LE PRÉSIDENT DE L’OSCE INVITE LE CONSEIL DE SÉCURITÉ À FAIRE PLUS DANS LE DOMAINE DE LA COOPÉRATION AVEC LES ORGANISATIONS RÉGIONALES

7 mai 2004
CS/2676

LE PRÉSIDENT DE L’OSCE INVITE LE CONSEIL DE SÉCURITÉ À FAIRE PLUS DANS LE DOMAINE DE LA COOPÉRATION AVEC LES ORGANISATIONS RÉGIONALES

07/05/2004
Communiqué de presseCS/2676

Conseil de sécurité

4964e séance – matin

LE PRÉSIDENT DE L’OSCE INVITE LE CONSEIL DE SÉCURITÉ À FAIRE PLUS DANS

LE DOMAINE DE LA COOPÉRATION AVEC LES ORGANISATIONS RÉGIONALES

La coopération entre l’ONU et les organisations régionales a été au coeur d’une discussion que le Conseil de sécurité a tenue, ce matin, avec le Président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et Ministre des affaires étrangères de la Bulgarie, Solomon Passy, celui-ci a d’emblée affirmé que la priorité de la présidence bulgare est de resserrer les liens avec l’ONU, l’Union européenne et l’OTAN.  Il a fait valoir l’expérience d’une Organisation plus que trentenaire, qui depuis 1992, est fondée sur un accord régional qui vise à régler les affaires touchant au maintien de la paix et de la sécurité internationales, et qui, à ce titre, se prêtent à une action de caractère régional, conformément au Chapitre VIII de la Charte de l’ONU.  Le Ministre bulgare des affaires étrangères a présenté le rôle de l’OSCE dans ce domaine et ses 18 missions sur le terrain comme le principal instrument d’alerte rapide, de prévention des conflits, de gestion des crises et de réhabilitation après-conflit « de Vancouver à Vladivostok ».  S’adressant aux Nations Unies, en général, et au Conseil de sécurité en particulier, Solomon Passy a déclaré « Nous pouvons faire plus dans le domaine de la coopération ».

« Faire plus mais comment? », se sont interrogés par la suite quelques membres du Conseil de sécurité, en souhaitant en savoir davantage sur les modalités de cette coopération dans des situations telles que le Kosovo ou encore les « conflits gelés » comme la République de Moldova et la Géorgie.  Le Conseil doit nous encourager à nous acquitter de ce rôle, a estimé pour sa part le Président en exercice de l’OSCE, en ajoutant que l’OSCE s’engagera à répondre aux demandes qui lui seront faites.  Solomon Passy a également fait remarquer que l’OSCE est une organisation souvent plus difficile à gérer que le Conseil de sécurité puisque ce ne sont pas cinq, mais bien 55 pays qui sont dotés du droit de veto.  L’appui et la direction du Conseil de sécurité de l’ONU sont donc des éléments essentiels à toute action efficace, a-t-il dit, en préconisant que davantage d’attention soit accordée au Caucase et à l’Asie centrale alors que pour le moment, les Balkans monopolisent l’attention.  Prévenant que le temps n’est l’allié de personne, le Président de l’OSCE a proposé que le Conseil de sécurité mentionne dans ses résolutions le rôle que pourrait jouer son organisation.

Le Ministre bulgare des affaires étrangères a en outre profité de cette réunion pour attirer l’attention du Conseil sur le sort des six membres bulgares du corps médical qui, après avoir été accusés d’avoir inoculé le VIH à plusieurs centaines d’enfants libyens, ont été condamnés à mort hier par un tribunal libyen.  Rappelant que la Bulgarie s’était portée coauteur de la résolution relative à la levée des sanctions imposées à la Libye, il a invité le Conseil à aider ce pays à résoudre « cette pénible question humanitaire ».

EXPOSÉ DU PRÉSIDENT EN EXERCICE DE L’ORGANISATION POUR AL SÉCURITÉ ET LA COOPÉRATION EN EUROPE

Déclarations

M. SOLOMON PASSY, Ministre des affaires étrangères de la Bulgarie et Président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a rappelé que son pays a été membre permanent du Conseil en 2002 et 2003 avant d’assumer la présidence de l’OSCE.  Depuis 1992, l’OSCE est un accord régional en vertu du Chapitre du VIII de la Charte de l’ONU et la priorité de la présidence bulgare est de resserrer les liens avec l’ONU, l’Union européenne et l’OTAN, a d’emblée déclaré le Président en exercice.  Attirant l’attention du Conseil sur le rôle de l’OSCE dans le domaine du maintien de la paix, il a souligné qu’elle demeure le principal instrument d’alerte rapide, de prévention des conflits, de gestion des crises et de réhabilitation après-conflit dans la région.  Ses 18 missions sont une présence précieuse sur le terrain qui permet de prévenir les menaces à la sécurité, a-t-il encore dit.  Le Président a aussi attiré l’attention du Conseil sur les activités de l’OSCE en matière de lutte contre le terrorisme, en mettant l’accent sur la coopération avec le Comité pertinent des Nations Unies.

M. Passy a, dans ce cadre, fait part des efforts de l’OSCE en matière de lutte contre les armes légères.  Il a d’ailleurs brièvement présenté le Manuel de l’OSCE sur la propagation des armes légères avant de faire valoir l’expérience de l’Organisation dans la mise en place de polices efficaces.  Le but en la matière, a-t-il précisé, est de casser les liens entre la criminalité et les conflits.  La gestion de la sécurité des frontières est un autre domaine auquel l’OSCE accorde son attention, a-t-il poursuivi.  Le défi est de faciliter le voyage et le commerce en protégeant les droits de l’homme, en encourageant le contact humain et en assurant le niveau de sécurité conforme aux menaces des activités transfrontières.  L’OSCE accorde aussi une importance particulière à la lutte contre le trafic des êtres humains, a-t-il dit en annonçant la nomination prochaine du premier représentant spécial dans ce domaine.  En décembre dernier, a-t-il aussi annoncé, le Conseil des Ministres de l’OSCE a adopté une stratégie relative aux menaces économiques et écologiques à la sécurité et à la stabilité. 

La dimension humaine demeure au coeur des activités de l’OSCE, a-t-il souligné en mettant l’accent sur le rôle du représentant pour la liberté des médias.  La tolérance, la non-discrimination et l’intégration sont les thèmes clefs de l’Organisation.  Une conférence a été organisée sur l’antisémitisme à Berlin, a-t-il dit avant d’indiquer que l’OSCE applique également un plan d’action sur la situation des Roms et des Sinti dans la région.  En la matière, il a indiqué que le Haut Commissaire pour les minorités nationales continue de jouer un rôle discret.  Dans toutes ces activités, a-t-il souligné, l’OSCE coopère avec la coopération avec les institutions de l’ONU.  Parlant du Kosovo, il a salué la coopération avec la MINUK et la KFOR.  La mise en œuvre des normes avant le statut doit être strictement suivie, a-t-il dit en appelant les institutions provisoires du Kosovo à honorer leurs engagements.  La multiethnicité doit être reconstruite de façon urgente, a-t-il insisté en saluant la démarche « sage » suivie par Belgrade.

Passant à la situation en Géorgie, le Président de l’OSCE a appuyé les efforts de la Mission des Nations Unies, en assurant que son Organisation était disposée à contribuer à l’ouverture d’une branche du Bureau du Haut Commissaire aux droits de l’homme à Soukhoumi.  Quant à la crise politique en Géorgie, il a espéré que son issue permettra de résoudre les conflits.  Pour ce qui est de l’Arménie et l’Azerbaïdjan, il a souligné que l’OSCE ne peut faire de miracle.  Il a donc appelé les parties à faire preuve de courage pour réaliser la paix et la stabilité.  Concluant sur la situation en Afghanistan, le Président a fait valoir son expérience et la nécessité de travailler avec l’ONU pour promouvoir la sécurité régionale, la stabilité et la coopération.  L’OSCE est active dans un large éventail de domaines et a de bonnes relations de travail avec les Nations Unies.  Nous pouvons faire plus et l’OSCE continuera à travailler avec les acteurs principaux de la scène internationale, à savoir l’Union européenne, l’OTAN et les Nations Unies, a conclu M. Passy.

Entamant une série de questions et d’observations, M. JAMES CUNNINGHAM (Etats-Unis) s’est félicité des liens de coopération étroits entre les Nations Unies et l’OSCE.  Il s’est également félicité de la décision d’organiser une conférence internationale sur l’antisémitisme à Berlin et a demandé ce qui était envisagé pour lutter contre la criminalité transfrontalière.  Pour M. GUNTER PLEUGER (Allemagne), l’Organisation joue un rôle important dans sa zone d’activité pour ce qui est du règlement des conflits, de la gestion des crises et de la réhabilitation des sociétés après les conflits.  Il s’est demandé comment accroître la coopération avec les Nations Unies pour ce qui est de l’alerte rapide et la prévention des conflits, précisant que les organisations régionales ont une bonne connaissance des conflits qui frappent leur zone géographique.  Il a demandé quel domaine pourrait bénéficier d’une coopération plus intense. 

M. ALEXANDER KONUZIN (Fédération de Russie) a dit apprécier les activités conjointes de l’ONU et de l’OSCE au Tadjikistan, au Kosovo ou encore en Géorgie, ce qui a contribué au respect des droits de l’homme.  Il a demandé de préciser les mesures que la mission de l’OSCE au Kosovo a l’intention de prendre pour mettre un terme à la propagande raciste sur les chaînes de radio kosovares.  Tout en se félicitant des réalisations de la présidence de  l’OCDE par la Bulgarie, M. IOAN MOTOC (Roumanie) a mis en avant les avantages à tirer de la coopération entre l’ONU et une organisation régionale, notamment dans le cadre des processus de stabilisation des conflits.  Il a demandé davantage d’informations sur les conflits, dit « gelés » en Moldova et en Géorgie. 

M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France) a relevé qu’au moment où le Conseil de sécurité et les Nations Unies sont amenés à résoudre des conflits régionaux, une coopération de plus en plus étroite entre les Nations Unies et les organisations régionales s’imposent.  Il s’est interrogé sur les  actions nécessaires pour renforcer la coopération entre l’ONU et l’OSCE.  Le Représentant permanent du Pakistan, qui assume également la présidence du Conseil, M. MUNIR AKRAM, s’est demandé comment l’OSCE avait l’intention de donner suite aux propositions visant à trouver une solution au conflit dans le Haut Karabakh.

Répondant à cette série de questions, M. PASSY a indiqué que l’OSCE avait une longue expérience en matière de lutte contre le trafic transfrontalier.  Avec suffisamment de ressources, on pourrait faire davantage.  Il est temps de réfléchir à la possibilité d’accorder une plus grande attention au Caucase et à l’Asie centrale alors que pour le moment, les Balkans monopolisent toute l’attention.  En matière d’alerte rapide, il a expliqué que la priorité en Asie centrale et dans le Caucase est de relancer un dialogue brisé.  Il faut ramener ces pays à la table des négociations afin d’aborder les problèmes liés à la démocratisation, au terrorisme et aux tensions internes.  Nous proposons par ailleurs que, dans ses résolutions, le Conseil mentionne le rôle que pourrait jouer l’OSCE.  Sur la question de l’Iraq, il a attiré l’attention sur la possibilité d’appeler d’autres organisations comme la Ligue des Etats arabes et l’Organisation de la Conférence islamique à prendre part aux discussions. 

Les évènements au Kosovo sont préoccupants, a déclaré M. Passy.  Après les violences ethniques, le Secrétaire général de l’OTAN et moi-même nous sommes rendus ensemble dans la région.  Au sujet de la République de Moldova, il a précisé que l’OSCE n’a ménagé aucun effort pour relancer le dialogue mais qu’elle ne peut pas faire plus que ce que sont disposées à faire les parties concernées.  Un rapport sur la liberté et le rôle des médias au Kosovo vient d’être achevé par l’Organisation, a–t-il ajouté.  Répondant au représentant de la France, il a précisé que l’OSCE attendait davantage d’encouragements et de soutien de la part du Conseil de sécurité.  Pour ce qui est du Haut Karabakh, la question centrale est d’encourager les parties à se parler.  Le temps n’est l’allié de personne, a-t-il rappelé.  Plus nous reportons une solution, plus il sera difficile de prendre une décision.  En sa qualité de Ministre des affaires étrangères de la Bulgarie, M. Passy a attiré l’attention du Conseil sur la condamnation à mort de cinq Bulgares détenus en Libye.  Rappelant que son pays s’était porté coauteur de la résolution sur la levée des sanctions à l’encontre de la Libye, il a demandé au Conseil de sécurité d’aider ce pays pour régler cette pénible question humanitaire.

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