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La belle époque ... ou la fin d'une époque?
IL SERAIT ILLUSOIRE DE DIRE QUE L'ONU A SON AVENIR ENTRE LES MAINS


Par David E. Birenbaum

Le XXIe siècle marquera l'apogée des Nations Unies ou leur disparition. L'alternative est aussi dramatique que cela.

Jamais la nécessité d'une Organisation efficace n'est apparue aussi clairement depuis qu'elle a été fondée à la suite de la guerre la plus sanglante du siècle. Des conflits éclatent aux quatre coins du globe, du Kosovo au Timor oriental. L'économie est devenue mondiale et la souveraineté est prise d'assaut. La démocratie et la décentralisation - alliés naturels - ont le vent en poupe. Et il est impossible à n'importe quel Etat, fût-il le plus autonome de tous, de veiller seul à ses intérêts.

Mais la foi dans le rêve des Nations Unies s'estompe dans l'Etat Membre le plus influent de tous - les Etats-Unis - non pas à cause d'un désaccord fondamental de politique mais parce que les Nations Unies ne semblent pas avoir assez d'importance. Si l'intérêt des Etats-Unis faiblit, l'Organisation va s'égarer et disparaître, comme le fit en son temps la Société des Nations.

Que faut-il donc faire ? Comment les Nations Unies peuvent-elles réaliser leur immense promesse et retrouver ce rôle pour lequel elles ont été créées ? En bref, il faut qu'elles réussissent leur mission au Kosovo et au Timor oriental. Rien n'importe davantage. Et rien ne sera plus difficile.

En ce qui concerne les questions institutionnelles, il est essentiel pour la revitalisation de l'ONU qu'elle concentre ses activités sur ses missions fondamentales, qu'elle les mène avec succès, et que les nombreux publics des Nations Unies soient conscients de ce qu'elle fait. Ces missions doivent être importantes, elles doivent s'appuyer sur ce qui fait la force unique de l'Organisation - son universalité et l'immense autorité morale dont jouissent ses dirigeants - et elles doivent rester dans le cadre des moyens (institutionnels, politiques financiers) dont dispose l'ONU.

Pour ma part, j'identifie cinq missions de suprême importance : paix et sécurité internationales; bonne gestion de l'administration publique (démocratie, primauté du droit et droits de l'homme); secours humanitaires; établissement de normes internationales régissant les rapports commerciaux et politiques; et développement durable.

Chacune de ces missions s'appuie fermement sur la légitimité unique des Nations Unies, organisation universelle. Chacune profite de l'avantage des Nations Unies sur les autres acteurs nationaux et multilatéraux. Et toutes doivent répondre à des besoins énormes et grandissants. Voici quelques-unes des initiatives qui répondent à ces critères.

  • Une force de maintien de la paix d'intervention rapide composée uniquement de volontaires n'est pas une idée nouvelle. Mais le XXIe siècle pourrait présenter de nouvelles possibilités pour la mettre en ¤uvre. La prolifération des conflits, qui ne touchent à l'intérêt vital d'aucune des principales puissances, finira par obliger à trouver une solution différente de l'alternative actuelle : absence d'intervention ou intervention, en cavalier seul ou avec d'autres, menée de manière à diminuer les risques de subir des pertes humaines mais qui fait que cette intervention survient après et non pas avant la catastrophe humanitaire. Dans la pratique actuelle, une intervention n'est acceptable que si les risques de subir des pertes humaines sont minimes. La véritable réponse consiste à créer un corps de maintien de la paix composé uniquement de volontaires provenant des armées de chacun des Etats Membres des Nations Unies intéressés par cette initiative. Cela signifierait que les éventuels participants, soldats américains inclus, auraient le choix : ils pourraient choisir de faire partie de ce corps d'armée ou de s'en abstenir. Comme maintenant, cette force n'interviendrait que sur l'ordre du Conseil de sécurité. Une formation commune, une doctrine partagée et des dispositions arrangées à l'avance rendraient la force bien plus efficace qu'auparavant.
  • Le recours à l'intervention devrait être précédé par une nouvelle diplomatie préventive de diversité. Il faut mettre au point des arrangements politiques soigneusement conçus pour équilibrer les intérêts divergents et les peurs réciproques des groupes ethniques. Prenons un exemple. Si la communauté internationale avait refusé de reconnaître en tant qu'Etats les républiques de la Yougoslavie tant que l'on n'aurait pas trouvé une réponse satisfaisante aux inquiétudes des communautés ethniques minoritaires de Croatie et de Bosnie, n'aurait-on pas pu éviter les massacres qui s'y sont produits ? Cette diplomatie préventive, appuyée par la communauté internationale, entraînerait la création d'un corps diplomatique capable d'intervenir rapidement et formé aux techniques de médiation et de réconciliation dans les conflits ethniques.
  • Le ronronnement continu de l'économie mondiale crée un nouveau rôle pour les Nations Unies et leur donne l'occasion d'aborder quelques-unes des causes les plus profondes d'instabilité. Il est maintenant clair, cela est incontestable, que le changement est incessant et que les sociétés incapables de s'adapter se grippent. De plus, accepter les changements, cela requiert des institutions démocratiques. En bref, la démocratie politique et les politiques nécessaires au succès économique coĽncident. De même que la technologie pousse à l'individualisation et loin de l'étatisme, les impératifs de l'économie mondiale nous poussent vers la démocratie et la primauté du droit. Il est peu probable que les pays en développement pris dans ces tumultes acceptent l'aide bilatérale d'autres Etats sur des questions politiques aussi délicates. Organisation universelle, les Nations Unies sont dans une position unique pour vaincre cette résistance. Cela demande un effort particulièrement ciblé pour aider ces pays à bâtir l'infrastructure souple des institutions démocratiques et de la culture qui les soutient - primauté du droit, protection des droits de l'homme, bonne gestion de l'administration publique, et création de filets de protection sociale pour aider ceux qui feront les frais de ces changements.
  • Dans la même optique, les Nations Unies doivent identifier et diffuser les meilleures pratiques en termes de développement - ce qui marche et ce qui ne marche pas et pourquoi. Une fois encore, cela permettrait de profiter de l'avantage qu'offrent les Nations Unies, organisation internationale universelle prépondérante. Des conférences placées sous l'égide des Nations Unies offriraient un lieu de rencontre particulièrement bien adopté pour évaluer et diffuser l'exemple de ces meilleures pratiques.
  • Pour susciter l'intérêt du public et le maintenir, les Nations Unies doivent créer une nouvelle culture du résultat. Le Secrétaire général Kofi Annan a demandé que les Nations Unies "deviennent une organisation axée sur les résultats". Cela veut dire que les budgets doivent être élaborés en fonction des résultats escomptés, que l'on prévoit les résultats des programmes décidés, que l'on mesure les performances réalisées et que l'on présente les résultats obtenus. La transparence, la responsabilité et les résultats doivent ainsi devenir des mots-clés du vocabulaire des Nations Unies du XXIe siècle.
Il serait illusoire de suggérer que l'ONU a son avenir entre les mains. La réalité, bien sûr, c'est qu'elle ne pourra réussir que si les Etats Membres, et en particulier les Etats-Unis, le souhaitent. Ce que les Nations Unies peuvent faire, c'est se présenter sous leur meilleur jour en montrant ce qu'une ONU qui fonctionne bien peut accomplir. A l'orée d'un siècle et d'un millénaire nouveaux, une nouvelle occasion de le faire se profile.


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David E. Birenbaum fut le délégué des Etats-Unis auprès du groupe des Nations Unies pour la gestion et la réforme, 1994-1996. Il est également associé de la firme juridique Fried, Frank, Harris, Schriver and Jacobson, Washington, D.C. (Etats-Unis).



"Le ronronnement continu de l'économie mondiale crée un nouveau rôle pour les Nations Unies et leur donne l'occasion d'aborder quelques-unes des causes les plus profondes d'instabilité. Il est maintenant clair, cela est incontestable, que le changement est incessant et que les sociétés incapables de s'adapter se grippent. De plus, accepter les changements, cela requiert des institutions démocratiques. En bref, la démocratie politique et les politiques nécessaires au succès économique coĽncident."


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