Conseil de sécurité: le Représentant spécial conjoint de la MINUAD appelle toutes les parties à rejoindre le processus de paix de Doha

27 Juillet 2010
CS/9994

Conseil de sécurité: le Représentant spécial conjoint de la MINUAD appelle toutes les parties à rejoindre le processus de paix de Doha

27/07/2010
Conseil de sécurité
CS/9994
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Conseil de sécurité

6365e séance – matin

CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL CONJOINT DE LA MINUAD APPELLE TOUTES LES PARTIES À REJOINDRE LE PROCESSUS DE PAIX DE DOHA

M. Ibrahim Gambari demande au Gouvernement soudanais de faciliter les activités humanitaires de la MINUAD et des ONG

Le Conseil de sécurité a entendu, ce matin, un exposé du Représentant spécial conjoint de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies pour le Darfour (MINUAD), M. Ibrahim Gambari, sur la situation au Darfour et les activités de la MINUAD depuis sa dernière intervention, le 14 juin 2010.

M. Gambari, qui s’appuyait sur lerapport du Secrétaire général sur la question, a évoqué les priorités du plan stratégique de la MINUAD, à savoir la recherche d’une solution politique complète, la stabilisation du Darfour, le renforcement de l’état de droit et l’amélioration de la situation humanitaire. 

« Les négociations entre le Gouvernement du Soudan et le Mouvement pour la libération et la justice (MLJ) progressent à Doha », a-t-il d’emblée indiqué, déplorant cependant l’absence de deux mouvements armés importants à ce processus, le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) et la faction Abdul Wahid.  M. Gambari a indiqué que, dans ce cadre, la MINUAD continuait de soutenir les efforts du Médiateur en chef conjoint Union africaine-ONU pour le Darfour, M. Djibril Yipènè Bassolé.  Il a ainsi fait savoir que la MINUAD préparait actuellement la tenue d’un dialogue politique interne largement inclusif à l’appui du processus de Doha.  « Ce dialogue permettra d’aborder les problèmes qui touchent directement les Darfouriens et qui sont à l’origine du conflit », a précisé M. Gambari, citant la marginalisation économique et politique, la terre, la réconciliation et la justice.  Il a ajouté que c’est à l’occasion de ce dialogue que les habitants du Darfour seront informés du contenu final des accords de paix conclus entre le Gouvernement et les mouvements armés. 

Après avoir assuré que la MINUAD –qui compte actuellement 88% de son personnel militaire, 70% des effectifs de police et 75% du personnel civil- était sur le point d’être entièrement déployée, M. Gambari s’est attardé sur la « situation en matière de sécurité critique qui prévaut au Darfour ».  « La situation sur place ne s’améliore pas », a-t-il constaté, précisant que les combats entre les forces gouvernementales et le Mouvement pour la justice et l’égalité continuaient d’être une source majeure d’insécurité dans plusieurs parties du Darfour.  Il a noté qu’en plus de ces combats, des confrontations opposant des communautés arabes semi-nomadiques, qui se disputent des terres le long des frontières sud et ouest du Darfour, avaient causé la mort de 134 personnes au cours du seul mois de juin. 

L’Envoyé spécial conjoint a souligné que c’était dans un tel contexte que se multiplient les attaques et les actes criminels contre l’ONU et le personnel humanitaire, le rapport du Secrétaire général rappelant qu’en 2009, les violences contre les Casques bleus avaient fait 10 morts et 26 blessés.  « Je réaffirme une fois encore devant ce Conseil que de telles attaques contre les soldats de la paix constituent un crime de guerre », a déclaré M. Gambari. 

M. Gambari a indiqué qu’il avait rencontré de hauts responsables du Gouvernement soudanais pour leur demander, « de nouveau », que toute la lumière soit faite sur ces incidents et que leurs auteurs soient traduits devant la justice.  « L’appui du Conseil de sécurité est vital pour inciter le Gouvernement à mettre fin à l’impunité », a-t-il insisté. 

Passant ensuite à la situation humanitaire au Darfour, M. Gambari a reconnu que la situation dans les zones affectées par les combats, en particulier le Sud-Darfour et l’est du Djebel Mara, demeurait « problématique ».  Il a notamment signalé que les organisations non gouvernementales (ONG) opérant dans le Djebel Mara s’étaient toutes retirées, ce qui a mis un frein à la fourniture de l’assistance humanitaire.  « Je réitère mon appel à toutes les parties de respecter le mandat de la MINUAD et d’autoriser le plein accès de celle-ci et de la communauté humanitaire aux populations touchées », a lancé l’Envoyé spécial conjoint.  Il a indiqué que dans l’intervalle, la MINUAD discutait avec les autorités soudanaises et les mouvements armés pour garantir l’accès humanitaire le plus large possible, y compris dans les coins les plus reculés du Darfour.  M. Gambari a aussi signalé qu’au cours de la période considérée, il avait continué de demander au Gouvernement soudanais l’autorisation de l’emploi d’hélicoptères tactiques afin de faciliter les activités de la MINUAD.  « Je sollicite le soutien du Conseil de sécurité à cet égard », a-t-il ajouté. 

M. Gambari a conclu son intervention en soulignant que l’Équipe de pays de l’ONU et la MINUAD avaient un rôle important à jouer pour aider le Gouvernement et les autorités locales à tirer profit de l’activité dans les poches de paix existantes.  « Toutefois, a-t-il insisté, nos efforts ne peuvent supplanter la responsabilité première que doit remplir le Gouvernement en matière de relèvement et de développement ».  Estimant que le Gouvernement du Soudan gagnerait à appréhender plus énergiquement les causes du conflit au Darfour en impliquant les communautés, M. Gambari a demandé au Conseil de sécurité de réitérer son appel à tous les mouvements armés à s’engager dans le processus de paix de Doha « afin qu’un accord soit trouvé avant la fin de l’année en cours ».

* S/2010/382

RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR L’OPÉRATION HYBRIDE UNION AFRICAINE-NATIONS UNIES AU DARFOUR (S/2010/382)

Ce rapport trimestriel, soumis en application de la résolution 1881 (2009) du Conseil de sécurité, porte sur les faits nouveaux survenus du 1er mai au 30 juin 2010 et sur les activités de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) au cours de la même période.  Le Secrétaire général y recommande au Conseil de renouveler le mandat de la Mission pour une année, soit jusqu’au 30 juin 2011.

Le Secrétaire général explique que la MINUAD, qui est maintenant sur le terrain depuis deux ans et demi, « doit continuer à élargir son action, qu’elle a commencée dans des conditions très difficiles d’insécurité », afin que l’« évolution positive » qu’il perçoit puisse se traduire en améliorations durables.  M. Ban ajoute cependant qu’il est essentiel, pour que les possibilités offertes par la Mission soient utilisées au mieux, que les « autorités soudanaises manifestent concrètement une volonté plus grande de créer des conditions plus favorables » à la Mission.  Il demande notamment au Gouvernement soudanais de poursuivre les auteurs présumés des attaques contre le personnel des Nations Unies, afin de les traduire en justice, et d’émettre ainsi un message clair soulignant que les attaques contre les soldats de la paix, qui constituent, rappelle-t-il, des crimes de guerre, ne seront pas tolérées.

M. Ban rappelle aussi que le déploiement de la mission de maintien de la paix « la plus vaste et la plus complexe que le Conseil ait autorisée jusqu’à présent », avec 17 300 militaires –88% des effectifs autorisés- et 2 648 policiers –70% des effectifs autorisés- déployés fin juin, a lieu « dans un environnement et un climat difficiles et dans une situation de conflit ouvert ».  Il précise que la composante militaire de la MINUAD fournit des escortes à des habitants du Darfour toujours plus nombreux et un soutien au personnel des institutions humanitaires pour l’acheminement de l’aide, et il insiste sur l’efficacité de sa fonction dissuasive.  Le Secrétaire général explique que la composante de police patrouille 24 heures sur 24 dans 18 camps de personnes déplacées et est présente dans beaucoup de villages vulnérables de l’ensemble du Darfour et qu’elle a noué des relations de travail avec les autorités locales pour renforcer leurs capacités à prévenir la criminalité tout en respectant les normes internationales.  Il rappelle en outre l’action de la composante civile de la MINUAD aux populations et aux institutions locales, notamment aux associations, à l’Autorité régionale de transition pour le Darfour, aux commissaires locaux, à l’administration autochtone et aux dirigeants communautaires.  L’Assemblée générale a ouvert, le 24 juin, un crédit d’un peu plus de 1 milliard et 808 millions de dollars aux fins du fonctionnement de la MINUAD du 1er juillet 2010 au 30 juin 2011.

Le Secrétaire général rappelle par ailleurs qu’il y a plus de six ans que la situation au Darfour est venue au premier plan dans l’ordre du jour du Conseil de sécurité, et affirme que ce conflit « demeure parmi les situations les plus complexes avec lesquelles la communauté internationale est aux prises ».  Il décrit les progrès vers le règlement de la crise au Darfour comme suivant, depuis plusieurs années, « un rythme fluctuant ».  Ainsi, en dépit des efforts de la médiation conjointe de l’Union africaine et des Nations Unies, les tentatives faites depuis l’Accord de paix sur le Darfour, conclu en 2006, pour obtenir le concours d’un plus grand nombre de parties à une paix négociée demeurent sans succès, du fait de la fragmentation des mouvements armés du Darfour et de la poursuite des opérations militaires.

M. Ban rappelle qu’il y a eu depuis le début de l’année « certains indices de progrès », qui sont cependant suivis d’« épisodes de recrudescence des hostilités ».  Il se félicite ainsi de la signature, le 15 janvier, du protocole sur la sécurité frontalière entre le Soudan et le Tchad, ainsi que des visites échangées par les deux chefs d’État, Omar Al-Bashir et Idriss Déby.  Il qualifie d’« avancée notable dans la vie politique du Soudan » les élections nationales d’avril 2010, qui se sont déroulées, assure-t-il, « dans un climat pour l’essentiel paisible » au Darfour.  Mais il note qu’une fois le scrutin passé, il y a eu une recrudescence des hostilités entre les forces gouvernementales et les troupes du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) en violation flagrante de l’engagement de cesser les hostilités qu’elles avaient signé en février, « ce qui a fait de mai le mois le plus meurtrier depuis la création de la MINUAD » en 2007.

Faisant état des « souffrances inouïes » imposées à la population par la poursuite des conflits tribaux, des déplacements de populations, de la criminalité et des violations des droits de l’homme, ainsi que des attaques contre la MINUAD, qui ont fait cinq morts au premier semestre, le Secrétaire général estime que cela « ne montre pas que l’on recherche la paix au Darfour de bonne foi avec sérieux ».

En particulier, M. Ban constate avec préoccupation le retrait du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) des conversations de paix de Doha, « ce qui compromet un règlement rapide et sans exclusive du conflit » et fait planer le risque d’un « retour de l’instabilité » au Soudan, alors même que le Sud-Soudan s’achemine vers un référendum sur son futur régime, prévu en 2011.  Le Secrétaire général demande donc une nouvelle fois au Gouvernement soudanais et au MJE de cesser immédiatement leurs affrontements militaires et de s’engager en faveur du processus de paix mené sous la direction du Médiateur en chef conjoint de l’Union africaine et des Nations Unies, M. Djibril Yipènè Bassolé.

M. Ban ajoute enfin que la médiation conjointe Union africaine-ONU ne peut réussir sans un soutien international cohérent.  Il renouvelle son appel aux États Membres qui exercent une influence sur les parties à les rencontrer et les encourager à se mettre d’accord sur un règlement politique définitif qui règle les griefs politiques et économiques légitimes des habitants du Darfour, dès que possible et avant le référendum dans le Sud-Soudan.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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