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LA REPUBLIQUE DU CONGO
INTERVENTION DE DEVANT LA 58e SESSION ORDINAIRE NEW YORK, LE 2 OCTOBRE 2003 Monsieur le Président,
C'est dire, Monsieur le Président, que la présente session se tient dans un contexte particulièrement préoccupant. Une telle évolution est dangereuse pour la gestion des affaires internationales qui doit être empreinte d'un esprit de dialogue, de concertation et d'ouverture. Il nous faut donc revenir à l'esprit du multilatéralisme
qui a caractérisé le Sommet du Millénaire. Il nous
faut réaffirmer, haut et fort, le rôle des Nations Unies
en tant que pôle central de la sécurité collective
et inspirateur des règles d'une coopération internationale
visant la justice et l'égalité. C'est pourquoi il importe de renforcer le rôle, de notre organisation, d'améliorer son efficacité. Le Secrétaire Général, Monsieur Kofi ANNAN, vient à cet égard de nous présenter un rapport très édifiant. Nous l'encourageons vivement à persévérer dans la voie de la réforme, de la rationalisation et aussi de l'ancrage du système multilatéral au coeur de la gestion des crises et du leadership dans le monde. Je voudrais dire, Monsieur le Président, que votre
élection à la présidence de la présente session
constitue pour nous un atout important ; elle symbolise l'égalité
souveraine de tous les États, grands et petits, et elle constitue
un hommage à vos qualités humaines et à votre expérience
diplomatique. Nous sommes convaincus que vous saurez conduire nos travaux
avec dextérité pour que le débat sur le multilatéralisme
aboutisse à des résultats satisfaisants, à la hauteur
des attentes de la communauté des Nations. LA PAIX AU MOYEN ORIENT Monsieur le Président, Cette année, une fois de plus, les défis liés à la paix et la sécurité internationales se trouvent au centre de nos préoccupations majeures. Chacun a en tête l'attaque perpétrée le 19 août 2003 contre le bureau des Nations Unies à Bagdad. La mort du Représentant Spécial du Secrétaire Général, Monsieur Sergio Viera de Mello, et de plusieurs serviteurs dévoués des Nations Unies, est en effet encore présente dans nos mémoires. En rendant hommage à leur courage et à leur dévouement, nous devons tout faire pour que ce sacrifice ne demeure pas vain et que triomphe la cause qu'ils ont su servir héroïquement, dans l'intérêt du peuple irakien et des nobles idéaux de l'ONU. Voilà pourquoi nous devons encourager le Conseil de sécurité à retrouver son indispensable unité pour permettre à la communauté internationale, sous l'autorité morale des Nations Unies, d'aider le peuple irakien à retrouver la paix, la sécurité, la stabilité et à reconstruire son pays dévasté par la guerre et de longues années d'embargo. Non loin de l'Irak, la communauté internationale est -j'allais dire toujoursconfrontée au conflit israélo-palestinien. C'est le lieu de dire que le cycle infernal de la violence ne peut aboutir qu'à une impasse. Les deux parties doivent s'en rendre compte immédiatement, et revenir à la vision tracée par la feuille de route qui prévoit la création d'un Etat palestinien indépendant, démocratique et viable, vivant côte à côte avec Israël et ses autres voisins dans la paix et la sécurité. Le Conseil de sécurité a approuvé cette vision par sa résolution 1397 (2002). Les deux parties se sont engagées à respecter la feuille de route à l'issue du Sommet d'Aqaba (Jordanie) le 4 juin 2003: il faut à présent les ramener sans conditions à la table de négociations, et leur exiger de s'abstenir de toute mesure ou action unilatérale incompatible avec les objectifs de la feuille de route. Toujours au chapitre de la paix et de la sécurité, il me paraît nécessaire et primordial de souligner que nous devons nous garder de tout amalgame entre terrorisme, religion, civilisation, appartenance à une aire géographique ou lutte de libération nationale. Autant nous devons rester fermes, exigeants et unis face à des actes aveugles que rien ne saurait justifier, autant nous devons demeurer vigilants pour ne pas céder à la tentation de la facilité. Dans notre farouche combat contre le terrorisme, il est
important de veiller à donner des réponses appropriées
aux questions de souveraineté des peuples, de respect des droits
de l'homme, de justice sociale, de lutte contre la pauvreté. Il
nous faut nous pencher sérieusement sur les causes pouvant servir
de terreau ou de prétexte au terrorisme. C'est cela aussi la prévention
des conflits et, à certains égards, la prévention
du terrorisme. RELANCE DES INITIATIVES DE DESARMEMENT Monsieur le Président, Nous célébrons cette année le 25e anniversaire de la 1è' Session extraordinaire de l'Assemblée Générale consacrée au désarmement. A cet égard, il est regrettable de constater que depuis la fin de la guerre froide, peu de progrès ont été accomplis, et l'impasse dans laquelle se trouve aujourd'hui la conférence du désarmement traduit tragiquement cette défaillance. A l'heure où la communauté internationale
se préoccupe à juste titre des armes de destruction massive
qui pourraient tomber aux mains des terroristes, il importe de rappeler
à tous les acteurs qu'ils doivent souscrire aux accords multilatéraux
et les respecter scrupuleusement. C'est dans ce cadre du désarmement que nous avons salué la tenue à New York, en juillet dernier, de la première réunion biennale des États pour l'examen du Programme d'action sur les armes légères. Mon pays, qui a abrité à Brazzaville, du
12 au 14 mai 2003, le séminaire sous-régional sur la mise
en oeuvre en Afrique centrale du Programme d'action des Nations Unies
en vue de prévenir, combattre et éliminer le En application de la Convention d'OTTAWA, le Congo vient
de procéder, les 9 et 10 septembre derniers, à la destruction
de son stock de mines antipersonnel. Ainsi, au cours de deux opérations
publiques qui ont reçu le soutien du Canada et des Nations Unies,
le Gouvernement congolais a détruit quelque 5220 mines. Nous entendons
par ailleurs procéder à une opération de recherche
des mines antipersonnel dans une zone au Sud du pays, frontalière
de l'Angola et de la République Démocratique du Congo. Il
s'agit là d'une illustration de la coopération qui existe
entre les pays de l'Afrique centrale sur les questions de paix et de sécurité... L'AFRIQUE A L'HEURE DU NEPAD Monsieur le Président, L'Afrique est aujourd'hui considérée comme le lieu où se concentrent les défis auxquels l'humanité se trouve confrontée, en particulier dans les domaines des conflits armés, du sous-développement et de la prolifération des pandémies. Mais l'Afrique n'a pas que cela à offrir au reste du monde. Diverses initiatives courageuses attestent aujourd'hui de la volonté de l'Afrique de prendre son destin en mains : l'adoption du NEPAD, le Mécanisme d'Evaluation par les Pairs, le Conseil de Paix et de Sécurité. Le Sommet de l'Union Africaine qui vient de se tenir à Maputo (Mozambique) témoigne éloquemment de cet état d'esprit. Ma délégation s'associe ici à la déclaration faite le 24 septembre dernier par SEM Joaquim Alberto Chissano, Président de la République du Mozambique, au nom de l'Union africaine. Le Président en exercice a pleinement édifié la communauté internationale sur la volonté du continent africain de surmonter les obstacles actuels pour bâtir la nouvelle Afrique, dans les domaines de la paix et de la sécurité, de la démocratie, des droits de l'homme, du développement économique, de l'intégration régionale. C'est justement dans cet esprit que SEM Denis SASSOU-NGUESSO, Président de la République du Congo, a présenté sa réflexion « Pour un Pacte panafricain contre l'agression » au Sommet de Maputo : une contribution à la diplomatie préventive, qui aiderait à épargner les peuples africains des horreurs des luttes fratricides et leur permettrait de se consacrer exclusivement°, et utilement aux tâches de développement ; un code de bonne conduite entre États africains, qui vient opportunément en appui au cadre tracé par le Conseil de paix et de sécurité de l'Union Africaine. C'est en ayant à coeur ces préoccupations
que mon pays, qui exerce à l'heure actuelle la présidence
en exercice de la Communauté Economique des États de l'Afrique
Centrale (CEEAC) et de la Communauté Economique et Monétaire
de l'Afrique Centrale (CEMAC), accomplit ses mandats dans la gestion des
différentes crises qui secouent notre sousrégion. L'AFRIQUE CENTRALE SUR LE CHEMIN DE LA PAIX Monsieur le Président, Nous avons déjà eu l'occasion de le déplorer : l'Afrique Centrale souffre du paradoxe d'être à la fois l'une des sous-régions les plus riches du continent tout en étant l'une des zones les plus faibles en termes d'indices de développement humain. Toutes les initiatives actuelles des dirigeants de la sous-région sont tournées vers la résolution de ce paradoxe. Ainsi, au cours des 12 mois écoulés, des progrès significatifs ont été enregistrés dans les différents pays qui ont connu ou connaissent des crises armées : Angola, Rwanda, RDC, Congo, RCA, Burundi, Tchad. Dans la recherche des solutions à ces crises, nous
avons compté sur la coopération de divers partenaires, notamment
les Nations Unies et l'Union Africaine. Vous me permettrez brièvement de passer en revue
certaines de ces situations qui requièrent une attention particulière
de la communauté internationale.
Monsieur le Président, Les situations que je viens d'évoquer nous renvoient
aux conclusions pertinentes de la séance publique du Conseil de
sécurité en date du 22 octobre 2002 consacrée au
«renforcement de la coopération entre l'Afrique centrale
et le système des Nations Unies en matière de maintien de
la paix et de la sécurité». A cette occasion, nous avions apprécié la
coopération entre notre sous région et les Nations Unies,
en nous félicitant, entre autres, du fonctionnement du Comité
Consultatif Permanent des Nations Unies sur les Questions de sécurité
en Afrique centrale. Nous avions' salué le Programme multipays
de démobilisation et de réinsertion proposé par la
Banque Mondiale. Depuis, nous avons accueilli, en juin 2003, la visite
du Conseil de sécurité dans les Grands Lacs et la mission
multidisciplinaire du système des Nations Unies dont nous attendons
avec beaucoup d'intérêt les conclusions. Ces conclusions nous permettront de participer de façon significative au prochain débat public du Conseil de sécurité sur notre sous-région, un an après celui qui a donné lieu à l'élaboration d'une « approche globale, intégrée, résolue et concertée des problèmes de paix, de sécurité et de développement » de l'Afrique centrale. Et c'est forts de cette approche que nous nous préparons à participer à la Conférence Internationale sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs. Nous entendons saisir cette chance historique pour conjurer les démons de la haine et de la violence et jeter les bases d'une coexistence pacifique entre nos peuples et nations qui ont un destin commun. En réaffirmant la centralité de la République
Démocratique du Congo dans cette conférence, je voudrais
relever que la République du Congo, si proche de la RDC à
maints égards, comprendrait mal qu'elle assiste en observateur
à cette échéance capitale ; et il en serait de même,
à tous points de vue, pour d'autres pays voisins de la RDC tels
l'Angola et la République Centrafricaine. CONSOLIDATION DES ACQUIS AU CONGO EN PERIODE POST
CONFLIT Monsieur le Président, Les questions de paix, de sécurité et de
consolidation de l'unité nationale ont été au centre
des préoccupations des autorités congolaises au cours des
12 mois écoulés. C'est dans ce cadre qu'il faut situer l'accord
du 17 mars 2003 grâce auquel la paix règne désormais
sur l'ensemble du territoire national. La paix retrouvée, nous veillons à la consolider chaque jour, notamment en poursuivant la mise en oeuvre du programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants. Nous nous attelons également à la réinstallation des personnes déplacées. Des missions qui nécessitent, chacun peut le deviner, des moyens considérables que le Congo seul ne peut fournir. Nous remercions ici l'ensemble de nos partenaires pour leur solidarité agissante. Il nous reste les grands défis de la reconstruction, de la relance de l'économie, de la réduction de la pauvreté, de la lutte contre le VIH/Sida autant de secteurs pour lesquels des stratégies nationales ont été adoptées. Pour la réalisation de ce vaste projet que nous appelons « La Nouvelle Espérance », nous mobilisons toutes les forces nationales susceptibles d'apporter leur concours aux côtés de l'Etat : collectivités locales, ONG, société civile, secteur privé... Dans ce cadre, nous avons engagé des négociations avec nos partenaires extérieurs aux fins de bénéficier de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés.
Tout ceci ne peut être réalisé que dans un monde « libéré de la peur », ainsi que le pensaient les fondateurs de notre Organisation et ainsi que nous le croyons aujourd'hui. C'est pourquoi nous tenons à renouveler notre foi et notre attachement à l'Organisation des Nations Unies, cadre irremplaçable, porteur de tous les espoirs de paix de l'humanité, et dont la nécessité n'a jamais paru aussi évidente qu'aujourd'hui.
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