ALLOCUTION
De
S.E.M. Marcel Ranjeva
Ministre des Affaires
Étrangères
Monsieur
le Président,
C'est avec un très grand honneur
que je prends
la parole aujourd'hui devant
cet auguste aréopage. Je voudrais
commencer mes propos en m'associant
aux précédents orateurs
qui ont félicité l'ensemble des membres du Bureau de cette conférence pour leur brillante élection. Je voudrais aussi, au nom de la Délégation
malgache que je conduis,
remercier les organisateurs pour la qualité des documents qui sont
mis à notre disposition.
Je ne saurais
enfin oublier de remercier les Autorités mexicaines pour l'hospitalité dont nous avons fait
l'objet depuis notre arrivée, ainsi que pour toutes les commodités qui ont été
mises à notre disposition.
La Délégation
malgache se félicite de l'issue
heureuse de longues et
âpres négociations ayant permis à la 58ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies d'adopter un texte équilibré qui reflète les points de vue des uns et des autres.
Cet- évènement revêt pour Madagascar une importance toute particulière à plusieurs égards. L'ampleur et la gravité
des problèmes engendrés
par la corruption mettent
en effet en péril la stabilité et la sécurité de bien
des pays, sapent les valeurs démocratiques et civiques et compromettent le développement social, économique
et politique. La corruption
a un coût économique et
social élevé, elle affecte
la bonne gestion des affaires publiques, le développement
économique et fausse les
conditions de la concurrence. Conscient die cet
enjeu, le Gouvernement
malgache a adopté un Code de conduite
basé sur les principes de respect
de la démocratie, de la bonne
gouvernance des affaires
de l'État, et de la restauration
de l'État de droit. Pour nous, on ne saurait
parvenir à un développement durable sans le
respect de tous les droits
économiques, sociaux et culturels. La corruption étant une violation desdits droits, la lutte contre la corruption devient un moyen essentiel et incontournable dans la lutte contre la pauvreté.
C'est vous dire que la lutte contre la corruption est au coeur
des préoccupations du
Gouvernement malgache.
Aussi,
exprimons-nous aujourd'hui
devant cette Assemblée
notre ferme engagement
à accorder à cette
lutte une haute priorité.
La volonté
politique du Gouvernement malgache se traduit
en premier lieu par la mise en place du Conseil Supérieur
de Lutte Contre la Corruption,
un organisme rattaché
directement à la Présidence de la
République.
Les actions
du Conseil tendent vers la protection des biens publics et collectifs, la transparence, l'établissementrd=
üt-climat de confiance
pour promouvoir l'investissement privé et la justice
dans la distribution des
services publics. Son but est de réduire
sensiblement la corruption
à Madagascar. Ainsi, la mission
du Conseil est basée sur quatre
axes principaux:
-définir une stratégie nationale de lutte contre la corruption,
- mettre en place l'Agence de Lutte Contre la Corruption,
- mener des réformes
législatives pour un système judiciaire indépendant et efficace,
- et enfin mettre en place un Pacte d'intégrité et des règles d'éthique.
En matière
de stratégie, nous savons tous que le phénomène de corruption ne peut être
jugulé par la seule répression. Aussi, les principes généraux qui guident la mise en oeuvre de la stratégie de lutte contre la corruption à Madagascar
ont-ils été axés sur une politique de prévention, d'éducation, de conditionnalités, d'incitation et de sanction ou PRÉCIS.
Cette démarche nous a permis d'apporter les corrections
nécessaires pour que disparaissent progressivement du système les opportunités de corruption.
Des résultats
palpables ont été notés, si l'on se refère au rapport
de Transparency International.
Celui-ci fait en effet état
d'une amélioration de
1' indice de la perception de la corruption à Madagascar: de 1,7 point
en 2002, la Grande île est
passée à 2,3 cette année, se plaçant ainsi au 88ème rang.
Force
est de constater
toutefois que beaucoup
reste à faire, notamment sur le plan du droit. En effet, le Code pénal malgache punit déjà de peines sévères l'infraction de corruption et les infractions assimilées telles que la concussion, le trafic d'influence, etc... Mais d'autres infractions
échappent encore à notre arsenal juridique. Des réformes de modernisation sont actuellement en chantier pour permettre
à notre législation d'appréhender les diverses facettes de ce phénomène rendu encore plus complexe par la mondialisation et
le développement rapide
des technologies et des moyens
de communication. Plus
particulièrement, la corruption
entretient des liens étroits avec d'autres
activités criminelles
transnationales tels que les trafics de drogue, d'armes, le blanchiment d'argent, le terrorisme international. Les nouveaux dispositifs juridiques et réglementaires que
le Gouvernement malgache entend
adopter seront donc d'une portée
très large et couvrira entre autres des domaines aussi variés que le blanchiment d'argent, la lutte contre la corruption proprement dite et la
protection des dénonciateurs.
Aussi, pour compléter
les réformes précitées,
le Gouvernement malgache compte-t-il enclencher, dès la prochaine session parlementaire, la procédure de ratification des trois instruments juridiques ci-après:
-la Convention
de l'Union Africaine sur
la lutte contre la corruption
adoptée à Maputo en juillet 2003 ;
-la Convention
sur la criminalité transnationale
organisée ainsi que ses deux Protocoles ;
-la Convention
des Nations Unies contre
la corruption, objet de
la présente conférence.
Monsieur le Président,
La complexité
du phénomène de la corruption et, surtout, son caractère transnational suggère le renforcement de la coopération internationale pour prévenir et lutter efficacement contre ce fléau, tant au
niveau bilatéral que régional et multilatéral. D'autant que les pays en développement disposent de moyens très limités
pour y faire face. La
lutte contre la corruption passe directement par un échange d'informations fiables et
précises, et une entraide
judiciaire entre les États. C'est par l'expérience commune que l'efficacité de la lutte peut être
consolidée.
Animé d'une
ferme volonté dans son combat contre le grand fléau qu'est
la corruption, Madagascar est
venu en forte délégation pour marquer la signature, ici à Mérida, de cette importante
Convention des Nations
Unies.
Soyez assurés que Madagascar reste
disposé à apporter sa modeste contribution,
en développant une étroite
collaboration avec* tes autres pays.
Je
vous remercie.