29 نيسان/أبريل 2026

Dans l’actuel Nigéria, dont une partie constituait autrefois le Royaume du Bénin, des milliers d’objets culturels ont été volés pendant l’époque coloniale et placés dans des musées étrangers et des collections privées. Bon nombre de ces objets, dont les célèbres Bronzes du Bénin, sont devenus des symboles d’une injustice historique de longue date.

Les Bronzes du Bénin comprennent des milliers d’œuvres en laiton et en bronze réalisées par des artistes edo dans le Royaume du Bénin, reflétant des générations de patrimoine royal et de réalisations artistiques. Beaucoup de ces pièces ont été emportées par les forces britanniques lors de l’expédition de 1897.

Après un parcours qui a commencé en 1897 et les a conduits au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, ces objets sont désormais conservés dans un musée au Nigéria. Ce processus de restitution tant attendu marque un tournant important dans les efforts visant à réparer les torts historiques.

Ces dernières années, les appels en faveur de leur retour se sont intensifiés. Leur rapatriement est largement considéré comme un acte de justice culturelle et une restauration de la dignité. À la suite de négociations, plus de 100 objets, dont des plaques, des pendentifs et des figures, ont été restitués au Nigéria.

Olugbile Holloway, Directeur général de la Commission nationale des musées et monuments du Nigéria, a déclaré : « La restitution et ce que nous rétablissons consistent à transférer la propriété au Nigéria. C’est une manière d’envoyer le message que nous reconnaissons qu’il y a eu une injustice. »

S’exprimant lors de la 5e session du Forum permanent des Nations Unies sur les personnes d’ascendance africaine à Genève, en Suisse, M. Holloway, qui a participé aux négociations pour le retour des Bronzes du Bénin, a déclaré que le retour de ces objets ne relevait pas seulement de la restitution, mais aussi de la restauration de la fierté, de la dignité et de l’identité. Ses remarques ont souligné la portée culturelle et émotionnelle plus profonde du rapatriement, au-delà du simple retour physique des artefacts.

Une pièce en bronze du Bénin est exposée dans un atelier à Benin City, dans l’État d’Edo, au Nigéria, le 2 février 2026. © Reuters Photo/Sodiq Adelakun

Le Forum permanent est une plateforme mondiale consacrée aux préoccupations relatives aux droits humains de plus de 200 millions de personnes d’ascendance africaine dans le monde. Il se concentre sur les questions relatives aux droits humains et sur la manière dont l’Organisation des Nations Unies peut soutenir les efforts visant à améliorer la sécurité, la qualité de vie et les moyens de subsistance. Il sert également d’organe consultatif auprès du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Le Forum permanent a proposé un panel clé sur la justice réparatrice, offrant une plateforme mondiale pour examiner la manière dont les injustices historiques continuent de façonner les inégalités actuelles.

June Soomer, membre et ancienne Présidente du Forum permanent, a décrit le retour du patrimoine culturel comme un fondement des réparations. Elle a déclaré que ces éléments ne sont pas de simples objets, mais font partie de l’identité, de la mémoire et de l’appartenance, et que leur retour peut contribuer à renforcer l’éducation, la culture et la vie communautaire.

Lors du Forum, qui a réuni près de 700 participants, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé à renouveler les efforts visant à démanteler l’injustice systémique qui touche les personnes d’ascendance africaine. Il a souligné que les conséquences des injustices historiques continuent de se faire sentir de génération en génération.

« Plusieurs États ont adopté des lois contre la discrimination et créé des institutions indépendantes chargées des droits humains et de l’égalité. Certains ont pris des mesures en faveur de la justice réparatrice pour le colonialisme, l’esclavage et la traite des Africains réduits en esclavage. Cela est essentiel pour démanteler le racisme systémique », a déclaré M. Türk.

Il a toutefois averti que les progrès demeurent inégaux et fragiles, et que les efforts en faveur de la justice réparatrice se heurtent à des résistances dans certains milieux. Pour de nombreuses personnes d’ascendance africaine, la vie quotidienne reste marquée par la pauvreté, la discrimination et le racisme, notamment par des traitements inégaux sur les lieux de travail, dans les hôpitaux, dans les salles de classe et lors des interactions avec les forces de l’ordre.

Partout dans le monde, les personnes d’ascendance africaine font face chaque jour à une discrimination, une exclusion et une déshumanisation spécifiques et préjudiciables, que ce soit dans les hôpitaux, les salles de classe, les lieux de travail ou lors de leurs interactions avec les forces de l’ordre.

          Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Les discussions de cette année ont également porté sur la situation des droits humains des jeunes d’ascendance africaine et sur le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Durban. Ces thèmes ont mis en évidence à la fois la responsabilité historique et la nécessité de solutions tournées vers l’avenir.

Les jeunes qui ont pris une part active au Forum permanent ont été encouragés à s’engager avec encore plus de force pour faire progresser les droits humains et bâtir des avenirs plus équitables. Leurs voix ont apporté un sentiment aigu d’urgence aux discussions, soulignant les réalités immédiates et vécues des inégalités persistantes.

Elisa Walker, jeune membre de la société civile internationale originaire des États-Unis d’Amérique et membre du Groupe de travail du Forum permanent sur les personnes d’ascendance africaine, a déclaré que les jeunes d’ascendance africaine continuent de faire face à des obstacles structurels qui marginalisent leurs identités et limitent leurs possibilités.

Christal Parris-Campbell, Ambassadrice jeunesse de la CARICOM originaire de la Jamaïque, a cité le taux élevé de chômage chez les jeunes, en particulier ceux de moins de 24 ans. Mme Campbell a relevé que « les possibilités d’emploi pour les jeunes des Caraïbes se trouvent principalement dans des emplois peu qualifiés et exigeant un faible niveau d’éducation ».

Les jeunes intervenants ont souligné que la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d’action de Durban doit aller au-delà de l’inclusion symbolique.

Ils ont appelé à ce que les jeunes d’ascendance africaine soient reconnus comme des décideurs dans l’élaboration des politiques relatives à la justice raciale, aux réparations et au développement, plutôt que comme de simples bénéficiaires passifs. Les jeunes ont également souligné l’urgence de la justice climatique, en mettant en avant l’impact disproportionné sur leurs communautés et la nécessité d’investir dans des solutions portées par les jeunes.

« Un soutien accru en ressources financières et humaines est nécessaire pour élargir la portée de la représentation des jeunes dans ce domaine de la justice climatique. Une approche multidisciplinaire offrira un soutien plus important aux pays des Caraïbes pour s’adapter aux effets des changements climatiques et les atténuer », a déclaré Mme Campbell.

Pamela Coke-Hamilton, Directrice exécutive du Centre du commerce international, a encouragé les jeunes à participer aux discussions sur les inégalités structurelles et à prendre part aux espaces d’élaboration des politiques. Elle a également mis en avant la diversification des marchés, la création de valeur ajoutée et une coopération économique plus forte, en particulier à travers l’Afrique, comme des voies importantes vers une plus grande autonomisation.

Organisé dans le contexte du 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, le Forum permanent a souligné l’importance continue de la justice, de la dignité et de la reconnaissance pour les personnes d’ascendance africaine. M. Türk a également réaffirmé l’engagement de son Bureau à soutenir les efforts de lutte contre le racisme dans l’ensemble du système des Nations Unies et à aider les États à faire progresser les droits des personnes d’ascendance africaine.

Cet article a été publié à l’origine sur le site du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et a été traduit en français.