objectifs de développement, en particulier des objectifs du Millénaire pour le développement. Ces évaluations pourraient reposer sur les évaluations réciproques des rapports d’exécution établis par les États Membres, avec l’aide des institutions et des commissions régionales de l’ONU.

176. Deuxièmement, il est nécessaire d’étudier les tendances en matière de coopération internationale pour le développement, de promouvoir une plus grande cohérence entre les activités de développement des différents acteurs et de resserrer les liens entre les activités normatives et les activités opérationnelles du système des Nations Unies. Pour combler cette lacune, le Conseil économique et social devrait servir d’instance de haut niveau pour la coopération en matière de développement. Cette instance pourrait se réunir tous les deux ans à la faveur de la transformation du débat de haut niveau du Conseil.

177. Troisièmement, il est nécessaire de régler les difficultés, les menaces et les crises économiques et sociales dès qu’elles apparaissent. À cette fin, le Conseil économique et social devrait organiser rapidement des réunions, selon qu’il conviendra, afin d’évaluer les menaces au développement, telles que les famines, les épidémies et les grandes catastrophes naturelles, et de promouvoir des interventions coordonnées pour les contrer.

178. Quatrièmement, il est nécessaire de mesurer les dimensions économiques et sociales des conflits et de s’en préoccuper systématiquement. Le Conseil économique et social a essayé de répondre à cette nécessité en créant des groupes consultatifs spéciaux consacrés à des pays particuliers mais, étant donné l’ampleur et la difficulté de la tâche que représentent le relèvement, la reconstruction et la réconciliation à long terme, des arrangements ponctuels ne suffisent pas. Le Conseil économique et social devrait institutionnaliser son action en matière de gestion des situations d’après conflit en travaillant aux côtés de la commission de la consolidation de la paix qu’il est proposé de créer. Il devrait aussi resserrer ses liens avec le Conseil de sécurité afin de promouvoir la prévention structurelle.

179. Enfin, si son rôle social en matière d’établissement de normes et de définition de stratégies est clairement différent du rôle que jouent les organes directeurs des diverses institutions internationales en matière de direction et d’élaboration des politiques, j’espère néanmoins que le Conseil économique et social, lorsqu’il commencera à affirmer sa prééminence dans l’exécution d’un programme mondial pour le développement, sera en mesure de donner des orientations aux efforts engagés dans ce domaine par les divers organes intergouvernementaux à l’échelle de l’ensemble du système des Nations Unies.

180. La mise en œuvre de toutes ces recommandations exigerait du Conseil économique et social qu’il soit doté d’une structure nouvelle et plus souple, pas nécessairement restreinte par le calendrier annuel en cours des « débats » et des « sessions de fond ». Le Conseil doit en outre disposer d’un mécanisme intergouvernemental efficace, efficient et représentatif pour faire participer ses partenaires aux institutions financières et commerciales. Un tel mécanisme pourrait être mis en place soit en élargissant le Bureau du Conseil, soit en créant un comité exécutif dont la composition soit équilibrée sur le plan régional.

Le projet de Conseil des droits de l’homme

181. La Commission des droits de l’homme a donné à la communauté internationale un cadre universel relatif aux droits de l’homme, constitué de la Déclaration universelle des droits de l’homme, des deux pactes internationaux et d’autres traités fondamentaux relatifs aux droits de l’homme. Durant sa session annuelle, la Commission appelle l’attention du public sur les questions et les débats intéressant les droits de l’homme, fournit un cadre pour l’élaboration des politiques de l’ONU en matière de droits de l’homme, et instaure un système unique de procédures spéciales indépendantes et menées des experts pour l’observation et l’analyse du respect des droits de l’homme par thème et par pays. Les relations étroites qui existent entre la Commission et des centaines d’organisations de la société civile sont une occasion de coopérer avec la société civile qui ne se présente nulle part ailleurs.

182. Pourtant, l’aptitude de la Commission à s’acquitter de ses tâches souffre de plus en plus de l’effritement de sa crédibilité et de la baisse de son niveau de compétence professionnelle. En particulier, des États ont cherché à se faire élire à la Commission non pas pour défendre les droits de l’homme mais pour se soustraire aux critiques, ou pour critiquer les autres. La Commission perd donc de sa crédibilité, et la réputation du système des Nations Unies tout entier s’en trouve ternie.

183. Si l’Organisation des Nations Unies veut être à la hauteur des attentes des hommes et des femmes partout dans le monde – et, en réalité, si l’Organisation doit attacher à la cause des droits de l’homme la même importance qu’à celles de la sécurité et du développement, alors les États Membres devraient convenir de remplacer la Commission des droits de l’homme par un conseil des droits de l’homme dont les membres moins nombreux siégeraient en permanence. Il faudrait que les États Membres décident s’ils veulent que le Conseil des droits de l’homme soit un organe principal de l’ONU ou un organe subsidiaire de l’Assemblée générale, mais dans un cas comme dans l’autre ses membres seraient élus directement par l’Assemblée générale, à la majorité des deux tiers des membres présents et votants. La création du Conseil donnerait aux droits de l’homme un caractère beaucoup plus impérieux, en ligne avec la primauté que leur accorde la Charte des Nations Unies. Les États Membres devraient déterminer la composition de ce conseil et le mandat de ses membres. Ceux qui seraient élus devraient respecter les normes les plus élevées relatives aux droits de l’homme.

C. Le Secrétariat

184. Un Secrétariat compétent et efficace est indispensable au bon déroulement des travaux de l’ONU et, les besoins de l’Organisation évoluant, il se doit lui aussi d’évoluer. C’est pourquoi j’ai lancé en 1997 un ensemble de réformes structurelles puis en 2002 une série d’améliorations sur les plans technique et de gestion dans le but de doter l’Organisation d’un programme de travail plus ciblé et d’un système simplifié de planification et de budgétisation afin de permettre au Secrétariat d’offrir un service de meilleure qualité.

185. Je suis heureux que l’Assemblée générale ait apporté un soutien massif à ces changements, et suis convaincu qu’ils nous ont permis de mieux nous acquitter des tâches que le monde nous a confiées. Grâce à la modification des procédures de budgétisation, d’achats et de gestion des ressources humaines ainsi que de la façon dont les missions de maintien de la paix sont soutenues, nous travaillons désormais différemment, selon de nouvelles modalités. Cependant, ces réformes ne vont pas assez loin : si nous voulons que l’ONU soit véritablement efficace, nous devrons remodeler entièrement le Secrétariat.

186. Ceux qui ont le pouvoir de décision, à savoir essentiellement l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité, doivent prendre soin, lorsqu’ils confient des tâches au Secrétariat, de le doter des ressources nécessaires. En retour, il faut que les responsables soient davantage comptables de leurs actes et que la capacité de contrôle des organes intergouvernementaux soit renforcée. Il faut doter le Secrétaire général et les hauts fonctionnaires de l’Organisation de la liberté de décision, des moyens, de l’autorité et des services d’experts dont ils ont besoin pour diriger une organisation qui doit répondre à des besoins opérationnels en rapide évolution, un peu partout dans le monde. De la même manière, les États Membres doivent disposer des instruments de contrôle voulus pour que le Secrétaire général réponde véritablement de ses choix stratégiques et de sa direction des affaires.

187. Les États Membres aussi ont un rôle essentiel à jouer pour garantir que les missions confiées à l’Organisation demeurent d’actualité. Je demande donc à l’Assemblée générale d’examiner tous les mandats remontant à plus de cinq ans, afin de déterminer si les activités concernées sont encore vraiment nécessaires, ou si les ressources qui y sont dévolues peuvent être consacrées à relever de nouveaux défis.

188. Aujourd’hui, le personnel de l’Organisation doit : a) être en mesure de faire face aux nouvelles missions de fond de ce XXIe siècle; b) avoir les moyens de gérer des activités mondiales complexes; et c) être tenu responsable de ses actes.

189. Premièrement, je prends actuellement des mesures visant à adapter la structure du Secrétariat aux priorités énoncées dans le présent rapport. Pour ce faire, il va falloir créer un bureau d’appui à la consolidation de la paix et renforcer l’aide apportée tant à la médiation (ma fonction de « bons offices ») qu’à la démocratie et à l’état de droit. En outre, je compte nommer un Conseiller scientifique du Secrétaire général, qui sera chargé de prodiguer des conseils stratégiques sur les questions d’orientation, en faisant appel pour cela aux compétences scientifiques et technologiques disponibles au sein de l’ONU et dans la communauté des chercheurs et des universitaires en général.

190. Pour faire de réels progrès dans les nouveaux domaines, il faut que le personnel ait les compétences et les connaissances requises pour être à la hauteur des nouveaux enjeux. Il faut aussi déployer de nouveaux efforts pour « assurer à l’Organisation les services de personnes possédant les plus hautes qualités de travail, de compétence et d’intégrité », comme il est prescrit à l’Article 101.3 de la Charte des Nations Unies, tout en recrutant le personnel « sur une base géographique aussi large que possible », ce à quoi il convient aujourd’hui d’ajouter « et en veillant au juste équilibre entre les hommes et les femmes ». S’il nous faut laisser au personnel en place des chances raisonnables d’évoluer au sein de l’Organisation, il n’est plus possible de compter sur le même capital humain pour répondre à tous nos nouveaux besoins. Je demande donc à l’Assemblée générale de me conférer l’autorité et les moyens requis pour proposer au personnel un programme ponctuel de départs anticipés, de façon à renouveler le personnel de l’Organisation et à concilier ses compétences avec les besoins du moment.

191. Deuxièmement, il faut donner au Secrétariat les moyens de s’acquitter de sa tâche. Le Groupe de personnalités de haut niveau a suggéré que je désigne un deuxième Vice-Secrétaire général, pour améliorer le processus de prise de décisions concernant les questions de paix et de sécurité. J’ai préféré créer un mécanisme de prise de décisions collégial (doté de pouvoirs exécutifs plus importants que le Conseil de direction actuel), pour améliorer aussi bien l’élaboration des politiques que la gestion. Il sera assisté d’un secrétariat restreint chargé de la préparation et du suivi des décisions. J’espère ainsi être en mesure de garantir une prise de décisions plus ciblée, plus méthodique et plus responsable, ce qui devrait contribuer – sans pour autant suffire – à assurer l’efficacité de la gestion des activités mondiales d’une organisation aussi complexe. Le Secrétaire général, en tant que chef de l’administration, doit bénéficier d’une plus grande autorité et d’une plus grande latitude en matière de gestion. Il doit aussi avoir la possibilité d’adapter les effectifs aux besoins, sans contraintes excessives. Notre système administratif doit aussi être complètement modernisé. Je demande donc aux États Membres d’entreprendre avec moi un examen complet des règles qui régissent actuellement les ressources budgétaires et humaines.

192. Troisièmement, il nous faut continuer d’améliorer la transparence et la responsabilisation du Secrétariat. L’Assemblée générale a pris une mesure d’importance en faveur d’une plus grande transparence en rendant les audits internes accessibles aux États Membres qui souhaitent les consulter. Je m’occupe actuellement de recenser d’autres catégories d’information susceptibles d’être diffusées régulièrement. Je mets en place un Conseil d’évaluation des performances chargé de veiller à ce que les hauts fonctionnaires soient tenus comptables de leurs actes et des réalisations de leurs services. Un certain nombre d’autres améliorations internes sont en cours. Elles visent à harmoniser nos systèmes de gestion et nos politiques en matière de ressources humaines avec les pratiques optimales d’autres organisations publiques et privées mondiales. Pour renforcer encore la responsabilisation et les contrôles, j’ai proposé que l’Assemblée générale fasse réaliser un examen approfondi du Bureau des services de contrôle interne, en vue d’en renforcer l’indépendance et l’autorité ainsi que les compétences et les capacités. J’espère que l’Assemblée prendra sans tarder une décision à ce sujet.

D. Cohérence du système

193. Au-delà du Secrétariat, les fonds, programmes et institutions spécialisées du système des Nations Unies représentent un vivier unique de compétences et de ressources, qui embrassent tout l’éventail des questions mondiales, et ce qui est vrai pour l’ONU est également vrai pour eux : tous doivent être tenus expressément responsables, tant envers leurs organes directeurs qu’envers les personnes dans l’intérêt desquelles elles agissent.

194. Au cours de ces dernières décennies, pour répondre à une demande qui ne cessait de croître, le système a vu, très justement, le nombre de ses membres augmenter et l’étendue et l’ampleur de ses activités se développer. Malheureusement, cela s’est fréquemment traduit par des chevauchements d’activités et de mandats accompagnés de difficultés budgétaires importantes.

195. Pour tenter de régler certains de ces problèmes, j’ai lancé deux séries de réformes en profondeur. Tout d’abord, dans mon rapport de 1997 intitulé « Rénover l’Organisation des Nations Unies : un programme de réformes » (A/51/950), j’ai instauré diverses mesures, notamment la création de comités exécutifs, aux fins de renforcer la capacité de la direction du Secrétariat et d’améliorer la coordination dans les domaines des interventions humanitaires et du développement. Par la suite, en 2002, dans un second rapport intitulé « Renforcer l’ONU : un programme pour aller plus loin dans le changement » (A/57/387 et Corr.1), j’ai présenté de nouvelles mesures visant plus directement à améliorer les activités que nous menons au niveau des pays, en particulier par un renforcement du système de coordonnateurs résidents. J’ai également délégué de plus grands pouvoirs à mes représentants spéciaux et ai institué un système d’opérations de la paix intégrées.

196. Ces initiatives ont porté leurs fruits : les différentes institutions ont pu travailler en plus étroite coopération au niveau des pays, tant entre elles qu’avec d’autres partenaires tels que la Banque mondiale. Cependant, la cohésion et l’efficacité des services rendus par le système des Nations Unies dans son ensemble ne sont pas encore à la mesure de ce dont ont besoin et méritent les citoyens du monde.

197. Le problème est manifestement lié en partie aux contraintes structurelles auxquelles nous sommes confrontés. À moyen et à long terme, il nous faudra envisager pour y remédier des réformes bien plus radicales, qui pourraient consister à regrouper plusieurs organismes, fonds et programmes en entités administrées de façon plus rigoureuse, s’occupant respectivement du développement, de l’environnement et de l’action humanitaire. Ces réformes pourraient aussi passer par la suppression ou la fusion des fonds, programmes et organismes dont les mandats et les compétences se recoupent ou se complètent.

198. Parallèlement, il existe d’autres mesures que nous pouvons et devrions prendre dès à présent. Je pense, en particulier, aux nouvelles améliorations à apporter à la coordination de la présence et des performances du système des Nations Unies au niveau des pays qui reposent sur un principe simple : à chaque stade, le haut fonctionnaire – représentant spécial, coordonnateur résident ou coordonnateur de l’action humanitaire – qui représente l’Organisation dans le pays devrait avoir l’autorité et les ressources voulues pour gérer une mission intégrée des Nations Unies ou une « présence dans le pays », de sorte que l’ONU puisse fonctionner comme une seule et même unité intégrée.

L’ONU au niveau des pays

199. Dans chaque pays où l’ONU est présente sur le plan du développement, les institutions, fonds et programmes des Nations Unies devraient combiner leurs activités de façon à aider le pays à élaborer et mettre en œuvre les stratégies nationales de réduction de la pauvreté articulées autour des objectifs du Millénaire pour le développement décrites dans la section II ci-dessus. Si la charge de gérer le réseau de coordonnateurs résidents devait être laissée au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) – notre principal organisme dans le domaine du développement –, l’orientation générale des équipes de pays des Nations Unies présentes sur place, dirigées par des coordonnateurs résidents dotés des ressources et des moyens voulus devrait être confiée au Groupe des Nations Unies pour le développement. Le Plan-cadre des Nations Unies pour l’aide au développement devrait énoncer un ensemble d’objectifs stratégiques précis et définir l’assistance que chaque entité de l’ONU doit fournir pour aider nos partenaires nationaux à atteindre les objectifs du Millénaire et, plus généralement, à répondre à leurs besoins en matière de développement. Les pouvoirs publics et l’ONU elle-même pourront alors s’appuyer sur la « matrice de résultats » ainsi obtenue pour surveiller et évaluer les performances du système des Nations Unies au niveau national, et rappeler à ses représentants leur obligation de résultats.

Renforcement du réseau de coordonnateurs résidents

200. Pour stimuler le processus, je compte renforcer plus encore le rôle des coordonnateurs résidents, en leur conférant davantage de pouvoirs pour leur permettre d’assurer une meilleure coordination, mais les conseils d’administration des différentes institutions doivent aussi contribuer à ce processus. J’engage les États Membres à coordonner l’action de leurs représentants dans ces conseils d’administration, de façon à s’assurer qu’ils appliquent bien une politique cohérente à l’échelle du système lorsqu’ils confèrent des mandats et affectent des ressources. Je les engage aussi instamment à relever le niveau des fonds destinés aux activités de base et à réduire la proportion des fonds qui sont réservés, de façon à favoriser la cohérence dans le système. Comme indiqué plus haut, j’espère qu’un Conseil économique et social redynamisé imprimera un élan général à cette nouvelle cohérence.

201. Ces dernières années, je me suis félicité des bienfaits que le système des Nations Unies retirait de sa coopération étroite avec des scientifiques indépendants, des responsables de l’élaboration des politiques et des dirigeants politiques du monde entier. Cela est particulièrement vrai dans le domaine du développement, où il nous faut constamment assimiler les dernières innovations scientifiques et technologiques dans la pratique de nos organisations et programmes. En 2005, pour renforcer le lien qui unit l’action menée par l’ONU en faveur du développement aux experts du monde entier dans les domaines pertinents, j’ai l’intention de mettre en place un Conseil de spécialistes du développement. Travaillant en étroite coopération avec le Conseiller scientifique évoqué précédemment, il sera constitué d’une vingtaine de scientifiques parmi les meilleurs au monde, de hauts responsables dans l’élaboration des politiques et de dirigeants politiques. Ils seront chargés de me conseiller, ainsi que le Groupe des Nations Unies pour le développement, quant au meilleur moyen d’aider à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, publieront régulièrement des rapports et des observations, et se concerteront avec des organes scientifiques, de la société civile ou autres présentant les compétences pertinentes. Ils feront également part de leurs conseils au Conseil économique et social.

Système d’intervention humanitaire

202. Entre le tsunami dans l’océan Indien et les crises au Darfour et dans l’est de la République démocratique du Congo, ces derniers mois n’ont pas manqué de donner des exemples éloquents de l’extension incessante du domaine d’intervention du système international d’action humanitaire. Sous l’autorité et la coordination de l’ONU, le système, qui regroupe des institutions et organisations non gouvernementales humanitaires, a raisonnablement bien fonctionné étant donné les circonstances. Aujourd’hui, quelques jours suffisent pour déployer du personnel humanitaire expérimenté et distribuer de grandes quantités de denrées alimentaires et autres produits de première nécessité aux victimes de guerres et de catastrophes naturelles partout dans le monde. Il y a moins de chevauchement dans les activités menées par les différentes institutions et, sur le terrain, la coordination est meilleure entre intervenants non gouvernementaux et organisations intergouvernementales.

203. Si, contre toute attente, le système a été capable en quelques semaines seulement d’assurer des opérations de secours à grande échelle auprès de toutes les populations de l’océan Indien touchées par le tsunami, l’aide apportée aux populations déplacées au Darfour reste bien en deçà de ce qui avait été annoncé et, pour les grandes crises telles que celle qui sévit en République démocratique du Congo, où plus de 3,8 millions de personnes ont été tuées et 2,3 millions déplacées depuis 1997, les fonds collectés demeurent cruellement insuffisants. Pour assurer une intervention humanitaire plus prévisible en toute situation d’urgence, nous devons avancer rapidement sur trois fronts.

204. Premièrement, il faut que le système d’intervention humanitaire dispose d’une capacité d’action plus prévisible dans les domaines dans lesquels on déplore actuellement trop souvent des insuffisances, que ce soit dans l’approvisionnement en eau, l’assainissement, la fourniture d’abris ou la gestion des camps. Lorsque les crises ont éclaté, il faut réagir promptement et avec flexibilité. Cela est particulièrement vrai dans les situations d’urgence complexes, où les besoins humanitaires sont liés à la dynamique du conflit et où les circonstances peuvent changer rapidement. En général, c’est l’équipe de pays des Nations Unies concernée qui, sous la direction du coordonnateur des opérations humanitaires, est la mieux placée pour recenser les possibilités à exploiter et les contraintes existantes. Toutefois, il est manifeste que les structures de coordination sur le terrain doivent être renforcées, notamment en préparant et équipant mieux les équipes de pays des Nations Unies, en renforçant le rôle de direction du coordonnateur humanitaire et en garantissant que les ressources suffisantes et flexibles nécessaires pour appuyer ces structures sur le terrain sont disponibles sans retard.

205. Deuxièmement, il nous faut disposer d’un financement prévisible pour répondre aux besoins des populations vulnérables. Nous devons pouvoir garantir que l’élan de générosité que tous ont témoigné dans le monde au moment du tsunami sera la règle et non pas l’exception. Cela implique que l’on s’appuie sur les travaux menés par l’ensemble du personnel humanitaire auprès de la communauté des donateurs, et que l’on s’engage de façon plus systématique auprès de nouveaux gouvernements donateurs et du secteur privé. Pour réagir plus rapidement et mieux aux situations de crise, il faut que les promesses de contributions se concrétisent rapidement et que les fonds soient plus prévisibles et plus flexibles, en particulier au cours des premières phases d’intervention d’urgence.

206. Troisièmement, il faut disposer d’un droit d’accès prévisible et d’une garantie de sécurité pour notre personnel humanitaire et nos interventions sur le terrain. Trop souvent, les agents humanitaires se retrouvent dans l’impossibilité d’apporter une aide parce que des forces gouvernementales ou des groupes armés les empêchent d’agir. Ailleurs, ce sont des terroristes qui attaquent nos agents humanitaires non armés et paralysent les opérations humanitaires, en violation des principes fondamentaux du droit international.

207. Avec mon Coordonnateur des secours d’urgence, nous cherchons à régler ces problèmes et à formuler des recommandations concrètes pour renforcer l’action menée. Un examen complet des interventions humanitaires, dont les résultats seront connus en juin 2005 est en cours. J’en attends une série de propositions prévoyant de nouveaux moyens matériels et humains en attente afin de pouvoir réagir sans délai aux grandes catastrophes et autres situations d’urgence, éventuellement en plusieurs endroits à la fois. Avec les États Membres et les institutions concernées, je m’emploierai à faire en sorte que ces propositions, une fois précisées, soient mises en œuvre sans tarder.

208. Pour apporter une réponse immédiate aux vastes besoins non satisfaits liés aux situations d’urgence négligées ou lorsque survient une catastrophe, il faut disposer de mécanismes financiers appropriés. Il nous faut nous demander s’il convient de renforcer le Fonds central autorenouvelable d’urgence existant ou bien de créer un nouveau mécanisme de financement. Si l’on retient la seconde option, il faudra alors examiner attentivement la proposition avancée par des donateurs d’instituer un fonds de contributions volontaires d’un milliard de dollars.

209. Le problème grandissant des déplacés appelle une attention particulière. Contrairement aux réfugiés, qui ont franchi une frontière internationale, les déplacés, poussés par la violence et la guerre à migrer à l’intérieur de leur propre pays, ne bénéficient d’aucune protection de normes minimales instituées.

210. Or ce groupe de population extrêmement vulnérable représente aujourd’hui globalement 25 millions de personnes, soit plus du double du nombre estimatif de réfugiés. J’engage instamment les États Membres à adopter les « Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays » (E/CN.4/1998/53/Add.2) mis au point par mon Représentant spécial comme norme fondamentale internationale pour la protection de ces personnes, et à prendre l’engagement de promouvoir l’adoption de ces principes dans le cadre de la législation nationale. À l’inverse des réfugiés, qui sont pris en charge par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, les déplacés et leurs besoins sont souvent les victimes des failles du réseau d’organisations humanitaires. Récemment, des mesures ont été prises pour garantir que ces organisations collaborent, dans leur domaine de compétences respectif, afin de porter assistance à cette population. Toutefois, il faut aller plus loin, comme nous l’a montré récemment la crise au Darfour. Je compte renforcer davantage encore l’action menée au niveau interinstitutionnel pour répondre aux besoins des déplacés, sous la direction générale de mon Coordonnateur des secours d’urgence, et au niveau national grâce au réseau de coordonnateurs humanitaires. Je ne doute pas que les États Membres me soutiendront dans mon action.

211. Enfin, je compte faire plus systématiquement appel aux États Membres en général et au Conseil de sécurité en particulier pour surmonter les interdictions d’accès inadmissibles auxquelles se heurte trop souvent le personnel humanitaire. Pour épargner des souffrances inutiles, il est capital de protéger l’espace humanitaire et de garantir aux intervenants humanitaires un accès sûr et sans entrave aux populations vulnérables. Je prendrai également, par l’intermédiaire du Département de la sûreté et de la sécurité qui vient d’être créé au Secrétariat, des mesures visant à consolider notre système de gestion des risques, de sorte que le personnel humanitaire puisse mener des opérations destinées à sauver des vies dans les zones à haut risque sans pour cela mettre indûment sa propre vie en danger.

Gouvernance et environnement mondial

212. La question de l’environnement pose des problèmes particuliers de cohésion, vu le nombre et la complexité des accords internationaux qui s’y rapportent et des institutions qui s’en occupent : ce sont plus de 400 traités multilatéraux régionaux et mondiaux qui s’appliquent aujourd’hui à un vaste éventail de questions relatives à l’environnement, notamment la diversité biologique, les changements climatiques et la désertification. Le caractère thématique de ces instruments juridiques et la fragmentation du dispositif qui permet d’en suivre l’application, rendent plus difficile la mise au point de mesures efficaces universelles. Manifestement, il faut harmoniser et renforcer nos efforts dans le suivi et l’application de ces traités. En 2002 déjà, les participants du Sommet mondial pour le développement durable, tenu à Johannesburg, soulignaient la nécessité de disposer d’un cadre institutionnel plus cohérent pour la gestion internationale de l’environnement, permettant une meilleure coordination et un meilleur suivi. Il est maintenant grand temps de songer à une structure plus intégrée permettant d’établir les normes en matière d’environnement, de mener des débats scientifiques et de suivre l’application des traités. Cette structure devrait s’appuyer sur des institutions existantes telles que le Programme des Nations Unies pour l’environnement, ainsi que sur les organes conventionnels et les institutions spécialisées. Parallèlement, les activités menées dans les pays devraient profiter d’une meilleure synergie entre les institutions de l’ONU, tant sur le plan normatif que sur le plan opérationnel, en tirant le meilleur parti possible de leurs atouts respectifs, de sorte que nous appliquions au développement durable une démarche intégrée qui accorde une égale importance à la composante « développement » qu’à la composante « durable ».

E. Organisations régionales

213. Il existe aujourd’hui un nombre considérable d’organisations régionales et sous-régionales, comptant pour beaucoup dans la stabilité et la prospérité des pays qui en sont membres et, plus largement, du système international. L’ONU et les organisations régionales devraient jouer des rôles complémentaires dans l’action menée en faveur de la paix et de la sécurité internationales. À cet égard, les pays donateurs devraient accorder une attention particulière à la nécessité d’instituer un plan décennal de renforcement des capacités avec l’Union africaine. Pour améliorer la coordination entre l’ONU et les organisations régionales, dans le cadre de la Charte des Nations Unies, l’ONU conclura avec ces organisations des mémorandums d’accord qui régiront les modalités de partage de l’information, des compétences et des ressources, en fonction de chaque cas particulier. Pour les organisations régionales disposant de capacités de prévention des conflits ou de maintien de la paix, ces mémorandums d’accord pourraient prévoir que ces moyens soient placés dans le cadre du Système de forces et moyens en attente des Nations Unies.

214. Je compte aussi inviter les organisations régionales à participer aux réunions des organes de coordination du système des Nations Unies, lorsqu’il y est débattu de questions pour lesquelles elles ont un intérêt particulier.

215. Il faudrait modifier les règles qui régissent les budgets des opérations de maintien de la paix des Nations Unies de façon à permettre à l’Organisation de décider, à titre vraiment exceptionnel, de financer au moyen de contributions obligatoires des opérations régionales autorisées par le Conseil de sécurité, ou d’autoriser des organisations régionales à participer à des opérations de paix à composantes multiples, sous la tutelle de l’ONU.

F. Actualisation de la Charte des Nations Unies

216. Comme je l’ai indiqué au début de la section V, les principes de la Charte des Nations Unies n’ont rien perdu de leur validité et la Charte elle-même, dans son ensemble, continue d’offrir une solide assise pour tous nos travaux. Il s’agit cependant d’un document qui a été rédigé il y a 60 ans de cela, lors de la Conférence de San Francisco. Beaucoup de changements ont été apportés dans la pratique de l’Organisation sans qu’il soit pour autant nécessaire de modifier ce texte fondateur. En fait, la Charte n’a été modifiée qu’à deux reprises dans l’histoire de l’Organisation – pour augmenter le nombre des membres du Conseil de sécurité et celui des membres du Conseil économique et social.

217. Toutefois, le monde dans lequel intervient l’ONU à l’heure actuelle n’a rien à voir avec ce qu’il était en 1945, et il faudrait que la Charte s’inscrive dans la réalité de ce monde d’aujourd’hui. Il est grand temps, en particulier, de supprimer des Articles 53 et 107 les mentions « ennemi », devenues anachroniques.

218. Le Conseil de tutelle a certes joué un rôle capital dans l’établissement de normes d’administration dans les territoires sous tutelle et plus généralement dans la promotion du processus de décolonisation, mais ses travaux sont achevés depuis fort longtemps déjà. Le Chapitre XIII intitulé « Conseil de tutelle » devrait être supprimé de la Charte.

219. Pour des raisons analogues, l’Article 47 relatif au Comité d’état-major devrait être supprimé, tout comme chacune des mentions de ce comité faites aux Articles 26, 45 et 46.

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