Michael Jensen a rejoint le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) au Soudan en 2004, où il a contribué à la mise en place de l'un des premiers fonds communs de financement au niveau national. Aujourd'hui, il dirige le secrétariat du Fonds central d'intervention d'urgence (CERF) à New York.

Cette année marque le 20e anniversaire du CERF. Avec le recul, quels sont, selon vous, ses plus grandes réalisations ?

Le Fonds central pour les interventions d'urgence (Central Emergency Response Fund ou CERF) est une ligne de survie pour la réponse humanitaire.

Au cours des deux dernières décennies, ce fonds a permis de financer rapidement les situations d'urgence, de soutenir les crises sous-financées et de garantir que l'aide parvienne aux populations qui en ont le plus besoin.

Ce qui est remarquable, c'est que le CERF est intervenu systématiquement là où le financement traditionnel des donateurs était soit trop lent, soit insuffisant, permettant ainsi au système humanitaire d'agir rapidement, de manière impartiale, conjointement et surtout, à grande échelle.

Qu'est-ce qui a le plus changé au cours des 20 dernières années ?

Le changement le plus important a été l'investissement du CERF dans l'action anticipatoire.

En finançant des cadres d'action anticipatoire collectifs à grande échelle, nous avons fait évoluer l'action humanitaire, qui était auparavant largement réactive, vers une approche beaucoup plus proactive, en traduisant les analyses et les prévisions en actions plus opportunes.

Aujourd'hui, le CERF soutient 25 programmes dans 20 pays, pour un montant de plus de 125 millions de dollars.

Le financement est le principal défi. Le CERF a collecté plus de 600 millions de dollars par an ces dernières années, mais cette année, nous avons à peine dépassé les 300 millions de dollars, soit le niveau le plus bas depuis dix ans.

Cette situation est préoccupante, car les besoins augmentent en raison des conflits et des chocs climatiques.

Vous mentionnez le climat. Comment le CERF s'inscrit-il dans ce contexte ?

Le CERF comble une lacune dans l'architecture mondiale du financement climatique en intervenant dans des contextes fragiles que les fonds climatiques traditionnels négligent.

C'est pourquoi nous avons lancé le Compte d'action climatique du CERF en 2023, une source de financement dédiée aux actions climatiques qui, autrement, ne seraient pas financées par le CERF.

Grâce au soutien important de donateurs tels que l'Irlande, nous avons collecté 20 millions de dollars de financement supplémentaire par le biais du Fonds d'action pour le climat, spécifiquement destiné à l'action humanitaire respectueuse du climat, combinant l'aide d'urgence à des mesures d'adaptation qui préparent les communautés au prochain choc.

Si vous deviez citer une seule raison expliquant le succès du CERF, quelle serait-elle ?

L'équipe qui est à l'origine de ce projet est sans aucun doute exceptionnelle.

La réputation du CERF ne repose pas seulement sur sa rapidité et sa flexibilité. Les personnes qui le font fonctionner sont des professionnels dévoués qui s'engagent à garantir la transparence, la responsabilité et l'efficacité de ses actions.