La Commission de consolidation de la paix débat de son rôle dans la diplomatie et l’accompagnement politique dans les pays en transition

CCP/114
23 juin 2016
Session annuelle de 2016, 1ère séance - matin & après-midi

La Commission de consolidation de la paix débat de son rôle dans la diplomatie et l’accompagnement politique dans les pays en transition

La Commission de consolidation de la paix (CCP) a tenu aujourd’hui sa troisième session annuelle, soulignant, dans une déclaration, son engagement à continuer de fournir au Conseil de sécurité des conseils spécifiques, stratégiques et ciblées. 

De même, la CCP a promis que les pays en transition bénéficieraient toujours de son soutien, en droite ligne de la mise en œuvre cohérente des trois piliers des Nations Unies: paix et sécurité, développement, et droits de l’homme.

Expliquant le thème de cette session -« Relever le défi de la transition en matière de consolidation de la paix et de la sécurité: le rôle de la Commission de consolidation de la paix dans la diplomatie et l’accompagnement politique »-, le Président de la CCP, M. Macharia Kamau (Kenya), a relevé que les pays sortant de conflit restaient généralement fragiles et vulnérables au cours des premiers moments de cette période de transition, nécessitant une attention spéciale, des ressources et une présence déterminée de la communauté internationale. 

Les transitions sont souvent des processus délicats, a observé pour sa part le Vice-Secrétaire général de l’ONU, M. Jan Eliasson, qui a identifié trois défis majeurs liés à ce moment particulier. 

Tout d'abord, c’est pendant la période de transition que les risques de fragmentation sont plus importants, a-t-il noté, avant de saluer le rôle joué par le Fonds pour la consolidation dans le renforcement de la cohérence entre les différents acteurs au sein du système des Nations Unies.

En deuxième lieu, les différentes parties du système des Nations Unies sont financées par divers mécanismes, les différents flux de financement rencontrant leurs propres obstacles et affaiblissant ainsi les tâches cruciales de consolidation de la paix à long terme.  Cela est particulièrement vrai lorsque l’on passe des opérations financées par des contributions prévisibles, telles que les missions mandatées par le Conseil de sécurité, aux activités financées par des contributions volontaires, telles que celles menées par les équipes de pays des Nations Unies. 

Le troisième défi est la nécessité d’un soutien politique, car le rôle des représentants spéciaux du Secrétaire général, allant de la médiation, de la convocation d’acteurs, au travail de réconciliation, à la préparation des élections et au soutien des dialogues politiques inclusifs, est essentiel aux processus politiques. 

Mais, après une transition, ce rôle reçoit souvent beaucoup moins de soutien, alors que son importance ne diminue pas.  Ce vide est partiellement rempli par les bureaux politiques régionaux, comme en Afrique de l’Ouest ou en Asie centrale, et par le Coordonnateur résident de l’ONU. 

M. Eliasson a ainsi estimé que la Commission de consolidation de la paix pouvait jouer un rôle vital pour combler cette lacune grâce à l’engagement avec les parties prenantes sur le terrain, dans les pays voisins, et avec les organisations régionales et sous-régionales.

Parlant du rôle que peuvent jouer divers acteurs internationaux en matière de maintien et de consolidation de la paix, le Président de la Commission a, lui, proposé la tenue d’un événement spécial sur la paix à l’Assemblée générale au cours de la semaine de la paix organisée à l’occasion de la Journée internationale de la paix, le 21 septembre.  

La CCP, dans sa déclaration, souligne que la communauté internationale doit soutenir les autorités nationales dans leur entreprise d’identification des priorités nationales, ainsi que dans les domaines politique, technique et financier.  Cet appui, assure-t-elle, doit être apporté de manière globale et dans le but de rechercher une paix durable.

Le représentant de la France, dont le pays exerce au mois de juin la Présidence du Conseil de sécurité, M. Alexis Lamek, a noté l’importance de préparer, dès le début d’une crise, les grandes lignes de la consolidation de la paix.  Il a salué le fait que les opérations de maintien de la paix incluent déjà des éléments relatifs à la consolidation de la paix, appelant à une plus grande cohérence et à une coordination entre les actions des représentants spéciaux et celles des coordonnateurs pays.   

M. Lamek a salué les missions de terrain de la CCP, celles-ci, selon lui, faisant remonter à New York des éléments importants pour l’information du Conseil de sécurité.  Il a aussi plaidé pour des missions conjointes des deux organes.      

S’exprimant au nom du Président de l’Assemblée générale, Mme Marlene Moses (Nauru), la Vice-Présidente de cet organe, a insisté sur le renforcement du rôle de femmes dans les processus de paix et la nécessité de faire en sorte que le bien-être des peuples soit au cœur des actions visant à consolider la paix.  Elle a jugé essentiel que le prochain Secrétaire général puisse présenter ses propositions pour renforcer le rôle des Nations Unies en matière de consolidation de la paix.   

Tout comme le Vice-Secrétaire général, M. Kamau a salué l’adoption conjointe, par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité, le 27 avril dernier, d’une résolution identique portant sur l’« examen du dispositif de consolidation de la paix de l’Organisation des Nations Unies ».

Les deux orateurs se sont félicités de la « paix retrouvée » au Soudan du Sud et en Colombie, ce dernier pays vivant un moment historique avec la signature de l’accord de paix ce jour à La Havane, à Cuba, en présence du Secrétaire général de l’ONU, et entre les protagonistes d’un conflit qui a duré plus de cinquante ans.  

L’ancienne Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé, Mme Radhika Coomaraswamy, a affirmé que les guerres les plus dévastatrices avaient désormais lieu en Asie occidentale et en Asie du Sud, y compris encore, récemment, dans son propre pays, le Sri Lanka.

Elle a ainsi expliqué que le plus grand changement apparu après les grandes guerres d’Afrique des années 1990 est l’introduction de nouvelles technologies de guerre comme les drones et les programmes de surveillance étendue par le biais des « méga collectes de données » et des attaques personnelles contre les défenseurs des droits de l’homme à travers les médias ou les cyber attaques. 

Mme Coomaraswamy a affirmé que ces réalités étaient « désormais visibles en Asie », mais que l’ONU et le Conseil de sécurité restant « attachés à la vieille idée de la guerre », avaient une « conception surannée de la consolidation de la paix ».

Elle a appelé à des changements structurels drastiques afin de créer de nouvelles normes et de nouveaux paradigmes de la consolidation de la paix.  Elle a par ailleurs insisté sur le fait que la reddition de comptes, la vérité et la justice sociale étaient au cœur même des activités de consolidation de la paix.

Cette réunion avait lieu au moment de la célébration de la journée de la consolidation de la paix, et de la commémoration du dixième anniversaire de la première réunion de la Commission de consolidation.

Créée en 2005, la Commission de consolidation de la paix est un organe consultatif intergouvernemental de l’ONU qui appuie les efforts de paix dans les pays sortant d’un conflit.  

 

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