Conseil de sécurité: les chefs de département de l’ONU défendent une approche progressive en trois étapes pour la Somalie

13 mai 2009
CS/9658

Conseil de sécurité: les chefs de département de l’ONU défendent une approche progressive en trois étapes pour la Somalie

13/05/2009
Conseil de sécurité
CS/9658
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6124e séance – matin

CONSEIL DE SÉCURITÉ: LES CHEFS DE DÉPARTEMENT DE L’ONU DÉFENDENT UNE APPROCHE PROGRESSIVE EN TROIS ÉTAPES POUR LA SOMALIE

Le déploiement à ce stade d’une opération de maintien de la paix serait « à haut risque » et contre-productive, affirme le Secrétaire général dans son dernier rapport

La Somalie bénéficie aujourd’hui d’une « opportunité unique de stabilisation » et la meilleure forme d’aide que peut lui apporter la communauté internationale est décrite dans le plan en trois phases du Secrétaire général de l’ONU, ont affirmé, ce matin, devant le Conseil de sécurité et le Ministre des affaires étrangères du Gouvernement fédéral de transition de la Somalie, les Secrétaires généraux adjoints aux affaires politiques, aux opérations de maintien de la paix et à l’appui aux missions.  En revanche, ont-ils ajouté, le déploiement au stade actuel d’une opération de maintien de la paix serait « à haut risque » et « voué à l’échec ».

Le 16 janvier dernier, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1863 (2009) aux termes de laquelle il « entend établir une opération de maintien de la paix des Nations Unies en Somalie pour prendre la suite de la Mission de paix de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) sous réserve d’une nouvelle décision, d’ici au 1er juin 2009 ».

Comme le lui demandait le Conseil dans la même résolution, le Secrétaire général définit, dans un rapport spécial, la stratégie des Nations Unies en Somalie.  Il recommande une approche faisant se succéder trois phases caractérisées par une présence de plus en plus marquée de l’ONU sur le terrain.  Le passage entre les différentes étapes serait décidé par le Conseil sur la base d’évaluation des résultats accomplis et de la sécurité.  Le Conseil déciderait ainsi d’un appui à l’AMISOM, tout en aidant le Gouvernement fédéral de transition à réformer son secteur de la sécurité.  Il passerait ensuite à une « petite présence permanente à Mogadiscio » des membres du Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie (UNPOS) et du Bureau d’appui de l’ONU à l’AMISOM.  Il déciderait enfin du déploiement d’une opération de maintien de la paix. 

« Cette approche progressive est la bonne stratégie », a affirmé devant le Conseil Alain Le Roy, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.  Il a rappelé que le déploiement d’une opération de maintien de la paix suppose la satisfaction de certaines conditions préalables, dont l’existence d’un cessez-le-feu crédible, le consentement des principaux acteurs somaliens sur le terrain, ainsi que des engagements de la part des États Membres de fournir des Casques bleus et autres moyens militaires adaptés.  En l’absence de ces conditions, une opération de maintien de la paix serait une « option à haut risque vouée à l’échec », a ajouté M. Le Roy.

Or, « le Conseil de sécurité le sait bien », certains des principaux acteurs somaliens, ainsi que les dignitaires religieux et chefs de clans, sont très divisés sur la question d’une opération de maintien de la paix, a rappelé le Secrétaire général adjoint, pour qui le déploiement à ce stade d’une telle opération pourrait saper les efforts actuels de réconciliation politique.  En outre, sur 60 États Membres contactés par le Secrétariat, seuls quatre se sont pour l’instant dits prêts à fournir des troupes ou du matériel pour une opération en Somalie, a expliqué M. Le Roy. 

Son homologue aux affaires politiques, B. Lynn Pascoe, a estimé que la première phase du plan proposé entre parfaitement dans le cadre de la stratégie des Nations Unies pour le pays.  Il a rappelé que 213 millions de dollars ont été promis en faveur de la Somalie lors de la Conférence des donateurs tenue à la fin du mois d’avril à Bruxelles, qui doivent être répartis entre l’AMISOM et les activités visant le renforcement du secteur de sécurité somalien.  Au nom de l’Union européenne, le représentant de la République tchèque a rappelé que l’UE s’est engagée à verser 70 millions d’euros après avoir déjà fourni jusqu’ici 40 millions d’euros à l’AMISOM.

Les trois chefs de Département ont insisté sur la fragilité de la situation actuelle, marquée, le 9 mai, par une tentative de coup d’État perpétrée par l’opposition armée.  Présent aujourd’hui, le Ministre des affaires étrangères du Gouvernement fédéral de transition de la Somalie, Mohamed Abdullahi Omaar, a affirmé que son gouvernement est prêt à un cessez-le-feu sans autre condition que de pouvoir entrer en contact direct avec Cheikh Hassan Dahir Aweys, chef de l’opposition armée.  Malheureusement, a-t-il ajouté, depuis l’élection le 30 janvier du Président Sharif Cheikh Ahmed, nous n’avons pas reçu la moindre réponse de sa part. 

Voyant dans le rapport du Secrétaire général « la première occasion offerte à la Somalie et à la communauté internationale de jeter ensemble les bases de la paix et de la reconstruction d’un État de droit », M. Omaar a affirmé que son pays n’avait pas l’intention de la laisser passer.  En dernier ressort, la réalisation d’une paix durable en Somalie incombe en premier lieu aux Somaliens eux-mêmes, ont insisté les trois chefs de Département et le représentant de la République tchèque. 

À l’issue de ces exposés et déclarations, les membres du Conseil de sécurité, qui ne se sont pas exprimés, ont entamé des consultations officieuses. Une résolution du Conseil de sécurité sur la question est attendue avant le 30 mai.

LA SITUATION EN SOMALIE

Rapport spécial sur la Somalie présenté par le Secrétaire général en application de la résolution 1863 (2009) du Conseil de sécurité (S/2009/210)

Dans ce rapport spécial, le Secrétaire général fixe les objectifs stratégiques des Nations Unies pour la Somalie et présente des « options pour l’action internationale ».  Il recommande « une approche progressive » faisant se succéder trois des scénarios qu’il présente et considère en particulier comme «  à haut risque » le déploiement, au stade actuel, de l’opération de maintien de la paix qu’aux termes de la résolution 1863, le Conseil « entendétablir » « sous réserve d’une nouvelle décision » de sa part avant le 1er juin 2009.

Faisant le point sur l’évolution de la situation en Somalie depuis le 9 mars, date de son précédent rapport, le Secrétaire général estime que des avancées politiques réelles ont été faites et qu’il existe de vraies possibilités de paix.  « Difficilement gagnées », celles-ci méritent, selon M. Ban, « un appui réfléchi, généreux et soutenu » de la part de la communauté internationale.  Le Secrétaire général demande aussi de « garder à l’esprit les enseignements des expériences précédentes des Nations Unies en matière de maintien de la paix en Somalie » et de veiller à ce que l’Organisation « choisisse cette fois-ci le type d’engagement approprié ».

Pour présenter ses options, le Secrétaire général définit d’abord les objectifs clefs des Nations Unies en Somalie, qu’il regroupe en trois volets: politique, sécurité et relèvement.  Parallèlement, la satisfaction des besoins en matière de protection et de survie des quelque 3,2 millions de personnes ayant besoin d’une assistance d’urgence demeure pour le Secrétaire général « une priorité absolue ».

Il expose trois difficultés à une action internationale à savoir la fragmentation de la société somalienne, face à laquelle l’ONU doit veiller à être ouverte au plus grand nombre; la conciliation entre la « préservation de l’espace humanitaire » et une approche intégrée pour l’appui des Nations Unies au processus de paix; et enfin l’insécurité qui représente « le plus grave obstacle » à une action internationale.  En même temps, il estime que « les interventions classiques en matière de sécurité pourraient ne pas être indiquées, vu la nature complexe et asymétrique » des difficultés.  Il rappelle que l’introduction de forces internationales de sécurité en Somalie « demeure une question controversée et politisée susceptible d’aggraver le conflit ».  Dès lors, le défi le plus délicat pour l’ONU consiste à « concevoir des moyens d’engagement qui permettent de fournir efficacement les services voulus tout en assurant la protection du personnel des Nations Unies et en réduisant le risque de raviver les divisions entre Somaliens ou d’être attiré dans le conflit ».

M. Ban présente alors quatre options.  L’option A consiste à déployer une opération de maintien de la paix tout en jugeant qu’une telle opération « directement, à ce stade », serait une « option à haut risque » qui « pourrait susciter l’opposition d’éléments non négligeables de la société somalienne ».  L’option B est présentée comme « la poursuite de la stratégie définie dans la résolution 1863 » et « une démarche pragmatique ».  Elle consiste pour les Nations Unies à continuer de soutenir la Mission du l’Union africaine en Somalie (AMISOM), tout en aidant le Gouvernement fédéral de transition à réformer son secteur de la sécurité grâce à l’appui d’une cellule du Bureau des Nations Unies pour la Somalie (UNPOS) qui resterait installé à Nairobi.  M. Ban estime que ces activités, jointes aux initiatives de médiation et aux activités humanitaires et de relèvement de l’équipe de pays des Nations Unies et d’autres organisations humanitaires, « constituent en elles-mêmes une démarche crédible orientée vers la réalisation des objectifs stratégiques de l’ONU ».  Il présente en outre cette option comme « le prélude à une opération de maintien de la paix ».

L’option C, dite d’une « empreinte légère » de l’ONU en Somalie, reprend l’option B en y ajoutant « une petite présence permanente à Mogadiscio » de membres de l’UNPOS et du bureau d’appui de l’ONU à l’AMISOM.  Le Secrétaire général la présente comme une option souple limitée aux zones sous le contrôle de l’AMISOM qui pourrait être, en fonction de la situation, réduite ou au contraire étendue à d’autres régions.  Il la qualifie « d’option prudente » qui « maintient un équilibre entre les préoccupations sécuritaires et la nécessité d’une coopération plus étroite avec les acteurs somaliens à Mogadiscio ».

Le Secrétaire général présente enfin une option D pour le cas où il n’y aurait plus aucune présence sécuritaire internationale à Mogadiscio, notamment en cas de retrait de l’AMISOM, y compris dans l’hypothèse du « scénario catastrophe » où ce retrait serait provoqué par l’insécurité.  Le Secrétaire général estime que, dans ce cas, « la stratégie énoncée dans la résolution 1863 ne serait plus applicable » et qu’il faudrait demander de nouvelles directives au Conseil de sécurité.

Le Secrétaire général recommande une approche en trois phases, faisant se succéder, dans cet ordre, les options B, C et A.  Le passage d’une phase à une autre se ferait par décision du Conseil de sécurité sur la base d’évaluations, notamment en matière  de sécurité.  M. Ban qualifie cette approche de « prudente, soigneusement calibrée et flexible », qui permettrait aux Nations Unies de mettre en œuvre toutes les options au moment opportun.

Toutefois, rappelle M. Ban, son succès « suppose le maintien de l’appui des Nations Unies à l’AMISOM et un investissement des États Membres » dans le développement des institutions sécuritaires de la Somalie.  « Plus important encore, ajoute le Secrétaire général, il exige également le maintien de la coopération du Gouvernement somalien et « l’engagement total et exempt de toute exclusion » de ce dernier dans le processus de paix.  Le Secrétaire général estime par ailleurs que, malgré les « efforts de réconciliation réels et diversifiés » du Président somalien et du Gouvernement fédéral de transition, « il n’est guère probable qu’un processus incluant toutes les parties prenantes soit possible à court terme ».  Pour M. Ban, « il importe de ne pas laisser les « groupes minoritaires intransigeants » empêcher de nouveaux progrès.

Déclarations

M. B. LYNN PASCOE, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, a estimé que, malgré les violents combats des derniers jours, la Somalie a progressé depuis la dernière réunion que le Conseil de sécurité lui avait consacrée, le 20 mars.  Les Somaliens ont aujourd’hui devant eux leur meilleure chance depuis 20 ans de mettre fin à leurs souffrances et de construire un avenir meilleur, a-t-il ajouté.  Quant à la communauté internationale, elle a aujourd’hui une occasion unique de soutenir des dirigeants somaliens qui ont démontré leur engagement en faveur de la paix.  Il ne faut pas laisser passer cette occasion, a affirmé le Secrétaire général adjoint.

M. Pascoe a élaboré une stratégie politique qui consiste à importer le processus de paix en Somalie depuis Djibouti, à soutenir le Gouvernement fédéral de transition dans son dialogue avec l’opposition et dans sa recherche d’une « masse critique » en faveur du processus de paix, et à consolider les institutions du Gouvernement.  Il a rappelé les efforts entrepris dans ce cadre par les Nations Unies et notamment par leur Bureau pour la Somalie (UNPOS) et l’équipe de pays.  Ces efforts ont notamment abouti à la tenue à Bruxelles d’une Conférence des donateurs

Le Gouvernement est confronté à de nouveaux défis en matière de sécurité et doit pouvoir s’appuyer sur une force, a fait observer M. Pascoe.  Les efforts pour renforcer l’AMISOM et mettre en place des institutions de sécurité nationales somaliennes font partie de la stratégie des Nations Unies, a-t-il rappelé.  Leur succès permettra une augmentation spectaculaire dans la fourniture de l’aide humanitaire et les activités de relèvement et de développement, a-t-il affirmé. 

C’est en appui à cette stratégie politique et de maintien de la paix que le Secrétaire général a présenté dans son rapport spécial une approche en trois phases, a expliqué M. Pascoe.  Après avoir rappelé les trois phases en question, M. Pascoe a ajouté que c’est pour assurer le succès de la première d’entre elles à savoir, le renforcement des institutions somaliennes de sécurité et de l’AMISOM, qu’a été organisée la Conférence de Bruxelles.  Il faut maintenant verser rapidement, en liquidités ou en nature, les 213 millions de dollars promis, a-t-il ajouté, avant de rappeler qu’en fin de compte, une somme de 160 millions de dollars devrait aller à l’AMISOM qui joue un « rôle essentiel », et une autre somme de 66 millions de dollars au Gouvernement fédéral de transition.

M. Pascoe a également rappelé que le Gouvernement a fait l’objet, le 9 mai dernier, d’une tentative de coup d’État perpétré par Cheikh Dahir Aweys et des milices Al Shabaab, qui a fait de nombreuses victimes.  Il semble d’ailleurs que les combats aient repris aujourd’hui même, a-t-il ajouté.  M. Pascoe a par ailleurs noté que les forces qui ont tenté de renverser le régime utilisent un nombre croissant de combattants étrangers, ce que le porte-parole d’Al Shabaab a reconnu.  Si la situation est assez confuse, il semble que les forces du Gouvernement fédéral de transition aient constitué l’épine dorsale de la défense des institutions, a poursuivi M. Pascoe, qui y a vu un signe encourageant.  Il a également attribué la tentative de coup d’État aux succès obtenus par le Gouvernement dans sa recherche d’une masse critique en faveur du processus de paix.  Les éléments les plus radicaux se sentent menacés par ces succès, a estimé M. Pascoe.

Le Secrétaire général adjoint a jugé essentiel que l’aide arrive rapidement au Gouvernement pour que ce denier se renforce et soit en mesure de résister aux tentatives de déstabilisation, puis d’améliorer le sort de la population.  M. Pascoe a décrit ensuite certains des progrès, notamment en ce qui concerne la collecte des ressources nécessaires.

Un État vigoureux pourrait non seulement lutter à court terme contre la piraterie mais aussi, à long terme, contre les causes de cette activité qui risque progressivement de créer des économies locales criminelles, a estimé M. Pascoe, qui a rendu hommage aux pays qui contribuent aux forces maritimes internationales de contre la piraterie.  Il a rappelé que les forces navales font partie d’un ensemble plus vaste qui inclut une assistance aux communautés locales, la traque des flux de capitaux générés par la piraterie et les poursuites pénales contre les pirates et la création d’une force de garde-côtes.  Il s’est félicité de la création d’un Groupe de contact sur la piraterie au large de la Somalie.  Il a rappelé qu’à la suite d’une réunion du Groupe qui s’est tenue au Caire à la moitié du mois de mars, les Nations Unies ont été invitées à présenter en mai des initiatives de lutte contre la piraterie à partir de la terre.

Il est évident que la solution durable de la situation en Somalie doit être trouvée par les Somaliens aux mêmes, a déclaré M. Pascoe, qui a estimé que « le consensus en faveur de la paix s’enracine lentement » malgré les efforts bien financés de ceux qui s’y opposent.  La communauté internationale ne doit plus seulement analyser et discuter, mais fournir une aide concrète pour changer les choses et apporter la stabilité dans le pays, a conclu le Secrétaire général adjoint.

M. ALAIN LE ROY, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a présenté le rapport spécial du Secrétaire général en rappelant que les discussions d’aujourd’hui se tiennent dans un contexte sécuritaire très préoccupant à Mogadiscio.  Il est clair que nous nous trouvons à un moment décisif pour la Somalie et le Gouvernement fédéral de transition, a-t-il ajouté, y voyant là l’occasion pour la communauté internationale de tout mettre en œuvre pour éviter que les éléments extrémistes ne viennent obérer ce qu’il a qualifié d’« opportunité unique de stabilisation » du pays. 

Le processus de paix reste extrêmement fragile, a appelé M. Le Roy.  Les progrès effectués nécessitent l’appui de la communauté internationale, mais nous devons en même temps nous assurer que le rôle de cette dernière est accepté par les Somaliens et n’aggrave pas au contraire les tensions sur le terrain, a averti le Secrétaire général adjoint.

M. Le Roy a expliqué que le rapport du Secrétaire général prend note de la déclaration d’intention du Conseil de sécurité exprimée dans le paragraphe 4 de sa résolution 1863.  Il a rappelé que le Secrétaire général recommande une approche en trois phases progressives, marquée par une présence et un rôle croissants des Nations Unies et par un appui parallèle au processus de création d’un secteur de sécurité somalien.  M. Le Roy a ensuite rappelé les différentes phases, en insistant sur le fait qu’il s’agit là d’une stratégie souple tenant compte de la situation sur le terrain.  Durant ces trois phases, il faudra en outre disposer de plans permettant de garantir la poursuite de l’engagement politique et humanitaire des Nations Unies au profit de la Somalie pour le cas où la dégradation des conditions de sécurité rendrait impossible une présence internationale sur le territoire somalien.

Le Secrétaire général insiste dans son rapport sur le fait que le déploiement d’une opération de maintien de la paix suppose la satisfaction de certaines conditions préalables, a fait remarquer M. Le Roy.  Ces conditions incluent en particulier la mise en œuvre d’un cessez-le-feu crédible, le consentement des principaux acteurs somaliens sur le terrain, ainsi que des engagements de la part des États Membres de fournir des Casques bleus et autres moyens militaires adaptés.  En l’absence de ces conditions, une opération de maintien de la paix serait une option à haut risque vouée à l’échec, a ajouté le Secrétaire général adjoint.

Or, comme le Conseil de sécurité le sait bien, certains des principaux acteurs somaliens, ainsi que les dignitaires religieux et chefs de clans, sont très divisés sur la question d’une opération de maintien de la paix, a rappelé M. Le Roy.  Dès lors, a-t-il estimé, le déploiement à ce stade d’une telle opération pourrait saper les efforts actuels de réconciliation politique.  Il risquerait aussi d’entraîner des attaques contre les Casques bleus et provoquer l’entrée des Nations Unies dans le conflit.  Les leçons de l’expérience du maintien de la paix en Somalie ont été retenues, a ajouté M. Le Roy.  Il a rappelé en outre que son Département a contacté, en février dernier, 60 États Membres susceptibles de fournir des troupes ou matériel pour une opération en Somalie.  À ce stade, a-t-il fait remarquer, 14 États ont répondu, dont 10 par la négative.  Le 27 avril, le Bangladesh s’est dit prêt à apporter des éléments de forces aériennes et maritimes mais a demandé l’assistance des Nations Unies pour équiper ses contingents.  De même, l’Indonésie, le Pakistan et l’Uruguay ont fait des propositions, a précisé M. Le Roy.

La voie de la solution en Somalie est dans les mains des Somaliens eux-mêmes, a déclaré M. Le Roy.  La stratégie centrale mise en place par le Secrétaire général consiste à construire une force de sécurité et une police nationale somaliennes capables d’assurer la sécurité dans le pays, a-t-il rappelé.  Il a invité les membres du Conseil de sécurité à poursuivre leur appui au Gouvernement fédéral de transition.  Il a souhaité que ce dernier adopte rapidement un plan stratégique pour le développement des forces de sécurité nationales, ce qui permettait à ses partenaires de déterminer la nature de l’assistance requise.  Il a rappelé que les Nations Unies apportent leur expertise en ce domaine par le biais d’un comité mixte de sécurité.

Mme SUSANA MALCORRA, Secrétaire générale adjointe à l’appui aux missions, a rappelé que plus de 200 millions de dollars avaient été promis, ce qui devrait permettre de financer l’AMISOM et de soutenir les institutions somaliennes.  La situation sur le terrain montre que le processus de paix naissant est fragile, a-t-elle ajouté, soulignant la faiblesse de la marge de manœuvre des acteurs internationaux.  Elle a évoqué la sécurisation indispensable du port de Mogadiscio à court terme.  Quant à l’AMISOM, celle-ci doit recevoir tout l’équipement nécessaire, et l’Union africaine est en train de dresser une liste des besoins. 

Mme Malcorra a constaté une recrudescence des attaques dans la capitale somalienne, alors que l’AMISOM vient de recevoir, via Entebbe, en Ouganda, des équipements spécialisés, des camions et véhicules divers, ainsi que des médicaments.  À la suite de la fermeture de la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE), des équipements ont été redéployés au bénéfice de l’AMISOM, a-t-elle indiqué.

L’appui des Nations Unies à l’AMISOM demeure fondamental, a-t-elle souligné.  Une équipe onusienne a été déployée à Nairobi et d’autres accords d’assistance sont négociés avec les États Membres.  Des avions légers doivent être déployés à Nairobi ce mois-ci, afin d’offrir des capacités d’évacuation médicale en particulier, capacités dont l’AMISOM ne dispose pas à ce stade.  Une infrastructure minimale est actuellement mise en place à l’aéroport afin de pouvoir agir 24 heures sur 24 à Mogadiscio.

Nous sommes face à une situation exceptionnelle qui est de pouvoir appuyer ce processus, a-t-elle souligné.  L’enjeu principal étant le niveau d’appui minimal à apporter, ce qui nécessite une présence de l’ONU sur place, laquelle n’est pas possible à ce stade à cause de la situation sécuritaire.  En attendant, des dispositions transitoires sont prises, a-t-elle conclu.

M. MOHAMED ABDULLAHI OMAAR, Ministre des affaires étrangères du Gouvernement fédéral de transition de la Somalie, a remercié la communauté internationale pour le soutien apporté à son pays lors de la Conférence des donateurs, tenue à Bruxelles le 25 avril dernier.  Il a salué le rapport du Secrétaire général et a déclaré y voir la première occasion offerte à la Somalie et à la communauté internationale de jeter ensemble les bases de la paix et de la reconstruction d’un État de droit.

M. Omaar a ensuite décrit les événements survenus depuis le 7 mai dans son pays.  Il a affirmé que le Gouvernement est disposé à un cessez-le-feu et a ajouté n’avoir jamais laissé quiconque, même à l’extérieur du pays, à l’écart du processus de négociations.  Il a affirmé avoir cherché à contacter directement Cheikh Hassan Dahir Aweys, chef de l’opposition armée à l’origine de la tentative de coup d’État du 9 mai, pour mettre fin au bain de sang, sans conditions préalables.  Malheureusement, depuis l’élection le 30 janvier du Président Sharif Cheikh Ahmed, nous n’avons pas reçu la moindre réponse, a-t-il affirmé.  M. Omaar a en outre affirmé que l’adoption de la charia par son gouvernement n’était nullement une manifestation d’extrémisme.  Nous n’avons pas l’intention de laisser passer l’occasion qui nous est offerte aujourd’hui par la communauté internationale, a conclu M. Omaar.

M. PETR KAISER (République tchèque), au nom de l’Union européenne (UE) et d’un certain nombre d’autres pays, a exprimé l’accord de l’Union avec l’approche progressive du Secrétaire général compte tenu de la situation sécuritaire en Somalie.  La poursuite du soutien à l’AMISOM et le renforcement des institutions somaliennes sont la meilleure solution disponible, a-t-il souligné.  Il a noté que malgré des développements au niveau politique et le puissant élan politique créé par le processus de paix de Djibouti, la situation sécuritaire globale sur le terrain demeurait « extrêmement volatile ».  Dans ce contexte, l’UE se félicite des efforts persévérants du Président Sharif Cheikh Ahmed pour négocier avec les groupes qui demeurent opposés au processus de Djibouti.

La situation humanitaire demeure un grand sujet de préoccupation, en particulier le sort des déplacés internes, ainsi que l’augmentation spectaculaire des actes de piraterie maritime.  L’UE se félicite des engagements faits lors de la Conférence de Bruxelles visant à soutenir les institutions somaliennes chargées de la sécurité ainsi que l’AMISOM.  Il a rappelé que ces engagements atteignaient 164 millions d’euros, l’UE elle-même s’étant engagée à hauteur de 70 millions.  Ce chiffre témoigne de l’engagement fort de l’UE à œuvrer avec la communauté internationale dans son soutien au Gouvernement fédéral de transition, a-t-il souligné. 

L’UE estime que la création de forces de l’ordre somaliennes était vitale pour l’édification du pays.  Elle appelle la communauté internationale à accroître son soutien aux institutions somaliennes, tout en continuant d’agir pour régler le problème posé par la piraterie.  L’UE exprime sa gratitude à l’AMISOM pour sa contribution dans la stabilisation de la Somalie malgré un environnement difficile.  Elle soutient l’AMISOM dans l’entraînement des forces nationales de sécurité et de police somaliennes.  L’UE s’est engagée à hauteur de 40 millions d’euros pour soutenir l’AMISOM.  Par ailleurs, plus de 215 millions d’euros ont été promis, pour l’exercice 2008-2013, pour soutenir la bonne gouvernance, les droits de l’homme, et l’État de droit.

L’UE contribue aux efforts internationaux visant à faire cesser les actes de piraterie au large des côtes somaliennes et dans le golfe d’Aden.  Elle est disposée à poursuivre cet effort avec le déploiement de l’opération maritime Atalanta afin de protéger les bâtiments de l’ONU chargés d’apporter un soutien logistique à l’AMISOM ainsi que l’aide humanitaire, tout en assurant la surveillance et des patrouilles.  Dans le même temps, l’UE est consciente du fait qu’il est nécessaire de régler les causes de la piraterie par le développement économique et le plein rétablissement du droit en Somalie.

Enfin, si l’UE est disposée à poursuivre son effort, la Somalie doit aussi faire sa part, a-t-il souligné, la sécurité à long terme étant la condition de lancement du développement.  Les Vingt-Sept se félicitent de la déclaration du Président somalien selon laquelle « la question sécuritaire est l’une des plus hautes priorités de son gouvernement ».  Tout progrès significatif ne peut que reposer sur les Somaliens eux-mêmes, a conclu le représentant.

*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.